Archives de Catégorie: Epoque contemporaine

Charles fort (Kinsale): un fort « à la Vauban » dans le sud de l’Irlande

Un fort en étoile lié à l’histoire irlandaise

Bâti dans les années 1670, Charles Fort se trouve près de la ville de Kinsale, important port du sud de l’Irlande. D’inspiration clairement française, il reprend la forme en étoile du bien connu Vauban. Destiné à protéger l’entrée du port, là où la rivière Bandon se jette dans la mer, il est bâti pour ce faire à un emplacement stratégique, en face d’un ouvrage plus ancien, James fort. La crainte des Britanniques de débarquements espagnols, puis français traverse toute l’époque moderne et explique cet effort de fortification. D’ailleurs, les Espagnols débarquèrent bel et bien à Kinsale en 1601-1602 pour soutenir les Irlandais révoltés.

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La gendarmerie sous le Consulat et l’Empire : IV) Dans l’Europe napoléonienne

La gendarmerie ne sert pas, à l’époque, que dans les limites du territoire français d’aujourd’hui. La France des 130 départements est en effet plus grande que de nos jours. De plus, les gendarmes ont des missions moins connues comme leur fonction de prévôté. C’est-à-dire qu’ils assurent un rôle de police militaire, tout en encadrant la conscription dans les territoires relevant alors de l’autorité française. Enfin, ils combattent largement sur le champ de bataille et y paient l’impôt du sang. L’image de « planqués » passant leur temps à traquer les réfractaires à « l’ogre corse » ne résiste donc pas à l’analyse historique, comme tant d’autres clichés partisans.

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Musée de la Libération de Paris/Musée du général Leclerc/ Musée Jean Moulin (Denfert-Rochereau)

Le musée

Longtemps présent dans le haut de la gare Montparnasse, le triple musée dédié au maréchal Leclerc, à Jean Moulin et à la Libération de Paris restait un peu difficile d’accès et pas forcément connu. Riche, plutôt bien fait et présentant des pièces rares et intéressantes, il constituait tout de même un espace muséal de la Ville de Paris de grande qualité. Or, pour coïncider avec l’anniversaire de la Libération de Paris en 2019 il a été déplacé dans un nouvel espace près des Catacombes et de la place Denfert-Rochereau. Le lieu est plus central, plus vaste et plus historique aussi car c’est là que se trouvait le PC du colonel Rol-Tanguy, PC que l’on peut d’ailleurs visiter désormais. Un musée qui fait peau neuve c’est toujours intéressant. Voyons donc ce qu’il en est.

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La gendarmerie sous le Consulat et l’Empire : III) Les missions en France

La lutte contre le brigandage 

L’une des missions de la gendarmerie sous le Consulat et l’Empire, dans le sillage des réformes de la toute fin du Directoire, est de ramener l’ordre dans les campagnes (même s’il y a des gendarmes urbains). Par leurs patrouilles et leur implantation sur tout le territoire via leurs brigades, les gendarmes, dont on a dit le meilleur état moral et matériel, constituent une présence visible de l’État dans biens des lieux. Ils enquêtent sur les brigands et les vagabonds à l’aide des garde-champêtres et autres personnes d’importance de la vie rurale (cantonniers, éclusiers, cabaretiers et aubergistes).

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La gendarmerie sous le Consulat et l’Empire : II) S’imposer parmi les forces de l’ordre

Radet et Moncey, les organisateurs

Deux organisateurs de talent vont imprimer leur marque sur la gendarmerie et contribuer à faire d’elle une force cohérente et respectée. Il s’agit des officiers Radet et Moncey. Le premier, alors général, est nommé à la tête de l’arme en mars 1800. Jusque-là, elle n’avait pas eu de chef. Dès sa prise de poste il arpente le terrain, améliore la communication entre lui et les brigades, pour connaître plus facilement leur état moral et matériel. Celles-ci sont portées de 2000 à 2500 et passent de cinq à six hommes.

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La gendarmerie sous le Consulat et l’Empire : I) Introduction

Une histoire séculaire et méconnue

La gendarmerie française est une force armée singulière, étonnante même, de par son histoire et son statut. La première est mal connue, et bien des Français ne savent pas clairement les différences qui existent entre elle et la police… Dont elle partage certains aspects. Justement police des routes (entre autres très nombreuses tâches), car héritière de la maréchaussée d’Ancien Régime dont c’était le rôle, elle a aussi un statut militaire et tire son nom d’une unité de cavalerie lourde de la maison du roi. Devenue nationale en 1791, elle a aussi combattu sur le champ de bataille, assuré le rôle de police aux armées (prévôté), encadré les mobilisations et les campagnes françaises… Mais a également été présente en milieu colonial et dans le maintien de l’ordre en métropole, et existe encore de nos jours.

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La bataille de Caporetto: V) Les conséquences et le mythe

Je l’ai dit la dernière fois: la rupture du front suite à la bataille de Caporetto ne signifie pas la défaite de l’Italie. Elle parvient à stabiliser la ligne des combats, notamment le long du fleuve Piave qui devient bientôt légendaire et personnifié, l’objet de chansons et de dessins. Les Austro-Allemands ne parviennent pas à le franchir et sortir l’Italie, soutenue par des troupes de l’Entente, de la guerre. En novembre 1918, la très belle victoire de Vittorio Veneto marque même la revanche des Italiens qui vainquent Vienne avant le fameux 11 novembre  (soit le 4), dont j’ai pu souligner ailleurs la relativité (1). Toutefois, tout ceci nous éloigne de Caporetto proprement dit. Il nous reste donc à analyser les conséquences de la bataille et le mythe qui l’entoure.

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La bataille de Caporetto: IV) La retraite se mue en déroute

La rupture du front

Nous l’avons vu la dernière fois, l’ordre de repli général ne se traduit pas par une retraite en bon ordre. Cadorna lui-même abandonne Udine le 27, pour se replier avec tout le commandement à Trévise, soit cent kilomètres en arrière. Et ce sans laisser aucune structure, même provisoire derrière lui. L’effet produit est désastreux et les clichés que la mémoire collective italienne conservent ont une base bien réelle de vérité.

Ainsi, le front se rompt rapidement et la retraite se transforme en déroute. Si les morts militaires ne sont « que » 40.000, l’historien Giorgio Rochat donne des chiffres éloquents: 280.000 prisonniers, 350.000 soldats débandés, sans unité. Le matériel abandonné est précieux: plus de 3000 canons, autant de mitrailleuses, sans compter la nourriture et le reste. Heureusement, certains officiers plus énergiques et volontaires que les autres ont localement sauvé la situation. Cela a permis à des unités entières de rejoindre les nouvelles lignes en bon ordre… en emportant, difficilement certes, avec elles leurs vivres et leur équipement. Preuve, s’il en est, que cette déroute n’obéit pas à une fatalité, mais est la résultante de plusieurs causes.

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Les fortifications de Spike Island (Irlande)

L’île de Spike et son fort

Située à l’entrée du vaste port de Cork (Cork harbour) dans le sud de l’Irlande, l’île de Spike constitue un excellent exemple de fortification destinée à protéger des installations militaires d’une attaque venue de la mer. Si des ouvrages plus anciens ont existé sur d’autres îles de cette côte très découpée et marquée par l’estuaire de la Lee, on s’attachera à décrire en plusieurs articles celles de Spike, qui ont été commencées au début du XIXe siècle.

Il faut se replacer dans un contexte plus large. Le Royaume-Uni craint alors des débarquements sur son sol, sur le modèle de celui de 1798 emmené par le général Humbert et que j’ai déjà analysé sur ce site (lien plus bas). C’est pourquoi il entreprend un vaste programme de protection de ses côtes: en Angleterre (voir l’article sur Douvres) mais aussi en Irlande. S’inspirant d’ouvrages de son époque, le gouvernement britannique fait donc débuter la construction du fort Westmoreland à Spike, pour barrer l’entrée du port. Les travaux commencent en 1804 et stoppent en 1820. Les bastions et autres murs sont réalisés en pierre grise et sont assez bas, suivant en cela le vaste mouvement entrepris depuis Vauban de ramener vers le sol les constructions pour offrir moins de prise au feu adverse.

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La bataille de Caporetto: III) Premiers succès austro-hongrois et allemands

Nous avons vu les précédentes fois la mise en place de ce qui va être appelé par la suite la bataille de Caporetto, en replaçant ces plans et préparatifs dans un contexte plus large. Alors que la bataille débute le 24 octobre 1917, les troupes austro-hongroises et allemandes vont progresser de manière fulgurante, dépassant même les prévisions. On le rappelle, l’affrontement n’était pas censé être une offensive de grande envergure, mais l’effondrement très rapide du dispositif italien le fait changer de nature.

Les premiers jours de combat 

En fait, les Italiens, on l’a vu, ne s’attendaient pas à telle attaque et leur dispositif est marqué par une série de faiblesses qu’on a décrites. Ainsi, quand les combats débutent, leur réaction est trop lente et mal coordonnée. L’artillerie italienne, qui comporte pourtant 560 pièces au point le plus fort de la ligne, ne parvient pas à effectuer des tirs bien cadrés et efficaces. Les unités communiquent mal entre elles et, dans le secteur de l’attaque secondaire, vers Plezzo, des centaines d’hommes sont tués par des gaz de combat bien utilisés. Allemands et austro-hongrois progressent vers les tranchées secouées par des bombardements brefs mais violents, et en colonnes plus mobiles que les précédentes vagues d’assaut en ligne.

La confusion s’empare de plusieurs unités italiennes, confusion qui ne va pas faciliter un récit scientifique par la suite et qui va nourrir beaucoup de rumeurs quant au comportement au feu des troupes royales. Il reste que désorganisation et effet de surprise semblent battre leur plein. S’il y a un responsable, il est plutôt à chercher du côté du commandement, totalement dépassé et incapable de réagir dans les premiers moments, pourtant fondamentaux dans une bataille. Le tout va amener à l’écroulement de toute la structure de l’armée. Déjà, certaines positions-clés dans les vallées sont mal tenues, voire abandonnées sans combat. En deux jours seulement les troupes allemandes et austro-hongroises atteignent leurs objectifs, voire les dépassent.

Pistolet Rast et Gasser austro-hongrois, modèle 1898. Musée de Caporetto, photo de l’auteur (avril 2019).

Caporetto (Kobarid) aujourd’hui, en Slovénie. Photo de l’auteur (avril 2019).

Le retrait

Les premiers jours catastrophiques et le manque de réserves conduisent les hauts gradés italiens à décider du repli. En fait, les troupes en arrière du front sont en plein repos, complètent leurs effectifs et matériels ou ne sont pas endivisionnées. Après avoir attendu un redressement général durant les journées du 25 et du 26, le commandant en chef décide donc d’émettre un ordre général de retrait dans la nuit suivante. L’idée est de se replier le long du fleuve Tagliamento, abandonnant ainsi des positions âprement conquises et défendues depuis plus de deux ans.

Ainsi, si l’ordre est réaliste sur le papier, étant donné les conditions, il produit un mauvais effet sur le moral italien. Il ruine dans leurs esprits les efforts si durement consentis. De plus, le général en chef Cadorna s’est à tort convaincu d’une désagrégation de certaines unités italiennes, qui disposaient pourtant encore de troupes « fraîches ». D’autres choix auraient donc pu être faits: l’armée a été surprise, mais ne s’est pas encore écroulée. Là, suivre l’ordre de retraite s’avère très difficile étant donné la nature du terrain et l’agressivité de l’ennemi. Pour se replier et atteindre les ponts les plus importants sur le Tagliamento, certaines troupes doivent même marcher vers le nord-ouest, soit en direction de l’adversaire ! L’historien Giorgio Rochat affirme que Cadorna a en fait perdu le contact avec la réalité du terrain, et la suite de cette retraite va se transformer en déroute.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

L’essentiel des livres est sans surprise en italien. Je conseille la lecture de Giorgio Rochat à ceux qui maîtrisent cette langue, il est très facile d’accès, plus que son collège Isnenghi à mon sens (voir qui a écrit quel chapitre en table des matières). Le deuxième livre est une histoire-bataille à l’ancienne, fouillée, bien illustrée et coordonnée par le service historique militaire italien.

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

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