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Les débarquements français en Irlande IV) 1798, une tentative avec très peu de moyens

Nous avions vu la dernière fois la tentative ratée d’un débarquement en 1796. Cet échec était d’autant plus dommageable aux projets franco-irlandais qu’il fit peur à Londres, qui déploya d’importants moyens pour écraser la rébellion irlandaise. Ainsi, alors que les Français vont finalement parvenir à débarquer, deux ans plus, tard, ceci va se faire dans une île où la volonté insurrectionnelle aura été sérieusement émoussée par la répression britannique.

Débarquement à Kilcummin

Déjouant la surveillance de la Royal Navy, un bon millier d’hommes parvient donc à partir de France et toucher terre en Irlande le 22 août 1798, dans le comté septentrional de Mayo, au bourg de pêcheurs de Kilcummin (voir photos). Ces hommes sont commandés par le général Humbert, combattant courageux qui a franchi les échelons rapidement depuis 1792, comme beaucoup de ses contemporains. La faiblesse de ses moyens est dès le début patente, et il intervient dans une île où, je l’ai dit en introduction, les succès potentiels d’une rébellion sont beaucoup moins importants que deux ans plus tôt.

Toutefois, il ne reste pas inactif: des ruraux et des Irlandais-Unis se joignent à lui rapidement, et il marche sur Killala, ville ayant une importance locale et proche du lieu de débarquement. Le courage et la volonté sont bien présents, mais les insurgés locaux manquent cruellement d’armement et d’entraînement, ce qui agace les Français. Néanmoins, l’armée d’Irlande parvient à s’emparer de Ballina et, mieux, à l’emporter sur les 6000 hommes de Lake à Castlebar quelques jours plus tard !

Pour l’emporter dans cette localité non sans valeur, Humbert a fait monter ses hommes à l’assaut au pas de charge, et les Irlandais se sont battus si vaillamment… Que les lignes britanniques ont été enfoncées malgré la disproportion évidente de moyens. La déroute est telle que ceux qui se sont enfuis l’ont fait si rapidement qu’ils ont été copieusement brocardés dans les écrits et les caricatures du temps. A tel point que l’on a parlé de « courses de Castelbar » (Castelbar races).

Contre toute attente, ces débuts furent donc couronnés de succès, mais bientôt l’expédition d’Irlande allait tourner court.

La pointe de Kilcummin où les Français ont débarqué en 1798. Photo de l'auteur.

La pointe de Kilcummin où les Français ont débarqué en 1798. Photo de l’auteur.

 

Plaque commémorative sur les lieux. Photo de l'auteur.

Plaque commémorative sur les lieux. Photo de l’auteur.

 

Un échec 

En effet, malgré l’épisode peu glorieux pour eux de Castelbar, les Britanniques se reprennent rapidement. D’ailleurs, tous les avantages sont de leur côté: leur supériorité numérique de plusieurs dizaines de milliers d’hommes est écrasante, et la surprise est passée. Bien que Humbert ait déployé une activité intense, pris de nombreuses décisions et vu une république irlandaise être proclamée… Il a des effectifs squelettiques et, pour ne pas tomber aux mains de son adversaire, il décide de se mettre en marche vers Sligo début septembre, y espérant des renforts irlandais.

Les forces royales, commandées par Cornwallis, le fameux vaincu de la bataille de Yorktown lors de la guerre d’indépendance américaine, opèrent donc méthodiquement pour le vaincre. Elles encerclent peu à peu les forces franco-irlandaises. Bien qu’elles se défendent courageusement et repoussent de nombreuses attaques, celles-ci sont encerclées par 30.000 hommes (!) dans la plaine de Ballinamuck courant septembre. Humbert doit se rendre, ne pouvant évidemment l’emporter face à une telle troupe. Toutefois, il réussit à obtenir pour ses hommes des conditions de reddition correctes, là où la répression qui s’abat sur les Irlandais va être terrible.

Nous analyserons la prochaine fois la mémoire de ces évènements et conclurons.

 

Le paysage. Photo de l'auteur.

Le paysage. Photo de l’auteur.

 

Kilcummin, jour de commémoration, été 2016. L'endroit était pavoisé aux couleurs françaises. Photo de l'auteur.

Kilcummin, jour de commémoration, été 2016. L’endroit était pavoisé aux couleurs françaises. Photo de l’auteur.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008. Voir notamment cet article :

https://rha.revues.org/4612

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Origines de l’expédition d’Egypte

Aboukir, les Pyramides, les Mamelouks, Kléber, Desaix, Champollion ou la pierre de Rosette… Autant de noms liés à l’expédition d’Egypte qui résonnent encore dans les mémoires de bien des amateurs d’histoire ou d’égyptologie… Il ne s’agira donc pas de revenir sur ces événements fort connus mais plutôt d’essayer d’expliquer les motivations qui poussèrent la France du Directoire à entreprendre une entreprise aussi hasardeuse…

Influences anciennes: 

Or, l’idée remonte à l’Ancien Régime, comme beaucoup d’autres choses: dès la fin de la guerre de Sept Ans, Choiseul, grand ministre de Louis XV, pense par exemple compenser la perte d’une grande partie des colonies en se tournant vers la zone, où l’autorité des Ottomans est toute relative. Et pourquoi, pas, de là, aller titiller les Britanniques en Inde ? Rappelons que Paris perd alors le Canada et tout le sous-continent, à l’exception des cinq fameux comptoirs (Pondichéry, Chandernagor…).

Si l’idée ne dépasse pas le stade de projet, elle est tout de même entendue par un jeune personnage qui gravite déjà dans les sphères du pouvoir et qui va la reprendre à son compte des années plus tard: le fameux Talleyrand. Il représente la chose en juillet 1797, augmentée de réflexions similaires, comme des écrits du comte de Saint-Priest, ambassadeur à Constantinople en 1781 et qui avait conseillé une conquête de l’Egypte, qu’il jugeait facile. Notons d’ailleurs que le sultan de Mysore, Tipoo Sahib, est alors (1798) en pleine guerre contre Londres et que l’idée de lui tendre la main par la terre, avec l’Egypte pour escale, fait son chemin.

Evidemment, de telles réflexions tiennent très peu compte des distances et ce qu’elles impliquent en matière de ravitaillement, de communications, du climat et des réactions des puissances étrangères. 

La bataille des Pyramides par Gros, 1810. Crédit photo, wikipédia.

Idéologie et prétextes: 

Ainsi, quand ledit Talleyrand défend officiellement le projet devant le Directoire quelque temps après, il affirme aussi que la République y gagnerait là du prestige, en tant que régénératrice du pays qu’il juge tombé en décadence. Suprême raccourci, il affirme même que: « L’Egypte fut une province de la République romaine, il faut qu’elle le devienne de la République française ». Certes, le temps est fasciné par l’Antiquité, mais le gouvernement reste, on l’imagine bien, encore mesuré.

En fait, si les deux idées maîtresses développées plus haut (affaiblir la puissance britannique par des voies détournées et rehausser le prestige de la France) n’emportent pas sa décision, la possibilité d’éloigner un général devenu trop encombrant le fait. Il s’agit bien sûr de Bonaparte, qui se fait connaître depuis 1793 (siège de Toulon). Populaire, jeune et victorieux il agace le pouvoir et il a déjà agi pour son propre compte en Italie (1796-1797). La popularité qu’il a engrangée dans l’armée du même nom et sa politique parallèle à celle du gouvernement font peur. 

Finalement, sous le prétexte de la découverte scientifique (21 mathématiciens, 13 naturalistes ou autant de géographes sont du voyage qui doit officiellement « éclairer le monde et procurer un trésor aux sciences »), la France envoie sans vraie déclaration de guerre, sans vrais buts de campagne, alors que la flotte britannique rôde… Son meilleur général et parmi ses meilleures troupes dans une aventure très imprécise dont on connaît le déroulement.

Bibliographie:

-TULARD (Jean, sous la direction de), Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, Paris, Bouquins, 2002, 1223 p.

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