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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : V) De la conquête à 1940

Période encore moins bien connue que la conquête de 35-36 que je viens de traiter: la présence italienne entre cette date et l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne en 1940. En effet, elle ne fut pourtant pas exempte de combats. Comme je l’ai rappelé en conclusion précédemment: prendre la capitale et disperser les armées du Négus ne signifiait au final pas grand-chose !

Réorganisation des colonies italiennes

Qu’est-ce à dire ? Et bien, qu’aussitôt la conquête officiellement achevée, les Italiens se lancent dans plusieurs années de lutte contre une guérilla éthiopienne, facilitée par un refus naïf et tenace de la part de Mussolini de s’appuyer sur des chefs locaux rendus fidèles par des prébendes et autres avantages matériels. Il ne se range à cette solution pourtant pratiquée plus ou moins par tous les autres colonisateurs que très tard (voir plus bas).

Par contre, il reprend l’idée française et britannique (ainsi qu’utilisée par d’autres pays ayant des colines) d’engager des soldats locaux encadrés par quelques unités européennes, pour tenir le terrain, et notamment les points principaux (villes, routes, ponts…). D’ailleurs, le recrutement de population colonisées se pratique déjà en Libye ou Érythrée, sous le noms d’ascari. Une réorganisation administrative a donc lieu et la plupart des soldats rentrent en métropole, rendant cet appoint encore plus nécessaire.

Fin 1936, c’est donc ce type de forces qui est disponible en Ethiopie et dans les colonies avoisinantes: des troupes locales avec un encadrement italien constitué de quelques unités d’infanterie, d’artillerie et de cavalerie, ainsi qu’un bataillon d’alpini, équivalent plus ou moins proche des chasseurs alpins français. Le tout est renforcé par des unités de police motorisée de la PAI (Polizia dell’Africa Italiana, soit Police de l’Afrique italienne) à partir de 1938. Or, leur tâche s’annonce ardue.

Vidéo de propagande Luce: « Mussolini passe en revue un bataillon de la police coloniale en partance pour l’Afrique ».

Une difficile « pacification » 

De 1936 à 1939, les unités stationnées dans les colonies d’Afrique Orientale sont donc engagées dans de vraies opérations de guerre. Pour les raisons que l’on a évoquées dans les précédents articles déjà, elles sont très lentes: le terrain est irrégulier, les communications difficiles, les distances grandes, la logistique fait défaut. De plus, les troupes adverses connaissent le pays, savent se cacher, et bénéficient d’une aide britannique officieuse, via la Somalie voisine, colonie de sa majesté.

A partir de 1937 et surtout 1938, la situation s’améliore: les engagements des troupes locales augmentent, les garnisons passent de la défensive à l’offensive et parviennent à dégager les routes. Au début de 1937, plus de 66.000 réguliers sont ainsi disponibles, dont 43.000 soldats recrutés sur place. Bien que les saisons des pluies ralentissent les efforts italiens, ils parviennent à contrôler peu à peu les différents axes de communication et les principales villes, au prix de longs combats et de campagnes qui durent parfois des mois.

Pourtant, le milieu rural continue de leur échapper, et une partie des troupes locales trahit au profit de la guérilla. De plus, le coût déjà important de la conquête devient faramineux et grève durablement les finances royales. Finalement, en 1939, la situation s’apaise quand le duc d’Aoste, de la famille royale, nommé vice-roi, obtient enfin de Mussolini de pouvoir mener une politique d’apaisement. Toutefois, ses effets réels restent difficiles à mesurer car dès l’été 1940, la guerre éclate contre les Alliés.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Excellente biographie de Mussolini, qui décrit très bien les années qui nous intéressent ici:

-MILZA (Pierre), Mussolini, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », 1999, 985 p.

Pour les aspects purement militaires, l’indispensable:

-ROCHAT (Giorgio), Le guerre italiane, 1935-1943. Dall’impero d’Etiopia alla disfatta, Torino, Einaudi, 2005, 460 p.

Pour les armes, le matériel et les combats, un fascicule Osprey, toujours très bien fait:

-NICOLLE (David), The Italian Invasion of Abyssinia 1935–36, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Men-at-arms », 1997, 48 p.

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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : III) Vers la guerre de conquête de 1935-1936

Souvenez-vous, nous avions laissé notre dossier en 1896: Adoua avait marqué la fin des espoirs italiens en Ethiopie. Pendant quelques décennies, celle-ci va donc vivre en paix. Rome se tourne vers l’annexion de territoires ottomans (guerre de 1911-1912) puis a trop à faire avec la Première Guerre mondiale (1915-1918) pour s’y intéresser. Enfin, le nouveau pouvoir fasciste arrivé en 1922 doit se consolider intérieurement et « pacifier », très cruellement au demeurant, l’Afrique du Nord avant de se tourner vers de nouveaux horizons.

Une nouvelle donne

En effet, Mussolini relance la politique coloniale de son pays. Il estime qu’une grande puissance se doit de posséder un vaste domaine outre-mer pour pouvoir compter sur la scène internationale. Or, le monde de l’après-guerre n’est plus celui de la fin du XIXe siècle: le partage a déjà été fait et l’hécatombe de 14-18 a commencé à changer les mentalités. Les empires coloniaux ne sont plus présentés de la même façon, et les guerres d’agression moins acceptées qu’avant. S’il y a une forme d’hypocrisie de la part des grandes puissances coloniales (qui n’entendent pas abandonner leurs conquêtes), il n’en reste pas moins que cela ne lui facilite pas la tâche.

Un temps hostile à l’Allemagne, ayant réussi quelques arbitrages coloniaux en sa faveur avec Paris et Londres (quelques modifications de frontières assez minimes), le dictateur italien en veut toutefois plus. Pourtant, les relations entre les deux pays autrefois ennemis se sont officiellement améliorées : l’Italie a appuyé l’entrée de l’Ethiopie à la SDN en 1923 puis signé un traité d’amitié avec elle en 1928.  Toutefois, le discours change progressivement dès le début des années 30. Le régime totalitaire réarme en Érythrée, s’inquiète des visées économiques des occidentaux (barrages, chemins de fer…), et même des Japonais, dans le pays et adopte une rhétorique guerrière.

Des soldats italiens partent pour l'Afrique depuis la Toscane. On distingue déjà leurs casques coloniaux.

Des soldats italiens partent pour l’Afrique depuis la Toscane. On distingue déjà leurs casques coloniaux.

La marche vers la guerre

A cela plusieurs raisons. D’une part, Mussolini souhaite faire oublier les difficultés économiques internes de l’Italie par une victoire extérieure, procédé très courant. De plus, il désire relier les colonies italiennes d’Érythrée et de Somalie, ainsi qu’agrandir le domaine contrôlé par Rome, comme évoqué plus haut. Enfin, venger la défaite d’Adoua. Le tout en profitant de ce que Londres et Paris aient les yeux tournés vers le réarmement allemand: le moment lui semble être approprié pour agir.

Les historiens pensent donc que toutes ces raisons, plus beaucoup d’autres, le poussent à prendre la décision d’une intervention militaire massive entre le printemps et l’été 1935. Alors que les troupes s’acheminent vers l’Afrique, reste à trouver un prétexte officiel. Là, il faut rappeler que, malgré les traités, dont celui d’amitié de 1928 déjà cité, les escarmouches n’ont pas cessé le long des frontières entre les deux pays entre 1896 et 1935. Les Italiens ont repoussé plusieurs fois des bandes armées éthiopiennes mal contrôlées par le pouvoir central et, fin 1934, trois incidents de frontière au demeurant minimes sont saisis par Rome.

Les versions divergent énormément entre les deux pays et sont encore très difficiles à démêler, mais ce qui est sûr est que le dictateur italien tient là ce qu’il veut: arguant de la porosité des frontières et de l’insécurité générée par les troupes éthiopiennes, il fait préparer des plans et prévoit de débuter une offensive générale de conquête en octobre 1935…

Chanson de 1935 In Africa si va (En Afrique l’on va) justifiant le départ pour l’Afrique des soldats italiens. Le ton est évidemment de propagande et elle n’est ici présente qu’à titre d’illustration. Je reviendrai sur ces chansons que j’ai déjà évoquées il y a quelque temps.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Excellente biographie de Mussolini, qui décrit très bien les années qui nous intéressent ici:

-MILZA (Pierre), Mussolini, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », 1999, 985 p.

Pour les aspects purement militaires, l’indispensable:

-ROCHAT (Giorgio), Le guerre italiane, 1935-1943. Dall’impero d’Etiopia alla disfatta, Torino, Einaudi, 2005, 460 p.

Pour les armes, le matériel et les combats, un fascicule Osprey, toujours très bien fait:

-NICOLLE (David), The Italian Invasion of Abyssinia 1935–36, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Men-at-arms », 1997, 48 p.

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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : II) Les combats de 1895-1896 et la bataille d’Adoua

L’entrée en campagne

On l’ a vu, au début des années 1890, les relations italo-éthiopiennes se sont progressivement dégradées. De plus, Ménélik a fait appel à de l’aide venue de France: des conseillers, d’anciens officiers, mais aussi des achats d’armes (fusils et canons). Les ingérences italiennes le lassent et il espère se passer de leur présence envahissante.

Le point de non-retour est atteint fin 1894-début 1895: des affrontements encore limités ont lieu entre les deux armées. Les combats sont assez indécis car les distances sont très grandes, le réseau de routes balbutiant, les pluies et la nature du terrain empêchent d’aller vite. Si le détail des accrochages entre patrouilles nous intéresse peu ici on retiendra que, les mois passant, l’affaire tourne à l’intervention militaire en bonne et due forme de la part du gouvernement de Rome. Le négus a fait savoir qu’il ne tolérerait plus la moindre présence italienne en Ethiopie, et l’équipe de Crispi a décidé d’envoyer un véritable corps expéditionnaire soutenir les actions du général Baratieri qui commande sur place.

Le coût financier est très grand car le théâtre des opérations est loin de l’Italie et le climat ainsi que le terrain ne sont pas favorables à une campagne militaire. Toutefois Crispi désire désormais une grande bataille contre les Éthiopiens. Il espère une victoire retentissante qui lui permettra de faire taire les critiques qu’il essuie au parlement et décider ainsi du sort de la campagne.

Le

Le « Petit Journal » du 28 août 1896. Le supplément illustré du dimanche évoque à plusieurs reprises la défaite italienne.

La bataille d’Adoua 

Là encore, les semaines passent et l’indécision domine: les plans ne sont pas très précis, les engagements nombreux et sans grands résultats. Les Éthiopiens, au fil des mois, ont eu le temps de se renforcer, mais les deux armées souffrent de grands problèmes d’approvisionnement et de logistique. Finalement l’affrontement voulu par Crispi va se dérouler début mars 1896 à Adoua, dans la région du Tigré. La place est assez proche de la colonie italienne d’Erythrée vers où se sont retirées les forces italiennes et les renforts sont attendus d’un jour à l’autre depuis la métropole.

Baratieri a placé ses hommes sur une position plutôt bonne et facile à défendre. Il dispose de près de 18.000 hommes et 56 canons, mais sans cavalerie. Face à lui, 120.000 hommes, dont une partie non négligeable a des fusils, et 46 canons. Outre cette infériorité numérique criante, résultant d’une assez bonne concentration des forces du négus, les troupes éthiopiennes connaissent très bien le terrain et vont bénéficier d’une erreur du commandement italien.

Celui-ci a en effet dangereusement séparé ses forces déjà limitées, en trois colonnes qui se sont trop éloignées les unes des autres. Elles sont donc attaquées successivement et battues, même si les combats durent des heures et que les Italiens se défendent bien. D’ailleurs s’ils perdent près de 6000 hommes dans l’affaire, soit un tiers de leurs effectifs, ils tuent 5.000 éthiopiens et en blessent le double. De plus, ils peuvent retraiter en bon ordre vers l’Erythrée et ce n’est pas une déroute. 

Conséquences

Là ils sont rejoints par les fameux renforts arrivés d’Italie, suffisamment nombreux et armés pour dissuader Ménélik d’attaquer. Adoua n’est donc pas une catastrophe comme elle est parfois décrite, et une reprise de l’offensive avec ces troupes fraîches était tout à fait envisageable.

Toutefois, entre temps, le gouvernement Crispi est tombé et la défaite a eu des conséquences symboliques qui dépassent son propre cadre militaire. Si ce n’est pas la première fois qu’une armée européenne a subi des revers en Afrique, elle permet à Ménélik d’asseoir son autorité et de négocier en position de force avec les Italiens dont on a dit le changement de gouvernement. Celui-ci se recentre alors sur les difficultés intérieures et se tourne vers d’autres horizons.

L’Ethiopie reste donc indépendante, et ce jusqu’à la conquête réalisée en 1935-36 que nous verrons dans les semaines qui viennent.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Pour les mutations longues et le cadre proprement italien:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine. 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Sur les armes, le matériel et les opérations, un bon fascicule Osprey:

-MCLACHLAN (Sean), Armies of the Adowa Campaign, 1896, Oxford, Osprey publishing, coll. « Men-at-arms », 2011, 48 p.

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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : I) Introduction

Voici venu le temps d’ouvrir un très long dossier sur les Italiens et l’Ethiopie, qui ira de la défaite retentissante d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale. Il sera l’occasion d’évoquer les appétits coloniaux du jeune Etat italien, la conquête sanglante du pays réalisée par Mussolini, avant de revenir sur les combats en Ethiopie alors qu’il lance son pays dans la guerre aux côtés de Berlin. Cette introduction va avoir pour but de présenter le contexte dans lequel la relation troublée entre les deux pays débute.

L’Italie, un Etat arrivé tard dans la course coloniale

Etat unitaire formé à la suite des guerres du Risorgimento, et rêvant encore de certaines terres peuplées d’Italiens (Trentin, Frioul…), l’Italie est jeune dans les années 1880, et souhaite être intégrée dans le concert des grandes puissances. Or, sans manquer d’atouts, elle porte encore à cette date de nombreuses faiblesses: une séparation assez nette entre un nord en pleine industrialisation, et à la vie culturelle bourgeoise bien vivante…  Et un sud plus rural, où les grands propriétaires et un certain archaïsme règnent encore, d’ailleurs favorisés par un certain dédain des grandes métropoles comme Turin ou Milan à son égard. De plus, l’Italie n’est qu’incomplètement industrialisée, manque de charbon et autres produits miniers essentiels des révolutions industrielles. Enfin, ses armes n’ont pas eu un succès retentissant dans des guerres comme celle de 1866 contre l’Autriche.

Les groupes dirigeants et les cercles influents proches du pouvoir cherchent donc à l’étendre pour des raisons de prestige (les grandes puissances se doivent d’avoir des colonies pour certains), augmenter ses débouchés commerciaux et accéder à des sources de matières premières. Pourtant, si la Méditerranée semble le meilleur et plus proche théâtre pour ce faire, c’est aussi une région où règne l’influence prépondérante de la France et du Royaume-Uni ainsi que celle, déclinante, de l’Empire Ottoman. D’ailleurs, Paris s’est emparée de la Tunisie au grand dam des Italiens dans les années 1880, et l’heure d’attaquer les possessions turques n’est pas encore arrivé (c’est la guerre de 1911). Il faut donc trouver une autre région.

Francesco Crispi (au centre), en 1888. C'est l'un des chantres du colonialisme italien.

Francesco Crispi (au centre), en 1888. C’est l’un des chantres du colonialisme italien.

Des visées sur la Corne de l’Afrique: 

Le repli s’effectue vers la mer Rouge et la Corne de l’Afrique: l’Italie est arrivée tard dans la course coloniale, mais ces espaces ne sont pas encore tous soumis à l’influence européenne. De plus, avec l’ouverture du canal de Suez en 1869, ces côtes s’avèrent stratégiques, notamment car situées le long de la route vers l’Inde et la Chine d’un côté et le Méditerranée de l’autre.  L’Italie achète donc des bases sur la côte d’Érythrée en 1882, et entre ainsi dans le partage de l’Afrique. Au cours des années suivantes, elle étend ses possessions par la force et la diplomatie, avec quelques déconvenues qui n’empêchent pas la progression.

Cette politique est en grande partie voulue par quelques groupes, dont des parlementaires intéressés par l’aventure de conquête, un peu comme l’informel « Parti colonial » d’Eugène Etienne dans la France de la même époque. C’est à dire qu’elle n’a pas l’assentiment de tout le pays, d’ailleurs grandement rural et très peu associé aux décisions ni même aux votes jusqu’aux réformes de Giolitti. Ces visées coloniales ne sont d’ailleurs pas plus voulues de toute la classe politique, comme dans d’autres pays. Songeons, en France, aux joutes verbales de l’époque entre Jules Ferry et Clemenceau à ce sujet…

Toutefois, c’est à la fin des années 1880 que les Italiens entrent en contact avec les chefs qui se partagent le pouvoir en Ethiopie. L’Etat est très ancien, pourtant, le pouvoir central n’y est pas toujours très bien affirmé. D’ailleurs, l’oeuvre d’unification des souverains est gênée justement par les appétits des puissances étrangères, auxquels ils doivent faire face avant de régler les problèmes internes. Pour l’heure, Rome signe un traité avec le souverain qu’est le négus Ménélik, et semble contrôler le pays.

Toujours est-il qu’au début des années 1890, Ménélik, soutenu par les Français, conteste la présence italienne. Au fil des ans, les agitations contre les Italiens augmentent et, en 1895, l’affrontement semble proche entre les deux parties…

Pièce de la colonie italienne d’Érythrée.

Pièce de la colonie italienne d’Érythrée.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Pour les mutations longues et le cadre proprement italien:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine. 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Sur les armes, le matériel et les opérations, un bon fascicule Osprey:

-MCLACHLAN (Sean), Armies of the Adowa Campaign, 1896, Oxford, Osprey publishing, coll. « Men-at-arms », 2011, 48 p.

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L’Italie et la Première Guerre mondiale: IV) La « Strafexpedition » de 1916

Après de longs mois de silence, poursuivons le dossier sur l’Italie de 1915-1918. Nous allons voir cette fois une tentative dangereuse de la part des austro-hongrois, qui se solde par un demi-échec. De nombreuses photos ont été prises par moi en Italie, sur les lieux des combats.

J’évoque le compromis de 1867. Voir la dernière vidéo de cette playlist pour plus d’informations :

https://antredustratege.com/2013/06/20/playlist-la-guerre-de-1866/

La "Stampa" du 19 mai 1916. Numéros numérisés: http://www.lastampa.it/archivio-storico/

La « Stampa » du 19 mai 1916. Numéros numérisés: http://www.lastampa.it/archivio-storico/

Bibliographie utilisée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français , et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

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L’Italie et la Première Guerre mondiale: III) L’échec de 1915

La suite du dossier est là. Voyons cette fois l’année 1915: la première de la guerre pour l’Italie, et marquée par l’impossibilité d’en finir rapidement avec son adversaire.

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Vue actuelle de la Slovénie depuis le sanctuaire d’Oslavia. La région connut d’intenses combats.

Bibliographie utilisée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive): 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français , et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

 

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http://www.wargamer.fr/paroles-de-youtubeurs-jean-baptiste-murez-histoire-militaire/

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Les arditi italiens: II) Au combat

Tout d’abord vous voudrez bien m’excuser: j’ai commencé un dossier sur la piraterie antique sans finir de parler des arditi…. Reprenons donc ce que je disais plus bas.

Engagement des arditi au feu:

Souvenons-nous de ce qui a été dit: ces unités ont été mises en place assez tardivement en Italie et elles ont bénéficié d’un traitement particulier. Leurs premiers combats ont donc lieu à l’été 1917 et sont d’abord de francs succès: sans préparation d’artillerie, jouant sur la surprise, ils s’enfoncent profondément dans les lignes austro-hongroises. Ceci  décide le haut-commandement italien à créer une vingtaine de nouveaux détachements d’assaut.

Pourtant, après le désastre de Caporetto (voir plus bas), ils sont utilisés comme le reste de l’armée, l’urgence étant à l’arrêt des forces adverses, et leur histoire est noyée dans la bataille d’arrêt qui suit la grande débâcle. Peu à peu réorganisés, ils sont 26 détachements de 600 hommes en Italie même (ainsi que deux en France) à l’été 1918. Tenus en réserve on les utilise dans les actions locales où il faut bloquer une percée ennemie, ou créer une brèche dans un point de la ligne austro-hongroise près de rompre.

A la fin de la guerre, quand l’Italie reprend l’initiative, leur caractéristiques sont à nouveau oubliées, et ils sont engagés comme d’autres troupes, ce qui se traduit par de lourdes pertes (voir paragraphe suivant). Finalement, ils sont dissous à la fin de la guerre, leur héritage perdu pour l’armée, et leur action glisse dans les esprits vers le mythe, notamment chez les futurs maîtres de l’Italie, obnubilés par le culte de la force.

Le chant des arditi. L’air et la symbolique de ces troupes (flammes noires, poignards) ont été repris par le totalitarisme italien. Attention, donc. 

Bilan de leur action: 

Car au final, on parle de troupes très légèrement équipées, splendides dans le coup de main surprise, dans les actions brèves et très locales… Mais qui sont loin d’être parfaites: leur manque d’équipement lourd fit qu’ils furent incapables d’exploiter leurs percées, et qu’ils allaient trop vite pour le reste de l’armée. Très souvent, exposés seuls, aux contre-attaques austro-hongroises, ils se révélèrent incapables de tenir le terrain conquis.

De plus, on a vu qu’ils furent employés à plusieurs reprises comme de l’infanterie « normale », ce qui constitua une grave erreur car leurs missions et potentialités n’étaient pas les mêmes et les pertes furent, alors, effroyables. Ces hommes, redoutables, étaient d’un emploi délicat, ce que ne prirent pas assez en compte leurs chefs. Néanmoins ils demeurent très appréciés dans la mémoire italienne de la Première Guerre mondiale, sensible à leur allant, à leur réputation de « gros durs » et à leurs coups d’éclat en partie réels. 

Trois arditi, on notera les mousquetons (version courte du fusil), les pulls, les poignards… Et l’allure générale de ces hommes.

Bibliographie:

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

Les courageux pourront aussi lire:

-ROCHAT (Giorgio), Gli arditi della Grande Guerra: origini, battaglie e miti, Gorizia, LEG, 2006, 251 p.

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L’article sur Caporetto:

http://www.wargamer.fr/la-bataille-de-caporetto-a-travers-to-end-all-wars/

L’Italie et 1915-1918 : II) L’armée italienne en 1915, plans et préparatifs

La suite du dossier est là. Vous saurez tout (ou presque) sur l’état de l’armée italienne en 1915, sur ses préparatifs, son commandement et ses plans !

Sanctuaire d'Udine.

Sanctuaire d’Udine (détail).

Bibliographie utilisée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive): 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français , et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Les arditi italiens : I) Origines et formation.

Introduction: 

En parallèle des vidéos sur l’Italie dans la Première Guerre mondiale, je vous propose ici des articles sur certains détails intéressants de la botte dans le conflit. Parlons donc cette fois-ci d’une unité d’élite : les arditi. Équivalent plus ou moins proche d’unités d’assaut plus connues comme les Sturmtruppen et Stosstruppen austro-hongrois et allemands, ces troupes de choc furent essentiellement employées en 1917-1918 avec des résultats divers, et souvent auréolés d’un mythe qui obscurcit la réalité. 

Les origines:

Naissent d’un constat: percer le front continu de la guerre des tranchées est une opération complexe et qui hante les commandements pendant les années que dure le premier conflit mondial. Outre la concentration de plus en plus massive de moyens humains et matériels (notamment l’aviation et l’artillerie), on voit naître peu à peu des troupes spécialisées car les solutions précédemment citées ne suffisent pas. Celles-ci doivent permettre, par leur entraînement et leur allant, de créer la différence sur des points précis du champ de bataille, et au final de l’emporter. C’est le cas des arditi italiens.

Ainsi, à l’été 1917, un groupe d’assaut d’un bon millier de soldats est formé au sein de la IIe armée. On a choisi parmi les meilleurs des hommes. Les plus endurants, les plus coriaces, et on les a au préalable rassemblés pour les entraîner à leur nouvelle tâche.

Arditi en 1918. Photo trouvée sur wikipédia. Notez les poignards brandis.

 

Qu’est-ce qui les différencie encore des autres hommes ? Plusieurs choses: on leur a donné un entraînement spécial, à base de gymnastique intense, de corps à corps (ils reçoivent un poignard caractéristique, le pugnale), d’exercices de tir en conditions réalistes et avec beaucoup de munitions… On leur a fourni des grenades en nombre et on leur a enseigné la confiance en eux. Quant à leur équipement, il va être léger, pour ne pas les ralentir dans leurs futurs assauts. Même l’uniforme a été revu, pour qu’il soit plus pratique à porter au feu: et il arbore des flammes noires, propres à ces nouvelles formations, pour renforcer leur cohésion. Enfin, ces hommes reçoivent une meilleure solde, des avantages en terme de permissions et de discipline.

Dès avant le test du combat, ces choix, ces mois de préparation ont forgé un outil à l’esprit de corps certain, adapté aux gestes offensifs et rapides. Nous verrons la prochaine fois quels furent les résultats. 

Bibliographie: 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

Les courageux pourront aussi lire:

-ROCHAT (Giorgio), Gli arditi della Grande Guerra: origini, battaglie e miti, Gorizia, LEG, 2006, 251 p.

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Mes articles pour la Gazette du wargamer 

L’Italie et la Première Guerre mondiale: I) Introduction

24 mai 2015 ! Je publie tout naturellement, en ce jour du centenaire de l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Entente, cette première vidéo d’un dossier consacré à cette facette trop peu connue du conflit. Déclenché le 23 mai au soir, le conflit va durer pour l’Italie jusqu’au 4 novembre 1918, dans de difficiles conditions que je vais aborder.

Une du « Corriere della sera » du 24 mai 1915.

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Mes articles pour la Gazette du wargamer 

Mon article dans le 2e guerre mondiale d’avril-mai sur l’armée belge est encore en kiosque : pages 56-68.

Bibliographie (qui n’a pas pour but d’être exhaustive): 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français  et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

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