La prise de la Smala d’Abd el-Kader (I sur III)

Introduction:

Ce sujet est un épisode intéressant de l’histoire du XIXe siècle, car autour de cet évènement ponctuel, on peut retracer tout un ensemble historique, une certaine ambiance. Tout d’abord que veut dire ce terme de « smala », jusque là inconnu en Français? Et bien en Arabe cela désigne un camp. D’après un manuel du temps, c’est en fait la caravane d’un chef avec sa famille, domestiques et esclaves, ses biens. Le Duc d’Aumale (l’un des fils de Louis-Philippe, dont on va voir l’implication dans le sujet sous peu) rajoute que c’était « une capitale ambulante, un centre d’où partaient tous les ordres, les décisions importantes ». Un grand nombre de familles faisaient partie de celle de l’émir rebelle. Or, quand la nouvelle de sa prise arriva à Paris le 26 mai, le roi ne savait pas ce que ce terme voulait dire! Pas plus que son entourage… Il lui fallut attendre quelques temps avant d’avoir l’explication.

Abd el-Kader: 
Mais commençons par le commencement… Abd el-Kader est né vers 1808 à Mascara, dans l’ouest algérien. Il a donc 35 ans au moment des faits. Il vient d’une famille arabe de notables religieux (si les arabes influents ne le sont pas, c’est qu’ils sont des guerriers.). C’est à dire des gens de lettres ayant une certaine sacralité qui les fait vivre (mais également des terres et troupeaux). En effet, on prête même des miracles à ces catégories de personnes. Mais seul Dieu étant saint dans l’Islam, l’émir refusait cette image que l’on avait de lui.
Le pays est, à sa naissance, sous la coupe des Turcs, qui gardent un certain prestige (ils ont empêché les Espagnols de prendre possession du pays, le sultan est alors le chef de l’islam, soit le commandeur des croyants) mais dont l’occupation est mal acceptée. D’autant plus qu’ils ont un certain mépris pour les Kabyles et les Arabes . Sa famille est donc vue par l’occupant turc comme subversive et son père juge que le moment est bien choisi pour effectuer le pèlerinage à la Mecque (hadj). Pour ce faire ils passent également par l’Égypte où le jeune Abd-el-Kader est marqué par les effets de la politique de Méhémet Ali ( le chef de l’Egypte, qui s’inspire de Napoléon contre qui il s’était battu). C’est peu après son retour en Algérie que les Français y posent pied (d’abord sur la bande littorale uniquement), expulsant les cadres turcs du pays, qui sombre ainsi dans le chaos. Deux ans plus tard, en 1832, il est proclamé émir par les tribus arabes de l’ouest, sa région. Vraisemblablement pour ses qualités et son influence. Il regroupe autour de lui la province d’Oran et présente essentiellement sa lutte comme étant religieuse: un musulman ne peut tomber sous la coupe d’un souverain étranger.
S’il est patriote, il faut se garder de faire de lui un nationaliste Algérien, ce serait par trop anachronique. Il a tout de même la volonté à créer un nouvel état, au sein des frontières de l’ancienne régence d’Alger, occupée par les Français. Que pensaient ces derniers de lui? Et bien, on le rappelle, le gouvernement n’a d’abord pas de politique cohérente vis à vis de l’Algérie. Le pays a été occupé un peu par défaut après l’expédition d’Alger (elle-même lancée par Charles X pour restaurer son prestige à peu de frais), par peur du déshonneur qu’il y aurait à abandonner une conquête. Les arguments économiques et autres servent plutôt de justification postérieure. Beaucoup estiment en fait que la domination française est possible par l’intermédiaire des chefs locaux, d’où négociations et traités.

Abd el-Kader

Contre les Français: 

Deux concernent Abd-el-Kader ; le premier en 1834 (Desmichels, du nom de son signataire français) et le second en 1837 (Tafna ou Bugeaud). Ils établissent en principe de bonnes relations, mais sont en fait ambigus, signés avec arrière pensée tant du coté français qu’algérien. De plus la version Arabe et son homologue française ne coïncident pas tout à fait. La seconde fait grosso modo, d’Abd El-Kader un sujet de la France alors que la première le voit comme indépendant. La situation se dégrade en 1839 quand un territoire, considéré comme étant à l’émir dans la version arabe du traité, est envahi.

Abd El-Kader décide d’intervenir à ce moment là, de passer à l’action armée. Et si les circonstances internationales avaient été autres, il aurait pu réussir. En effet une crise en Europe obligerait la France à disposer son armée sur le Rhin par exemple. Au lieu de cela, le gouvernement de Louis-Philippe se retire à cette époque un peu honteusement de la crise d’Égypte de 1840 (la France soutient l’Egypte révoltée contre la domination ottomane, qui a l’appui de l’Angleterre. Une guerre est évitée de justesse). C’est à dire que l’armée (qui avait crû du fait des troubles) se trouvait inemployée, et fut donc envoyée en Algérie. On parle là de 80,000 (puis 100,000 en 1847) bons soldats à l’action coordonnée par Bugeaud dès 1840, personnage dont je reparlerai dans d’autres articles. L’émir se rend bien vite compte que les contingents algériens ne sauraient tenir tête aux troupes régulières de l’armée française. Il lui manque de l’artillerie, des fusils modernes, une logistique forte (ses guerriers ne venaient qu’avec quelques jours de vivres), sans parler de l’organisation tactique. L’idée est donc de faire une guerre de harcèlement, pour pallier à ces difficultés. On attaquera donc colonnes et postes isolés, pour les dégoûter peu à peu. C’est ce qu’Abd el-Kader dit à Bugeaud dans une lettre de 1841. Ce dernier réagit, notamment en créant des postes de ravitaillement un peu partout. Certains sont en dur et d’autres surnommés « biscuit-ville » (comme son nom l’indique, le biscuit est un pain cuit deux fois), car formés en partie avec les caisses vidées du fameux aliment! D’ailleurs les soldats sont assez mal nourris et la viande est rare, sous forme essentiellement séchée quant elle existe. C’est pourquoi on vit encore beaucoup sur le pays. La mortalité est forte dans ces étapes de 30-40 km avec autant de kilos sur le dos…

Le maréchal Bugeaud.

Source: cours de master. Pour en savoir plus:
Frémeaux (Jacques), La France et l’Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Paris, Economica, 2002, 365p.

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