Archives de Tag: Armes françaises

Les armes du soldat français en 1940: bilan et mise en perspective.

A l’heure de faire le bilan sur un sujet qui, je l’espère, vous aura intéressé, j’aimerais faire une conclusion qui est aussi une comparaison avec les matériels des autres grandes puissances en 1940. Pour les détails techniques et les performances des armes citées, reportez-vous aux articles précédents du dossier. Celui-ci est une synthèse-repère, je ne peux évidemment pas citer toutes les modifications et utilisations qui ont existé. 

Les armes de poing

Le constat paraît sans appel. La France a 11 armes de poing (5 revolvers et 6 pistolets), utilisant 3 munitions différentes (11mm, 8mm et 7.65mm). C’est beaucoup, d’autant plus que certaines armes sont anciennes (revolvers mle 1873 et 1874) et que les récentes sont trop peu nombreuses (PA 1935 A et S). De l’autre côté du Rhin, par contre, on utilise essentiellement les P08 et P38, soit deux armes (même s’il y eut des achats là aussi, comme la gamme des Astra et que le C96 est utilisé par certains officiers, non-réglementairement). Idem en URSS où le TT33 côtoie le vénérable mais robuste Nagant modèle 1895. Le succès est dans la limitation des modèles, pour des soucis logistiques et d’intendance.

Les fusils et mousquetons:

Le commentaire est le même: ils sont une dizaine et seul le MAS 36, ainsi que les modifications tardives et très coûteuses des Berthier et Lebel, est récent, notamment car utilisant une munition adaptée à la guerre contemporaine. C’est assez tragique, si l’on considère que l’Allemagne a à cette date le seul Kar 98k, version raccourcie en 1935 du fusil du conflit précédent (avec une version pour troupes de montagne, le G 33/40). C’est la même chose en URSS avec quelques armes seulement: le mosin-nagant 91/30 et sa version carabine (M38), ainsi que le SVT-40 semi-automatique… Autre chantier où la France a été pionnière et a perdu toute son avance du fait d’un conservatisme sclérosant. Les Britanniques, eux, rationalisent aussi leur armement avec les uniques Lee-Enfield Mark III et n°4. Au final, trop de dispersion, du matériel ancien et obsolète en grand nombre.

Les pistolets-mitraileurs

Est-il nécessaire d’enfoncer le clou? lls sont ridiculement peu nombreux et même pas tous de fabrication nationale (Suomi Kp-31, Erma-Vollmer, Thompson). Certes, l’URSS de l’époque a bien moins de PPD-38 et 40 (les ancêtres du fameux PPSh-41) qu’on le croit et tous les soldats allemands n’ont pas de MP38 ou 40, mais le retard face aux autres pays reste flagrant et dommageable aux performances générales. De plus, quelques unités comme les corps-francs monopolisent l’essentiel de ces matériels.

Une MG34 utilisée en DCA à Oslo en 1940. Crédit photo: historyofwar.org

Fusils-mitrailleurs et mitrailleuses:

Si le FM 24/29 est une excellente arme qui n’a rien à envier à ses rivales… Il est trop peu nombreux (il y a encore des Chauchats!) et la première partie du commentaire n’est pas la même pour les mitrailleuses françaises. Si la Saint-Etienne modèle 1907 est heureusement reléguée à l’arrière, la Hotchkiss 1914, puissante et robuste, est trop lourde et peu manœuvrable. N’oublions pas que, de l’autre côté, la MG34 s’utilise à la fois comme mitrailleuse légère, sur bipied, au plus près des combats, et comme mitrailleuse lourde, sur trépied, en défense par exemple. Cette maniabilité/dualité n’existe pas côté français. Quand à la bonne MAC 31, elle équipe surtout les blindés et les troupes de forteresse.

Les mortiers: 

Là, par contre ils sont bons, puissants, et copiés par plusieurs pays. Le Brandt de 81mm est même redoutable. Par contre le lance-grenade de 50 mm, tout à fait correct, est distribué à dose homéopathique et force à garder les vieux tromblons VB. Pas grand-chose à redire sur cette partie.

Au final l’armement du soldat français de 1939-1940 présente trois visages. Le premier est celui d’une l’accumulation excessive d’un matériel ancien, parfois très (il reste des chassepots du Second Empire modifiés et encore présents dans la garde des aérodromes je le rappelle) et donc inadapté à la guerre contemporaine telle qu’elle s’est faite en 1940. Le deuxième est celui d’occasions manquées, comme l’arrêt des fusils semi-automatiques tels que les FSA 17, 18 et le Meunier ou l’absence quasi chronique de pistolets et pistolets-mitrailleurs de qualité. Ils représentaient pourtant l’avenir… . Enfin, le dernier aspect est celui de la présence d’un matériel moderne et efficace (MAS 36, FM 24/29…) mais en nombre trop limité. La défaite de 1940 s’est aussi jouée avec tout ce qui vient de vous être décrit. 

Un PPD-40 dans la main d’un soldat soviétique défendant Leningrad. Il s’agit d’un film de propagande. Crédit photo: wikimedia.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

-Nombreux hors-série du magazine 2e guerre mondiale. 

Les armes du soldat français en 1940: les mortiers.

Arme ancienne utilisée dans les sièges, le mortier connaît un regain d’intérêt certain durant la Première Guerre mondiale, où son tir courbe le rend très efficace dans un combat à courte distance et longtemps dominé par l’environnement de la guerre de position. Ils remplacent même l’artillerie de tranchée (crapouillots, lance-mines…) en 1918. Ils perdurent après cette date, accompagnant les hommes au plus près du combat pour les soutenir dans leur avance ou leur défense. La France en possède trois bons modèles en 1940. Utilisés dans l’infanterie et la cavalerie, ils permettent un tir d’appui proche et efficace, l’arme envoyant en fait des grenades lors d’un tir en cloche. Si l’angle de tir est parfois le même, les servants peuvent toutefois agir sur la portée.

Le lance-grenade de 50 mm et le mortier de 60 mm: 

Ces deux premières armes permettent un soutien direct en attaque comme en défense. En effet, les mortiers utilisés en campagne sont des armes collectives légères et rapides à mettre en place. Le premier date donc de 1937. Fabriqué par la MAC (Manufacture d’armes de Châtellerault), il envoie des grenades de 50 mm à 450 mètres environ. Il ne fait que 33 cm de haut pour 3.6 kilos, et peut tirer 20 coups à la minute. C’est pourquoi il est destiné à remplacer les tromblons VB des lebels au niveau de la section (voir article sur les fusils les plus anciens). Inutile de dire qu’un tir bien ajusté peut produire des ravages sur de l’infanterie ennemie. Hélas, seuls 20.000 exemplaires sont disponibles au moment de l’armistice, la munition ayant été difficile à mettre au point. 

Le lance-grenade MAC 37 de 50mm. Crédit photo: Musée de l’infanterie.

Si la section doit majoritairement se contenter du tromblon VB (voir plus haut), la compagnie (une centaine d’hommes, dirigée par un capitaine), reçoit heureusement « l’aide » de l’excellent mortier de 60 mm modèle 1935 mis au point par Brandt. Il fait cette fois 18 kilos et est transporté  à dos d’hommes, décomposé en trois, ou sur une voiturette, les projectiles suivant dans des caisses de six coups. Ayant une portée d’un kilomètre, pour une cadence de tir de 20 coups à la minute, il est une excellente arme, précise et puissante, disponible à raison d’une par compagnie. C’est en fait une version allégée du modèle présenté ci-après.

Un Brandt 27/31 de 81 mm en batterie en 39-40.

Le mortier Brandt de 81mm:

Enfin, le plus lourd des mortiers utilisés en accompagnement direct des troupes est le 81 mm Brandt modèle 1927/31. C’est un dérivé du modèle britannique Strokes de 1918 (qu’on peut encore apercevoir en 1940, notamment dans les Alpes) et il rend de grands services au niveau du bataillon cette fois (plusieurs compagnies, dirigé par un commandant), où il est présent en double. Restant léger pour un mortier (58 kilos), il est transporté en voiturettes et peut même être partagé en trois fardeaux de 20 kilos à dos d’homme, sur de courtes distance. L‘arme a une portée de 2 kilomètres et sa puissante munition peut efficacement pulvériser des nids de résistance, ou fournir un écran de fumée protecteur grâce à ses munitions fumigènes. Les projectiles pèsent trois kilos chacun et sont transportés en caisses de cinq (infanterie) et trois coups (cavalerie). Tous les modèles cités ont de nombreux accessoires.

Au final les mortiers utilisés par la France sont bons, récents, puissants et souvent copiés (surtout le 81 mm mle 27/31). Seul le lance-grenade de 50 mm est trop peu disponible et oblige à utiliser les anciennes grenades à fusil de la Première Guerre mondiale. 

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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Les armes du soldat français en 1940: les fusils-mitrailleurs.

Les fusils-mitrailleurs, aussi appelés mitrailleuses légères permettent à un groupe de combat de disposer d’une puissance de feu importante pour un encombrement moindre qu’une mitrailleuse lourde. Ils font généralement une dizaine de kilos et tirent des chargeurs d’une trentaine de balles. La plupart des exemplaires de notre époque dérivent d’une excellente arme tchèque, la ZB 24 modifiée en 1926.  Dans le cas Français, c’est particulièrement important, car je vous ai rappelé avec l’article précédent que les armes collectives françaises comme la Hotchkiss 1914 sont lourdes et pesantes.

Le chauchat:

Vous êtes maintenant habitués: la France de 1940 a encore du vieux matériel en service, et les fusils-mitrailleurs n’échappent pas à la règle. Ainsi il reste des vieux FM 1915 CSRG, plus connus sous le nom de « Chauchat ». C’est une arme développée dans l’urgence au cours de la Première Guerre mondiale et qui souffre dès le début d’importants défauts qui la firent notamment détester du corps expéditionnaire américain qui l’utilisa en attendant le FM BAR 1918. Le premier est qu’elle tire du 8 mm Lebel, munition dont j’ai déjà eu l’occasion de rappeler l’inadéquation au tir à répétition manuelle, du fait de à sa trop grande puissance. Or, le défaut est encore pire pour une arme automatique… De plus le chargeur, qui n’est que de vingt coups, est en demi-lune  et n’est pas hermétiquement fermé, il peut donc laisser entrer la boue et la poussière (un cauchemar dans les tranchées de la guerre précédente). Heureusement ce matériel dépassé est en 39-40 cantonné, comme la Saint-Etienne 1907 T, à l’artillerie, au train et aux unités de seconde zone, notamment en tir antiaérien.

Le Chauchat. Crédit photo: armesfrançaises.free.fr

Le FM 24/29:

Réalisation réussie de la MAC (Manufacture d’armes de Châtellerault), le fusil-mitrailleur modèle 1924 modifié 1929 (et plus connu sous son abréviation FM 24/29) est une des excellentes armes françaises de 1940. Mis au point pour remplacer le Chauchat, il tire cette nouvelle et moderne munition de 7.5mm dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises. Profitons-en pour rappeler qu’une arme est développée autour d’une munition, et pas l’inverse. D’une longueur d’un mètre, le FM pèse un peu moins de neuf kilos et a une portée utile jusqu’à 800  mètres, pour un chargeur de 25 coups. Fiable et résistante, cette arme est distribuée à hauteur de trois par sections (parfois plus dans les groupes francs) et peut utiliser un fusil comme support antiaérien. Elle connut une carrière longue puisqu’elle fit les guerres d’Indochine et d’Algérie, et les derniers modèles perdurèrent encore par la suite, le FM ayant encore des porte-chargeurs en nylon… 

Le FM 24/29 se servant d’un fusil comme support de tir antiaérien.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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Les armes du soldat français en 1940: les mitrailleuses.

Mise au point durant la seconde moitié du XIXe siècle, cette arme révolutionnaire qu’est la mitrailleuse n’a tout d’abord pas été utilisée à sa juste valeur. Par exemple considérée comme de l’artillerie, et trop secrète, les exemplaires français de 1870 (les canons à balle de Reffye) n’ont été qu’un demi-succès. Et si les Japonais surent s’en servir efficacement durant leur guerre contre les Russes en 1904-1905, les expériences de ce conflit ne furent pas non plus tirées par les autorités militaires européennes. Finalement, l’arme causa des ravages énormes dans les rangs des soldats de 1914 et fit là son entrée réelle dans le sanglant paysage de l’armement. Elle est donc indissociable de la Seconde Guerre mondiale comme de la Première, et il faut voir ce dont disposait l’armée française de 1940.

La mitrailleuse Saint-Etienne 1907 T: 

Là encore l’armée française est en retard… Elle a en fait refusé un modèle produit par Hotchkiss en 1900 pour adopter la Saint-Etienne sept ans plus tard. Celle-ci est de production nationale, mais d’utilisation compliquée et reste une machine délicate. Tirant du 8 mm lebel sous formes de bandes métalliques droites de 25 coups, elle peut aussi être équipée de bandes de toiles souples disposant de 300 coups et contenues dans une caisse à munitions. D’une cadence tir pratique de 600 coups par minute, elle porte jusqu’à 2400 mètres et pèse plus de 26 kilos avec son affût. En 1940, elle reçoit des accessoires de tir contre les avions. Toutefois dès 1914 elle est abandonnée au profit du modèle étudié plus loin et elle a en fait été retirée du front en 1939, n’équipant plus que l’artillerie, le train ou le génie comme arme de DCA. 

Une Hotchkiss en batterie en 1940. Crédit photo: armesfrançaises.free.fr

La Hotchkiss modèle 1914:

D’origine américaine, la firme Hotchkiss produisit de nombreuses armes et véhicules pour la France, comme les chars H-35 et H-39 pour l’époque qui nous concerne. C’est aussi elle qui donna la mitrailleuse modèle 1914, une arme excellente et fiable tirant du 8 mm lebel par bandes rigides de 30 coups ou articulées de 251 coups. Robuste, solide, facile à construite, elle est, écrit O. Bellec: « réputée pour fonctionner même dans un bain de boue ». C’est elle qui est toujours présente en 1940. Hélas elle est très lourde (50 kilos avec son affût!), ce qui n’est pas pratique en attaque, et vient d’une société privée. Elle est elle aussi capable d’effectuer un tir antiaérien.

La Reibel modèle 31:

Pour retrouver un monopole d’Etat face à Hotchkiss, la France fait construire de nouvelles armes par la Manufacture d’armes de Châtellerault dans les années 20/30. La plus connue est le FM 24/29 dont on reparlera, mais il existe aussi la mitrailleuse MAC 31 dite « Reibel », en l’honneur du chef d’alors de la MAC. Peu connue, d’aspect peu engageant (elle est massive et a un gros chargeur tambour), elle est pourtant une bonne arme qui tire du 7.5 mm, à raison de 500 coups par minute, cette cartouche moderne qu’on a déjà évoquée. Équipant surtout les blindés et les avions, elle se retrouve tout de même dans l’infanterie (notamment les unités de forteresse) et fut utilisée après 1945. Ainsi, des photos de la bataille de la RC4 attestent de sa présence en Indochine… Une version d’aviation, la MAC 34, existe aussi.

La MAC 31 « Reibel ». Crédit photo: wikipédia.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

Mitrailleuses de 7.5 mm modèle 1931, guide technique sommaire, Paris, Ministère de la Défense nationale, 1953, 27 p. -) aimablement fourni par un ami.

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Les armes du soldat français en 1940: les armes blanches.

Même si nous sommes dans une guerre où la majorité des engagements se font à distance, il arrive toujours d’être confrontés à des corps à corps. C’est notamment le cas dans les combats urbains, les embuscades entre patrouilles où à l’attaque d’une fortification. Quant au souvenir des nettoyeurs de tranchées du conflit précédent, armés de toute sortes de pics, masses, coutelas et casse-tête, il est encore évidemment présent dans toutes les têtes… Il reste donc des armes blanches en 1940, et voici quelques mots sur elles.

Les baïonnettes :

Ainsi, tous les soldats de l’époque qui sont équipés d’un fusil ou d’un mousqueton, dont les français, ont réglementairement une lame venant s’y fixer, la baïonnette. Il existe aussi des sabres et couteaux de combat. Revenons rapidement sur toutes ces armes. La première a longtemps été considérée comme presque plus importante que le fusil lui-même, du moins tant que le rechargement était long et complexe. Napoléon disait même à leur sujet que le fusil n’était que leur support, et qu’on « [pouvait] tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus ». Hormis celle du MAS 36, qui est courte, cruciforme et se range dans le fût (voir article précédent)… Elles sont encore longues, encombrantes et d’un autre temps (surtout celle du Gras de 1874!), là où les modèles d’autres pays comme l’Allemagne sont plus de longs couteaux plus pratiques. La plus connue et emblématique reste sans doute celle du Lebel, surnommée la « Rosalie ». Datant de 1886 comme le fusil, elle est simplifiée en 1915 (suppression du quillon). Les mousquetons, eux, ont des sabres-baïonnettes assez impressionnants.

La baïonnette du Lebel modifiée en 1915. Crédit photo: libertytreecollectors.

Poignard et sabre:

A côté de cela, il subsiste un couteau, le poignard de tranchée modèle 1916 et surnommé « le vengeur de 1870 ». Il est peu utilisé, les hommes répugnant à se servir d’une telle arme et lui préférant le pistolet. Toutefois il équipe encore les équipages des chars de combat et quelques corps francs. Enfin, depuis 1937, les hommes à cheval sont tous équipés du sabre de cavalerie légère modèle 1822. Long de 87 cm, il est à peine modifié par rapport à son entrée en service (un sabre reste un sabre!). Son utilisation est évidemment bien différente qu’à l’année de son adoption, la cavalerie ne chargeant plus sabre au clair… Autre signe d’évolution, il est fixé à la selle depuis longtemps (1887), et non plus au ceinturon. Les gradés peuvent avoir des modèles différents, dits « de fantaisie », c’est à dire d’achat personnel pour se démarquer de la troupe.

Le « vengeur de 1870 » . Crédit photo: collectarea.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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Les armes du soldat français en 1940: les fusils les plus récents.

Berthier et Lebel modifiés: 

Après avoir passé en revue l’armement le plus ancien (voir article précédent), je vais à présent revenir sur trois modèles plus récents. Ceux-ci utilisent enfin une cartouche adaptée aux exigences de l’époque, et pensée pour le FM 24/29, c’est la munition de 7.5 mm modèle 1924 puis 1929. Comme souvent en France, vous l’avez vu précédemment, les autorités pensent en fait transformer le matériel existant pour qu’il accepte cette nouvelle donnée.

Cela nous donne le Lebel M 27 et le Berthier 07/15 M. 34. Le premier est un Lebel changé, qui utilise un magasin de type mauser à cinq coups. La chose est tellement coûteuse et longue que seules quelques centaines de fusils M 27 existent. La même modification est effectuée avec plus de succès sur le Berthier et là 40.000 fusils M 34 à 5 coups sont distribués, dont 10% spécifiques à la cavalerie. Ils arment une partie de l’infanterie d’active, comme les régiments de forteresse de la ligne Maginot.

Le MAS 36. Crédit photo: wikipédia.

Le MAS 36:

Toutefois ces projets de transformation ont un coup trop élevé et sont surtout trop longs alors que la situation internationale s’assombrit. C’est pourquoi, dans l’urgence, un nouveau fusil est adopté en 1936, le MAS (Manufacture de Saint-Etienne) 36.

Court et léger (3.7 kilos pour un mètre, contre 1.3 m et 4.2kg pour le Lebel), il est destiné, à terme, à remplacer tous les fusils et mousquetons de l’armée française. C’est une unification utile et bienvenue. D’autant plus qu’il dispose du magasin Mauser à 5 coups déjà décrit et, nouveauté, sa baïonnette, peu encombrante, se range dans un tube sous le canon. L’arme est donc maniable, bien pensée et appréciée par la troupe, ainsi qu’elle supprime une pièce d’équipement, le porte-baïonnette et son fourreau. D’une portée pratique de 300-400 mètres, il a une cadence de tir d’environ 10-12 coups par minute.

Hélas seulement 430.000 exemplaires sont disponibles en juin 1940, la production ayant été trop lente. L’arme équipe généralement l’infanterie et la cavalerie d’active, soient les soldats de métier durant les hostiltiés. Elle poursuit surtout sa carrière après 1945 (dans une fabrication plus économique) et fait les guerres d’Indochine et d’Algérie. Une ultime version, le 36/51 est plus adaptée au tir des grenades et les parachutistes connurent un modèle propre, à crosse en métal, le CR 39.

Soldats armés du MAS 36 en 39/40. Crédit photo: 39-45 stratégie.

En guise de fin sur les fusils, on notera l’existence du prototype de MAS 38/40, fusil semi-automatique qui donna le fameux 49/56 d’après-guerre.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

Guide technique sommaire des fusils à répétition de 7.5 mm modèle 1936 […], Paris, Librairie de l’armée-Imprimerie nationale, 1966, 21 p. (aimablement fourni par un ami).

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Les armes du soldat français en 1940: les fusils et mousquetons les plus anciens.

Gras et Lebel:

Comme dans les autres domaines, la République entame la Seconde Guerre mondiale avec un côtoiement d’armes anciennes et dépassées, et de matériels plus récents et souvent bien pensés (que l’on verra par la suite). Le pays a par exemple été à la pointe de la recherche dans un champ d’avenir comme celui des fusils semi-automatiques jusqu’à 1918, puis a laissé péricliter cette remarquable avance. Le résultat est qu’il reste des armes souvent très vieilles dans les arsenaux, comme le vénérable Gras et son mousqueton, datant de 1874, et équipant encore des troupes à l’arrière… La munition de cette arme est le 11mm, dont le dérivé a donné le 8mm lebel, trop puissant et mal adapté à la répétition du tir.

Le fameux Lebel. Crédit photo: Wikipédia.

Or, énormément d’armes disponibles en 1940 utilisent cette munition, à commencé par le Lebel lui-même. Il reste sans doute l’un des fusils les plus connus de l’arsenal français, tant il symbolise dans les mémoires la Première Guerre mondiale. Avec sa robustesse, ses 8 cartouches (qui se logent de manière tubulaire, sous le canon) et sa longueur, il fait beaucoup dans l’imaginaire collectif. Pourtant il est dépassé dès sa mise en service en 1886 (!) et, malgré cela, il équipe encore des réservistes et les coloniaux à l’époque où l’on parle. Il est aussi réservé au tir de précision (avec la lunette modèle 1921) et pour les grenades à fusil (type VB), étant robuste. Un version raccourcie (1886/93 R 35) existe d’ailleurs spécialement à cet effet pour la cavalerie.

Le système Berthier:

J’ai donc dit que le système Lebel est obsolète. Voilà pourquoi il fut décidé de le remplacer à peine mis en fonction (et on vient de voir que cela n’était pas achevé en 1940), avec les armes du système Berthier: les mousquetons modèle 90, 92 et 92 M16, ainsi que les fusils 07/15 et 07/15 M16. Les premiers équipent généralement la cavalerie, la gendarmerie et l’artillerie car ils sont courts et maniables (moins d’un mètre et 3 kilos, contre 1.3 mères et 4kg 20 pour le Lebel), malgré un fort recul. Ces mousquetons sont appréciés par les soldats. Leur magasin passe de trois à cinq coups en 1916, c’est le mousqueton 1892 M16.

Le Berthier 07/15. Crédit photo: army discount.

Enfin, le fusil le plus répandu en 1939 (comme en 1918 d’ailleurs) n’est pas le Lebel, mais le Berthier modèle 1907 modifié 1915, puis 1916. Issu du mousqueton précédent, il a subi la même modification que lui pour tirer cinq coups à la suite. Plus récent que le lebel qu’il remplace peu à peu, il est tout aussi encombrant et les soldats le surnomment la « canne à pêche ». Au final, toutes ces armes sont dépassées et grèvent les possibilités d’action.

Liste des fusils et mousquetons anciens, attributions en 1940:

-Fusil gras modèle 1874 et 1866/74 (Modification du chassepot!) -) attribué à la territoriale et aux gardes des aéroports.

-Fusil gras modèle 1874/14 (modifié pour tirer la 8 mm Lebel) -) Idem

-Lebel modèle 1886/93 -) unités de second rang, troupes locales des colonies, tir de précision et de grenades.

-Lebel 86/93 R 35 -) tir de grenades dans la cavalerie

-Mousqueton Berthier modèles 1890, 92 et 92 M 16 -) Gendarmerie, cavalerie de réserve ,artillerie, génie, éclaireurs skieurs et corps-francs.

– Fusil Berthier 07/15, et 07/15 M 16. Il arme une bonne partie de l’infanterie.

-Fusil FSA 17 et Meunier 1918 -) anecdotique. Ce sont des restes de bons fusils semi-automatiques français, bridés pour le coup par coup. Symbole d’une armée qui tourne le dos à la modernité après l’avoir créée.

Bibliographie:

BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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Les armes du soldat français en 1940: les pistolets-mitrailleurs.

S’il est bien un domaine où la France affiche un retard  conséquent en 1940, c’est celui des pistolets-mitrailleurs. Pourtant la chose existe depuis la Première Guerre mondiale (MP18 allemand) et est utile dans une guerre qui change de visage. En effet, la cadence de tir élevée de telles armes est efficace dans un combat rapproché, urbain ou lors d’assauts de fortifications où les longs et encombrants fusils à verrou sont d’un secours limité. 

Les armes de production nationale: 

Le retard cité est pourtant connu des autorités françaises, qui lancent divers projets visant à établir un modèle national de pistolet-mitrailleur et les premières expérimentations ont lieu dès les années 20. Hélas les valses-hésitations, les tergiversations durent des années, et la France n’adopte le PM Petter de la SACM (Société Alsacienne de Construction Mécanique) qu’au cours de l’été 1939. Pire, la société ne peut honorer ses engagements, occupée qu’elle est avec le PA 1935 A (voir article précédent) et il faut se tourner vers la Manufacture de Saint-Etienne qui dispose d’environ 2000 exemplaires d’une arme d’essai, le PM SE-MAS 1935 tirant du 7.65 long.

Début 1940 elle peut enfin produire l’arme définitive, renommée MAS 38. Au final, bien peu d’unités reçurent de ces deux modèles avant l’armistice: notamment les troupes envoyées en Norvège et quelques corps-francs durant la Drôle de Guerre. Compacte et peu encombrante, l’arme poursuivit sa carrière en Indochine en attendant le MAT 49, et des photos montrent que les derniers exemplaires ont été usés par des supplétifs durant la Guerre d’Algérie.

Un MAS 38.

Les achats et confiscations à l’étranger:

En attendant la fabrication en masse des MAS 38, dont la production ne débute qu’en mai 1940 (!), la France doit équiper en urgence ses Corps Francs engagés le long de la frontière contre des patrouilles allemandes armées de PM. Il s’agit de lutter à armes égales avec eux, et des stocks confisqués aux Républicains espagnols réfugiés en France en 1939 sont par exemple utilisés. On parle là de 700 très bons Erma-Vollmer et même d’excellents Suomi KP/31 finlandais, que les Soviétiques découvrirent avec déplaisir. Des MP28/II sont achetés en Belgique (comme des pistolets, voir article précédent) et équipent aussi plusieurs unités. En fait, toutes ces armes tournèrent entre les formations engagées, tant les stocks étaient peu nombreux.

Enfin, 3000 thompson sont achetées aux Etats-Unis (ainsi que des avions), mais ne sont utilisées que très tardivement en 1940, pour ne pas dire de manière anecdotique. Certaines peuvent être encore vues sur des troupes allemandes d’arrière en 1944 en Normandie…

Le PM Erma Vollmer.

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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Les armes du soldat français en 1940: les armes de poing.

Les armes anciennes: nombreuses et variées.

La France débute la Seconde Guerre mondiale avec un nombre très -trop- important d’armes de poing, allant de modèles adoptés de 1873 à 1935. Au total, elles sont près d’une douzaine, environ moitié de pistolets et moitié de revolvers.

En fait, comme pour beaucoup d’autres équipements et armement, les stocks issus de 14-18 étaient tels que des effets anciens étaient encore très distribués, procédé courant dans l’armée française.  Je parle là des revolvers 1873 et 1874 qui tirent du 11 mm, du revolver modèle 1892 avec une cartouche de 8mm et même des copies espagnoles d’armes Smith et Wesson ou Colt ( des revolvers). Tous ont six coups. A côté, provenant du même pays, les stocks étant ridiculement bas à l’entrée en guerre en 1914, des copies de la marque Browning, cette fois des pistolets . Ces derniers sont les fameux Ruby et Star, utilisant une cartouche de 7.65mm. Compacte et éprouvée, cette arme est majoritaire en 1940. Il faut néanmoins compléter les stocks encore une fois faibles en 1939 par d’autres achats en Espagne et en Belgique. Le manque est parfois flagrant: jusqu’à 50% dans certains secteurs.

Nous sommes donc  déjà à trois modèles de munition différents, ce qui est un cauchemar pour la logistique, là où, par exemple, TOUTES les armes soviétiques tirent du 7.62mm. Les étuis qui diffèrent suivant l’arme et connaissent des modifications liées à celles de l’équipement, sont aussi en nombre important, soit une bonne demi-douzaine.

Revolver modèle 1892. Crédit photo: Wikipédia.

Les pistolets nationaux récents, informations diverses:

A côté de cette cohorte d’armes anciennes et venues d’horizons divers, la France produit deux pistolets automatiques plus modernes, les PA 35 S et PA 35 A qui tirent une cartouche de 7.65mm long. Ils sont adoptés en 1935 mais leur production de masse est tardive et date de février 1940 seulement. Ces deux modèles confondus ne sont donc produits qu’à environ 4000 exemplaires quand intervient l’armistice…

Toutes ces armes ont du petit matériel d’entretien, comme un tournevis remontant à 1898, ou des effets plus récents adaptés aux PA 35. En 1940 dans l’armée française, les armes de poing équipent les officiers et sous-officiers, ainsi que les personnels de l’artillerie et du train (soit la logistique): ces derniers ont des revolvers ou des pistolets. Enfin, les servants ou pourvoyeurs d’armes collectives (mitrailleuses…) ont des PA. 

Un Ruby. Crédit photo: Esistoire.

Liste complète des armes:

Revolvers:

– modèle 1873, 11mm, il est français.

– modèle 1874, 11mm il est français et réservé aux officiers.

-modèle 1892, 8mm, français.

-modèle « 92espagnol », Espagne (copie Smith et Wesson), 8mm.

-modèle « 92 espagnol », Espagne (copie Colt), 8mm.

Pistolets:

-PA « Ruby », espagnol (inspiration Browning), 7.65 mm.

-PA Star, espagnol, 7.65 mm

-PA 1935 A, français (Manufacture d’armes de Saint-Etienne), 7.65 mm.

-PA 1935 S, français (Société Alsacienne de Construction Mécanique), 7.65 mm.

-PA MAB (de police, mais utilisé: Manufacture d’armes de Bayonne), 7.65 mm.

-PA Browning modèle 1910, copie belge (Fabrique Nationale, Herstal), 7.65 mm.

La liste est, on le voit bien, longue et peu rationnelle! 

Bibliographie:

-BELLEC (Olivier), 1940. Le soldat français, t.2, Equipement-Armement-Matériels, Paris, Histoire et Collections, 2010, 144 p.

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