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La guerre de Pontiac: IV) Les conséquences

Si le conflit semble limité dans ses moyens, si les événements paraissent de peu d’envergure historique, surtout par rapport à la grande conflagration qu’est la guerre de Sept Ans, on va pourtant voir que ses conséquences sont très importantes pour la suite de l’histoire du continent américain.

La guerre d’indépendance américaine en germe

En effet, on a expliqué que les Britanniques ne sont pas parvenus à écraser les différentes tribus indiennes menées par Pontiac et, même si le conflit s’est terminé par une sorte de statu quo, le roi George III va prendre une décision capitale, et ce dès 1763. Il est ainsi décidé que, au vu de la résistance indienne, les terres situées à l’ouest des montagnes de Appalaches soient réservées pour l’avenir aux Amérindiens, avec interdiction pour les colons d’y prendre possession de terres. Le texte de l’époque, nommé Proclamation de 1763, est très clair à ce sujet et Edmond Dziembowski (voir bibliographie) dit clairement qu’il est prévu pour « endiguer l’élan panindien initié par Pontiac et Neolin [autre personnage d’importance, un prédicateur] »

En fait, plus que de l’indianophilie, c’est une réaction pragmatique bien britannique, mais qui génère un immense sentiment de frustration parmi les habitants des Treize colonies, qui ont participé à la guerre de Sept Ans et au récent conflit contre Pontiac. Alors qu’ils ont soif de terres, cette limitation de leurs appétits conquérants et colonisateurs va grandement contribuer à les détacher de leur métropole. Si l’on ne tient pas là toute l’explication du déclenchement de la guerre d’indépendance américaine, c’est néanmoins une puissante clé de compréhension des mécanismes qui se mettent en place après 1763 et vont aboutir à la déclaration d’indépendance de 1776.

L’expédition de Lewis et Clarke telle que peinte par Russell en 1905. Photo hébergée sur : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e0/Lewis_and_clark-expedition.jpg?uselang=fr

Une persistance des liens franco-indiens

Malgré tout ce que j’ai dit sur les relations entre les Français et les Amérindiens, ce conflit montre tout de même une persistance réelle des liens entre les deux communautés. On a vu que les seconds faisaient appel aux premiers plusieurs fois au cours de la guerre de Pontiac, et que certaines scènes avait généré une émotion importante. En Basse-Louisiane, certaines communautés indiennes se posent d’ailleurs les mêmes questions et se demandent si les Français qui partent ne sont pas préférables aux Espagnols qui arrivent. Pontiac lui-même, lorsqu’il se rend dans la petite ville de Saint-Louis, fondée par les Français, en 1769, est vêtu d’un uniforme qui lui a été précédemment donné par Montcalm lui-même ! C’est d’ailleurs peu de temps après qu’un autre Indien l’assassine, sans doute pour une histoire de vengeance.

Au-delà de l’anecdote, bon nombre de communautés indiennes conservent un caractère francophone pendant longtemps, car les liens de métissage ont été réels entre les deux communautés. Les Etats-Unis naissants ne peuvent se passer des trappeurs franco-indiens qui connaissent l’Ouest, et ce jusque dans les années 1830-1840. La fameuse expédition de Lewis et Clark recourt justement à des interprètes et trappeurs issus de leurs rangs. Encore aujourd’hui, un nombre important de communautés indiennes ont des noms à consonance française et utilisent des mots et expressions venus tout droit de la langue de Molière.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-DZIEMBOWSKI (Edmond), La guerre de Sept Ans. 1756-1763, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2015, 670 p.

-HAVARD (Gilles) et VIDAL (Cécile), Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2014, 863 p.

Sur les ressorts qui amènent à la déclaration d’indépendance de 1776, voir :

-COTTRET (Bernard), La Révolution américaine. La quête du bonheur, Paris, Perrin, 2003, 528 p. (une réédition en poche chez Tempus existe).

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La guerre de Pontiac: III) Vers la fin du conflit

Combats indécis

Je le disais en conclusion la fois précédente : la guerre tourne vite à l’impasse. Le territoire considéré est immense, encore mal maîtrisé par les Britanniques. Ces derniers doivent reconfigurer leur dispositif et envoyer leurs troupes loin de leurs bases, à une époque où les communications ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui. De leur côté, les Indiens manquent de moyens et ne parviennent pas à entraîner les Français, fraîchement défaits par le traité de Paris, dans la guerre. Pour autant, les combats se poursuivent.

Ainsi, au cours de l’année 1765, les « tuniques rouges » s’efforcent de déployer des troupes depuis la Louisiane, afin qu’elles remontent vers le Nord, et montrent une présence effective sur les terres qui s’étendent entre celle-ci et le Canada. Rappelons encore une fois que la Louisiane française est bien plus grande que l’Etat du même nom actuel. Or, cette opération est en partie un succès, car les forces royales parviennent notamment à s’emparer de l’important fort de Chartres, en février de cette année… Avant de subir un revers en avril, où Pontiac les presse durement et parvient même à faire fuir le lieutenant Fraser et ses troupes, venues de Pittsburgh.

Le fort de Chartres, qui a été réutilisé par les Britanniques. Photo trouvée sur: http://www.ameriquefrancaise.org/media-6930/fort_chartres_1.jpg

La guerre cesse

En fait, aucun camp ne parvient à réellement s’imposer et l’emporter sur son adversaire. Les Indiens espèrent encore que la France retrouve sa place dans la région, et vienne à leur secours : je vous renvoie au premier article pour ce qui est de la complexe relation franco-indienne. Ce n’est pas du tout le plan des autorités françaises, durement frappées par la guerre de Sept ans et liées par le traité de Paris. Plusieurs appels sont ainsi repoussés sur place, non sans émotion comme on l’a vu précédemment.

Ainsi, la lassitude finit par gagner les tribus indiennes, qui ne voient plus de produits européens leur parvenir à cause de l’état de guerre, et ont le sentiment de lutter seules, sans plus trop savoir pourquoi. Voilà pourquoi les britanniques acceptent de mener une série de pourparlers, pour sortir d’une lutte peu claire et indécise. Ceux-ci ont lieu fin août-début septembre 1765 et parviennent à une fin de la « guerre de Pontiac », débutée deux ans plus tôt.

On en verra les conséquences dans un dernier article, plus importantes qu’on ne le pense.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-DZIEMBOWSKI (Edmond), La guerre de Sept Ans. 1756-1763, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2015, 670 p.

-HAVARD (Gilles) et VIDAL (Cécile), Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2014, 863 p.

Le site du fort de Chartres, avec de nombreuses photos:

http://www.fortdechartres.us/

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