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L’expédition d’Espagne de 1823: II) L’intervention française

Le mécanisme de l’intervention française 

Pour les raisons qui ont été décrites plus haut, le candidat le plus probable à l’intervention en Espagne se trouve finalement être la France de Louis XVIII. Celui-ci, installé définitivement sur le trône en 1815 après le second départ de Napoléon, n’est pourtant personnellement pas favorable à une telle entreprise, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il craint pour les finances du royaume, à l’équilibre assez précaire après tant d’années de guerre; de plus, il n’est pas sûr de l’absolue fidélité de l’armée.

Si celle-ci a été épurée après qu’une grande partie se soit ralliée à Napoléon durant les Cent-Jours, il n’en reste pas moins que, à la faveur des troubles révolutionnaires des années 1820 en Europe, une partie des troupes et des cadres penche plutôt du côté de ceux qu’on appelle alors les libéraux, terme dont le sens n’est pas le même qu’aujourd’hui (1). Qui donc est alors favorable à l’intervention ? Surtout les « ultras », soit les ultraroyalistes, les partisans intransigeants de la monarchie, n’acceptant aucune concession. En nombre limité, ils se groupent alors autour du frère du roi, le futur Charles X (2). Or, ces derniers, à la faveur notamment de l’affaiblissement physique du roi, qui les a longtemps tenus à l’écart, exercent une influence très importante à la fin de son règne et c’est leur conception qui va l’emporter.

Caricature britannique se moquant de Louis XVIII essayant de « chausser les bottes de Napoléon » à l’occasion de l’intervention. On a pourtant vu qu’il n’y était pas lui-même favorable ! Datant de février 1823, elle est de George Cruikshank. L’image, dans le domaine public est hébergée sur wikipédia.

La guerre est déclarée 

Une étape importante est franchie avec la nomination de Chateaubriand au ministère des Affaires Etrangères à la fin de l’année 1822. Proche par certains côtés des ultras (et une énigme par bien d’autres !), l’écrivain bien connu est un partisan de l’intervention française, à la fois pour que la monarchie restaurée puisse connaître des succès extérieurs qui la raffermiraient, et aussi pour que la France retrouve sa place dans la politique européenne. On l’a dit, elle est marginalisée depuis 1815 et le Congrès de Vienne qui met fin aux guerres de la Révolution et de l’Empire.

Bon gré mal gré, le roi est peu à peu amené à se rallier à l’intervention. Début 1823, les pressions des grandes puissances de la Sainte-Alliance augmentent en ce sens sur la France et Louis XVIII annonce l’intervention française à l’ouverture de la session parlementaire, le 23 janvier. Si les bancs de la gauche de l’époque s’agitent, si l’on doit même expulser le député Manuel, farouche opposant à ce projet, la chose ne peut plus alors être empêchée.

Après le vote des crédits de guerre, le roi fait alors créer une Armée d’Espagne forte de 100.000 hommes et sous le commandement nominal du duc d’Angoulême. Personnage falot et terne, ce neveu sans descendance (son mariage avec la fille rescapée de Louis XVI est stérile) est censé hériter du trône un jour, car Louis XVIII n’a pas d’enfants. Il espère là lui donner une certaine gloire militaire dont il manque tant et ainsi le faire apprécier des Français. En fait, la bonne marche des unités va être organisée par le général Guilleminot, vétéran de l’Empire qui veille à la bonne concentration des troupes le long du fleuve-frontière Bidassoa début avril 1823.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

(1): Le Littré nous aide: « Particulièrement. Les membres de l’opposition qui combattaient les propositions du gouvernement de la restauration. »

(2): Qui n’a tout de même pas forcément voulu rétablir la monarchie absolue d’avant 1789, comme l’explique bien Guy Antonetti (voir plus bas).

On trouvera l’essentiel des informations dans deux très belles biographies consacrées à Louis XVIII et Louis-Philippe, attendant alors son heure:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

Sur le rôle de Chateaubriand lui-même:

-BERCHET (Jean-Claude), Chateaubriand, Paris, Gallimard, 2012, 1049 p.

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L’expédition d’Espagne de 1823: I) Introduction

Remarques générales 

Des lieux de Paris (Trocadéro) dont l’origine du nom a été oubliée et de belles pages chez Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe… Voilà à peu près tout ce qui reste dans la mémoire collective de l’expédition d’Espagne de 1823. Menée pour rétablir le pouvoir autoritaire d’un roi peu populaire, contre la volonté d’une bonne partie de ses sujets, à la fin du règne d’un souverain lui aussi mal connu (Louis XVIII) et à la santé déjà bien mauvaise, elle n’a pas forcément bonne presse d’ailleurs.

On va toutefois voir qu’au-delà des considérations politiques de l’époque, elle représente pourtant un certain retour de la France sur la scène internationale après le désastreux (pour elle) congrès de Vienne qui clôt les guerres napoléoniennes. Elle représente aussi une victoire des troupes françaises dans la péninsule ibérique, seulement quelques années après l’épisode napoléonien, qui ne fut pas, au final, un succès et se caractérisa par de très grandes violences des deux côtés. Enfin, elle permet de comprendre un peu mieux l’Europe du XIXe siècle, déjà marquée, dans ces années 1820, par de nombreux troubles révolutionnaires.

Le roi Ferdinand VII d’Espagne, peint par Goya en 1814. Image dans le domaine public et hébergée sur wikipédia.

Le contexte politico-diplomatique 

En 1823, la diplomatie européenne a les yeux tournés vers l’Espagne dont le roi, Ferdinand VII est confronté à de très grandes difficultés. Réclamé à cor et à cri par une bonne partie de la population espagnole lors de l’occupation française du pays, il avait pu se rasseoir sur le trône de ses ancêtres après la défaite des troupes de Napoléon en 1813-1814. Toutefois, il mécontenta rapidement toute une frange de l’opinion en gouvernant de manière absolutiste, malgré une constitution datant de 1812. Forcé d’accepter des concessions après un coup d’Etat en 1820, il avait tenté à nouveau de rétablir son pouvoir absolu deux ans plus tard, sans réel succès. 

Le résultat de ces politiques assez désastreuses fut clair: en 1822, l’Espagne était déchirée par une vraie guerre civile, entre partisans de l’absolutisme et ceux d’une libéralisation du régime. Or, Ferdinand, bien décidé à garder la plénitude de ses prérogatives royales, appela les autres monarques européens à l’aide et notamment ceux de la Sainte-Alliance. Celle-ci était une alliance emmenée par le tsar de Russie et avait été créé en 1815 pour faciliter la lutte contre la résurgence de mouvements révolutionnaires en Europe. Aux côtés d’Alexandre Ier, se groupaient notamment l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, en pleine vague néo-absolutiste et redoutant un nouveau 1789.

Toutefois, ces pays, déjà occupés à lutter sur d’autres théâtres d’opération comme l’Italie, où la conscience nationale était en plein éveil et développement, et ne partageant par une frontière commune avec l’Espagne semblaient incapables d’intervenir en faveur de Ferdinand. Restait donc la France de la Restauration, pourtant écartée de beaucoup de décisions internationales depuis 1815, même si de talentueux diplomates comme Talleyrand œuvraient à faire cesser cet état de fait. 

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

On trouvera l’essentiel des informations dans deux très belles biographies consacrées à Louis XVIII et Louis-Philippe, attendant alors son heure:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

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