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Paris romantique, 1815-1848: critique et aspects militaires de l’exposition (Petit Palais)

Ma critique de l’exposition

Le contexte

Finalement assez mal connu des Français, hormis la période napoléonienne, le XIXe siècle revient sur le devant de la scène depuis plusieurs années et c’est tant mieux. Les expositions se multiplient, comme celle consacrée au Second Empire à Orsay il y a quelques années, les nouveaux programmes scolaires du lycée lui font honneur, la recherche scientifique est en plein renouvellement etc. Particulièrement intéressé par ce siècle qui est aussi celui de mes recherches personnelles (avec le début du XXe), c’est donc avec joie que j’ai accueilli la nouvelle de la tenue de Paris romantique 1815-1848 au Petit Palais et au musée de la vie romantique (jusqu’au 15 septembre 2019). Si le choix des dates paraît assez restreint pour évoquer un phénomène complexe et multiforme comme le romantisme, on est évidemment frappé par leur pertinence: de la chute de Napoléon à celle de Louis-Philippe. Entre ces deux bornes, la France a connu de multiples bouleversements politiques, culturels et sociétaux dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui et, il faut bien le dire, les événements majeurs sont à l’époque parisiens, dans une France bien plus centralisée que de nos jours. Non pas qu’il ne se passe rien dans les autres villes, où la création culturelle peut être riche, ni dans les campagnes où vivent alors la majorité des Français (jusqu’en 1931 rappelle l’INSEE) mais le ton est donné par la capitale. M’attendant à voir surtout des explications sur le contexte littéraire de ces années, j’ai voulu en savoir plus et ai finalement vu une manifestation culturelle bien plus large que cela.

Les pièces présentées

Après s’être acquitté du droit d’entrée fort cher (13 euros !), ce qui entretient le débat autour de l’accès à la culture… on oublie finalement vite l’écot dû, tant la richesse de l’exposition frappe. Elle est assez logiquement chronologique et les salles évoquent avec justesse les changements de souverains et de régimes. Le Paris de 1814 et 1815, rempli de troupes alliées ayant vaincu Napoléon n’aura plus de secrets pour vous, non plus que le mobilier de l’époque de la Restauration et de la monarchie de Juillet. La mode n’est pas oubliée, avec des habits et accessoires fort bien présentés, ni l’architecture avec l’évocation du palais des Tuileries ou de la cathédrale Notre Dame. Caricatures et tableaux foisonnent, évidemment.

Les principaux arts sont donc bien représentés, et de nombreux tableaux moins connus présentant les familles royales successives sont d’un grand intérêt car il faut bien dire que l’entourage de Louis XVIII ou Charles X nous sont moins familiers que celui de Napoléon. Au milieu de l’exposition, la reconstitution d’un Salon, exposition annuelle de peintures et de sculptures est d’un intérêt majeur et permet de rappeler que les œuvres que nous voyons avec parfois deux cents ans de distance ont été un jour contemporaines et vues par des gens de l’époque. Cela permet de relativiser la notion même d’art contemporain, tant le mot est chargé de sens différents et souvent contradictoires. Les révolutions de 1830 et de 1848 ne sont pas en reste, sans parler de la création littéraire et musicale de l’époque. On appréciera d’ailleurs grandement le fait que l’exposition présente des pièces moquant les Romantiques: ils n’ont pas fait l’unanimité à l’époque !

Au final, on y passe facilement près de deux heures et l’on peut poursuivre la visite par celle des collections permanentes du musée, elles, gratuites et de l’autre volet au musée de la vie romantique. Il n’y a là que quelques salles mais intéressantes sur la presse, les salons littéraires et les caricatures des écrivains de l’époque. Je regrette juste un usage assez restreint du numérique : des cartes animées du Paris en révolte auraient été utiles, ainsi que plus d’extraits musicaux des opéras cités, de plus, la Révolution de 1848 est juste citée. Dans les deux cas je n’ai pas été étouffé par l’affluence, qui risque de croître les derniers jours.

Photos de l’auteur, illustrant les aspects militaires de l’exposition

Les sites de l’exposition:

http://www.petitpalais.paris.fr/expositions/paris-romantique-1815-1848

http://museevieromantique.paris.fr/fr/les-expositions/paris-romantique-1815-1848-les-salons-litt%C3%A9raires

Horace Vernet: « La barrière de Clichy, défense de Paris le 30 mars 1814 ». Peintre militaire bien connu, Vernet illustre ici la défense de Paris en 1814. La garde nationale, assez peu expérimentée livre des derniers combats, là contre les troupes russes avant la capitulation de la ville signée par le maréchal Marmont. Pour son rôle controversé, on lira avec intérêt la biographie de Franck Favier à ce sujet (lien plus bas vers ma critique).

Détail.

Dessin de Carle Vernet gravé par Debucourt en 1815. S’inscrivant dans une longue tradition, ces représentations étaient vendues à la pièce ou reliées. Elles permettaient de mieux connaître les habits civils et militaires de l’époque considérée. Il s’agit ici d’un officier anglais et d’un écossais.

« Les petits patriotes » d’Auguste Jeanron (1830). Ce tableau est à voir en parallèle du fameux « La liberté guidant le peuple » de Delacroix. Les gamins de Paris sont là moins héroïques, en haillons. Le peintre se battit sur les barricades des « Trois glorieuses ».

Célèbre tableau de Léon Cogniet « Les drapeaux » de 1830. Le drapeau blanc de la monarchie devient progressivement bleu-blanc-rouge à mesure que progressent les « Trois Glorieuses » et que le sang est versé.

Hippolyte Lecomte, « Combat de la porte Saint-Denis » (1830). Le peintre, plutôt paysagiste, montre là un épisode de la révolution du côté des insurgés, moins bien équipés que les troupes royales que l’on voit au fond. Certains civils ont récupéré des effets militaires.

Ce tableau de Lecarpentier présenté au salon de 1831 (« Épisode du 29 juillet 1830, au matin ») présente les combats au pied du Louvre que l’on aperçoit en arrière-plan. Il est clairement allégorique: les insurgés fouillent les gibernes des soldats morts pour leurs cartouches et repoussent l’argent, jusque-dans le caniveau !

Détail. L’homme à gauche a pris un bonnet de police à un soldat.

Girodet, connu pour son portrait de Chateaubriand, peint ici le général vendéen Cathelineau vers 1824. C’est caractéristique d’une Restauration qui remet à l’honneur ces hommes, fait faire des tableaux des aspects plus réussis du règne de Louis XVI comme l’exploration maritime… Voir ce tableau par exemple : https://www.histoire-image.org/fr/etudes/expedition-perouse

Nous retrouvons Vernet qui représente ici la Pologne vaincue en 1831. L’aigle est bien sûr russe, qui écrase le patriote polonais. Depuis 1815, le tsar est aussi roi de Pologne, partagée avec la Prusse et l’Autriche depuis 1795 (malgré l’épisode napoléonien).

A l’instar de la Restauration qui vante ses héros, la monarchie de Juillet fait des tableaux sur le passé. A la fois sur Louis XVIII (1), Napoléon et la Révolution, Louis-Philippe essayant avec peine de faire la synthèse à son profit. Le peintre Schnetz a là été choisi pour représenter les combats devant l’hôtel de Ville en 1830 (1833). Le tableau devait orner l’hôtel de Ville de Paris mais ne fut finalement pas accroché. 1: voir cette toile commandée en 1841, https://www.histoire-image.org/fr/etudes/louis-xviii-instauration-monarchie-constitutionnelle

Pour en savoir plus sur cette époque:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

-WARESQUIEL (Emmanuel de), Histoire de la Restauration. 1814-1830, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2002, 512 p.

Ma critique du Marmont de Franck Favier:

Marmont – Le maudit

Liens:

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1848, le combat de « Risquons-Tout »: IV) La poursuite et les conséquences

La poursuite des vaincus et leur arrestation

Nous avions terminé en parlant des colonnes de révolutionnaires en pleine fuite, après l’utilisation judicieuse de la pièce d’artillerie contre elles. Or, j’avais dit qu’une vraie débandade avait suivi ces tirs. De plus, c’est à cet instant précis que les renforts des réguliers arrivent: les fuyards sont poursuivis non seulement par des fantassins, mais aussi des cavaliers du 2e Chasseurs à cheval. En quelques dizaines de minutes, 80 personnes sont rattrapées et capturées, mais la proximité du territoire français ne permet pas d’aller plus loin.

Si des tirs sporadiques continuent encore toute la matinée, c’est bel et bien une « invasion » complètement ratée: un seul régulier belge est mort et quelques autres blessés, contre 29 tués et une cinquantaine de blessés chez leurs adversaires.  L’expédition de Quiévrain, elle, on l’a vu, n’a même pas pu passer à l’acte.

La une du "Propagateur" du 1er avril 1848, parlant des évènements. A retrouver ici: http://www.historischekranten.be/issue/PRP/1848-04-01/edition/null/page/1

La une du « Propagateur » du 1er avril 1848, parlant des évènements. A retrouver ici: http://www.historischekranten.be/issue/PRP/1848-04-01/edition/null/page/1

Les conséquences

Vont au-delà d’une simple escarmouche car on a vu que le gouvernement français a soutenu plus ou moins officiellement un mouvement qui, si les circonstances avaient été différentes, notamment la colonne arrêtée à la gare, aurait pu dégénérer affirme Georges-Henri Dumont (cf. bibliographie). 

Malgré cela, la Belgique reste modérée et ne veut pas envenimer ses relations avec Paris… D’autant plus que la jeune République est en pleine période de troubles révolutionnaires, qui ne vont s’achever qu’avec les journées de juin (nous sommes en mars). Il reste que le département du Nord est agité pendant de longues semaines: on y crie « A bas les Belges! » et des violences contre eux y éclatent. Enfin, que les diplomates des deux pays vivent des moments difficiles durant ces quelques mois de tension.

Si la Belgique survit donc à cette Révolution de 1848, Napoléon III nourrit encore l’espoir de la ramener dans le giron français et d’obtenir la rive gauche du Rhin, comme le montre également sa tentative avortée d’acheter le Luxembourg au roi des Pays-Bas en 1867. Pourtant, contre vent et marrées, l’indépendance du royaume s’est maintenue jusqu’à nos jours, malgré les invasions des deux guerres mondiales.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive): 

-DUMONT (Georges-Henri), Le miracle belge de 1848, Bruxelles, Le Cri, 2005, 226 p.

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1848, le combat de « Risquons-Tout »: III) L’affrontement

Echec du premier groupe

24 et 25 mars 1848, alea jacta est: les deux groupes de révolutionnaires prennent le chemin de la Belgique pour les raisons que l’on a vues. Expédions très rapidement le premier: il est arrêté sans effusion de sang en gare de Quiévrain. Les soldats belges, mis en alerte, ont entouré le convoi des agitateurs et ceux-ci ont été désarmés. 

Le deuxième groupe, lui, débute mieux son aventure: à Seclin, près de Lille, des ordres arrivent du ministère de la Guerre qui permettent de l’armer avec des fusils français avec leurs munitions. Ils sont distribués au matin du 29 mars et les hommes se mettent en route pour la frontière, à pied. Hélas pour eux, leur marche, quoique matinale, a déjà été aperçue et les troupes belges se tiennent prêtes à les arrêter: plus de 1000 hommes sont envoyés à leur rencontre, mais en plusieurs petits groupes. Leur route générale est connue et, en attendant l’arrivée des renforts, le général Fleury-Duray s’avance jusqu’au hameau-frontière de Risquons-Tout avec 200 fantassins, 25 cavaliers et deux canons.

Le combat: 

Malgré cela, les légionnaires ne souhaitent pas se rendre sans avoir combattu. Voyant l’armée s’avancer dans leur direction, ils ouvrent le feu depuis les alentours du hameau. Ils sont pour l’instant en position de force, occupant les hauteurs du Castert et tirant depuis les maisons, de derrière les murs et les haies. De plus, seule une petite partie des soldats leur est pour le moment opposée, les autres unités étant dispersées ailleurs et devant rejoindre progressivement. La supériorité numérique est, pour le moment, de leur côté.

Après une heure d’un feu vif, les cartouches viennent à manquer du côté de l’armée. Les républicains décident alors de forcer la chance et se forment en colonne pour charger les réguliers. Leur action est arrêtée net par les deux pièces d’artillerie qui tirent à mitraille à bout pourtant. Malgré l’explosion d’un canon, des dizaines d’hommes ont été fauchés et le choc est tel que les autres se débandent dans toutes les directions. La partie est bel et bien perdue pour eux.

Il nous reste à voir la poursuite et les conséquences de ce combat…

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive): 

-DUMONT (Georges-Henri), Le miracle belge de 1848, Bruxelles, Le Cri, 2005, 226 p.

Fiche de Ledru-Rollin sur le site de l’Assemblée Nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ej.asp

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1848: le combat de « Risquons-tout »: II) Vers l’affrontement

La République laisse faire

Je l’ai dit précédemment, la France lorgne sur la Belgique depuis longtemps… Un exemple supplémentaire et ancien pour s’en convaincre: Louis XV espérait déjà la récupérer (c’était alors les Pays-Bas autrichiens) au début de la Guerre de Sept ans. Là, la IIe République, née des décombres de la monarchie de Juillet en février, si elle affiche officiellement des intentions de neutralité laisse se rassembler à Paris et ailleurs, des mécontents belges. L’idée est, bien sûr, de pouvoir profiter de la situation si elle tourne à leur avantage.

Ceux-ci se regroupent en plusieurs tendances (républicains, partisans d’un retour dans le giron des Pays-Bas), mais ont en commun de vouloir la fin de la monarchie belge telle qu’elle existe et savent être peu nombreux: en Belgique même, bien peu sont opposés à un régime qui accorde bien plus de libertés que beaucoup de pays d’Europe. Peu à peu, ils rassemblent une « légion belge », prête à marcher sur la frontière et renverser le trône (!). Malgré les protestations de l’ambassadeur belge en France, ils affichent même pignon sur rue et ne sont pas arrêtés.

Médaille frappée pour l’expédition dont on parle… On va pourtant voir qu’elle se solde par un échec cuisant.

La « légion belge »

Le gouvernement français, s’il n’appuie rien au grand jour, donne en fait des facilités à ces quelques centaines de personnes et fin mars 1848 leur dispositif est réglé. Deux groupes doivent se mettre en marche pour le nord de la France, puis la Belgique. Ensuite, les « révolutionnaires » espèrent profiter de troubles internes dans leur pays pour appuyer leur action: des propagandistes et agitateurs sont envoyés outre-Quiévrain et doivent agir à cet effet… Hélas pour eux, les renseignements belges ne sont pas restés inactifs et les plus importants sont arrêtés rapidement.

Cela ne met pas fin au projet: de l’argent est fourni à la « légion », ainsi que quelques élèves de Polytechnique pour les commander. Enfin des facilités de déplacement sont assurées. Officiellement, il s’agit d’aider des ouvriers sans travail à quitter Paris et rentrer chez eux (le chômage est alors élevé)… Plus grave, les autorités de Lille ont été averties et il est prévu de distribuer armes et munitions au camp de Seclin.

Côté belge, ces préparatifs ne sont évidemment pas passés inaperçus et l’armée a été avertie. De plus, on a dit le caractère très embryonnaire du sentiment républicain outre-Quiévrain. Alors que la « légion » s’apprête à marcher en direction de la frontière, tout porte à croire qu’elle ne va pas s’accompagner d’une reddition en masse des soldats en leur faveur !

Ledru-Rollin, l’un des ministres qui favorise l’expédition.

Bibliographie:

-DUMONT (Georges-Henri), Le miracle belge de 1848, Bruxelles, Le Cri, 2005, 226 p.

Fiche de Ledru-Rollin sur le site de l’Assemblée Nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ej.asp

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1848: le combat de « Risquons-Tout » I) Introduction

Le contexte 

Malgré des troubles dans les décennies qui précèdent 1848 (Russie, Italie, Pologne…), l’Europe connaît cette année-là une nouvelle vague d’importantes révolutions, qui frappent des pays comme la France (renversement de Louis-Philippe), ou l’Autriche-Hongrie, cas que j’ai déjà détaillé il y a quelque temps sur ce site (voir liens plus bas).

Or, au milieu de ce « maelstrom » qui paraît emporter trônes et gouvernements bien établis, un pays semble y échapper, la jeune Belgique. Appartenant depuis 1815 au royaume des Pays-Bas, elle est née d’une révolution en 1830 et a su, avec l’aide de pays étrangers comme la France, acquérir son indépendance avec le traité de Londres de 1839, qui instaure aussi sa fameuse neutralité. Si les détails précis ne nous intéressent pas ici, planter le décor m’a semblé nécessaire pour comprendre la suite.

Gustave Wappers, « Épisode des journées de septembre 1830 ». Visible au musée des Beaux-Arts de Bruxelles.

Les appétits de la France

En effet, la France a longtemps lorgné sur sa petite voisine, et ce dès avant son indépendance. Ainsi, durant la Révolution, les anciens « Pays-Bas autrichiens » ont été conquis par la République, puis gardés par l’Empire qui créa notamment le port d’Anvers. De plus, il s’en fallut de peu pour que le trône du nouveau royaume ne revienne à l’un des fils de Louis-Philippe, roi des Français de 1830 à 1848.

Celui-ci renversé, on va voir que les choses suivent en partie le même cours avec le régime qui le remplace. Je veux dire par là que la nouvelle IIe République abrita des milieux hostiles au roi des Belges et les favorisa plus ou moins officiellement, nous verrons comment. Loin d’être anodine, l’affaire dégénéra en un vrai affrontement près de la frontière franco-belge, où le sang coula, et qui donne son titre à ce dossier: le combat de « Risquons-Tout. »

Bibliographie:

-DUMONT (Georges-Henri), Le miracle belge de 1848, Bruxelles, Le Cri, 2005, 226 p.

Articles sur la révolution Hongroise de 1848:

https://antredustratege.com/2014/09/21/la-revolution-hongroise-de-1848-i-causes-et-declenchement/

https://antredustratege.com/2014/10/16/la-revolution-hongroise-de-1848-le-point-de-rupture-le-debut-des-operations/

https://antredustratege.com/2014/11/01/la-revolution-hongroise-de-1848-iii-les-principaux-combats/

https://antredustratege.com/2014/11/29/la-revolution-hongroise-de-1848-iv-lintervention-russe/

https://antredustratege.com/2014/12/06/la-revolution-hongroise-de-1848-v-bilan-et-consequences/

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La révolution hongroise de 1848 : V) Bilan et conséquences.

Au final, nous avons vu que les forces combinées austro-russes ont permis à Vienne de surmonter un épisode particulièrement douloureux, et couplé à d’autres difficultés en Bohème, en Italie et à la cour même (voir articles précédents). Terminons avec le bilan de cette guerre et ses conséquences pour la Hongrie.

Clémence ou répression ? 

François-Joseph a deux choix qui se présentent à lui : soit se comporter en monarque indulgent et ainsi tenter de calmer les Magyars… Soit les réprimer durement pour leur rébellion. Signe que l’Histoire n’est pas déterminée, et sans faire d’uchronie, il aurait pu choisir l’une ou l’autre voie… Toutefois, son entourage le pousse plutôt dans la seconde, qui ne voit dans les Hongrois que des rebelles. Ainsi, plus de 100 meneurs sont exécutés dans les semaines qui suivent l’arrêt des combats et 2000 autres sont condamnés à des peines diverses. La dureté du châtiment ne laisse pas de bons présages pour la suite des relations entre les deux parties !

Or, il reste tout de même des Hongrois prêts à négocier avec Vienne: restés en retrait durant la révolution, ils redressent à présent la tête et, aidés par des relations en Bohème et dans la capitale même, demandent à l’empereur de ne pas pousser les violences plus avant et de revenir à la situation d’avant-guerre, au moins. Rien n’y fait: le souverain reste sur sa position initiale. 

François-Joseph en 1851 par Johann Ranzi. Il porte l’ordre de Marie-Thérèse. Crédit photo: wikipédia.

Le sort de la Hongrie:

Finalement le pays est traité comme une terre conquise par l’Autriche et ses droits s’en trouvent réduits, Vienne n’ayant pas digéré la proclamation de la capitulation des Habsbourg. Le territoire est divisé en districts avec des militaires à leur tête, alors que toute forme de représentation hongroise et d’autonomie locale disparaissent purement et simplement. Au niveau économique, = la gouvernement profite de la situation avantageuse pour introduire la législation fiscale autrichienne en Hongrie et supprimer les douanes internes qu’elle avait avec l’Autriche. L’idée est de ne plus la traiter que comme une partie de l’Empire, et non plus comme une zone autonome, ce qu’elle avait été jusque-là. L’Autriche désire également réduire les différences dans l’ensemble disparate qu’elle domine.

Cette politique ne dura qu’un temps : après la guerre de 1866 avec la Prusse, catastrophique pour la monarchie, Vienne dut changer son fusil d’épaule et devint l’Autriche-Hongrie (voir vidéos sur cette guerre ). 

Bibliographie:

-Bled (Jean-Paul), François-Joseph, Paris, Tempus, 2011, 848 p.

Les vidéos sur la guerre de 1866 :

https://antredustratege.com/2013/06/20/playlist-la-guerre-de-1866/

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La Révolution Hongroise de 1848: I) Causes et déclenchement

Introduction :

Royaume indépendant au Moyen-âge, la Hongrie est conquise au XVIe siècle par la puissance montante qu’est l’Empire Ottoman, en pleine progression vers l’ouest. Celui-ci stoppé dans sa marche (bataille de Lépante en 1571 notamment), le territoire de la couronne de Saint-Etienne (premier roi de Hongrie) est alors occupé par les Habsbourg d’Autriche. Cette domination qui dure jusqu’en 1918 est émaillée de luttes du peuple Magyar (l’autre nom des Hongrois) pour sa liberté et la reconnaissance de ses droits. Nous allons donc étudier aujourd’hui l’une des plus importantes de ces phases, la Révolution de 1848.

La Hongrie et Vienne :

En fait depuis son annexion, la Hongrie n’a jamais été totalement absorbée par l’Autriche. La culture et la langue y restent différentes du monde allemand, l’élément dominant de l’Empire autrichien. Ainsi, depuis le début du XIXe siècle, la bourgeoisie et la haute société locales multiplient les prises de position publiques pour la défense de leur identité face à ce qu’ils considèrent comme une occupation étrangère, certes plus enviable que celle des Turcs. Une presse hostile à Vienne paraît, des livres d’histoire rappellent le passé glorieux des Magyars, les élites demandent une  magyarisation de l’administration, de l’éducation et de l’économie… Ainsi que de nouveaux droits, et même un gouvernement local hongrois. Enfin, les paysans sans terre restent nombreux et joignent leur voix à ce concert discordant où l’on entend également les revendications des Italiens, Polonais, Roumains, Tchèques et autres Croates sur lesquels règnent les Habsbourg. Un élément déclencheur va servir de détonateur. 

Lajos Kossuth, patriote Hongrois très lié à 1848. Crédit photo: wikipédia.

L’année 1848 :

En effet, depuis 1789, l’Europe est parcourue de troubles révolutionnaires plus ou moins importants, et qui se sont diffusés avec les armées napoléoniennes, transmettant de gré ou de force les idéaux de la Révolution Française. C’est pourquoi les années 1815-1848 sont parsemées de luttes des peuples contre des régimes souvent de monarchie « absolue » (Italie, Espagne…) ou étrangers (les Polonais contre les Russes…). Un nouveau cran est atteint en 1848 : une vague de révolte part d’Italie. Loin de s’arrêter, elle est puissamment relayée par Paris (à nouveau) et secoue comme jamais l’Europe des princes, dont beaucoup doivent accorder des libertés sous cette pression.

Or, celle-ci atteint la monarchie danubienne. Dès le 3 mars 1848, aussitôt les événements de Paris connus (Louis-Philippe est renversé et remplacé par la Deuxième République), le patriote hongrois Kossuth appelle à la formation d’un gouvernement Hongrois, prélude au sujet qui nous intéresse… 

Bibliographie:

-Bled (Jean-Paul), François-Joseph, Paris, Tempus, 2011, 848 p.

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La guerre des rues au XIXe siècle, I sur II.

Le combat n’est pas un mais multiple: contre un ennemi extérieur ou intérieur, de jour ou de nuit, défensif ou offensif… Mais il est aussi fonction du terrain: en rase campagne ou en milieu difficile, il n’est pas le même. C’est dans cette dernière catégorie que l’on peut classer l’affrontement urbain, très présent durant le « siècle des nationalités »

Les forces en présence:

Pourquoi le fut-il? Essentiellement  car ces années ont été témoins de grandes révolutions et agitations urbaines, liées en partie à l’accroissement de la population dans ces zones rendues attractives, du fait de l’industrialisation. On parle par exemple (en France) des émeutes de 1832 et 1834, des révolutions de 1830 et 1848 voire même de l’opposition au 2 décembre 1851 (il y eut des barricades), ainsi que la Commune de Paris, évidemment. Outre la capitale, les grandes villes connurent elles aussi des troubles, comme Lyon. L’affaire ne se limite pas à la France: Varsovie, la Hongrie ou Milan connaissent ce type de soulèvement à la même époque. Ils sont d’ailleurs la crainte générale des gouvernements européens. C’est bien connu, les puissants ont finalement souvent peur de ceux qu’ils dirigent, de leur grogne. Chateaubriand, en visite à Londres , l’entend clairement dire sur place par le premier ministre à qui il vante les mérites du gouvernement à l’anglaise!

Si  le peuple des villes est encore en partie composé du vieux fond des artisans, héritiers des corporations et autres guildes, dont l’esprit ne s’est pas tout à fait perdu, dont le souci de respectabilité est réel et le niveau de vie acceptable… Le temps leur ajoute de nouvelles couches: essentiellement des gens tirés de leurs campagnes. Beaucoup ne sont pas qualifiés et ont évidemment du mal à s’intégrer. Enfin, on trouve ceux qui vivent de travail temporaire, parcellaire, d’expédients divers. Le mélange peut être explosif, on s’en doute. Surtout si les principes républicains, socialistes etc. se surajoutent (la majorité de l’Europe vit sous des régimes monarchiques plutôt forts). La dernière catégorie de gens fournit en effet une masse de manœuvre utilisable par ceux qui déclenchent les révoltes, mais n’y meurent généralement pas. En fait, l’idée qui court est que le peuple n’est pas un, mais deux, ce que dit bien Disraéli (premier ministre britannique sous Victoria): sa fraction la plus basse diffère de l’autre, c’est elle qu’il faut surveiller car elle est dangereuse. En France, Thiers parle même d’eux comme étant une « vile multitude ».

Horace Vernet. « La barricade de la rue Soufflot » durant les journées de juin 1848, qui renversent la monarchie de Juillet. Crédit photo: wikipedia.

C’est d’autant plus dangereux qu’il n’y a pas de force de police permanente une bonne partie du siècle: quelques sergents de ville et autres services de sûreté en France, mais guère plus. Londres n’a, elle, rien du tout pour agir contre les émeutes, elle est donc la ville du crime par excellence: les gares et leurs abords sont remplies de pickpockets (le mot vient d’ailleurs d’Angleterre) Jack l’Éventreur sévit etc… Reste donc l’armée en cas de trouble majeur, seul moyen de lutter contre le soulèvement de la rue.
Mais celle-ci a horreur de se battre en ville. En effet, avant les grands travaux d’urbanisme (comme le Paris d’Haussmann), les rues sont encore moyenâgeuses: c’est-à-dire généralement étroites et tortueuses, où il est facile de dresser des barricades. Il faut donc occuper la place rue par rue, maison par maison. Un cauchemar que rappelle de Vigny dans Servitude et grandeur militaires!
De plus, il est assez facile aux gens de s’armer: un bon nombre fait par exemple partie de la Garde Nationale et possède un fusil. Les balles sont facile à fondre (du moins tant qu’on ne passe pas aux cartouches métalliques, dans la deuxième moitié du siècle) et la recette de la poudre est connue. Enfin, nul besoin d’avoir une organisation tactique très poussée, à la différence d’une bataille en rase campagne: on tient des barricades, point. Contre cela, même les meilleurs soldats, les plus manœuvriers et coriaces peuvent être écrasés: une pierre tue assurément un homme si elle est lancée depuis un toit par exemple. Les Anglais en firent les frais durant leur expédition à Buenos-Aires en 1806-1807 et ils durent rembarquer. D’ailleurs les soldats n’estiment rien avoir à gagner dans ce genre de combat; remporter une médaille dans ce type d’affronterment contre ses compatriotes ne constitue pas matière à se vanter. Les troupes en garnison dans une ville sont en fait rapidement assaillies, leurs communications coupées, les cas de désertion voire de fraternisation avec les insurgés courants. Ils sont toutefois limités par le fait que les soldats sont souvent des paysans (pas les zouaves en France, toutefois) avant l’avènement des services nationaux, ils ont donc peu d’affinités avec les citadins. Ainsi, en 1830 (au moment des troubles contre Charles X), l’armée évacue Paris. De même, en février 1848, Louis-Philippe n’ose pas faire donner la troupe et les généraux sont peu empressés à se battre. Les combats de rue ne datent, pour l’essentiel, que des « journées de juin » de la même année

Delacroix, « La liberté guidant le peuple », symbole de la Révolution de 1830 qui chasse Charles X.

Bibliographie:

-Cours de master

Histoire militaire de la France, t. 2 de 1715 à 1871, sous la direction de Jean Delmas, Paris, PUF coll. « Quadrige », 1997, 627 p.

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L’armée autrichienne de 1815 à 1859 II sur II.

Le calme revenu, François-Joseph, le nouvel empereur, monté sur le trône à la faveur des évènements révolutionnaires, est en droit de s’interroger. Si l’armée est restée fidèle et qu’elle a sauvé l’Empire (Radetsky le dit clairement à ses soldats), elle n’en a pas moins accusé le coup, a dû se battre sur deux fronts et n’a dû son salut qu’avec l’aide des Russes, qui se comportent comme les vrais vainqueurs dans l’affaire. Or, François-Joseph est un homme que l’armée intéresse, il a reçu une éducation en ce sens. De plus, il est dans les jeunes années de son règne, généralement les plus fécondes, là où l’on ose le plus avant que l’âge ne tempère. Nous sommes donc en droit de penser que de 1848 à 1859 il aurait eu le temps de reforger son outil…
 
Toutefois il faut aussi bien avoir conscience qu’à l’instar du tsar, l’empereur d’Autriche est un homme de principes, de légitimité, un champion de l’ordre et de la lutte contre les idéaux véhiculés depuis la Révolution Française. Souverain d’un ensemble mêlant plus d’une dizaine de peuples hétéroclites, des portes de  l’Allemagne à la Roumanie, il ne peut se permettre d’être autrement, juge-t-il.
C’est pourquoi sa première période de règne (1848-1859) est dite « néo-absolutiste », ce qui est assez éloquent. Ainsi, tout ceci se reflète sur l’institution militaire: les officiers sont pétris de ces idées. D’ailleurs, l’armée opère encore des opérations de maintien de l’ordre, comme on les nommerait aujourd’hui: l’état de siège demeure actif jusqu’à la fin 1853 à Vienne ou Prague, et mi-1854 en Transylvanie. La capitale reçoit un dispositif renforcé pour pouvoir mieux lutter contre de futurs troubles et les régiments ne se privent pas de défiler dans la ville. François-Joseph entend se mêler de près aux affaires militaires. Ainsi, il supprime le ministère de la guerre, né de la révolution de 1848, en 1853 et exerce pleinement son autorité à travers sa chancellerie militaire. Ce faisant, il étouffe la création d’institutions modernes comme un grand-quartier général et ouvre la voie au clientélisme: il s’agit de plaire au comte Grünne (qui dirige l’ensemble et n’a jamais commandé sur le terrain).

François-Joseph en 1853 (image trouvée sur wiki).

 

Homme tourné vers les grands principes du passé, l’empereur entend surtout que ses troupes et officiers lui soient unis par des liens de fidélité quasi féodaux. Si c’est entretenir là un haut niveau de moralité au sein de l’armée, cela ne forme pas aux nouvelles réalités de la guerre, liées dorénavant aux progrès de la Révolution Industrielle. D’ailleurs, si le souverain se pique de commander, il n’est pas un grand stratège et, dessillé, ne s’y risqua plus après l’épisode de la guerre d’Italie. Nombre d’officiers sont placés car ils sont bien vus en cour, mais leur qualités de stratège sont pauvres: le remplaçant du vieux Radetsky, mort en 1858 à 91 ans, en est la meilleure illustration (voir articles sur la guerre de 1859): il s’avéra être un incapable. L’armement aussi est en retard et cela se fit sentir en 1859 où l’artillerie française surclasse celle des Autrichiens. Même commentaire en 1866 quand le fusil Dreyse dépasse de loin l’équivalent des habits blancs. En bref, l’armée autrichienne semble plus être dirigée par des guerriers, des courtisans que des soldats. Cette ambiance n’est pas sans rappeler celle que je décrivais pour la France de la même époque, ici:

 A noter que l’industrialisation seulement partielle du pays, son étendue, son caractère hétéroclite et les difficultés budgétaires n’ont pas arrangé l’ensemble.

Source: Bled (Jean-Paul), François-Joseph, Paris, Tempus, 2011, 853 p.

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L’armée autrichienne de 1815 à 1859, I sur II.

Introduction:

Après avoir été fortement malmenée par Napoléon lors de la campagne de 1805 (voir iciici et ), l’Autriche avait su remonter la pente. Ainsi, même si la campagne de 1809 finit elle aussi par une victoire française, qui est Wagram, (voir 1234 et 5), celle-ci fut acquise avec plus de difficulté. Entre temps, l’armée des Habsbourg avait opérés avec succès des changements en son sein. Un mouvement s’était amorcé, qui se confirma jusqu’à la chute de Napoléon. En 1815, Vienne est donc au faîte de sa puissance et le prince Metternich préside au destinées de l’Europe des trônes, sauvés par leur union contre la France.
Presque un demi-siècle plus tard, la donne avait été considérablement bouleversée. En cette année 1859, l’Autriche perdit une partie non négligeable de ses possessions et de son influence en Italie (détails: 12;3456 et 7). Sept ans près ce revers, elle devait abandonner la Vénitie et fut chassée d’Allemagne, étrillée par la Prusse victorieuse à Sadowa (voir video ci-dessous)… Nous allons donc voir ce qui, dans l’intervalle, peut expliquer ces défaites successives.

La guerre de 1866, 1ère vidéo de la playlist:

1815-1848:
La première chose que l’on peut dire est qu’il est courant dans l’histoire, après une grande épreuve victorieuse, de « s’endormir sur ses lauriers »… Jusqu’à ce qu’une défaite nous fasse comprendre notre erreur: les exemples sont nombreux. Or, c’est bien ce qui caractérisa pour partie l’Autriche de la période envisagée. Du début de notre étude à sa mort en 1835, le pays est dirigé par le vieil empereur François Ier, vainqueur de Napoléon. Son fils Ferdinand, trop malade pour pouvoir gouverner efficacement, lui succède jusqu’en 1848. Cette période d’avant l’année révolutionnaire, le fameux « printemps des peuples » qui secoue l’Europe, est dite du Vormärz, littéralement de « l’avant-mars » (1848). Succédant aux troubles révolutionnaires et napoléoniens, elle se caractérisa dans la monarchie des Habsbourg par une immobilité quasi complète. C’était comme si le pouvoir refusait toute évolution, craignant que la moindre avancée puisse dégénérer et faire écrouler l’ensemble. Inutile de dire que dans un tel décor, l’armée pâtit de cette stagnation. Elle vécut donc sur ses acquis de la période précédente, et ceux-ci ne disparurent certes pas de suite. Ainsi elle intervint avec succès dans plusieurs opérations à l’extérieur des frontières de la monarchie danubienne, ou en Italie où elle maintient l’ordre face à l’agitation révolutionnaire (souvent aidée par d’anciens officiers français). Elle est encore commandée par quelques chefs de qualité comme le fameux maréchal Radetsky qui avait été chef d’état-major du non moins célèbre Schwarzenberg, officier bien connu des guerres napoléoniennes.
Sur ces entrefaites arrive la Révolution de 1848: l’Italie bouge à nouveau, Louis-Philippe est chassé de son trône, l’Allemagne tente de s’unifier, la Hongrie, lassée des empiétements de Vienne se soulève… Les décennies écoulées depuis 1815 sont durement ressenties face à de telles menaces: si Radetsky parvient à écraser les Piémontais avec succès, la situation devient critique sur les terres magyares (l’autre nom des Hongrois) et la cour doit même quitter Vienne elle aussi en proie aux troubles. Finalement, l’affaire n’est réglée qu’avec l’aide de l’armée russe en 1849. Le tsar Nicolas Ier, qui se veut le champion de la contre-révolution, intervient en effet en masse et tire les Habsbourg d’une situation complexe…

La marche de Radetsky, écrite par Johann Strauss père pour célébrer la victoire décrite plus haut. Elle est jouée tous les ans au concert du Nouvel-An de Vienne. Voilà l’interprétation de 2012, par un chef que j’aime beaucoup, Mariss Jansons.

 

 Source: Bled (Jean-Paul), François-Joseph, Paris, Tempus, 2011, 853 p. 

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