Marc Bloch: « L’étrange défaite » (1940).

Introduction: 

Le titre de ce livre un peu particulier donne à lui seul la couleur: il ne traite pas de choses gaies, bien au contraire. Qu’est-il? Un témoignage sur la défaite française de 1940, qu’il résume parfaitement en deux mots.
Pourtant, il n’est pas un énième récit de souvenirs (que je ne dénigre pas, loin de là) écrit trente ans après les faits. En effet, ces lignes brûlantes furent couchées par écrit alors que la chair et l’esprit de leur auteur étaient encore brûlées à vif par les évènements de mai-juin 1940.  Elles datent même des semaines, mois, suivant immédiatement les faits (et furent remaniées tout au long du conflit, certes).
On pourrait donc se dire qu’elles pêchent par l’excès inverse de la reconstruction mémorielle (soit écrire très longtemps après les faits), c’est à dire le manque de recul. il n’en est rien, cette oeuvre décrit de façon précise et terrifiante ce qui s’est passé et surtout s’interroge sur le « pourquoi »: comment cela est arrivé? On se demande, à cette lecture, pourquoi si peu de gens en France avaient anticipé les choses.

Le livre et son auteur:

L’étrange défaite a été écrite par un homme concerné de près par les évènements: Marc Bloch. Qui était-il? Un français, de religion juive (bien que peu pratiquant). L’homme fit de brillantes études, au sein d’une famille érudite, combattit courageusement durant la première guerre mondiale. Mais il fut surtout un très grand historien, un médiéviste, qui enseigna à la Sorbonne. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la société médiévale (il a notamment réfléchi sur toutes les questions de l’or à cette époque) dont les fameux Rois thaumaturges.
Ayant dépassé la cinquantaine en 1939, il décida tout de même de faire à nouveau son devoir (il n’était pas obligé au regard de son âge et de ses obligations familiales, professionnelles): il servit volontairement comme capitaine en 1939-1940 (au service des essences) . Après la défaite, il se retira quelques temps (son statut de juif lui vaut des ennuis avec la mise en place du gouvernement de Vichy) et commença la rédaction de l’ouvrage qui nous intéresse. Malgré tout ce que l’on a dit, Bloch entra dans la clandestinité puis la Résistance. Oeuvrant sur Lyon, il fut finalement arrêté en mars 1944. Torturé par la Gestapo (par Klaus Barbie, de sinistre mémoire, pour être précis), ils est finalement fusillé le 16 juin 1944 (à 58 ans) en même temps que quelques compagnons d’armes. Jusqu’au bout il ne flancha pas et laissa derrière lui plusieurs textes clandestins (Apologie pour l’Histoire ou métier d’historienSur la réforme de l’enseignement[Que certains feraient bien de lire], Pourquoi je suis républicain etc.) tous clairs, précis et dignes d’intérêt.
Son livre est donc le fruit d’un triple regard: celui d’un érudit, d’un historien et enfin d’un combattant, d’un combattant qui avait connu à la fois le feu (durant la Première Guerre) et les soucis d’intendance, organisationnels, en tant qu’officier (avant de finir dans la Résistance, on l’a dit). Il est donc un témoignage précieux, car venant de quelqu’un qui parlait en connaissance de cause.

Marc Bloch en uniforme.

Citations: 

Mais ce livre n’est pas un jargon seulement lisible par une dizaine de doctes personnages, il s’adresse à quiconque désire en savoir plus sur l’état d’esprit de cette France qui perdit contre toute attente. Je terminerai cette évocation en citant quelques phrases tirées de L’étrange défaite, et qui m’ont semblé assez éloquentes:
-« Ils [les Allemands] croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait »
– « nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler en 1940 la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940 ».
– « L’armée s’est toujours difficilement résignée à l’idée que l’importance ni le mérite d’une tâche ne se mesurent à ce qu’elle peut avoir, extérieurement, de brillant ».
« il n’est pas possible que nous ayons tout ignoré, durant la paix des méthodes de l’armée allemande et de ces doctrines. Car, surtout, nous avions sous les yeux, depuis l’été, l’exemple de la campagne de Pologne, dont les leçons étaient assez claires et que les allemands, pour l’essentiel, devaient, dans l’Ouest, se borner à recommencer. Ils nous firent cadeau de huit mois d’attente, qui auraient pu aussi être de réflexion et de réforme ».
-« Mais quoi! Notre commandement était un commandement de vieillards » ; ainsi ces « personnages chenus […] ayant complètement oublié qu’eux-mêmes , aux jours de leurs exploits passés avaient été jeunes ne nourrissaient pas de plus cher souci que de barrer la route à leurs cadets ». 
-La récente création des généraux de corps et d’armée n’a rien arrangé selon lui: «Impossible, dorénavant, à un jeune divisionnaire de prendre, par exemple, une armée »
-Le traité de Versailles maintenait: «  toute saignante notre antique querelle avec des ennemis que nous venions à peine de vaincre. »
-Enfin: « le bombardement par avions et la guerre de vitesse sont venus jeter le désarroi dans cette belle ordonnance du péril. Il n’est plus de ciel sans menace et la force de pénétration des éléments motorisés a mangé la distance ».

Et ce ne sont là que quelques lignes d’une oeuvre poignante. De plus ce livre est libre de droit et peut se trouver ici (pas d’excuse, donc ^^):

http://www.bouquineux.com/index.php?telecharger=1512&Bloch-L_Etrange_Defaite

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