La Belgique dans la Première Guerre mondiale: IV) La mise en place d’un régime d’occupation sévère

La maîtrise du territoire belge occupé revêt rapidement une grande importance aux yeux du haut-commandement allemand. Outre ses richesses minières et son industrie puissante, la Belgique est aussi un nœud de communication vital pour les forces du kaiser engagées dans le nord-est de la France. Par elle doivent transiter les trains de munitions, matériel, mais aussi de blessés et de renforts. C’est pourquoi l’occupation du royaume va se révéler stricte et lourde, même si elle n’est évidemment pas comparable, dans sa nature, à celle, ultérieure de la Seconde Guerre mondiale.

Les forces d’occupation

Rapidement, la Belgique est séparée en plusieurs zones aux statuts différents, suivant la proximité au front. C’est la distance à celui-ci qui détermine le degré de contrôle militaire allemand. Plus l’on est proche du lieu des combats, plus il est important. Hors du front, l’autorité est exercée par un gouverneur général qui concentre les pouvoirs dans ses mains et s’est calqué sur les divisions du territoire (provinces, communes…) pour installer sa double administration, civile et militaire. Si les bourgmestres belges et d’autres conseils restent en place, il a toute latitude pour émettre des décrets et ne s’en prive pas. Bientôt, les murs sont recouverts de publications indiquant les ordres de l’occupant et les consignes à suivre. Dans certains domaines, des structures sont même créées pour répondre à un besoin précis (notamment vis-à-vis des Flamands jugés plus « sûrs » que les Wallons), et des fonctionnaires arrivent d’Allemagne pour remplir leurs missions.

La structure, pesante, s’appuie sur 80.000 soldats et un personnel civil dont le souci est de contrôler l’ensemble des activités économiques et politiques. C’est par exemple le cas dans la finance, où l’on retrouve des personnalités envoyées d’Allemagne, comme Hjalmar Schacht, futur ministre du troisième Reich, et qui organisent une économie de guerre (achats de biens pour l’Allemagne, réquisitions…). A mesure que les années passent, le statut futur du territoire est également discuté à Berlin: faut-il l’annexer purement et simplement après la victoire (dont l’Allemagne ne doute pas jusqu’en 1918) ? « Simplement » en faire un État vassal ? Comme l’issue finale n’est alors pas connue, ces questions soulèvent des réactions parfois contradictoires sur place, ce qui n’est pas sans créer beaucoup de confusions.

Caricature évoquant les difficultés du ravitaillement en 1916. Image présentée au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

Éléments du mur électrifié entre Belgique et Pays-Bas édifié à partir de 1915. Cinq cents personnes perdent la vie en tentant de le franchir. Objet présenté à Liège dans le cadre de l’exposition « Liège Expo 14-18 ». Photo de l’auteur. https://www.provincedeliege.be/fr/liege1418/expo1418

Objets évoquant le « Relief for Belgium », grande oeuvre américaine. Pièces présentées au musée In Flanders Fields d’Ypres. Photo de l’auteur (juillet 2018). http://www.inflandersfields.be/fr

Les occupés face à l’arrivée des Allemands

On l’a dit, la majeure partie de la Belgique est occupée par l’Allemagne. C’est une situation inédite pour le royaume, qui avait su rester hors de la guerre de 1870. A moins de vivre dans la petite zone demeurée aux mains des forces armées belges, la plupart des habitants doivent continuer leur existence dans un pays occupé. Fuir vers la frontière française semble hors de propos, car ce serait retomber, pour une grande partie, dans des zones aux mains des troupes de Guillaume II. Reste la possibilité de partir vers les Pays-Bas restés neutres mais, pour éviter cette hypothèse, les Allemands mettent en place une barrière électrifiée très au point, et difficilement franchissable, même si des réseaux d’évasion se structurent pour la contourner.

Le premier et principal problème reste l’alimentation: aucun plan de secours n’existe en 1914, les Allemands réquisitionnent beaucoup et ce dans un pays déjà marqué avant-guerre par une forte propension à acheter à l’étranger certaines denrées comme les céréales (3/4), pas assez produites sur place. Dès la fin de l’année 1914, les vivres commencent donc à manquer, et y remédier n’est nullement une priorité pour les autorités d’occupation. Toutefois, elles laissent une structure être mise en place depuis Bruxelles, le CNSA (Comité national de Secours et d’Alimentation). Diverses personnalités belges et étrangères, notamment américaines, y concourent et obtiennent de l’Entente que de la nourriture franchisse en quantité le blocus naval franco-britannique pour venir soutenir la population belge. Cette demande d’aide rencontre un immense écho aux États-Unis, marqués par les destructions allemandes (comme la bibliothèque de Louvain, nous y reviendrons…) et désireux de soulager la misère de la « Poor little Belgium. »

Ce comité, dont l’organisation est complexe et masque des jeux d’influence, réussit toutefois amplement sa tâche et fournit, durant le conflit 4.3 millions de tonnes de nourriture, qui bénéficient aussi au Nord de la France.

Nous analyserons la prochaine fois les formes de résistance à cette occupation et les réactions allemandes, avant de parler par la suite des forces belges continuant le combat puis nous terminerons par la libération du territoire en 1918.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

-Informations glanées dans de nombreux musées belges dont le musée In Flanders fields d’Ypres, le Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Bruxelles), le musée-mémorial de Mons, le musée d’histoire militaire de Tournai et diverses expositions (liens depuis les images).

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