L’Alsace-Lorraine dans la Grande Guerre: IV) La fin de la guerre et le retour au sein de la République

Les derniers combats

On l’a vu précédemment: à partir du moment où le front se stabilisa en Alsace et en Moselle, les combats y  revêtirent principalement la forme d’une guerre de position; très dure à supporter, surtout dans les Vosges, et finalement assez chère en vies humaines. Des affrontements sanglants eurent lieu pour la possession de quelques zones stratégiques, comme au Hartmannswillerkopf et au Lingekopf, mais qui ne permirent pas d’emporter la décision.

Finalement, ce front resta assez secondaire dans l’ensemble de la guerre et n’eut pas « son » Verdun ou l’équivalent de la bataille de la Somme, des Flandres etc. La situation évolua peu jusqu’à la fin du conflit. On notera l’arrivée progressive des soldats américains sur le front, à partir du printemps 1917. Ils relevèrent des soldats épuisés et tentèrent de prendre l’offensive, notamment dans les forêts d’Argonne en septembre 1918, là où les assauts français avaient précédemment échoué. Ce fut un échec là encore, car ils se heurtèrent à des positions bien fortifiées, en partie enterrées et solidement tenues par les troupes allemandes qui, là, se défendaient encore efficacement à quelques mois de leur défaite.

En fait, l’issue finale se jouait ailleurs. Après l’échec des offensives de l’été 1918, la situation intérieure de l’Empire allemand évolua très négativement, jusqu’à conduire au retrait du kaiser Guillaume II et aux négociations qui aboutirent à l’armistice du 11 novembre. La reprise de l’Alsace-Lorraine était jugée imminente. Or, à l’heure où ces anciens départements allaient devenir français, il fallut prendre en considération le fait qu’ils avaient été coupés de la France depuis longtemps et aussi que la situation matérielle des populations civiles était fragile. Réquisitions, incorporations, combats sur la ligne de front et hivers rigoureux avaient beaucoup touché l’Alsace et la Moselle durant la Première Guerre mondiale. Voyons donc comment ce retour s’opéra.

Médaille commémorant le retour de l’Alsace et de la Moselle à la France en 1918.  On voit bien un poilu écraser les emblèmes allemands et Marianne aller à la rencontre des populations locales. Hébergée sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10234298k

Le retour des « provinces perdues » à la France 

Si la tension autour des régions cédées en 1871 s’était peu à peu apaisée au tournant du siècle, on a vu que cette question refit irruption dans le débat public au début des années 1910 et, dès 1914, leur retour devint un but de guerre affiché de la France, mais seulement après l’entrée en guerre. A l’inverse de ce que l’on croit souvent, « dans la crise de juillet 1914, qui a dramatiquement débouché sur la guerre européenne, puis mondiale, l’Alsace-Lorraine n’a joué aucun rôle » (1).

Reste qu’en 1918, la guerre gagnée, l’opinion française était favorable à une restitution de cette région, ce qui fut prévu dès l’armistice du 11 novembre. En deux semaines, les troupes allemandes évacuèrent l’Alsace-Moselle et la République y fit son retour très rapidement. Le traité de Versailles de 1919 confirma cette passation de pouvoir, mais qui ne se fit pas sans heurts. En effet, la France expulsa très rapidement les Allemands qui s’étaient installés après 1871 et s’empara de leurs biens: 100.000 personnes étaient concernées début 1920. De plus, les lois de la République furent installées trop rapidement, malgré certains aménagements, dans un espace habitué pendant 47 ans à une monarchie autoritaire, fédéraliste et de langue allemande.

Beaucoup d’Alsaciens et de Mosellans ne parlaient pas le français en 1918 et ces changements brutaux, aussi visibles en matière judiciaire, douanière et au niveau des partis politiques, créèrent un vrai malaise, qui déboucha sur des velléités autonomistes. Seul le temps et la brutalité inouïe des nazis lors de la seconde annexion de 1940-1945 y mirent fin, ainsi qu’une meilleure réintégration de l’Alsace et de la Moselle dans l’espace français puis européen après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

(1) ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, p. 137.

A noter une exposition sur le thème évoqué aux archives de de Strasbourg:

https://archives.strasbourg.eu/n/exposition-en-cours/n:146

Bibliographie:

-ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, 222 p.

-Informations glanées lors de la visite de nombreux forts et musées, dont:

https://antredustratege.com/2017/10/12/le-fort-rapp-moltke-reichstett/

https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

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