La gendarmerie sous le Consulat et l’Empire : II) S’imposer parmi les forces de l’ordre

Radet et Moncey, les organisateurs

Deux organisateurs de talent vont imprimer leur marque sur la gendarmerie et contribuer à faire d’elle une force cohérente et respectée. Il s’agit des officiers Radet et Moncey. Le premier, alors général, est nommé à la tête de l’arme en mars 1800. Jusque-là, elle n’avait pas eu de chef. Dès sa prise de poste il arpente le terrain, améliore la communication entre lui et les brigades, pour connaître plus facilement leur état moral et matériel. Celles-ci sont portées de 2000 à 2500 et passent de cinq à six hommes.

Par ailleurs, leur implantation territoriale est rationalisée alors qu’en juillet 1801, les éléments à la moralité la plus douteuse sont remerciés. Les gendarmes sont alors 15600 et Bonaparte crée également une unité rattachée directement à la garde consulaire (puis impériale), la gendarmerie d’élite, vêtue de jaune. Elle a pour mission de protéger les grands personnages de l’État et les sites gouvernementaux. Quand Radet cède la place à Moncey, officier dévoué qui sert dans l’armée depuis 1789, sans qu’on sache très bien pourquoi, cette force est plus sûre d’elle-même et dispose de moyens plus grands. On sait en effet l’importance que le premier Consul accorde à la sûreté des biens et des personnes, que va d’ailleurs rappeler le Code Civil quelques années après (1804).

Toujours est-il que Moncey poursuit l’oeuvre de son prédécesseur et va encore plus que lui être lié à cette arme dont il parvient à créer un véritable esprit de corps, notamment en combattant à ses côtés sur le champ de bataille, ce qu’on aura l’occasion de décrire plus tard. Sous son commandement les effectifs croissent beaucoup et il est fait maréchal en 1804, année où l’Arme devient non plus nationale mais impériale. Il organise aussi la gendarmerie dans les territoires alors français hors de l’hexagone (Italie du nord…) et crée l’ancêtre direct de la garde républicaine en 1812, la gendarmerie impériale de Paris.

 

Police et gendarmerie, les rivales

Napoléon est centralisateur et réalise une oeuvre intérieure d’une immense portée dont l’essentiel est encore visible de nos jours, qu’il s’agisse du Conseil d’État, de la cour des Comptes ou des préfets. Malgré cela, cela ne veut pas qu’il n’y ait pas des rivalités entre les ministères et même les différents services qui les composent, ce dont joue aussi le personnage pour accroître son autorité. C’est notamment le cas dans les forces de l’ordre. Il faut d’ailleurs plutôt parler de polices au pluriel qu’au singulier, pour reprendre le titre d’un ouvrage fameux de l’historien Jacques-Olivier Boudon: L’Empire des polices. Comment Napoléon faisait régner l’ordre (1).

Il y a donc un vrai conflit entre policiers et gendarmes sous le Consulat et l’Empire, à la fois car leurs missions se recoupent en partie, mais aussi car leurs chefs sont jaloux de leurs prérogatives. C’est bien entendu le cas de Joseph Fouché, personnage très connu et ministre de la Police à partir de 1799 et pendant une bonne partie de l’histoire napoléonienne. Ainsi, il tente à plusieurs reprises de faire fusionner gendarmerie et police, à son avantage. Il rentre aussi en conflit avec Moncey de nombreuses fois, et respecte peu son grade comme sa dignité de maréchal. La correspondance des deux personnages est fournie, notamment de plaintes auprès de Napoléon lui-même. Durant tout l’Empire, Fouché fait tout pour accroître la puissance de la police au détriment de sa rivale.

Aquarelle de Lucien Rousselot (1900) représentant un gendarme d’élite. Photo de l’auteur, musée de la gendarmerie.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

Il existe plusieurs livres sur la question (Antoine Boulant, Jacques-Olivier Boudon ont écrit sur le sujet, Jean-Noel Luc aussi). Pour ma part, j’ai consulté le synthétique et très sérieux :

-ALARY Éric, Histoire de la gendarmerie, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2011, 320 p.

(1) BOUDON Jacques-Olivier, L’Empire des polices. Comment Napoléon faisait régner l’ordre, Paris, La libraire Vuibert, 2017, 330 p.

Liens: 

Les photos du musée:

https://antredustratege.com/2015/11/22/musee-de-la-gendarmerie-nationale-melun/

La page Facebook du site : ici . 

Mes vidéos d’histoire sur Youtube:  La chaîne .

Mes articles pour la Gazette du wargamer 

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