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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: II) Le déclenchement

Une accumulation de tensions

James II monte donc sur le trône en 1685, et ne s’y maintient que trois ans, mais l’issue n’était pas acquise dès le départ et il faut, en histoire, se garder d’orienter notre vision des faits vers le résultat produit. En effet, il a des soutiens, notamment la fraction conservatrice du parlement, les Tories. Ces parlementaires, inquiets d’un possible désordre, ont refusé qu’il soit exclut de la succession et espèrent qu’il va régner en apparence comme un anglican, bien qu’il se soit converti au catholicisme.

Or, si son frère Charles II avait su refouler en public sa préférence pour cette dernière religion, ce n’est pas le cas du cadet, et c’est bien là que réside son problème. Ainsi, en 1687, il fait éditer une déclaration d’indulgence plutôt large, qui donne tout simplement la liberté de culte aux catholiques et accorde un statut proche aux Dissenters, une fraction protestante rigoriste opposée à l’Eglise anglicane, jugée comme restée trop proche du catholicisme. 

Si l’on peut, à quelques siècles de distance, évaluer positivement cette décision très tolérante, qui arrive bien avant l’émancipation définitive des catholiques (1829), le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fut pas jugée ainsi à l’époque. Ainsi les Dissenters apprécient une liberté retrouvée… Mais certains trouvent qu’elle donne trop de droits aux « papistes » exécrés, et le commentaire peut être valable dans l’autre sens !  De plus, le roi force le clergé anglican à lire cette déclaration, ce qui est catastrophique et plusieurs évêques refusent de se soumettre à l’injonction royale. Sept d’entre eux protestent, sont jugés… Et finalement acquittés dans une grande ferveur populaire.

Les tensions se cristallisent en 1687 quand l’annonce de la grossesse de la reine est rendue publique: le roi espère tout naturellement un fils pour lui succéder, alors qu’une partie de l’opinion le craint, car tout indique qu’il sera élevé dans la foi catholique.

La reine Mary, épouse de Guillaume d’Orange. Copie d’un portrait de Lely (vers 1677-1680). Image libre de droits hébergée sur wikipédia.

Guillaume d’Orange entre en lice

C’est là que Mary, fille de James II issue d’un premier mariage, rentre dans le récit. Épouse de Guillaume d’Orange, Stathouder (gouverneur général au pouvoir exécutif assez fort) des Provinces-Unies (Pays-Bas) et adversaire farouche de Louis XIV, elle représente une alternative viable pour ceux qui s’opposent au roi. Élevée comme anglicane, unie à un protestant, héritière légitime tant que son père n’a pas de garçon, elle ne représente donc pas de danger. De plus, Guillaume regarde lui aussi vers l’Angleterre. Le trône l’intéresse, il n’entend pas être un simple consort, et mettre la main sur la puissante flotte britannique lui permettrait de lutter efficacement contre la France.

Ainsi, le 30 juin 1688, sept hommes parmi les plus influents du pays, notamment des politiciens Whig, l’autre tendance du parlement, opposée aux Tories, écrivent une lettre à Guillaume, lui demandant de venir en Angleterre. On sait d’ailleurs qu’elle ne fut pas spontanée: le Stathouder pressa ses contacts sur l’île d’agir en ce sens, surtout après la naissance effective du fils de James II vingt jours plus tôt. Il avait de plus pris sa décision d’envahir l’Angleterre dès mai. Toutefois, on le verra, il fallut encore de nombreux mois pour résoudre la crise.

Guillaume d’Orange, puissant home d’Etat néerlandais et par la force des choses anglais portrait de Kneller vers 1680. Image libre de droits hébergée sur wikipédia.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: I) Le contexte

Les Stuarts

D’origine écossaise, la dynastie des Stuarts est montée sur le trône d’Angleterre à la mort sans héritier direct d’Elisabeth Ier en 1603. Le plus proche du trône se trouvait donc être le roi James VI d’Ecosse, descendant d’une des sœurs d’Henry VIII, mariée à l’un de ses ancêtres. Sorte de « revanche » écossaise, après un Moyen-Age qui vit le pays convoité par l’Angleterre, le nouveau souverain instaurait une dynastie qui allait régner jusqu’à la mort de la reine Anne, en 1714.

Pour la première fois, un même monarque régnait conjointement sur l’Ecosse et l’Angleterre, bien que les deux entités fussent encore séparées (l’Union intervint en 1707). D’ailleurs, le roi James VI- James Ier au sud de la Tweed- s’installa rapidement à Londres et s’anglicisa. Il ne faut pas croire qu’il porta avec lui des revendications écossaises démesurées… Toutefois l’édifice restait fragile. En effet, la dynastie connut rapidement d’importants déboires, et ce dès son deuxième souverain, le roi Charles Ier. On sait qu’il s’opposa violemment au parlement pourtant incontournable, mais aussi que son mariage avec une princesse catholique, fille d’Henri IV de France, fut mal accepté. Le pays, marqué par un anglicanisme en -lente- construction, des mouvements puritains plus radicaux et le presbytérianisme en Ecosse connaissait alors d’importants troubles religieux qui allaient être longs à résoudre.

Tout ceci conduisit à une guerre civile puis à la défaite du roi, arrêté et exécuté en 1649. Après sa mort, le pays fut un temps dirigé d’une main de fer par Oliver Cromwell, héros de la guerre mais aussi intransigeant en matière religieuse, autoritaire et brutal avec les marges peu contrôlées comme l’Irlande. 

Charles Ier par Daniel Mytens, portrait conservé à la National Portrait Gallery (photo-ratée- de l’auteur): https://antredustratege.com/2018/12/16/le-volet-militaire-de-la-national-portrait-gallery-londres/ https://www.npg.org.uk/

A sa mort en 1658, son édifice nommé « Commonwealth » ne lui survit que peu: son fils fut écarté et grâce à des hommes puissants comme le général Monk, les Stuarts furent rétablis sur le trône en la personne de Charles II, fils du roi décapité et élevé en France où il s’était réfugié avec sa mère et son frère, le futur James II. Son assez long règne (1660-1685) fut marqué par plus de stabilité, par un essor économique et colonial important, mais aussi des difficultés avec le parlement, notamment car, tolérant, il aspirait à plus de libertés pour les catholiques.  D’ailleurs, s’il savait pertinemment que l’Eglise anglicane constituait un fidèle soutien du trône, il se sentait plus proche du catholicisme et l’historien John Miller rappelle qu’il se convertit sur son lit de mort (voir bibliographie).

James II 

Or, Charles II n’avait pas d’héritier légitime et la couronne devait tout naturellement revenir à son frère James, ouvertement catholique, sans doute depuis 1668, date présumée de sa conversion. Si ces querelles religieuses semblent dérisoire à notre siècle, il faut les replacer dans le contexte et se rappeler qu’un arrière-plan plus politique se trouvait derrière ces questions d’autel et de conscience. On se souvient par exemple qu’Henry VIII, créateur de l’anglicanisme, avait voulu se débarrasser de l’influence de Rome et du pape en se soustrayant à leur autorité morale.

Là, la catholicité du roi gênait ses sujets qui avaient majoritairement abandonné cette religion, jugée comme déshonnête, soumise au vicaire du christ, qui pourrait gêner les positions et les propriétés acquises par l’Eglise (anglicane) d’Angleterre... James, lui, jugeait sévèrement le clergé protestant, le croyant coupable de désinformation et d’entretenir l’ignorance. Alors qu’il s’était converti facilement, il ne comprenait pas qu’on ne puisse pas faire de même.

 

Le roi James II peint par Sir Godfrey Kneller en 1684. Photo du tableau gracieusement fournie par la National Portrait Gallery: https://www.npg.org.uk/collections/search/portraitZoom/mw03423/King-James-II?LinkID=mp02391&role=sit&rNo=4 Mon article sur ce lieu: https://antredustratege.com/2018/12/16/le-volet-militaire-de-la-national-portrait-gallery-londres/

Son second mariage avec une princesse elle aussi catholique, Marie de Modène, laissait enfin croire à une restauration durable du catholicisme, qui faisait peur: les Anglais se souvenaient de la reine Mary, la fameuse « Bloody Mary » qui avait voulu rétablir le catholicisme par la force et la violence durant son règne au milieu du XVIe siècle. De plus, d’origine française, James II était plutôt proche de Versailles et de la politique de son souverain, Louis XIV, ce qui pouvait paraître contraire aux intérêts anglais. Ajoutons à cela une volonté de gouverner farouche : le roi se croyait en mission pour Dieu et craignait de manquer de temps pour la réaliser, ce qui l’incita à aller vite, notamment en augmentant son pouvoir personnel, chose qui fut très mal perçue.

Bibliographie:

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

Suite du patrimoine militaire de Cork: le musée public de la ville

Suite de l’article ci-dessous, ce second se penche sur les très riches collections du musée public de Cork, qui contient de vraies raretés concernant l’histoire irlandaise: objets de Michael Collins, uniformes, armes… A retrouver gratuitement, dans la ville. Vous voudrez bien excuser la qualité médiocre de certaines photos, du fait des reflets.

https://www.cork-guide.ie/cork_city/cork-public-museum.html

La première partie:

https://antredustratege.com/2018/05/08/premier-apercu-du-patrimoine-militaire-de-cork/

Photos de l’auteur

Cartouchières, sifflet et ceinturon utilisés par les Irlandais durant la guerre d’indépendance.

Baïonnette de fusil Enfield utilisée par la police armée aux service des Britanniques, la RIC (Royal Irish Constabulary). Celle-ci a été capturée par les insurgés du comté de Cork. On aperçoit aussi une matraque utilisée par les Britanniques.

Fusil allemand mauser (modèle 1888) débarqué à Howth en 1914. Ils servirent notamment dans la révolte de 1916 à Dublin. Le bateau qui les a amenés est visible ici: https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

Objets provenant du célèbre Lusitania, coulé au large des côtes irlandaises en 1915. Il est notamment connu car des Américains, encore neutres, s’y trouvaient lorsqu’il a été torpillé par un sous-marin allemand.

Boucle de ceinturon de volontaire irlandais, guerre d’indépendance.

Le pistolet de Michael Collins. Il s’agit d’un bien connu « P08 » allemand.

Objets ayant appartenu à des Irlandais engagés côté confédéré. Certains le furent au nord. Une partie revint en Irlande et, fort de son expérience militaire, organisa la grande révolte de 1867.

On le sait peu, mais des Irlandais vinrent au secours de la France en 1870. Un bel article à ce sujet: https://journals.openedition.org/rha/4612

Parnell, le héros de la lutte parlementaire dans la 2e moitié du XIXe siècle. Après que les catholiques eurent obtenu des droits politiques en 1829, ils s’en emparèrent et se battirent à Westminster, avant d’être dépassés après 1914 et une lutte plus violente.

Le numéro du 11 décembre 1897 du weekly Freeman rappelle la tentative de révolte de 1798 appuyée par la France. On voit Wolfe Tone et le jeune Bonaparte en discuter. Mais ce fut plutôt le général Humbert qui débarqua en Irlande. Pour en savoir plus: https://antredustratege.com/2017/03/04/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-1798-un-debarquement-avec-tres-peu-de-moyens/ https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1967_num_74_2_4569

 

 

Insigne de la milice de Cork, mise en place en 1793 pour contrer un éventuel débarquement français. A lire: https://antredustratege.com/2017/02/16/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-la-tentative-de-1796/

En bonus, une oeuvre conservée à la Crawford Art Gallery, qui contient quelques tableaux intéressants sur l’histoire irlandaise. Elle aussi gratuite:

https://www.crawfordartgallery.ie/

 

Sean Keating présente ici ses « Men of the South », six volontaires de la guerre d’indépendance. Le tableau a été peint entre 1921 et 22.

Autres articles sur l’Irlande:

https://antredustratege.com/2017/01/11/les-debarquements-francais-en-irlande-1689-1796-1798-i-introduction/

https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

L’Alsace-Lorraine dans la Grande Guerre: IV) La fin de la guerre et le retour au sein de la République

Les derniers combats

On l’a vu précédemment: à partir du moment où le front se stabilisa en Alsace et en Moselle, les combats y  revêtirent principalement la forme d’une guerre de position; très dure à supporter, surtout dans les Vosges, et finalement assez chère en vies humaines. Des affrontements sanglants eurent lieu pour la possession de quelques zones stratégiques, comme au Hartmannswillerkopf et au Lingekopf, mais qui ne permirent pas d’emporter la décision.

Finalement, ce front resta assez secondaire dans l’ensemble de la guerre et n’eut pas « son » Verdun ou l’équivalent de la bataille de la Somme, des Flandres etc. La situation évolua peu jusqu’à la fin du conflit. On notera l’arrivée progressive des soldats américains sur le front, à partir du printemps 1917. Ils relevèrent des soldats épuisés et tentèrent de prendre l’offensive, notamment dans les forêts d’Argonne en septembre 1918, là où les assauts français avaient précédemment échoué. Ce fut un échec là encore, car ils se heurtèrent à des positions bien fortifiées, en partie enterrées et solidement tenues par les troupes allemandes qui, là, se défendaient encore efficacement à quelques mois de leur défaite.

En fait, l’issue finale se jouait ailleurs. Après l’échec des offensives de l’été 1918, la situation intérieure de l’Empire allemand évolua très négativement, jusqu’à conduire au retrait du kaiser Guillaume II et aux négociations qui aboutirent à l’armistice du 11 novembre. La reprise de l’Alsace-Lorraine était jugée imminente. Or, à l’heure où ces anciens départements allaient devenir français, il fallut prendre en considération le fait qu’ils avaient été coupés de la France depuis longtemps et aussi que la situation matérielle des populations civiles était fragile. Réquisitions, incorporations, combats sur la ligne de front et hivers rigoureux avaient beaucoup touché l’Alsace et la Moselle durant la Première Guerre mondiale. Voyons donc comment ce retour s’opéra.

Médaille commémorant le retour de l’Alsace et de la Moselle à la France en 1918.  On voit bien un poilu écraser les emblèmes allemands et Marianne aller à la rencontre des populations locales. Hébergée sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10234298k

Le retour des « provinces perdues » à la France 

Si la tension autour des régions cédées en 1871 s’était peu à peu apaisée au tournant du siècle, on a vu que cette question refit irruption dans le débat public au début des années 1910 et, dès 1914, leur retour devint un but de guerre affiché de la France, mais seulement après l’entrée en guerre. A l’inverse de ce que l’on croit souvent, « dans la crise de juillet 1914, qui a dramatiquement débouché sur la guerre européenne, puis mondiale, l’Alsace-Lorraine n’a joué aucun rôle » (1).

Reste qu’en 1918, la guerre gagnée, l’opinion française était favorable à une restitution de cette région, ce qui fut prévu dès l’armistice du 11 novembre. En deux semaines, les troupes allemandes évacuèrent l’Alsace-Moselle et la République y fit son retour très rapidement. Le traité de Versailles de 1919 confirma cette passation de pouvoir, mais qui ne se fit pas sans heurts. En effet, la France expulsa très rapidement les Allemands qui s’étaient installés après 1871 et s’empara de leurs biens: 100.000 personnes étaient concernées début 1920. De plus, les lois de la République furent installées trop rapidement, malgré certains aménagements, dans un espace habitué pendant 47 ans à une monarchie autoritaire, fédéraliste et de langue allemande.

Beaucoup d’Alsaciens et de Mosellans ne parlaient pas le français en 1918 et ces changements brutaux, aussi visibles en matière judiciaire, douanière et au niveau des partis politiques, créèrent un vrai malaise, qui déboucha sur des velléités autonomistes. Seul le temps et la brutalité inouïe des nazis lors de la seconde annexion de 1940-1945 y mirent fin, ainsi qu’une meilleure réintégration de l’Alsace et de la Moselle dans l’espace français puis européen après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

(1) ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, p. 137.

A noter une exposition sur le thème évoqué aux archives de de Strasbourg:

https://archives.strasbourg.eu/n/exposition-en-cours/n:146

Bibliographie:

-ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, 222 p.

-Informations glanées lors de la visite de nombreux forts et musées, dont:

https://antredustratege.com/2017/10/12/le-fort-rapp-moltke-reichstett/

https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

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L’ouvrage-abri de Hatten: la ligne Maginot en Alsace

L’Alsace et la Moselle ont vu l’essentiel des ouvrages de la ligne Maginot y être construits. Ainsi, sur le territoire de la petite commune de Hatten, pas moins de 19 fortifications de toutes tailles (casemates d’infanterie, observatoire, abri…) ont été implantés. Je vous propose cette fois la visite de l’abri, dont les 28 pièces souterraines permettaient à l’équipage (nom des garnisons de la ligne) de vivre en autarcie sous le sol. Le site du musée (qui offre aussi des salles consacrées aux combats de la Libération en Alsace, en 44-45). Photos de l’auteur.

http://www.abrihatten.fr/musee.html

 

L’entrée de l’abri, côté regardant vers la France. Il est protégé par des cloches GFM (guetteur fusil-mitrailleur), des portes blindées, des FM sous masque et un fossé. Photo de l’auteur.

Vision rapprochée de la cloche blindée. Photo de l’auteur.

Un des interrupteurs Alsthom à l’intérieur. L’autarcie pouvait être complète: citernes d’eau, centrale électrique système de désenfumage… Photos de l’auteur.

Les chambrées. Photo de l’auteur.

Le système de ventilation. Photo de l’auteur.

Vue de la cuisine. Photo de l’auteur.

L’escalier menant vers la cloche vue plus haut. Photo de l’auteur.

La citerne d’eau. Photo de l’auteur.

Autres ouvrages Maginot ici:

https://antredustratege.com/2015/07/22/apercu-de-la-maurienne-militaire-1940-1944-45/

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L’Alsace-Lorraine dans la Grande Guerre: III) La guerre de position

Des combats coûteux et peu décisifs

Une fois le front stabilisé, il resta pratiquement tel quel jusqu’à la terrible année 1918. Les combats, quoique très violents et tout sauf sporadiques, ne permirent pas à l’un des deux camps de l’emporter, comme dans les autres secteurs de la guerre à l’ouest d’ailleurs. Quelques lieux emblématiques concentrèrent les plus grands affrontements, notamment le Lingekopf et le Hartmannwillerskopf, sommet d’importance dans les Vosges alsaciennes. Là, en montagne et dans des conditions épouvantables, Français et Allemands se firent face. Y creuser des tranchées, régler les tirs d’artillerie, passer à l’assaut et tout simplement communiquer était rendu difficile par le relief et le climat semi-continental, chaud en été et froid en hiver. Des offensives allemandes et françaises s’y succédèrent durant l’année 1915 pour le contrôle de l’éperon stratégique, qui permettait de bien observer la plaine d’Alsace. Les chasseurs français s’y illustrèrent particulièrement et les pertes totales furent de 30.000 hommes. Cela est certes bien moins « impressionnant » que les batailles comme Verdun mais masque la dureté des engagements, que les monuments, cimetières et vestiges permettent de mieux appréhender encore aujourd’hui.

Après cela, plus aucune attaque de grande envergure ne fut tentée dans la région, et l’on peut faire le même commentaire pour l’Argonne, où les Français avaient attaqué (combats en 1914 et 1915): ils furent repoussés par les défenseurs allemands. Une chanson allemande nommée Argonnerwaldlied évoque d’ailleurs ce front. Enfin, notons tout de même l’installation, en Lorraine cette fois, d’un canon allemand à longue portée qui bombarda Nancy entre 1916 et 1917, avant d’être réduit au silence par les avions français. Nous le verrons, d’importants combats reprirent en 1918 seulement.

 

Mitrailleuse allemande Maschinengewehr modèle 1908. Elle fut allégée en 1915 pour une autre version. C’est un matériel fiable et robuste. Objet conservé au fort de Mutzig. Photo de l’auteur. https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

Tranchées au Hartmannswillerkopf, haut-lieu des combats. Photo de l’auteur. http://www.memorial-hwk.eu/

Tranchées au Hartmannswillerkopf, haut-lieu des combats. Photo de l’auteur. http://www.memorial-hwk.eu/

Ouvrage au Hartmannswillerkopf, haut-lieu des combats. Photo de l’auteur. http://www.memorial-hwk.eu/

La situation à l’arrière, côté allemand

Par contre, ne l’oublions pas, une très grande partie des départements annexés en 1871 resta sous côté allemand entre 1914 et 1918. Ceux-ci durent donc vivre la difficulté d’être à la fois zone de combats et arrière immédiat du front, par où transitaient munitions, ravitaillement, blessés et renforts allemands, ainsi que les prisonniers français (on a dit le rôle de la place de Metz plus haut). Les transferts vers et hors de l’Allemagne y étaient plus faciles que pour les soldats stationnés dans les Flandres, où les lignes de communications étaient plus longues.

Côté humain, les mobilisés dans cette « terre d’Empire » (Reichsland) furent 380.000, dont une très grande partie fut envoyée en Russie pour éviter la fraternisation avec les Français, ce qui put arriver. De plus, l’Empire allemand intensifia de manière très importante la germanisation après l’entrée en guerre, interdisant totalement l’usage du français et confisquant les biens possédés sur place par des ressortissants de la République. La censure fut totale et la vie de plus en plus difficile à mesure que la guerre se poursuivait. Les réquisitions augmentèrent, les pénuries et rationnements aussi alors que le statut futur de l’Alsace-Lorraine était fermement débattu dans les cercles du pouvoir. Jamais élevée au rang d’Etat comme la Saxe ou la Prusse, elle restait en fait une terre de « seconde zone » appartenant à tous les Etats allemands. Bref, les années de guerre furent difficiles pour les Alsaciens et les Mosellans. 

Le Hartmannwillerskopf. Interprété par la fanfare du 13e bataillon de chasseurs alpins. 

Bibliographie:

-ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, 222 p.

-Informations glanées lors de la visite de nombreux forts et musées, dont:

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Le volet militaire de la National Portrait Gallery (Londres)

Au cœur de Londres se cache la très riche National Portrait Gallery. Gratuite et très dense, elle permet de revisiter l’histoire britannique par le portrait. J’en présenterai ici quelques-uns, évidemment liés à la thématique militaire. Photos de l’auteur. 

Le site:

https://www.npg.org.uk/

Il s’agit de « Bonnie Prince Charlie » dont j’avais longuement parlé et là peint par le Français Blanchet en 1738. Les articles sur la question: https://antredustratege.com/?s=bonnie+prince+charlie&submit=Recherche Photo de l’auteur.

Le roi George IV en prince de Galles, artiste inconnu (vers 1815). Peu marquant aux yeux de la postérité, ce monarque fut longtemps dans l’ombre du très long règne de George III, obscurci par sa folie. Il régna de 1820 à 1830 et ne laissa pas un immense souvenir, notamment à cause de sa vie dissolue. Photo de l’auteur.

Herkomer (portrait) et Goodall (arrière-plan) ont là réalisé un intéressant tableau (1890) sur la figure de Kitchener, qui œuvra notamment au Soudan pour réprimer la révolte du Madhi (bataille d’Omdurman) . Il termina sur des affiches de propagande et comme ministre de la guerre durant la Première Guerre mondiale, avant de mourir dans un accident de bateau en 1916. Photo de l’auteur.

Le même Herkomer signe là un portrait de Baden Powell, officier en milieu colonial à la fin du XIXe siècle et le fameux créateur des Scouts. Le mot signifie d’ailleurs « éclaireur » en anglais. Photo de l’auteur.

Détail d’un tableau de Barker (1859) qui représente la délivrance de Lucknow durant la grande mutinerie de 1857 en Inde. La ville a été libérée de son siège. A lire sur la question le livre de Saul David. Photo de l’auteur.

Détail d’une toile de Jerry Barrett qui représente Florence Nightingale visitant des blessés de la guerre de Crimée à Scutari. Cette femme fit énormément pour le soulagement de ceux-ci et montra que le monde militaire n’était pas réservé qu’aux hommes, même s’il fallut encore bien du temps pour que les mentalités se mettent à évoluer plus clairement . Photo de l’auteur.

C’est au tour de la reine Victoria de se rendre au chevet de ses soldats, encore à l’occasion de la guerre de Crimée. La toile date de 1856 et est du même peintre que précédemment. Sur cette reine, lire la belle synthèse de Philippe Chassaigne.

Lavery représente ici la famille royale en 1913, avec le roi George V, son épouse, son fils Edouard et sa fille Mary. A noter que le futur George VI n’est pas présent sur la toile. Photo de l’auteur.

Churchill bien entendu, infatigable homme politique représenté tel qu’il était en 1916 par Orpen. Il venait de se retirer de l’amirauté après le désastre des Dardanelles, bien qu’il ne fût pas responsable de tout. A lire à ce sujet, la superbe biographie de François Kersaudy, et celle de François Bédarida.

On voit ici Churchill avec d’autres hommes d’Etat de la Première Guerre mondiale (dont Lloyd George) et des officiers, le tout dans le détail d’une toile de Guthrie.

Dans ce détail d’une oeuvre de 1921, Cope représente les officiers de la Royal Navy ayant commandé durant la Première Guerre mondiale, du moins les plus importants. Photo de l’auteur.

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L’Alsace-Lorraine dans la Grande Guerre: II) Les combats de 1914 et l’arrêt de la guerre de mouvement

Après avoir présenté la situation de l’Alsace-Lorraine en 1914, et rappelé que c’était avant tout un terme administratif allemand, nous allons à présent nous intéresser aux combats de cette première année de guerre. Les deux « provinces perdues » virent en effet les armées française et allemande s’y affronter durement dans la chaleur de l’été, avant que le front ne se stabilise, ce qui mit fin à l’épisode bien connu de la guerre de mouvement, d’ailleurs bien plus meurtrière que les mois qui la suivirent.

Les combats de l’été 1914

Dès le début de la guerre, le gouvernement allemand interdit les journaux d’expression française en Alsace-Lorraine, procéda à l’arrestation des personnalités les plus anti-allemandes et mobilisa les soldats issus de ces régions, à l’instar de ceux qui provenaient du reste de l’Empire. Or, les insoumis furent rares et cette opération se passa dans le calme. La France, elle, en vertu de ses orientations militaires décidées avant guerre, le fameux « plan XVII », attaqua rapidement en direction de l’Alsace-Lorraine: à la fois dans la région de Metz et plus au sud, pour déboucher dans la plaine d’Alsace.

Ces premières opérations constituèrent des succès pour les armes françaises, puisque la résistance ennemie fut maigre les premiers jours. Alors que certains soldats d’un régiment de Saverne passèrent même du côté français, d’importantes villes comme Mulhouse ou Sarrebourg furent un temps occupées. Les réactions locales furent mitigées: plutôt bien accueillis dans les villages restés francophones de Lorraine, les soldats de la République se comportèrent aussi en occupants ailleurs, arrêtant des personnes gênantes et bientôt dirigées vers l’intérieur de la France.

De plus, l’armée allemande était loin d’être vaincue et procédait en fait à sa concentration, avant de partir à l’offensive, ce qui intervint dès le 18 août 1914. Les Français furent rapidement bousculés, souvent rejetés sur la frontière de 1871, voire au-delà. En Lorraine, Nancy ne fut sauvée que grâce à la défense tenace menée de main de maître par le général de Castelnau.

Certains cavaliers français portent encore des cuirasses en 1914 ! Vitrine au musée du fort de Mutzig, photo de l’auteur.

Les fameuses pipes et chopes allemandes…. Musée de Mutzig, dans le fort. Photo de l’auteur.

Assiette commémorative allemande, musée dans le fort de Mutzig, photo de l’auteur.

Képi français du 105e RI, qui combattit dans la région. Photo de l’auteur, musée dans le fort de Mutzig.

La stabilisation du front

En fait, comme partout ailleurs sur le front de l’ouest, le front se stabilisa rapidement, notamment après la victoire française de la Marne, début septembre et qui permit de protéger Paris. Bientôt, incapables de percer  face à la puissance des mitrailleuses ainsi que des canons à tir rapide comme les 75 et 77 mm respectivement français et allemand, les soldats s’enterrèrent dans des tranchées pour se protéger des balles et surtout des éclats d’obus.

Si elles n’étaient au départ que des trous faits à la va-vite, elles se perfectionnèrent rapidement, inaugurant une forme de guerre inédite à cette échelle. En Alsace, les Français avaient gardé la région de Thann et d’Altkirch, où vivaient 55.000 habitants, le reste des deux départements restant aux mains des Allemands. En Lorraine, ces derniers avaient efficacement repoussé leurs ennemis, et le front se situait bien souvent sur le territoire français, au-delà de la frontière fixée par le traité de Francfort. Ainsi, la richesse minière et industrielle de Meurthe-et-Moselle était-elle perdue pour Paris.

De plus, Metz, conservée par l’Empire, gardait sa fonction dissuasive et demeura jusqu’à la fin de la guerre une zone arrière très importante pour Berlin, qui s’en servit comme dépôt de munition et plate-forme de transit pour ses troupes.

Bibliographie:

-ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, 222 p.

-Informations glanées lors de la visite de nombreux forts et musées, dont:

https://antredustratege.com/2017/10/12/le-fort-rapp-moltke-reichstett/

https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

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Visite de la citadelle d’Arras

Bâtie par Vauban, la citadelle d’Arras est l’une de nombreuses œuvres du génial maréchal, qui ceint la France d’une « ceinture de fer » sous Louis XIV. Loin d’être la plus connue, elle fut dès le début surnommée « La belle inutile » car Arras ne connut pas de siège en règle après sa construction. Toutefois, elle aura été lieu de garnison, de mémoire, d’horreurs car on y vit des exécutions de résistants durant la Deuxième Guerre mondiale. De plus, sa relative « inutilité » est finalement une chance pour nous car elle a été préservée et non modifiée comme certaines le furent au XIXe siècle du fait des progrès de l’artillerie. Elle abrite aujourd’hui des services administratifs, des événements culturels et se visite gratuitement. Photos de l’auteur.
Plus d’informations:

Les murs en étoile à la Vauban, qui permettent d’offrir de multiples angles de tir et gênent l’avancée ennemie. Les fossés peuvent être également inondés, grâce à la présence de la rivière Crinchon. Photo de l’auteur.

Les murs en étoile à la Vauban, qui permettent d’offrir de multiples angles de tir et gênent l’avancée ennemie. Les fossés peuvent être également inondés, grâce à la présence de la rivière Crinchon. Photo de l’auteur.

L’entrée, près de la rivière Crinchon, qui servit à inonder les fossés. Photo de l’auteur.

Le bâtiment où logeait le gouverneur, dans la citadelle. Photo de l’auteur.

Près de la place d’armes. Photo de l’auteur

Le clocher de la chapelle, construite en 1673 et restaurée sous Napoléon III. C’est aujourd’hui un mémorial pour les soldats du génie morts à l’ennemi. Photo de l’auteur.

A la gloire des armes de la France, détail de la façade de la chapelle. Photo de l’auteur.

A la gloire des armes de la France, détail de la façade de la chapelle. Photo de l’auteur.

La place d’armes. Photo de l’auteur.

Les murs. Photo de l’auteur.

Vue depuis le chemin de ronde. Fossés et autres parties herbues sont aujourd’hui tondus par des animaux. Photos de l’auteur.

L’exposition sur Napoléon, à Arras:

https://antredustratege.com/2018/10/22/napoleon-images-de-la-legende-exposition-a-arras/

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L’Alsace-Lorraine dans la Grande guerre : I) La situation en 1914

Terme administratif allemand, l’expression « Alsace-Lorraine » (ElsaßLothringen) renvoie en fait aux trois départements français annexés en 1871: Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle. Ainsi, une partie de la Lorraine resta française, et il en fut de même pour le territoire de Belfort, détaché de l’Alsace et demeuré, du fait de sa défense tenace, dans le giron de la République. Or, l’opinion française ne sut jamais se résoudre à la perte de ces territoires vus comme des « provinces perdues ». Si la perspective d’une guerre de revanche pour les récupérer ne fut en fait jamais très sérieuse, dès que la Première Guerre mondiale éclata, la situation changea et ils devinrent très tôt un but de guerre essentiel pour Paris, ce qu’on s’attachera à expliquer ici.

Une frontière assez ouverte mais surveillée

Installé dans la région depuis 1870, l’Empire allemand avait entrepris très rapidement d’administrer et de germaniser (sans succès complet) le territoire reçu par le traité de Francfort de l’année suivante. Pourtant, la nouvelle frontière avec la France n’était pas hermétique, contrairement à une idée reçue. Longue de 285 kilomètres, elle était matérialisée par des poteaux-frontière assez impressionnants, et souvent arrachés, et il fallait bien se soumettre à des contrôles, mais ceux-ci n’étaient pas rédhibitoires. D’ailleurs, si l’Empereur Guillaume II avait instauré un passeport spécial pour la franchir en 1887, il l’annula dès 1891.

Ainsi, les Alsaciens et Mosellans ayant fait le choix de rester Français en 1871 se rendaient-ils souvent dans leur ville ou village d’origine et ce sans grand problème. C’est par exemple le cas du peintre Jean-Jacques Henner, dont la carrière parisienne ne doit pas faire oublier les origines alsaciennes et rurales. Il est connu pour son fameux tableau Alsace. Elle attend (1), personnification saisissante de cette région. Les Allemands, dans l’autre sens, pouvaient aussi se rendre en France, bien que ce fût plus compliqué pour les militaires en service, ce qui est assez compréhensible.

Toutefois, de la Suisse au Luxembourg, cette frontière était surveillée. Un climat « d’espionnite » aiguë régnait alors, dont on a du mal à saisir l’ampleur de nos jours. Dans les gares et villages frontaliers une vraie guerre de renseignement se livrait, réelle comme supposée. Commissaires de police aux fonctions spéciales, douaniers et militaires tentaient de recueillir des informations sur les fortifications, mouvements de troupes et situation économique de l’autre côté de la barrière.

Quelques affaires émaillèrent ainsi les relations franco-allemands, comme celle de Schnaebélé, fonctionnaire français attiré dans un traquenard par un homologue allemand en 1887, sous prétexte d’échanger des informations. Arrêté par les autorités allemandes au motif d’espionnage, il fut finalement relâché après qu’une émotion intense eut soulevé la France et fait croire, un instant, à une déclaration de guerre.

L’entrée du fort Rapp-Moltke de Reichstett, ceinture de Strasbourg. Photo de l’auteur.

Dans les fossés du fort. Photo de l’auteur.

Dans les fossés du fort. Photo de l’auteur.

L’une des coupoles d’observation d’artillerie. Photo de l’auteur.

Le fort de Mutzig. Photo de l’auteur.

Les machines du fort de Mutzig. Photo de l’auteur.

L’une des coupoles de tir du fort de Mutzig. Photo de l’auteur.

Les pièces d’artillerie du fort de Mutzig. Photo de l’auteur.

Un territoire fortifié 

De plus, l’Alsace-Lorraine allemande est, en 1914, un territoire fortifié, bien défendu et terre de garnison. A la fois car elle constitue la frontière avec la France, mais aussi car elle est perçue comme une marche défensive par l’Allemagne. Le chancelier Bismarck l’avait lui-même avoué dans une lettre à l’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III (2). Les considérations d’ordre culturel, consistant à dire que cette annexion avait été réalisée pour retrouver un rameau du peuple germanique séparé de son tronc se révèlent en fait être des prétextes masquant une volonté politique et militaire: en cas de nouvelle attaque française, c’est l’Alsace et la Moselle qui seraient les premières touchées, pas l’autre rive du Rhin.

Cela n’empêcha pas l’Allemagne d’investir énormément dans ce territoire, d’y bâtir, et l’Empereur Guillaume lui-même de l’apprécier. On connaît notamment son intérêt, certes orienté, pour le Haut-Koenigsbourg (3). Néanmoins, cet espace avait une vocation de « marche » certaine. Voilà pourquoi de nombreuses casernes y avaient été construites, à la fois pour matérialiser une présence militaire réelle, mais aussi car les soldats étaient un bon vecteur de germanisation. Les villes de Metz et Strasbourg, elles, furent dotées d’une ceinture de forts très modernes et destinés surtout à dissuader la France d’attaquer. Signe de l’évolution des temps, ils étaient semi-enterrés, pour lutter contre les progrès de l’artillerie. Parmi eux, on peut citer celui de Reichstett, autour de Strasbourg. Les débouchés des Vosges, eux, furent dotés d’ouvrages devant arrêter les troupes françaises, car la ligne du massif n’était par entièrement protégée. L’un des plus impressionnants est celui de Mutzig (voir plus bas), qui inspira indirectement la ligne Maginot.

Or, dès les premiers jours de la guerre, une partie de ce territoire connut des combats.

Notes: 

(1) : http://www.musee-henner.fr/collections/l-alsace-elle-attend

(2): Le point sur la question ici: https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/une-chronique-de-thierry-lentz-limperatrice-le-tigre-et-le-retour-de-lalsace-lorraine-en-1918

(3) : https://antredustratege.com/2014/01/20/le-chateau-du-haut-koenigsbourg/

Bibliographie:

-ROTH (François), Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu » de 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2016, 222 p.

-Informations glanées lors de la visite de nombreux forts:

https://antredustratege.com/2017/10/12/le-fort-rapp-moltke-reichstett/

https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

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