Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : I) Introduction

Voici venu le temps d’ouvrir un très long dossier sur les Italiens et l’Ethiopie, qui ira de la défaite retentissante d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale. Il sera l’occasion d’évoquer les appétits coloniaux du jeune Etat italien, la conquête sanglante du pays réalisée par Mussolini, avant de revenir sur les combats en Ethiopie alors qu’il lance son pays dans la guerre aux côtés de Berlin. Cette introduction va avoir pour but de présenter le contexte dans lequel la relation troublée entre les deux pays débute.

L’Italie, un Etat arrivé tard dans la course coloniale

Etat unitaire formé à la suite des guerres du Risorgimento, et rêvant encore de certaines terres peuplées d’Italiens (Trentin, Frioul…), l’Italie est jeune dans les années 1880, et souhaite être intégrée dans le concert des grandes puissances. Or, sans manquer d’atouts, elle porte encore à cette date de nombreuses faiblesses: une séparation assez nette entre un nord en pleine industrialisation, et à la vie culturelle bourgeoise bien vivante…  Et un sud plus rural, où les grands propriétaires et un certain archaïsme règnent encore, d’ailleurs favorisés par un certain dédain des grandes métropoles comme Turin ou Milan à son égard. De plus, l’Italie n’est qu’incomplètement industrialisée, manque de charbon et autres produits miniers essentiels des révolutions industrielles. Enfin, ses armes n’ont pas eu un succès retentissant dans des guerres comme celle de 1866 contre l’Autriche.

Les groupes dirigeants et les cercles influents proches du pouvoir cherchent donc à l’étendre pour des raisons de prestige (les grandes puissances se doivent d’avoir des colonies pour certains), augmenter ses débouchés commerciaux et accéder à des sources de matières premières. Pourtant, si la Méditerranée semble le meilleur et plus proche théâtre pour ce faire, c’est aussi une région où règne l’influence prépondérante de la France et du Royaume-Uni ainsi que celle, déclinante, de l’Empire Ottoman. D’ailleurs, Paris s’est emparée de la Tunisie au grand dam des Italiens dans les années 1880, et l’heure d’attaquer les possessions turques n’est pas encore arrivé (c’est la guerre de 1911). Il faut donc trouver une autre région.

Francesco Crispi (au centre), en 1888. C'est l'un des chantres du colonialisme italien.

Francesco Crispi (au centre), en 1888. C’est l’un des chantres du colonialisme italien.

Des visées sur la Corne de l’Afrique: 

Le repli s’effectue vers la mer Rouge et la Corne de l’Afrique: l’Italie est arrivée tard dans la course coloniale, mais ces espaces ne sont pas encore tous soumis à l’influence européenne. De plus, avec l’ouverture du canal de Suez en 1869, ces côtes s’avèrent stratégiques, notamment car situées le long de la route vers l’Inde et la Chine d’un côté et le Méditerranée de l’autre.  L’Italie achète donc des bases sur la côte d’Érythrée en 1882, et entre ainsi dans le partage de l’Afrique. Au cours des années suivantes, elle étend ses possessions par la force et la diplomatie, avec quelques déconvenues qui n’empêchent pas la progression.

Cette politique est en grande partie voulue par quelques groupes, dont des parlementaires intéressés par l’aventure de conquête, un peu comme l’informel « Parti colonial » d’Eugène Etienne dans la France de la même époque. C’est à dire qu’elle n’a pas l’assentiment de tout le pays, d’ailleurs grandement rural et très peu associé aux décisions ni même aux votes jusqu’aux réformes de Giolitti. Ces visées coloniales ne sont d’ailleurs pas plus voulues de toute la classe politique, comme dans d’autres pays. Songeons, en France, aux joutes verbales de l’époque entre Jules Ferry et Clemenceau à ce sujet…

Toutefois, c’est à la fin des années 1880 que les Italiens entrent en contact avec les chefs qui se partagent le pouvoir en Ethiopie. L’Etat est très ancien, pourtant, le pouvoir central n’y est pas toujours très bien affirmé. D’ailleurs, l’oeuvre d’unification des souverains est gênée justement par les appétits des puissances étrangères, auxquels ils doivent faire face avant de régler les problèmes internes. Pour l’heure, Rome signe un traité avec le souverain qu’est le négus Ménélik, et semble contrôler le pays.

Toujours est-il qu’au début des années 1890, Ménélik, soutenu par les Français, conteste la présence italienne. Au fil des ans, les agitations contre les Italiens augmentent et, en 1895, l’affrontement semble proche entre les deux parties…

Pièce de la colonie italienne d’Érythrée.

Pièce de la colonie italienne d’Érythrée.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Pour les mutations longues et la cadre proprement italien:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine. 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Sur les armes, le matériel et les opérations, un bon fascicule Osprey:

-MCLACHLAN (Sean), Armies of the Adowa Campaign, 1896, Oxford, Osprey publishing, coll. « Men-at-arms », 2011, 48 p.

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