Custer à l’écran: « They died with their boots on » (2/3)

Je vais à présent souligner de nombreux points qui méritent de l’être, car ils montrent un vrai travail de recherche de l’équipe du film, ainsi que certaines prises de position finalement moins tranchées que d’autres réalisations plus contemporaines ou ultérieures. Vu l’ampleur de ce qu’il y avait à dire, le dossier va être découpé en trois, et non en deux.

West Point.

Tout d’abord They died with their boots on présente plutôt bien la société militaire de l’époque, où les soldats et surtout les officiers de métier, comme en Europe, se tiennent en grande partie hors des clivages civils et politiques de leur temps, voire les dédaignent. Sans parler d’Etat dans l’Etat, la société militaire a ses propres règles et n’est pas forcément des plus ouvertes. Ainsi, au début de la guerre de Sécession, on voit le commandant de l’école de West Point laisser partir les élèves officiers originaires du sud, au son de Dixie, chanson caractéristique de cette partie des Etats-Unis, avec un commentaire acerbe pour le représentant du gouvernement, affirmant que ce ne sont pas les militaires qui déclarent les guerres.

Si c’est évidemment à nuancer, et qu’un homme comme Lee a préféré décliner la proposition de commander l’armée de l’Union pour servir le Sud, c’est néanmoins assez fidèle à l’esprit du temps. D’ailleurs, une bonne partie des officiers étaient justement originaires du Sud et Lee que j’ai déjà cité a commandé l’académie quelques années. Notons tout de même que beaucoup d’officiers  tentèrent parallèlement, ou après leur temps de service, une carrière politique ou dans les affaires… Notamment à la présidence des Etats-Unis, tel Grant.

Carabine Sharps mle 1863. Nous sommes loin de la Winchester. Photo provenant de poudrenoire.free.fr

Un 7e de cavalerie moins caricatural qu’on pourrait le penser. 

Par ailleurs, le film montre bien que Custer a réussi à faire de son régiment, le 7e de cavalerie, une unité soudée, cas assez unique des soldats stationnés dans l’ouest. En effet, la réduction drastique des crédits militaires après la guerre de Sécession a coïncidé avec une contraction spectaculaire des effectifs et une dégradation des conditions de vie des soldats. Les chiffres sur l’alcoolisme, la désertion, le peu de motivation des unités servant dans le Far West sont éloquents (voir notamment les pages 100-102 du livre de Jacquin et Royot à ce sujet) et on voit à l’écran le changement opéré par Custer. Il rend une atmosphère militaire au fort et une cohésion à ses hommes,  fait adopter, de façon très hollywoodienne, le fameux air Garry Owen qui vient d’Irlande (en fait déjà bien connu aux Etats-Unis, mais un film doit faire rêver pour vendre!) etc.

L’adoption de Garry Owen vue par le film. Contrairement à l’anecdote, les phrases dites par Custer sur le fait qu’un régiment a besoin d’un signe d’unité, et continue à vivre même si ses hommes meurent n’ont rien de caricaturales, elles:

Enfin, deux derniers passages à retenir : Custer se moque des Winchesters vendues aux Indiens en affirmant que ce n’est pas une arme pour les soldats. Or, si elle fait les choux gras du western, ce n’est effectivement pas le matériel réglementaire de la cavalerie américaine, qui utilise les carabines Sharps ou Spencer ou encore des armes de chez Springfield… En effet, la Winchester est d’un calibre assez faible et incite à la consommation de munitions, ce qui ne plaisait pas à l’Etat-major. Je terminerai par cette citation tirée du film, et dite par un des officiers de Custer juste avant sa dernière bataille : « Pour qui vous prenez vous les Yankees [il est d’origine irlandaise] ? Les seuls vrais Américains sont derrière la colline avec des plumes sur la tête. »

Peu importe qu’elle soit sans doute apocryphe, c’est surtout le signe qu’il ne faut pas mettre tout l’Hollywood de l’époque dans le même panier. Néanmoins il nous reste à parler de Custer lui-même et de la manière dont il est présenté.

Bibliographie (non exhaustive) sur le contexte historique: 

-AMEUR (Farid), Sitting Bull, héros de la résistance indienne, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2014, 239 p.

-JACQUIN (Philippe) et ROYOT (Daniel), Go west ! Une histoire de l’ouest américain d’hier à aujourd’hui, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2004, 368 p.

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