Archives de Tag: Guerre de Sécession

William Walker, un aventurier des Etats du Sud: V) Échecs à répétition et exécution

Premier départ du Nicaragua

Tout semblait aller bien pour Walker, souvenez-vous: il réussit à s’emparer du pouvoir au Nicaragua, et à rassembler des soutiens dans le sud des Etats-Unis. Pierre Soulé lui-même le rejoint sur place, et sa cause est plaidée dans les Etats du sud, qui voient un nouvel Eldorado dans la terre qu’il a conquise. Ainsi, plusieurs navires emportant dans leurs flancs des volontaires le rejoignent, depuis la Nouvelle-Orléans et San Francisco au cours de l’hiver 1856-1857.

C’est là que l’histoire prend un nouveau tour: une épidémie de choléra clairsème ses rangs, bientôt vaincus par une alliance mise sur pied par les autres Etats d’Amérique centrale, notamment le Costa Rica. Ceux-ci craignent ses rêves d’expansion pour la stabilité de leurs propres pays et Walker, défait, choisit de se rendre le 1er mai 1857, à la marine américaine.

Retours successifs 

Toutefois, il n’est pas arrêté et, au contraire, est plutôt fêté à son retour au Etats-Unis ! Lui-même parcourt le Sud pour rassembler des fonds et des hommes pour une nouvelle expédition. Il repart en novembre de la même année, pour tomber droit dans les filets de l’US Navy. Là, la presse et les élus sudistes se déchaînent non pas contre lui, mais en sa faveur. Parmi eux, un certain Alexander Stephens, dont le poids politique est important et qui va devenir le vice-président de la Confédération.

Jugé, il est acquitté grâce à un extraordinaire soutien qui dépasse sa propre personne: les boutefeux du sud voient dans sa volonté de conquête un moyen de s’affirmer face aux nordistes et de perpétuer l’économie esclavagiste ailleurs. D’où une troisième tentative en décembre 1858, qui échoue assez piteusement, car son navire donne en plein dans des récifs…

Echec final et exécution 

Secouru par un bâtiment britannique, il ne stoppe pas ses projets. S’il est encore populaire, l’opinion commence tout de même à se lasser de ces gesticulations qui n’aboutissent pas. Ainsi, lorsqu’il s’embarque pour une quatrième tentative, il n’a pu engager « que » 97 hommes. L’expédition tombe sur des forces autrement supérieures et, capturé, une énième fois, il est remis par l’officier britannique à qui il s’est rendu, non pas aux autorités américaines, mais à leurs homologues locales.

Celles-ci vont profiter de l’occasion. Le 12 septembre 1860, plutôt que de retrouver les côtes de Louisiane, il est donc passé par les armes et sa « carrière » prend fin brutalement. Il nous restera à conclure sur cette étonnant parcours de vie la prochaine fois.

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

A titre de comparaison, voir l’instabilité de l’Uruguay et de sa région à travers l’engagement de Garibaldi dans :

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: IV) Au Nicaragua

La conquête du pays

Walker se rend donc au Nicaragua en mai 1855, avec une soixantaine d’hommes, et un soutien financier de la compagnie de transport Vanderbilt. Le pays est en proie à l’instabilité et connaît la guerre civile, ce qui attire les convoitises des aventuriers étrangers, et gêne les activités commerciales et financières des firmes locales et américaines, d’où l’aide citée plus haut. Elles ont tout intérêt à ce que la paix revienne, si possible avec un gouvernement qui les favorise. On retrouve cette immixtion des entreprises privées dans les guerres plus d’une fois en Amérique (et ailleurs), jusque fort avant dans le siècle, et même lors du 20e…

Or, le succès est au rendez-vous, car Walker et ses hommes, aidant les rebelles, réussissent à se débarrasser du gouvernement légitime du Nicaragua. Cela crée un appel d’air comme auparavant au Mexique (voir III): d’autres ambitieux viennent dans le pays depuis les Etats-Unis. Walker se nomme alors lui-même chef de l’armée nicaraguayenne et réussit, de plus, à obtenir la reconnaissance diplomatique de la part du président américain de l’époque, Franklin Pierce !

Là, je rappellerai, qu’aussi incroyable que cela paraisse, il n’est pas le seul homme a avoir tenté et partiellement réussi à se tailler un empire dans des régions marquées par une forte instabilité et où des intérêts économiques sont en jeu. L’Amérique centrale et du sud de l’époque est très souvent ravagée par des guerres intestines et je vous renvoie à la bibliographie pour découvrir le cas précis de l’Uruguay, où se battit longtemps Garibaldi.

Un parfum d’idées sudistes 

A ce stade de « l’aventure », nous allons boucler la boucle avec le premier article qui présentait le contexte: le fait que Walker se soit créé une place avantageuse au Nicaragua va réveiller les passions des hommes d’influence du sud des Etats-Unis, et notamment esclavagistes. Si, jusque-là, les gesticulations de l’aventurier n’avaient pas pris un tel visage, les choses commencent à présent à changer.

En effet, si la presse du nord des Etats-Unis condamne ses entreprises, celle du sud les présente avantageusement, et des hommes déjà cités comme Pierre Soulé voient désormais le pays où agit Walker comme une terre d’opportunité, bien que les Etats d’Amérique centrale aient déjà aboli l’esclavage. Ainsi, des milliers de personnes venues des Etats du sud se rendent dans le pays devenu nouvelle terre de cocagne et Soulé lui-même effectue le voyage, apportant avec lui des soutiens financiers de la Nouvelle-Orléans.

Toutefois, c’est précisément à ce moment que les choses se gâtent pour Walker et ses rêves de grandeur… 

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

A titre de comparaison, voir l’instabilité de l’Uruguay et de sa région à travers l’engagement de Garibaldi dans :

-MILZA (Pierre), Garibaldi, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2014, 731 p.

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: III) De la Californie au Nicaragua

Période estivale oblige, le site tourne au ralenti… Mais continue ! Reprenons donc où nous en étions restés: nous avions vu qui était Walker, quelle avait été sa formation et nous l’avions laissé au moment où il s’embarquait pour le Mexique…

Au Mexique 

Et plus précisément pour la Basse-Californie, restée mexicaine après le désastreux traité de 1848, qui amputa le Mexique d’un tiers de son territoire et fixa la frontière le long du Rio Grande, comme j’ai pu l’évoquer plus haut. Je le rappelle, le pays vit dans une instabilité chronique depuis qu’il a accédé à l’indépendance, et la récente guerre contre les Etats-Unis a renforcé cet état de fait. Le gouvernement central contrôle mal les zones les plus lointaines de la capitale, dans un Etat qui reste très grand,  au relief et climat très variés, des déserts du nord du pays, au Yucatán à la végétation luxuriante et qui regarde vers l’Amérique centrale.

Dans ce climat, des bandes plus ou moins organisées de brigands mexicains et étasuniens sévissent, se livrant à de nombreuses exactions. Bref, Walker ne fait pas là oeuvre d’originalité en s’y rendant. Pourtant, il est, on l’a vu, intelligent, et mène des hommes bien armés et déterminés. Ainsi, ils s’emparent de la ville de La Paz, (beaucoup portent ce nom en Amérique) capitale de la Basse-Californie. Là , Walker se déclare président d’une nouvelle République et entreprend d’envahir le Sonora voisin, aux mines riches (elles intéressaient encore la France de Napoléon III au moment de l’expédition du Mexique…) ! 

Pour le moment, il ne rencontre pas d’opposition des autorités fédérales, et attire même des déçus de la ruée vers l’or de 1849 en Californie américaine voisine. Sa troupe entreprend donc de se mettre en mouvement vers l’objet de ses désirs… Et les premières déceptions surviennent. Car c’est un assemblage devenu hétéroclite qui se met en marche, avec peu de vivres et encore moins d’expérience de vrais affrontements, au final. Les très longues distances, le relief montagneux et le climat semi-désertique aiguisent les tensions et la fatigue. Après que des dizaines d’hommes aient déserté, les autres sont vaincus et s’enfuient face à des troupes mieux aptes au combat.

Bilan et intérêt pour le Nicaragua 

Walker, éphémère « président » doit fuir aux Etats-Unis avec 34 survivants et se rend aux autorités américaines en 1854. On le voit, l’affaire a duré tout de même plusieurs années et aurait pu s’arrêter là… S’il n’avait pas été considéré comme un héros à son arrivée à San Francisco ! J’ai dit dans le premier article cet appétit de conquête qui marque une partie de la société du Sud, mais aussi de celle de l’Ouest en pleine structuration (voir bibliographie). Bien qu’arrêté, il n’est donc pas livré aux Mexicains, et le jury l’acquitte au bout de 8 minutes seulement !

Il peut être difficile de comprendre ce genre de réaction aujourd’hui, mais il faut se souvenir que la société californienne de l’époque est bien éloignée de la nôtre, faite en partie d’ambitieux de tous horizons, et les Etats-Unis sont alors pris par une fièvre de conquête liée à la doctrine de la « destinée manifeste » déjà évoquée, fièvre renforcée par les troubles qui agitent une grande partie du continent, favorisant les entreprises de ce genre. Je vous renvoie au premier article et aux livres cités plus bas.

Sa première expédition est donc un échec, mais qui est loin d’arrêter cet homme qui ne tient pas en place. Dès 1854 il prend contact avec des rebelles nicaraguayens. Ce petit pays d’Amérique centrale est en proie à des troubles révolutionnaires et excite les convoitises, notamment car l’idée de creuser un canal dans cette région prend déjà forme dans les esprits pour raccourcir les temps de trajet des navires et éviter la route du Cap Horn.

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

Sur la conquête de l’ouest, une excellente synthèse:

-JACQUIN (Philippe) et ROYOT (Daniel), Go west ! Une histoire de l’ouest américain d’hier à aujourd’hui, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2004, 368 p.

Sur la situation au Mexique après l’indépendance voir les premières pages de :

-AVENEL (Jean), La campagne du Mexique (1862-1867). La fin de l’hégémonie européenne en Amérique du Nord, Paris, Economica, 1996, 194 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: II) Premiers pas

Qui est William Walker ? 

Le personnage dont on va parler est né en 1824 à Nashville, dans le Tennessee, c’est à dire à l’intérieur des terres et dans l’un des Etats du sud, même si ce n’est pas non plus le sud profond des clichés. C’est un homme ambitieux et très doué pour les études: il est diplômé en médecine dès l’âge de 19 ans, et part étudier cette discipline en Europe.  A peine revenu, il l’abandonne pour étudier le droit à la Nouvelle-Orléans, patrie, on l’a vu, de Pierre Soulé et d’autres gens influents qui rêvent de conquérir des terres en Amérique centrale et/ou du sud, dans les Caraïbes.

C’est dans cette ambiance de la plus grande ville du sud, qui est aussi un port ouvert aux influences étrangères, qu’il cesse également une carrière d’avocat, à peine débutée, pour devenir journaliste. Plus précisément éditeur du New Orleans Crescent. La presse locale, comme en Europe, joue un rôle important dans l’information et a une influence certaine au XIXe siècle, comme en Europe, où les feuilles régionales et municipales sont bien plus nombreuses qu’aujourd’hui. On commence à le comprendre: brillant, touche-à-tout, Walker est un homme pressé qui occupe peu de temps la même activité. Ainsi, il se déplace à nouveau en 1849, cette fois en Californie où l’on vient de trouver de l’or en grande quantité (voir le roman du même nom de Cendrars).

Ses premiers rêves de conquête 

Toutefois, il n’est pas non plus de ceux qui creusent la terre avec pelle et pioche, et y reste journaliste. Fait intéressant, il combat par la plume le crime, mais aussi par la manière forte: il se bat en duel plusieurs fois, et est à l’origine d’un mouvement local de vigilantes, sortes de milices s’opposant par les armes aux criminels. La conquête de l’ouest des westerns a bien un fond de vérité…

Or, c’est justement en Californie qu’il « trouve sa voie » pourrait-on dire… Nous sommes en 1853 et le Mexique tout proche, très instable depuis son indépendance en 1821, attise bien des convoitises. Les Mexicains peinent à s’entendre sur la forme du gouvernement, sur la nature des rapports entre l’Etat central et les autres Etats, et cela facilite les appétits extérieurs : en 1817 des aventuriers français projettent même de libérer Napoléon Ier et de l’installer sur le trône du Mexique (voir bibliographie) ! Walker, pour sa part, est de ceux qui y voient la possibilité d’acquérir biens et pouvoir. Il s’entoure donc de 45 hommes bien armés et s’embarque pour la Basse-Californie mexicaine avec des intentions assez peu pacifiques…

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

Sur la conquête de l’ouest, une excellente synthèse:

-JACQUIN (Philippe) et ROYOT (Daniel), Go west ! Une histoire de l’ouest américain d’hier à aujourd’hui, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2004, 368 p.

Sur la situation au Mexique après l’indépendance, et la tentative d’y installer Napoléon Ier, voir les premières pages de :

-AVENEL (Jean), La campagne du Mexique (1862-1867). La fin de l’hégémonie européenne en Amérique du Nord, Paris, Economica, 1996, 194 p.

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William Walker, un flibustier des Etats du Sud: I) Introduction

Pour comprendre la guerre de Sécession et son déclenchement, il faut remonter des dizaines d’années en arrière. Là il devient possible de saisir quels mécanismes se mirent en place, qui conduisirent à la sécession d’une partie des Etats du sud en 1860-61, puis à la terrible guerre civile qui s’ensuivit. Bien sûr, si les événements semblent s’accélérer à partir de la fin des années 1850, beaucoup de réalités existaient déjà et les étudier permet de mieux appréhender ce qui se passa par la suite. C’est ce qu’on va faire à travers le personnage peu connu (de ce côté-ci de l’Atlantique) de William Walker, aventurier, flibustier et apprenti chef d’Etat. Il illustre bien une partie des problèmes et des envies d’une certaine frange de la société sudiste de l’époque.

Un expansionnisme sudiste ?

La chose peut paraître étrange, mais existe pourtant bel et bien dans les décennies qui suivent l’indépendance des Etats-Unis. Le jeune pays en construction se cherche encore une identité culturelle et géographique. « Cantonné » à l’est des Appalaches, sur le territoire des anciennes Treize colonies britanniques, il va devenir, en quelques décennies, l’Etat gigantesque que l’on connaît, avec un mélange de traités pacifiques, d’achats de terres et de conquêtes de celles-ci, sur les tribus amérindiennes et les Etats voisins.

Or, le sud est particulièrement intéressé par l’expansion du territoire américain. Outre le courant général qui suit la fameuse déclaration du président Monroe en 1823 (les Européens n’ont plus à se mêler des affaires du continent américain) et la doctrine dite de la « destinée manifeste » (le destin des Etats-Unis est d’atteindre les côtes du Pacifique), ces Etats esclavagistes y voient le moyen de faire survivre ce que les textes nomment pudiquement « l’Institution Particulière » (Peculiar Institution). En effet, inclure de nouveaux Etats qui pratiqueraient l’esclavage permettrait de maintenir l’équilibre avec ceux du Nord, plus peuplés et libres, notamment car chaque Etat américain dispose de deux sénateurs, quelque soit son nombre d’habitants. Voilà pourquoi la partie méridionale du pays s’intéresse beaucoup à l’annexion du Texas et à la guerre avec le Mexique (où combattent bon nombre de futurs officiers confédérés et fédéraux) qui voit le pays s’agrandir après le traité de Guadalupe Hidalgo (1848).

La bataille de Veracruz durant la guerre au Mexique, Peinte par Carl Nebel en 1851. Hébergé sur https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/Battle_of_Veracruz.jpg

La survivance de flibustiers et de rêves de conquêtes

Pourtant, ces espoirs sont souvent déçus car la bataille juridique et médiatique est féroce à propos du statut des nouveaux Etats: esclavagistes ou non ? Voilà pourquoi certaines personnalités sudistes se plaisent à envisager une conquête de territoires outre-mer, ou ailleurs sur le continent américain. L’un des plus influents est Pierre Soulé, sénateur de la Louisiane d’origine française. Partisan notoire de l’esclavage, il s’intéresse à l’île de Cuba et envisage son annexion pour en faire un territoire américain où il serait pratiqué. D’ailleurs, dans ces années 1840, c’est une colonie espagnole qui ne l’a pas encore interdit. Lui et les planteurs influents (dont il ne faut pas exagérer le nombre) qui dominent la vie politique du Sud prévoient divers projets de conquête, alors même que les Cubains se révoltent et essaient de se libérer de la tutelle espagnole. Ainsi en 1849 ils approchent le gouvernement américain et le secrétaire d’Etat à la guerre de l’époque, Jefferson Davis, futur président de la Confédération propose le nom d’un certain Robert E. Lee pour aller commander sur place ! Il refuse… Cela témoigne bien d’un certain climat, toutefois.

Enfin, d’autres préféreraient annexer des terres en Amérique centrale, région instable et à l’histoire politique mouvementée. Là, et dans les Caraïbes, le golfe du Mexique, sévissent encore bon nombre de flibustiers et pirates en tout genre, comme le célèbre Jean Lafitte au début du XIXe siècle. Une à deux générations plus tard, dans les années 1820-1840, ils sont encore nombreux à infester ces eaux. Malgré le traité de Paris consécutif à la guerre de Crimée (1856), qui jette les bases d’une interdiction de la guerre de course, et, partant renforce la notion d’un droit maritime international, il va falloir longtemps avant de s’en débarrasser. Ainsi, parmi eux, un certain William Walker dont nous allons voir les « aventures », qui sont dignes d’un roman de Stevenson, mais où le personnage principal est plus proche d’un Long John Silver que d’un Jim Hawkins.

Bibliographie sélective: 

Pour en savoir plus sur Pierre Soulé et les Français, personnes d’origine française, en général dans ce conflit :

-AMEUR (Farid), Les Français dans la guerre de Sécession. 1861-1865, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Les Amériques », 2016, 354 p.

Magnifique synthèse (existe en Français) sur le sujet:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

En français, une bonne biographie de Lee :

-BERNARD (Vincent), Robert E. Lee, Paris, Perrin, 2014, 456 p.

Le site de l’auteur:

https://cliophage.wordpress.com/

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Civil war II: la campagne d’Atlanta (1864)

Les prochains articles reviendront sur quelques épisodes peu connus de la révolution de 1848, entre la France et la jeune Belgique. D’ici là, je vous propose un autre de mes récits de partie sur l’excellent Civil War II et rédigé pour la Gazette du Wargamer. Cela conclut ma récente « période » consacrée à la guerre de Sécession, sur laquelle je reviendrai par la suite.

Entre histoire et jeu vidéo, voici donc quelques lignes sur la difficile campagne d’Atlanta de 1864, où les armées de Sherman s’enfoncent dans le sud profond, avec une violence rarement atteinte jusque là.

C’est ici:

Civil War II : 1864 – Faire hurler la Géorgie à la mort

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Le combat naval de Cherbourg (1864): III) L’affrontement

Terminons ce dossier sur le combat naval de Cherbourg en 1864, qui apporte la guerre de Sécession jusque sur les côtes françaises.

Le combat:

Cette fois, L’Alabama semble bel et bien avoir été rattrapé: son adversaire a beau rester à la limite des eaux territoriales françaises, il n’entend pas s’en aller sans l’avoir combattu. Comme les deux navires sont de conception et force équivalentes, l’affrontement est, sur le papier incertain. Toutefois, ce que le confédéré ne sait pas, c’est que son adversaire dispose d’un blindage de fortune, mais d’un blindage tout de même, contrairement à lui. En effet, le capitaine du Kearsarge  a protégé son navire avec des chaînes  de métal liées entre elles, et masquées par des branches.

Néanmoins Semmes souhaite aussi en découdre, il entend prouver que la Confédération sur mer est capable de vaincre des navires de combat, pas uniquement de faire la guerre au commerce. Ainsi, le 19 juin 1864 au matin, il prend la mer et s’en va trouver son adversaire, non sans avoir harangué ses hommes.

Le duel commence vers midi, et le bruit des canons de 8  et de 11 pouces résonne bientôt dans la Manche. L’affaire est assez rapide au final: après une heure d’un feu vif des deux côtés, l’Alabama est déjà en mauvaise posture. Le blindage, quoique rudimentaire, de son adversaire a limité ses dégâts et donc très bien joué son rôle, alors que, lui, a été frappé au but trois fois par des obus de 11 pouces. Ses chaudières s’éteignent et, au milieu des morts et blessés qui l’environnent, le capitaine se résout à faire amener les couleurs et se rendre. C’en est fini de son aventure.

Manet, « Le combat du Kearsarge et de l’Alabama », 1865.

La postérité/conclusion:

Cette défaite est sans appel (le Kearsage ne déplore que trois pertes) pour la Confédération et l’Union parvient à se débarrasser d’un gêneur important (voir articles précédents). Bien que la guerre de Sécession se limite à deux principaux protagonistes, elle a des ramifications dans le monde entier et ce combat naval le prouve bien. Chose intéressante, 15.000 personnes y assistèrent depuis les plages de Cherbourg, certaines étant même venues depuis Paris par le train (qui se développe considérablement pendant le Second Empire) ! Les survivants furent récupérés par un navire britannique tout proche et les chaloupes restantes du Kearsarge.

L’évènement inspira plusieurs fois les artistes, outre les tableaux des articles précédents, je citerai tout d’abord Manet avec l’oeuvre que vous pouvez voir au-dessus. Plus proche de nous, c’est même l’argument d’un numéro de la célèbre série Les Tuniques bleues, Duel dans la Manche pour être plus précis. Bien sûr, c’est de la bande dessinée qui prend beaucoup de libertés avec la réalité, vous vous amuserez à comparer… et retrouver une partie du tableau de Manet !

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

-KEEGAN (John), La guerre de Sécession, Paris, Perrin, coll. « Pour l’Histoire », 2011, 504 p.

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Le combat naval de Cherbourg (1864): II) Vers l’affrontement

Les conditions de l’affrontement naval durant la guerre de Sécession ayant été posées plus haut, voyons maintenant comment les deux navires en vinrent à se retrouver l’un en face de l’autre à Cherbourg.

Le CSS Alabama :

Je l’ai dit, les confédérés achètent des navires à l’étranger pour pallier leur manque d’infrastructures portuaires, et pour contourner le blocus de l’Union. Le CSS Alabama est l’un d’entre eux. Il a été bâti en Grande-Bretagne, où on l’a fait passer pour un navire marchand, avant de transporter son armement séparément et de l’équiper hors du territoire britannique, plus précisément aux Açores (îles portugaises). Sa carrière débute alors, nous sommes en août 1862.

Il a pour capitaine Raphael Semmes, vétéran de la guerre contre le Mexique (1846-1848, où servirent notamment Grant… et Lee) et surtout officier de valeur. Sa mission est de perturber le commerce nordiste et il s’en acquitte rapidement, allant jusqu’au port de New York, signe d’une certaine audace. Après avoir fait route vers le Texas, il échappe à une escadre ennemie et se paie même le luxe d’envoyer par le fond l’un de ses adversaires qui s’est lancé à sa poursuite, l’USS Hatteras. 

Photo des officiers du « Kearsarge ».

Un navire corsaire redouté:

A partir de là, il passe dans l’Atlantique sud puis dans le Pacifique, où il se met à semer la terreur. Insaisissable, il réussit à cumuler 64 prises de navires adverses, avant de devoir aller vers l’Inde puis l’Afrique, faute de proies. Se ravitaillant dans les ports neutres, opérant dans une époque où ni la TSF ni le radar n’existent, il parvient à rester invaincu.

Pourtant, à aucune période le matériel n’est inépuisable: arrivé dans les eaux du Brésil et usé par un quasi tour du monde, il doit se rendre à l’évidence… Le navire nécessite d’être réparé, surtout les chaudières et le doublage en cuivre de la coque. Celui-ci est important: il protège notamment le bois de l’accumulation des algues et autres vers marins, à une époque où le métal n’est pas encore totalement roi dans la marine… Notons par ailleurs que les navires comportent encore des voiles, en cas de défaillance de la machine à vapeur (voir image ci-dessous).

Il décide donc de se rendre à Cherbourg, puissant port militaire français qui lui délivre l’autorisation nécessaire. La France de Napoléon III est alors une grande puissance navale, et l’empereur lui-même est plutôt favorable à la Confédération, comme d’autres nations européennes (aucune ne lui accorda de reconnaissance diplomatique officielle par contre). Toutefois, à peine arrivé dans les eaux françaises, dans le printemps finissant de 1864, il est repéré par un navire de l’Union de force équivalente, le Kearsage… 

Louis le Breton, « Le combat entre l’Alabama et le Kearsarge ».

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

-KEEGAN (John), La guerre de Sécession, Paris, Perrin, coll. « Pour l’Histoire », 2011, 504 p.

Sur la France navale de Napoléon III, l’indispensable thèse suivante:

-BATTESTI (Michèle), La marine de Napoléon III : une politique navale, Chambéry, Université de Savoie, Paris, Laboratoire d’histoire et d’archéologie maritime, Vincennes, Service historique de la marine, 1997, 2 volumes.

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Civil War II : la bataille de Gettysburg

En attendant la suite sur le combat naval de Cherbourg, voilà mon dernier article historique pour la Gazette du wargamer, lui aussi consacré à la guerre de Sécession. Entre jeu et histoire, revivons la bataille de Gettysburg grâce à l’excellent Civil War II, du studio français Ageod.

L’article :

http://www.wargamer.fr/civil-war-ii-la-bataille-de-gettysburg/

Une des images de ma partie.

 

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Mes articles pour la Gazette du wargamer 

Le combat naval de Cherbourg (1864) I) Introduction

Chose promise, chose due: je vais un peu parler de la guerre de Sécession, grande absente de ce site jusque-là… Comme vous le savez, j’aime également m’attacher à des aspects moins connus des conflits, et c’est pourquoi je vous propose d’aborder son volet naval.

La guerre de Sécession se livre aussi sur les flots

C’est certes une composante moins « vendeuse » que Gettysburg ou les exploits de Grant, mais il n’en reste pas moins que la guerre civile américaine se livra aussi sur mer, et ce de plusieurs façons. La première, ce sont les opérations proches des côtes américaines: l’Union (le Nord) a la supériorité navale durant tout le conflit et utilise sa flotte pour bloquer les littoraux adverses, ainsi que faire des incursions souvent durables en territoire sudiste, ainsi la prise de La Nouvelle-Orléans par l’amiral Farragut.

En effet, l’une des principales richesses de la Confédération est son coton, et sa source d’approvisionnement en armes vient pour une bonne partie de pays comme le Royaume-Uni. Bloquer ses côtes permet donc au Nord de l’asphyxier peu à peu et de donner des coups d’épingle en occupant les sites intéressants (les ports d’importance notamment), obligeant par là même son ennemi à y dépêcher des troupes. Ce plan à long terme est grandement l’oeuvre du vénérable Winfield Scott, vétéran de la guerre de 1812 (!), de celle du Mexique et encore général en chef au tout début du conflit.

Équipage d’une canonnière de l’Union, 1864. Photo provenant de : http://www.civilwarphotos.net/files/images/051.jpg

Quelle guerre navale en 1861-1865 ? 

La seconde, ce sont les combats  et mouvement navals en pleine mer, et ce bien au-delà du Nouveau-monde: serrés dans un étau toujours plus fort, les confédérés firent preuve d’une vraie inventivité pour essayer de soulager la pression. D’une part ils envoyèrent donc le plus secrètement possible des navires « briseurs de blocus » s’approvisionner en armes et fournitures de guerre à l’étranger.  Ceux-ci furent très nombreux à passer, dans l’ordre de 5 sur 6 au début de la guerre et encore 1 sur 2 à la fin: ils apportèrent des ressources vitales au sud.

Et de l’autre, le gouvernement de Richmond arma des navires en course, souvent fabriqués à l’étranger, pour s’attaquer au commerce de l’Union. Opérant jusque dans le Pacifique, certains firent de véritables odyssées et coulèrent des dizaines de navires. Si cela ne changea pas le cours de la guerre, John Keegan (voir plus bas) écrit tout de même : « Les navires de course détruisirent environ 5% de la flotte marchande américaine et, quoique peu nombreux, perturbèrent sérieusement et durablement les échanges maritimes de l’Union ». 

Je vous propose d’étudier la « carrière » de l’un de ces navires, le CSS (Confederate State Ship) Alabama, carrière qui prit fin… A Cherbourg en France en 1864 après un combat qui marqua beaucoup les esprits.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

-KEEGAN (John), La guerre de Sécession, Paris, Perrin, coll. « Pour l’Histoire », 2011, 504 p.

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