L’apparition du camp de concentration (1896-1905).

Nous sommes à la toute fin du XIXe siècle. Certains pays achèvent de se partager le monde, et d’autres ensembles tentent de secouer le joug colonial qu’exercent sur eux depuis des siècles des vieilles métropoles coloniales. Ainsi, Cuba, n’est pas devenue indépendante comme le reste de l’Amérique espagnole, au début du siècle. Or la présence espagnole est de plus en plus mal vue. Notamment car les ouvriers, pour qu’ils soient les moins chers possible, restent des esclaves jusqu’en 1886 et toujours peu considérés après! Malgré des tentatives de réforme timides de la part de Madrid, Cuba se soulève, emmenée par le penseur José Marti (qui a inspiré Castro). Après une phase de victoire, les insurgés font face à de nombreux renforts arrivés d’Espagne. Ceux-ci sont commandés par le général Weyler, qui joint aux opérations militaires une politique très dure vis-à-vis des civils. Pour les empêcher de soutenir les insurgés, il les concentre en fait dans d’étroits espaces ceints de barbelés, de fortifications. Le bilan est terrible et sanglant: 500.000 hommes et femmes sur 1.5 million de personnes y meurent… ce que Weyler sait pertinemment! L’univers concentrationnaire (reconcentraciòn en Espagnol) est né.
C’est d’ailleurs là l’un des prétextes d’intervention des Etats-Unis contre l’Espagne. Toutefois, si Madrid a le dessous, Cuba et les Philippines changent seulement de maître à l’issue de cette guerre. Washington perpétue une politique extrêmement dure envers les populations « libérées », notamment aux Philippines. Les morts se comptent de 250.000 à 700.000 selon les estimations…

Peu après, les Britanniques engagés contre les colons Boers des états libres d’Orange et du Transvaal (seconde guerre des Boers) copient les méthodes espagnoles que l’on vient de décrire. Lord Kitchener, qui commande, fait déplacer de force des centaines de milliers de non-combattants pour obliger les soldats à se rendre en leur sapant le moral. La mortalité est là encore élevée dans ces camps, qui semblent se banaliser.
En effet, ils apparaissent une troisième fois en moins de 10 ans, en 1905. Nous sommes alors dans les colonies allemandes, en actuelle Namibie. Le peuple Herero y est révolté contre la tutelle coloniale. La répression est menée férocement, aveuglément pourrait-on dire, par le général von Trotha. Début 1905, après des mois d’extermination pure et simple, il ordonne leur mise en camps et procède en fait à un vrai génocide. Je n’accole par moi-même ce mot: l’acte est reconnu comme tel aujourd’hui par l’Histoire. Jugez plutôt: leur population passe de 80.000 à 15.000 personnes et les konzentrationslagern doivent être démantelés sous les assauts de l’opinion et allemande et mondiale.

Bien avant le moustachu de 1933, l’horreur concentrationnaire est donc déjà déjà une réalité douloureuse et ayant été pratiquée par les pays que l’on a cités… Elle naît d’une situation de guerre en milieu colonial et connaît le triste développement que l’on sait.

Scène de la guerre de 1898, avec les Rough Riders de Teddy Roosevelt.

Bibliographie: SURUN (Isabelle, sous la direction de), Les sociétés coloniales à l’âge des Empires. 1850-1960, Paris, Atlande, 2012, 701 p.

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