La bataille d’Azincourt (1415).

I) La marche vers la  bataille

L’un des symboles par excellence de la guerre de Cent Ans, la bataille d’Azincourt, fut une des plus grandes défaites de l’histoire de France. Revenons à présent sur ce fiasco mémorable…

En cet été de l’année 1415, le conflit que l’on connaît sous le nom de « guerre de Cent Ans » s’est quelque peu assoupi: depuis 1380 les affrontements avaient diminué, remplacés par des trêves plus ou moins longues. Rappelons que du Guesclin avait entrepris auparavant sa célèbre entreprise de reconquête, opérant ainsi un rééquilibrage au profit de la France. Toutefois, les choses bougent à nouveau après Azincourt et conduisent la France au bord du gouffre en quelques années (1415-1420).

Ainsi, le 14 août 1415, le roi Henry V débarque en Normandie avec près de 10.000 hommes, dont 6.000 archers. Plus de 1500 navires ont été nécessaires pour les transporter. Or, ce choix fait toujours s’interroger les historiens: pourquoi être venu par l’estuaire de la Seine, alors que Calais est Anglais et coûte cher à la couronne? Pourquoi seulement 10.000 hommes alors que les armées françaises sont à nouveau nombreuses? On pense en fait qu’il compte sur les divisions des Français, déjà grandes (alors que le débarquement était attendu et pressenti depuis des mois), et qu’il compte progresser non pas par la voie de l’envahisseur (Calais) mais par celle du souverain légitime, en remontant la Seine. Il n’a probablement pas de plan très précis, envisageant plutôt d’aviser au fur et à mesure.

Toujours est-il qu’il a besoin d’un port pour assurer ses arrières et ses communications avec l’Angleterre. Il jette son dévolu sur Harfleur, petit mais bien protégé. La ville est défendue par les seuls 400 hommes d’armes de Raoul de Gaucourt. Malgré ses effectifs très réduits, ils repousse tous les assauts ennemis, pourtant soutenus par de l’artillerie, un blocage du port par la marine et des travaux de sape. Mieux pour lui, les Anglais sont ravagés par la maladie, du fait du terrain marécageux de l’estuaire de la Seine. Plusieurs chefs meurent.
En un mois, Henry V n’a progressé que de 10 kilomètres et est bloqué par quelques centaines de courageux soldats! Son expédition débute très mal. Finalement, Gaucourt qui ne reçoit aucun secours (pourtant les forces françaises sont proches!) se rend le 22 septembre 1415. Harlfeur est occupée, pillée et rançonnée selon les coutumes de l’époque.

Réduit à 6-7000 hommes, le roi décide alors de remonter vers le nord et Calais, par la vallée de la Somme. Il est suivi de près par ses ennemis qui se sont rassemblés lentement. Rattrapé fin octobre et bloqué entre les villages d’Azincourt et Tramecourt, il sait que la bataille est désormais inévitable. Les Français ont réussi à rameuter plus de 20.000 hommes malgré leurs profondes querelles (les anciens ne veulent pas combattre, les jeunes ne rêvent que d’en découdre etc). Sur le papier, leur supériorité est écrasante.

Henry V, anonyme.

II) Les combats

Nul besoin de faire durer un faux suspense plus longtemps: la France s’est faite écraser à Azincourt et il va s’agir de comprendre pourquoi!

Tout d’abord le choix du terrain et la disposition des troupes relève de la grossière erreur: le futur champ de bataille est étroit (un espace ouvert, entre deux bois, d’un kilomètre seulement) et empêche les troupes fleurdelysées de profiter de leur avantage numérique de trois contre un. Elles sont obligées de se placer sur trois rangs, la cavalerie aux ailes. Comme il n’y a pas de place pour tout le monde et que le temps méprise les archers et arbalétriers (ils tuent de loin! quelle infamie!), on leur préfère les chevaliers démontés et autres hommes d’armes. De plus, la France (déjà!) pense qu’un assaut frontal de forces supérieures en nombre va suffire à emporter la décision… On retrouva ce genre de comportement tout au long de l’histoire de ce pays, comme j’ai pu l’évoquer ailleurs sur ce site. D’ailleurs, le commandement n’est pas unifié et cinq grands chefs se le disputent, augmentant la confusion. Enfin, la veille de la bataille, les hommes passent la nuit sur le champ de bataille, trempés par une pluie battante qui change le terrain en une mare de boue. Comme à Waterloo, elle va se révéler catastrophique (d’aucuns diraient alors que l’Anglais amène la pluie avec lui!).

Pourtant, les Anglais ne sont pas en meilleure forme et désirent eux aussi se battre le 25 septembre, avant d’être incapables de le faire (la fatigue et le manque de ravitaillement jouent). Leurs troupes sont placées de façon traditionnelle: les hommes d’armes au centre, les archers protégés de la cavalerie par des pieux plantés dans le sol, et les bagages en arrière. Dès 10 heures du matin, Henry V fait avancer ses archers et la bataille débute. Aussitôt les lourds cavaliers français les chargent, confiants. La boue les retarde atrocement, gêne considérablement leur progression et les traits des archers font un massacre bien connu. Les premiers rangs de chevaliers fauchés empêchent ceux qui suivent d’avancer et le carnage est complet.

Au centre, le gros des troupes à pied avance et parvient jusqu’à la fine ligne d’hommes d’armes qui sont presque enfoncés. Toutefois, les archers, débarrassés de la cavalerie, se mettent à les flécher par les flancs et l’arrière. Des centaines d’hommes tombent, et, souvent incapables de se relever à cause de leurs lourdes armures, sont achevés à la hache et au couteau. Les seigneurs se rendent les uns après les autres… Quand une clameur retentit sur le champ de bataille: on attaque les bagages anglais! Henry V croit à des renforts français, mais ce ne sont que des maraudeurs. Pour ne pas perdre de temps, il fait, contre les usages du temps qui lui préfèrent la rançon, exécuter tous ses prisonniers! Le reste de l’armée française, privée de chefs (ils sont presque tous partis en avant) ne combat même pas et s’enfuit, poursuivie dans la plus grande confusion. Georges Minois peut bien écrire:« Tel est à peu près le déroulement de la bataille d’Azincourt: une heure de combat, trois heures de chasse aux fuyards ont mis la France à la merci du roi d’Angleterre ». 

Les Anglais et les locaux pillent les morts, qui se comptent par milliers: dans doute 1500 chevaliers et 5000 hommes d’armes, dont de nombreux ducs et comtes. Certains ont aussi été faits prisonniers dans la fuite, et leur rançon va ruiner leurs familles. La noblesse française est décapitée pour seulement 300 hommes d’armes, 20 chevaliers et deux chefs emmenés dans la tombe côté anglais…

Les Français, dessin de Giuseppe Rava.

Bibliographie: MINOIS (Georges), La guerre de Cent Ans, Paris, Tempus, 2010, 769 p.

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