La révolution belge de 1830: IV) L’internationalisation du conflit

Le bombardement d’Anvers

Malgré les événements guerriers d’août et de septembre, des modérés essaient toujours de négocier avec le roi Guillaume, lui proposant de conserver un unique État avec de nouvelles frontières intérieures. Le sud des Pays-Bas gagnerait en autonomie et serait administré par le fils du roi, le prince d’Orange. Ceci qui permettrait notamment de conserver un marché intéressant pour l’économie nationale et de sauver l’essentiel côté néerlandais. Guillaume approuve ce projet, bien qu’il se voie encore comme le seul souverain de cet ensemble à venir. Il envoie son fils au sud pour organiser une nouvelle administration. L’idée des modérés est de stopper les révolutionnaires concentrés à Bruxelles alors que le roi n’agit que par calcul politique, espérant gagner du temps pour recouvrer le terrain perdu.

Toutes ces équivoques font que les négociations se fondent d’entrée de jeu sur du sable. Le prince, à partir d’Anvers, lance des appels plus militaires que pacifiques et le roi Guillaume ne supporte toujours pas la rébellion au Sud, qui s’active et annonce des élections. Or, Guillaume n’a pas donné au prince les moyens nécessaires pour réaliser sa mission et mettre en place une nouvelle administration depuis Anvers. Sans doute n’y croit-il pas vraiment. L’ambiguïté est ainsi totale et profite aux révolutionnaires bruxellois qui se mobilisent et envoient des troupes vers la ville déclarée en état de siège. Comme ils attaquent son arsenal et les bâtiments militaires présents, le commandant néerlandais ordonne de bombarder et de mettre le feu à Anvers le 27 octobre 1830.

Un conflit qui dépasse le cadre d’origine

Avec ces événements, un point de non-retour est franchi, qui clarifie au moins les positions des uns et des autres tout en internationalisant le conflit. Les révolutionnaires du sud affichent clairement leur volonté de créer un État belge indépendant, mais c’est une chose de le vouloir et une autre de l’obtenir. S’il n’y a pas à l’époque de tribunal international, les relations diplomatiques sont tout de même très importantes. De récents congrès comme celui de Vienne (1814-1815) ont montré qu’il était tout à fait possible de rassembler de nombreux pays autour d’une table pour parlementer, le tout facilité par l’emploi important du français par les élites. Or, j’ai rappelé que le Royaume-Uni des Pays-Bas découlait justement de ce congrès. Une importante modification territoriale le concernant ne peut donc passer inaperçue.

Dès le mois de septembre, Guillaume s’adresse d’ailleurs aux Britanniques, directement touchés par cette question. On se souvient de leur volonté de créer un État suffisamment puissant aux portes de la France, pour la contenir et l’empêcher d’accéder aux grands ports de la mer du Nord, menaçant en droite ligne leur capitale. Le Royaume-Uni lance donc des négociations internationales au sujet de la Belgique. La conférence qui s’ouvre à Londres le 4 novembre  1830 marque donc une nouvelle et importante étape dans la révolution belge.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

La référence synthétique la plus scientifique et récente est l’indispensable Nouvelle histoire de Belgique. On pourra aussi se référer à l’étude du professeur Romain Yakemtchouk, qui analyse les choses sous l’angle franco-belge.

-WITTE (Els), Nouvelle histoire de Belgique. 1828-1847. La construction de la Belgique, Bruxelles, Le cri, 2017, 235 p.

-YAKEMTCHOUK (Romain), La Belgique et la France. Amitiés et rivalités, Paris, L’Harmattan, 2010, 297 p.

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