L’armée romaine du IIIe siècle: III) fortification et évolution de la personne impériale.

« Remplacer les hommes par des pierres » (P.Cosme) la politique de fortification.:

Devant la recrudescence des guerres, l’Empire fut également forcé d’améliorer les défenses de sa zone frontière, le limes. En effet contrairement à une idée répandue il n’est absolument pas fortifié d’un bout à l’autre du territoire romain. S’il y a des murs (le mur d’Hadrien par exemple), des fortins et autres routes nécessaires au transport rapide des troupes… Il suit en fait souvent les grands fleuves (Rhin, Danube), ou compte sur les zones désertiques (Sahara) pour assurer la sécurité des provinces.
Or, les pertes croissantes aidant, l’Empire dut en partie « remplacer les hommes par des pierres » ( Pierre Cosme). Par exemple, le début de la période étudiée voit la zone désertique entre Maurétanie Tingitane et Césarienne (entre Maroc et Tunisie actuelle) être en partie résorbée et ce alors que le limes s’étend vers le sud (routes, fortins et rocades, soit voie parallèle en arrière du front) pour mieux contrôler les populations Nomades. Maximin (235-238, le premier « empereur-soldat », qui passa son règne à lutter contre les barbares), fait de même dans les Champs Décumates (voir articles précédents) ainsi qu’il réhabilite bon nombre de routes militaires. Quant à Philippe l’Arabe (244-249), il entreprit des relèvements et constructions de forts dans la partie septentrionale de la Dacie (voir précédemment), déjà fortement menacée. Mais il œuvra également en Afrique. Et bien sûr l’empereur Aurélien dota Rome, les barbares pénétrant en Italie du Nord, d’une nouvelle enceinte qui porte son nom (le vieux mur Servien étant inutile depuis longtemps). C’est le fameux mur d’Aurélien d’une belle longévité car il fut attaqué une dernière fois en 1870 par l’armée italienne prenant la ville au pape! Une très grande partie de cette enceinte est encore visible en 2013, très bien conservée qu’elle est. Le même Aurélien relève les défenses du Danube en créant de nouvelles lignes. Malgré les difficultés d’interprétation, les historiens s’accordent sur le fait que, partout, les remparts gagnent en hauteur, pour lutter contre le développement de l’artillerie. Toutefois il faut attendre les décennies suivant la période étudiée pour voir le phénomène se renforcer, notamment sous Probus et Dioclétien.

Rome, la porta san Sebastiano, sur la voie Apienne et partie intégrante du mur d’Aurélien. L’endroit est magnifique.

Le prince et la guerre:

La guerre et l’importance croissante prise par l’armée touche l’ensemble du monde romain. Ainsi la figure du prince (de princeps,soit le premier des citoyens, celui que l’on appelle en fait improprement « l’empereur ») en est changée à son tour. Bien sûr un conquérant comme Trajan ou un empereur forcé de faire la guerre la quasi totalité de son règne comme Marc-Aurèle avaient déjà des capacités guerrières certaines. Mais désormais la chose croît et se systématise, alors que le rôle des soldats dans le choix puis le maintien du prince s’affirme. Ainsi Caracalla qui tente en vain une guerre, en bon émule d’Alexandre le grand, contre les Perses exaspère-t-il son entourage par l’absence de résultats. Ses troupes les plus proches grognent ( il accordait- paraît-il- de grandes faveurs aux barbares de la garde qu’il appelait ses « lions ») et l’un de ses préfets du prétoire (chef de sa garde, personnage dont les compétences et l’influence s’accroissent à l’époque), Macrin, le fait assassiner. Mais ce même Macrin tente de réduire les dépenses et s’aliène l’armée, généreusement dotée par Caracalla! Finalement il est abattu à son tour par ces mêmes soldats, emmenés par les princesses syriennes, dernières membres de la famille impériale précédente (les Sévères, interrompus momentanément par la mort de Caracalla) et tirant encore les ficelles. De même Sévère Alexandre (après Macrin, sorte de « restauration » des Sévères) s’attire les foudres de l’armée à cause d’une prudence mal vécue par ses hommes en Germanie. Sans butin ni victoire, les troupes s’insurgent et il est assassiné au début de 235. La chose est encore plus marquée pour son successeur. En effet, nous l’avons déjà vu: Maximin le Thrace est un soldat sorti du rang qui ne prend même pas la peine d’aller se faire légitimer à Rome car il n’en éprouve pas le besoin… Citons Michel Christol: « soldat voulu par les soldats [son] règne se voulut toujours un règne de guerre contre les barbares d’Europe ». Toutefois les mentalités n’étaient pas encore prêtes aux empereurs-soldats et il fut renversé en 238. Il faut attendre Gallien, le dernier empereur sénateur, pour que ce temps triomphe.

L’époque voit également le prince arborer, outre les traditionnels noms des peuples vaincus, des titres tels que pacator orbis pour Caracalla (le « pacificateur du monde ») ou restitutor orbis (« celui qui a restauré le monde », c’est à dire l’unité romaine) pour Aurélien tandis que l’impératrice est dite mater castrorum, soit mère des camps. Et il n’est jusqu’au monnayage qui ne l’exalte, vantant également  mars propugnator, celui qui combat en première ligne, ou Hercule dans l’empire gaulois (une sécession momentanée des Gaules face à la mollesse du pouvoir impérial) . Ce n’est pas non plus rien que l’empereur Dèce se dit « Trajan », que Claude II est passé à la postérité sous le nom de « Claude le Gothique ». C’est à dire Gothicus maximus, soit le très grand vainqueur des Goths. C’est également un temps ou l’empereur Valérien est capturé sur le champ de bataille en 260, après Dèce qui y meurt en 251. Choses impensables aux siècles précédents! D’autant plus que le premier décède en quasi-esclavage (le roi des perses l’aurait utilisé comme marchepied…) Enfin il a été dit en première partie qu’un empereur ne paraissant pas à même de bien défendre l’Empire subissait des usurpations voire de grandes sécessions comme pour l’Empire gaulois. On l’a bien vu, si le IIIe siècle est complexe, il est primordial au niveau des armées.

Le mur d’Hadrien, encore visible de nos jours. Crédit photo: wikipédia.

Bibliographie :

COSME (Pierre), L’Etat romain entre éclatement et continuité, Paris, Seli Arslan, 1998, 287 p.
COSME (Pierre), L’armée romaine VIIIe s. av. J.-C. – Ve s. ap. J.-C., Paris, Armand Colin, 2007, 312 p.
CHRISTOL (Michel), L’Empire romain du IIIe siècle. Histoire politique 192-325 après J.-C., Paris, Errance, 1997, 288 p.

Je ne l’avais pas lu à l’époque de cette rédaction, mais on peut l’acquérir les yeux fermés:

LE BOHEC (Yann), L’armée romaine dans la tourmente. Une nouvelle approche de la crise du IIIe siècle, Monaco-Paris, Editions du rocher, coll. « Art de la guerre », 2009, 320 p.

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