La guerre d’Ethiopie (1935-1936) vue par ses chansons: II) In Africa si va

AVERTISSEMENT: ce dossier parle de chants faits sous un régime totalitaire. Les paroles peuvent donc être favorables à Mussolini et au fascisme. L’étude proposée n’est toutefois là que dans un intérêt purement historique. Doctorant en histoire responsable de ses actes et écrits, désirant parler de faits peu connus, l’auteur décline toute proximité avec le maître de l’Italie de l’époque. Merci. 

Le texte et son analyse (traduction par moi-même, donc imparfaite): 

La chanson de cette fois date elle aussi de 1935, et donc du début de la guerre. Elle est chantée par Renzo Mori, sur des paroles de Enrico Frati et une musique de Giovanni Raimondo. Là encore elle est un chant parlant des soldats partant pour l’Afrique et la guerre, ce que dit clairement le premier couplet. Quels thèmes y retrouve-t-on? Ceux que l’on pouvait déjà voir dans l’article précédent, à savoir: le rassemblement des soldats, leur pensée pour l’être aimé, et enfin leur départ en chantant le refrain de la chanson… Voyons donc les paroles.

In Africa si va (en Afrique l’on va)

La tromba del quartiere è già suonata (la trompette au quartier a déjà sonné),
è l’adunata del battaglion (c’est le rassemblement du bataillon),
un rigo in fretta per l’innamorata (une ligne [écrite] en hâte pour la bien-aimée),
poi la sfilata lungo i bastion (puis le défilé le long des bastions),
e per le strade ancora addormentate (et le long des rues encore endormies)
risuona dei soldati la canzon (résonne la chanson des soldats):

Et ce refrain se fait justement là plus guerrier, plus martial et même vengeur, rappel là encore de la terrible humiliation d’Adoua que j’avais déjà évoquée. Ce sont les paroles: « nous avons avec les Abyssins [nouvel archaïsme] beaucoup de comptes à régler ». Mussolini et le roi sont aussi cités directement, le premier ayant plus tard fait du second un « empereur » d’Afrique orientale.

Illustration de propagande dans le supplément du journal « Il corriere della serra ». Crédit photo: wikipédia.

Si va per Mussolini (L’on va pour Mussolini)
nell’Africa Oriental (en Afrique Orientale),
abbiam con gli abissini (nous avons, avec les Abyssins)
molti conti da saldar (beaucoup de comptes à régler).
Per chiudere la partita (pour fermer le jeu),
portiam nella giberna (nous portons dans notre cartouchière)
l’«elisir di lunga vita» (l' »élixir de longue vie »),
per il negus Selassiè (pour le Négus Sélassié)!
Si va per Mussolini (L’on va, pour Mussolini)
per l’Italia e per il Re (pour l’Italie et pour le roi)!

Qu’avons nous dans le second couplet? Encore des thèmes usés jusqu’à la corde dans le répertoire militaire: une vieille dame tremble d’émotion pour son fils qui part au combat, mais lui recommande tout de même de faire honneur à sa patrie. Rien là que de très courant.

Tremante d’emozione una vecchietta (Une petite vieille tremblante d’émotion)
si reca in fretta alla stazion (se rend en hâte à la gare)
per dire al figlio suo con amore (pour dire à son fils avec amour):
«Va, fatti onore, io pregherò!» (« Va! Fais-toi honneur, je prierai ! »).
«Ritornerò col segno del valore!» (« Je reviendrai avec le signe de la valeur [Peut-être une médaille comme la croix al valore militare?]
le grida il figlio mentre il treno va (lui crie le fils pendant que le train s’en va).

Enfin, nouveau passage triomphaliste et annonçant une future victoire des armes italiennes:

E un giorno non lontano (Et dans un jour proche),
laggiù sull’altipiano (là-bas sur le haut-plateau)
noi vedremo sventolare (nous verrons flotter)
più superbo il Tricolor (plus fier [superbe, hautain] le [drapeau] Tricolore)!
Si va per Mussolini (L’on va pour Mussoloni)
per l’Italia e per il Re (pour l’Italie et pour le roi)!

Pour terminer, écoutons la chanson:

Bibliographie:

-Mon analyse personnelle de la chanson. Le reste s’appuie:

Sur le fascisme italien, Mussolini et la période:

-BERNSTEIN (Serge) et MILZA (Pierre), Le fascisme italien, 1919-1945, Paris, Seuil, 1997, 438 p.

-MILZA (Pierre), Mussolini, Paris, Fayard, 1999, 945 p.

-SERRA (Maurizio), Malaparte, vies et légendes, Paris, Perrin coll. « Tempus », 2012, 797 p.

Sur la guerre d’Ethiopie, un bon fascicule de chez Osprey:

-NICOLLE (David), The Italian invasion of Abyssinia. 1935-1936, Osprey Publishing, Oxford, 1997, 48 p.

La page fb du site (pour être tenus automatiquement au courant des publications): ici

Mes vidéos d’histoire sur youtube:  La chaîne

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2 Réponses

  1. Bravo! Très beau site que je viens de découvrir…et bien documenté. La période guerre d’Ethiopie me fait découvrir une des facettes d’un conflit dont mon grand-père a été un acteur! La traduction de la chanson « In Africa si va » est relativement correcte.
    Je me permet juste de signaler quelques petites erreurs que j’y ai décelé. Une fois corrigées, la compréhension de cette ancienne chanson s’en trouvera améliorée.
    1)… »io pregherò! »(… »je prierai » et non « je t’en prie »)
    2)… »Ritonerò » col segno del valore (« Je reviendrai… » et non « reviens… »)
    3)… »le grida il figlio » mentre il treno va (« lui crie le fils »… et non « crie-elle au fils »)
    Nota: Je n’ai aucun mérite car l’italien est ma langue maternelle.

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    1. Merci beaucoup, je vous avoue avoir mal relu… Et surtout je pratique trop peu l’Italien, d’où mes imprécisions. En espérant d’autres commentaires de votre part dans l’avenir!

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