Quelques approches, réflexions sur l’histoire militaire. II sur II.

Entre évolutions et persistances

Une chose indéniable est que la dangerosité du champ de bataille augmente à mesure que les guerres se succèdent. Par exemple, à Fontenoy (1745), un millier d’hommes peuvent tirer autant de coups à la minute. En 1914, un nombre identique de soldats en tire douze fois plus dans le même laps de temps.Entre les deux époques, la perception du combattant de base n’est évidemment pas la même. Fontenoy est la bataille des hommes debout, Verdun est celle des soldats couchés, enterrés. Or, certains chefs de 1914 se comportèrent comme un siècle auparavant, d’où les 100.000 pertes par mois pour cette première année de la guerre, qui reste bien plus meurtrière que la guerre des tranchées. Toute une promotion de Saint-Cyriens charge à la tête de ses hommes, avec casoar et gants blancs. Le résultat est connu. La « technologisation » du champ de bataille doit donc être prise en compte, sous peine de catastrophe. D’ailleurs l’armée de 1914 ressemble beaucoup à celle du siècle précédent. L’uniforme n’y est pas étranger. Outre cela, c’est surtout le fait qu’elle comporte 67% de fantassins. Signe de l’évolution liée au conflit, ils ne sont plus que 45% en 1918 et supérieurement armés (notamment du fait de l’apparition des armes automatiques comme le fusil-mitrailleur Chauchat chez les Français). Les artilleurs passent, eux, de 16 à 30%, le génie croît lui aussi. Sans parler de l’explosion des besoins du ravitaillement et de la logistique. Aujourd’hui, pour qu’un homme puisse se battre efficacement, il en faut une dizaine derrière lui. Si la rusticité recule, la dépendance à la technologie augmente, elle. De nos jours, le soldat est quasiment couvert de fils de la tête aux pieds.

Persistance des comportements, évolution des effectifs: 

Les comportements humains s’en trouvent-ils radicalement modifiés ? A vrai dire, peu. Toutes les générations confrontées à un conflit d’importance ont le sentiment de vivre une époque infernale. De même, il en est toujours pour voir d’un mauvais œil l’évolution technologique, considérée comme lâcheté. Le meilleur exemple est celui de Bayard : il est jugé indigne qu’un simple fantassin tue, qui plus est à l’arme à feu, un preux chevalier. Malgré ses récriminations, chaque génération doit s’adapter aux nouvelles réalités auxquelles elle est confrontée. Si elle doit trouver des parades et modifier ses comportements en partie, les phénomènes fondamentaux, eux, ne changent pas. La peur, le stress etc.ont toujours existé et existeront toujours. Le réflexe animal de la survie également : je tue, ou je suis tué. Le phénomène d’aguerrissement, avec des unités mal formées, peut se révéler très difficile et coûteux en termes de vies humaines. C’est par exemple le cas des réservistes en 1914, engagés prématurément par Joffre. La volonté de vaincre, quant à elle, change-t-elle vraiment ? A la fin du 19ème  siècle et au début du 20ème les officiers ont beaucoup écrit sur le commandement des hommes. L’effectif est à ce titre une question primordiale : la 5e armée de 1914 compte autant d’hommes que toute l’armée impériale de 1870. Comment commander à des soldats-citoyens ? A de telles masses issues de la conscription ? On ne les mène pas comme des professionnels volontaires ou des mercenaires. Tous ces ouvrages insistent sur cette volonté de vaincre, notamment Foch, ou le colonel de Grandmaison. Celui qui gagne, pour Foch, est celui qui n’a pas peur des pertes. En démocratie, un tel discours ne laisse pas d’être intéressant.

Fontenoy, 1745, par Pierre Lenfant. Belle victoire française de la guerre de Succession d’Autriche. Elle horrifia par sa violence (Diderot et Voltaire en parlèrent) et fut la dernière où le roi se montra à cheval sur un champ de bataille. Image prise sur Wikipédia.

Le rapport à l’armement: 

L’histoire militaire est remplie d’exemples d’adaptation aux armes nouvelles. La panique face à l’inédit ne dure jamais et l’adaptation technologique est très rapide. Le séculaire, millénaire même, combat entre l’épée et le bouclier est toujours relancé avec les nouvelles découvertes. Aujourd’hui, il s’agit de brouiller les communications de l’adversaire et le renseignement devient une arme comme les autres. Malgré tout cela, les réflexes animaux demeurent et la participation active au combat moindre qu’on ne le pense souvent. Ainsi, durant la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains se servirent peu de leurs armes, 4 sur dix seulement pense-t-on. Un général avait même suggéré que l’on contrôle les munitions des troupes et que l’on fusille ceux qui ne s’en servaient pas ! La chose continue au Vietnam. On ne se bat plus de la même manière qu’avant, ni pour la même durée. Et cela continue d’évoluer, ainsi les engagements en Afghanistan durent actuellement une dizaine de minutes. Les combats sont devenus très violents, mais plus brefs. Les experts parlent d’ailleurs de l’augmentation future du combat dans les zones urbaines. La notion de combattant évolue dans un même temps : qui sont-ils et qui ne sont-ils pas désormais ? Cela se posait déjà en 1939-45: les Allemands considérant les résistants comme des « terroristes »… Et demandant que le Volksturm soit reconnu comme militaire…

Source: conférence donnée sur la question par le professeur François Cochet.

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