La révolution belge de 1830: II) La montée des contestations

La politique du roi des Pays-Bas

La révolution de 1830 ne doit pas faire penser a posteriori que le roi Guillaume 1er n’ait fait que des erreurs ou ait totalement méconnu son nouveau territoire. Son fils a notamment combattu à Waterloo où il fait ériger un monument en son honneur, à l’endroit où il aurait été blessé. C’est la fameuse butte du lion (voir photo). De plus, il réalise d’importants investissements financiers en Belgique, développe l’industrie et le commerce. Les chantiers défensifs qui se multiplient (Huy, fort d’Orange à Namur…) donnent aussi indirectement du travail et sont un symbole de sa présence.

Toutefois, Guillaume Ier ne parvient pas à asseoir sa légitimité en Belgique. Roi autoritaire, il impose le néerlandais comme langue officielle en 1819, ce qui indispose l’élite francophone. Celle-ci réclame également une représentation politique plus large, de plus grandes libertés dans le domaine de la presse, de la culture et des arts. De plus, cette décision linguistique ne suffit pas pour lui rallier les populations flamandes de Belgique. Elles sont très largement catholiques et pratiquantes, bien encadrées par le clergé, et refusent le protestantisme néerlandais. Enfin, le roi peuple les administrations et emplois publics par des personnes venues des Pays-Bas, ce qui est très largement refusé par les Belges qui ont le sentiment d’être gouvernés par des « étrangers ».

Élites wallonnes et flamandes francophones, catholiques pratiquants et libéraux plus éloignés de l’Église trouvent donc un terrain d’entente qui fait taire provisoirement leurs querelles, ce que le pouvoir néerlandais a mal compris. Au départ, les revendications ne sont en effet pas totalement indépendantistes. Les mécontents veulent surtout un changement de politique et seraient prêts à conserver la souveraineté du roi Guillaume. Le marché néerlandais n’est pas inintéressant, appartenir à un pays plus vaste que les anciens Pays-Bas autrichiens non plus.  C’est le refus royal de changement et un nouveau contexte international qui vont amener à une marginalisation des plus modérés qui laissent la possibilité aux révolutionnaires de 1830 d’agir.

La butte du Lion, érigée entre 1823 et 1826 à l’endroit où le prince d’Orange (la maison royale des Pays-Bas), officier dans l’armée de Wellington, aurait été blessé durant la bataille de Waterloo. C’est un symbole visible de la période néerlandaise. Photo de l’auteur (juillet 2016).

Le gouvernement provisoire de la Belgique en 1830 de Charles Picqué. Nous reviendrons sur celui-ci… Le tableau avait été présenté dans le cadre de l’exposition « Baudelaire et la Belgique » au musée de la ville de Bruxelles. Photo de l’auteur (octobre 2017).

Détail. Photo de l’auteur (octobre 2017).

Un contexte international renouvelé

Les futur événements révolutionnaires d’août 1830 en Belgique sont aussi à replacer dans un contexte international plus large. En France, le pouvoir de Charles X a pris fin après les « Trois glorieuses » de juillet 1830. Comme en 1848, même si les événements viennent au départ d’Italie, l’exemple parisien génère des échos, des répliques. Il ne sert pas forcément de modèle à reproduire tel quel, mais au moins d’exemple à de nombreuses autres actions révolutionnaires en Europe.

Le nouveau pouvoir incarné par Louis-Philippe a d’ailleurs le regard braqué sur la Belgique frontalière. Il souhaite le démantèlement du Royaume-Uni des Pays-Bas, créé justement en 1815 pour limiter la menace d’une intervention française dans la région (voir article précédent). Les Orléans sont prêts à intervenir, ce qui est aussi un moyen d’assurer leur propre légitimité intérieure, très contestée au début du règne. Enfin, plane en arrière-plan, cette vieille envie française de repousser la frontière vers le nord et l’est, que j’avais évoquée et qui va jouer un rôle après le début des combats. Paris va en effet refuser une intervention militaire étrangère en Belgique, si proche de la France. L’agitation grandit au début de l’été 1830 et va déboucher sur une véritable révolution à la fin du mois d’août.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

La référence synthétique la plus scientifique et récente est l’indispensable Nouvelle histoire de Belgique. On pourra aussi se référer à l’étude du professeur Romain Yakemtchouk, qui analyse les choses sous l’angle franco-belge.

-WITTE (Els), Nouvelle histoire de Belgique. 1828-1847. La construction de la Belgique, Bruxelles, Le cri, 2017, 235 p.

-YAKEMTCHOUK (Romain), La Belgique et la France. Amitiés et rivalités, Paris, L’Harmattan, 2010, 297 p.

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