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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: I) La situation en 1914

Débutons dès à présent un nouveau dossier consacré à la Belgique au cours de la Première Guerre mondiale. D’entrée de jeu, je rappellerai l’importance de cet État durant ce conflit. Bien que doté de moyens militaires limités, son armée eut un rôle certain dans les combats; sa position géographique au carrefour entre Allemagne, France et Royaume-Uni en fit un point de passage primordial; sa neutralité et la dureté de l’occupation qu’elle subit donnèrent lieu à une importante aide matérielle et à un soutien moral sincère, mais aussi lié à la propagande. Bref, c’est un acteur tout sauf négligeable des années 1914-1919. Cette date a été retenue puisque, la paix revenue, il s’agrandit des cantons de l’Est au détriment de son voisin allemand.

Un pays neutre aux moyens militaires limités

Depuis le début de son histoire en tant qu’État, la Belgique, née de la révolution de 1830 dont je reparlerai une autre fois, est un pays neutre, et c’est toujours le cas en 1914. Hors des guerres européennes du XIXe siècle, malgré des combats frontaliers en 1848 (voir liens) et la crainte -sérieuse- d’être mêlée à la guerre de 1870, elle est protégée par son statut et des garants internationaux. En effet, le traité de Londres de 1839, signé par les grandes puissances, consacre cette position et va jouer un rôle en 1914, comme nous le verrons.

Dans la logique des « États-tampons » chers à Paris depuis au moins les traités de Westphalie (1648), elle est censée, avec le grand-duché de Luxembourg, limiter les tensions entre France, Pays-Bas et Prusse (puis Allemagne). Dans la même logique, elle offre au Royaume-Uni la certitude de ne pas être menacée depuis Anvers, que Napoléon, créateur du port, appelait justement « un pistolet braqué au cœur de l’Angleterre ». Cela explique, avec sa superficie réduite, que son armée ait des moyens limités, bien qu’il ne faille pas voir la Belgique comme une nation totalement désarmée et inapte à faire la guerre.

Ainsi, près de 14% du budget sont consacrés à la défense à la veille de la guerre, et des lois de 1909 et 1913, passées difficilement il est vrai, ont permis d’améliorer le recrutement et l’équipement des forces belges, qui peuvent aussi s’appuyer sur des places fortes construites par Léopold II, notamment à Liège. De plus, les Belges ont un vrai savoir-faire en matière d’armement, comme les bonnes productions de la Fabrique Nationale de Herstal ou de la fonderie de canons de Liège le montrent. Toutefois, le temps a manqué: en 1914, l’armée n’a pas du tout terminé sa réorganisation, et ne compte que 190.000 hommes sur le pied de guerre, ce qui semble bien peu face à 3.84 millions de soldats allemands.

Réquisitions d’automobiles à Mons le 1er août 1914. On voit aussi des troupes. Photo de l’auteur (2016), musée-mémorial de Mons. http://www.monsmemorialmuseum.mons.be/

Réquisitions d’automobiles à Mons le 1er août 1914. On voit aussi des troupes. Photo de l’auteur (2016), musée-mémorial de Mons. http://www.monsmemorialmuseum.mons.be/

L’été 1914

Notons pourtant que la guerre n’était pas forcément inévitable. L’histoire scolaire nous a tous appris l’enchaînement des faits survenu après l’assassinat de François-Ferdinand en juin 1914, mais les historiens ont bien montré dans des recherches récentes que l’engrenage a mis des semaines à se mettre en place. En Allemagne, ce sont les membres de l’État-major qui ont fait pression sur le pouvoir civil pour qu’il opte pour une solution guerrière, notamment fin juillet 1914.

Ainsi, en Belgique, la population et le gouvernement n’éprouvent pas une inquiétude trop grande au début de cet été qui va devenir infernal. Le traité de Londres est dans toutes les têtes, et son statut de neutralité avec. S’il y a des moments de plus grande tension, on croit qu’il va être respecté et, d’ailleurs, la diplomatie belge s’est bien gardée d’être trop pro-allemande ou pro-française depuis des décennies, pour limiter les frictions.

Ce n’est que fin juillet que des mesures de mobilisation sont prises (voir photos), devant la tournure que prennent les événements, alors que les diplomates sondent les pays étrangers pour être certains que le territoire belge va rester à l’abri d’une menace. Il n’empêche: l’ultimatum allemand du 2 août 1914 fait l’effet d’une bombe, alors que, la veille, Londres avait demandé à la France et à l’Allemagne si la neutralité belge allait être respectée, sans réponse de la seconde…

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DELHEZ (Jean-Claude), Douze mythes de l’année 1914, Paris, Économica, 2013, 144 p.

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

Pour en savoir plus sur la révolution de 1848 et la Belgique:

https://antredustratege.com/2015/12/02/1848-le-combat-de-risque-tout-i-introduction/

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