Les Gaulois et la guerre : IV) Des tactiques très offensives

Jean-Louis Brunaux le rappelle très bien : le terme de « tactique » correspond mieux aux façons de combattre des Gaulois que celui de « stratégie ». La conception de plans et d’objectifs de campagne, une gestion assez rationnelle des moyens matériels et humains paraissent plus adaptés aux armées de Rome, sans, d’ailleurs, trop forcer le trait. Ce ne sont pas, dans tous les cas, des armées d’aujourd’hui. Malgré cela, dire que les Gaulois ne sont pas organisés du tout serait très réducteur.

Une valorisation de l’attaque

Il n’y a pas de manuels de stratégie gaulois, l’équivalent des œuvres de Végèce ou de traités historiques comme ceux de Xénophon. Si la réflexion n’est pas absente, au contraire, de leur mode de vie (mais c’est un autre sujet), elle ne se concrétise pas par la rédaction de longues considérations théoriques. Les Gaulois sont plus empiriques, s’adaptant sans cesse aux champs de bataille et aux caractéristiques des armées qu’ils affrontent. On sait quand même leur propension à privilégier l’attaque, souvent désordonnée, furieuse et frontale. Néanmoins, avec le temps et au contact d’autres civilisations comme celle des Grecs, ils apprennent à positionner leurs troupes sur le terrain, à la façon des hoplites, et la manœuvre dite « de la tortue », bien connue du fait de son utilisation par Rome, vient peut-être d’eux. Ils n’avancent donc pas en une masse informe dans les derniers temps de leur indépendance. De plus, pour employer une expression anachronique, ils savent développer ce qu’on nommerait aujourd’hui le « combat interarmes ». C’est-à-dire en combinant les manœuvres et le choc de l’infanterie et ceux de la cavalerie, placée aux ailes et utilisant en partie des chars.

De piètres capacités défensives ?

Ce centrage sur l’attaque laisse donc peu de place à la défense. Les camps gaulois ne sont ainsi jamais pourvus de fortifications, alors que ceux des Romains le sont systématiquement ; cela étonne encore Jules César pendant la guerre des Gaules. De plus, les oppida, embryons de villes fortifiées qui apparaissent au IIe siècle avant JC, ne sont pas des citadelles ou de vraies fortifications comme les Longs Murs reliant Athènes au Pirée. Les remparts ne sont pas doublés de chemins de ronde et sont parfois beaucoup trop longs ce qui rend difficile leur défense car il faut disperser un grand nombre d’hommes sur leur tracé sans qu’ils puissent réellement riposter à l’ennemi la plupart du temps.

Toutefois, la conception des murailles n’est pas totalement ratée. Les Romains nomment ces remparts murus gallicus. Faits de pierres entassées dans des sortes de coffres en bois qui tiennent avec des pièces de métal, ils se révèlent plus d’une fois tout à faits aptes à supporter le tir des machines de siège romaines. César avoue lui-même avoir été confronté plusieurs fois à de sérieuses difficultés face à ce type de murs, certes également pour se valoriser (il est vainqueur). D’après lui: non seulement une telle construction, formée de rangs alternatifs de poutres et de pierres, n’est point, à cause de cette variété même, désagréable à l’œil ; mais elle est encore d’une grande utilité pour la défense et la sûreté des villes ; car la pierre protège le mur contre l’incendie, et le bois contre le bélier ; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l’intérieur (1). En fait, il semble que les derniers oppida sont mieux réalisés que leurs prédécesseurs et forcent notamment l’ennemi à parcourir une sorte de couloir sous le feu ennemi, cette fois possible, avant de pouvoir forcer ses défenses et d’entrer à l’intérieur. Il reste toutefois impossible de dire comment l’art militaire des Gaulois aurait évolué sans la conquête romaine.

Bibliographie :

-BRUNAUX Jean-Louis, Les Gaulois, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2020, 476 p.

-FICHTL Stephan , « Murus et pomerium : réflexions sur la fonction des remparts protohistoriques », Revue archéologique du Centre de la France [En ligne], Tome 44 | 2005, mis en ligne le 01 décembre 2006, consulté le 11 janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/racf/515

(1)CÉSAR Jules, La guerre des Gaules, Livre VII, chapitre XXIII.

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