Rommel durant la Première Guerre mondiale.

I) 1914-1916

Le « Renard du désert » est surtout connu pour son action en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais il faut aussi se souvenir que, comme bon nombre d’officiers supérieurs et généraux de ce conflit, sa carrière de militaire a commencé bien avant 1939. En l’occurrence au début du 20e siècle.

D’origine Souabe, d’une famille non-noble et ne comportant pas de glorieux ancêtres militaires (ce qui est un frein considérable à l’époque) , Erwin Rommel est entré au 124e Infanterie-Regiment en 1910. Il y est sous-lieutenant au moment ou la guerre éclate. L’Allemagne est alors plus une fédération d’états dirigés par la Prusse (dont le roi est aussi Empereur d’Allemagne) qu’autre chose, et les structures d’avant 1871 gardent une certaine autonomie au sein de cet ensemble. L’unité de Rommel, elle, fait donc partie du XIIIe corps du royaume de Wurtemberg. Avec la 5e armée impériale dont il fait partie, ce corps doit, selon le fameux plan Schlieffen, trouver la voie à travers la défense française en passant par la Belgique, puis, se rabattre vers l’est et prendre entre le marteau et l’enclume les forces ennemies massées le long de la frontière et attirées en Alsace-Lorraine.

Dès le 22 août 1914 Rommel, alors fatigué par des désordres digestifs, est en reconnaissance vers Longwy, ville française proche de la frontière. Son peloton s’introduit dans un village. Avec trois hommes seulement, il part en reconnaissance avancée et tombe sur une vingtaine de soldats français plus occupés à faire du café qu’à patrouiller. Bien qu’en infériorité numérique flagrante, Erwin ordonne d’ouvrir le feu!

Pour son baptême de guerre, il pratique donc déjà des éléments qui le suivirent toute sa carrière:
-Attaquer l’ennemi en état d’impréparation, même avec des forces moindres pour profiter de l’effet de surprise
-Ouvrir le feu en premier sur lui pour des raisons psychologiques.
-S’imposer par une présence au plus fort des combats, aux côtés de ses hommes.
-Obéir à une hardiesse qui frôle voire embrasse la témérité (ce qui n’est pas sans prendre de gros risques, comme la guerre du désert le montra).

Son fol courage paie, puisqu’avec ses hommes, il blesse et tue presque la moitié des Français avant de rejoindre son peloton pour poursuivre l’attaque, qui est malmenée par la résistance française. Épuisé, il perd d’ailleurs connaissance. Tout au long de cette année 1914 il « récidive » et acquiert un début de réputation, ses chefs se remettant à lui pour les missions dangereuses où le coup d’oeil et l’initiative font souvent la différence. Il grimpe bientôt dans l’ordre de la Croix de Fer pour ses actions (2e puis 1ère classe), qui se poursuivent en Argonne en 1915. Devenu lieutenant en septembre de cette année, il est retiré un temps du front pour rejoindre une unité d’élite en phase finale d’organisation et de formation: le bataillon royal de montagne du Wurtemberg. Celui-ci s’entraîne alors sur les cimes autrichiennes de l’Arlberg et rejoint les Vosges en décembre. Y étant plutôt inactif, il est expédié dans les Carpates en 1916, la Roumanie s’étant déclarée du côté allié et ayant bousculé les forces austro-hongroises majoritairement déployées en Russie ou en Italie.

Contrairement à l’ouest et ses tranchées, ce front est plus mobile et Rommel s’initie à cette nouvelle réalité avec succès. Son unité est souvent engagée et il mène des actions audacieuses voire franchement culottées à plus de 1500 mètres d’altitude, dans des conditions climatiques dures (à la fois pour les hommes, les animaux et le matériel). Ses troupes d’assaut parviennent plusieurs fois à pénétrer en profondeur le dispositif ennemi et y semer la panique, technique qu’il réitéra en 1940 avec sa 7e panzer. Quant 1917 débute, il est toujours sur ce front.

Rommel et un camarade durant la Première Guerre.

 

II) 1917-1918:

Rommel passe la majeure partie de l’année 1917 sur ce front des Carpates où son unité se distingue à nouveau plusieurs fois, étant même citée à l’ordre de l’armée impériale.

A la fin du mois de septembre l’Alpenkorps dont il fait partie est envoyé sur un autre front, beaucoup plus difficile: les Alpes Juliennes. L’Autriche-Hongrie s’y bat contre l’Italie depuis 1915. Les pertes sont très lourdes des deux côtés, dans une guerre à des milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer. Malgré leur défense, les forces des Habsbourg y sont peu à peu repoussés au cours des nombreuses batailles de l’Isonzo (un fleuve stratégique) et, en août 1917, le front menace de craquer. Vienne demande donc de l’aide à Berlin, qui envoie sept divisions en Italie. Le 24 octobre, ces troupes fraîches passent à l’offensive contre un ennemi épuisé par les combats, c’est le début de la bataille de Caporetto, si funeste aux Italiens.

Rommel manoeuvre auprès de ses supérieurs pour avoir une action qui lui est propre, et il réussit (il devait à la base former l’arrière-garde des Bavarois, ce qui ne lui plaisait guère). Il mène une infiltration nuitamment, surprenant avec succès les troupes italiennes. A tel point qu’il rompt le front et capture des milliers de prisonniers dont des soldats d’élite, les Bersaglieri. Les austro-allemands s’approchent alors du mont Matajur, clé de voûte de la défense italienne dans le secteur et culminant à 1700 mètres. Le 26 octobre, Rommel emmène ses hommes en marche forcée et débouche sur les arrières des Italiens de laSalerno. Pris par surprise, ayant un moral déjà bas, ils se rendent par milliers et le mont tombe quasiment sans un coup de feu.

La déroute s’empare du camp italien et Rommel continue ses actions d’éclat: à Longarone, au delà du fleuve Isonzo, il capture 8000 hommes en laissant seulement 13 hommes et un officier sur le terrain! L’Italie, aidée de la France eut du mal à stabiliser la situation. Le 18 décembre, après plusieurs espoirs avortés, il est décoré de la croix Pour le mérite. Créée par Frédéric II, elle est très rarement accordée et « surpasse » la croix de fer. Elle n’a d’ailleurs pas de « traduction » en Allemand, vous verrez toujours Pour le mérite en Français. C’est un honneur immense dont il fut fier toute sa vie.

Il passe la fin de la guerre, à sa grande déception, à l’état-major du 64e corps d’armée, basé à Colmar. La théorie l’ennuie. et il ronge son frein Il est tout de même promu capitaine en octobre 1918, et l’armistice met fin aux combats le 11 novembre. Il rejoint son régiment d’origine le 21 décembre 1918. La guerre a été bien remplie pour lui…

Combats sur le mont Matajur

Source: Benoît Lemay, Erwin Rommel, Paris, Perrin, 2009, 518 p.

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