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Le retour d’Egypte du général Bonaparte: II) Déroulé des faits

Après avoir décrit la fois précédente le déroulement de l’expédition d’Egypte et le fait qu’elle soit rapidement devenue une impasse pour les troupes françaises, il nous faut à présent évoquer le retour en lui-même de Bonaparte en France, retour qui laisse encore perplexe l’historien au sujet de nombreux points. Nous terminerons ensuite avec le devenir des troupes françaises en Egypte après le départ de leur chef, point rarement évoqué.

Une traversée non sans zones d’ombres

La situation politique en France en 1799 dépasse le cadre de cet article. Rappelons seulement que le régime du Directoire est instable et travaillé par des forces centrifuges, notamment du fait de Siéyès, personnage important depuis le début de la Révolution et qui souhaiterait voir un changement de régime, en s’appuyant sur « une épée », un général populaire et apprécié, quitte à s’en débarrasser par la suite. Sa conspiration va fusionner avec les propres vues d’un Bonaparte qui mûrit peu à peu ses projets et qui va, finalement, après son succès du 18 Brumaire, marginaliser Siéyès plutôt que l’inverse.

Or, pour conspirer, il faut encore être en France, et la Méditerranée est étroitement surveillée par la Royal Navy, on l’a dit ! Pourtant, cela n’empêche pas  le jeune général de prendre la décision de partir, et finalement s’échapper d’Egypte avec quelques officiers le 22 août 1799 au matin, profitant du départ de la rade d’Alexandrie de la flotte adverse. Là, plusieurs zones d’ombre recouvrent ces événements car il parvient à Ajaccio sans encombre dès le 30 du même mois.

Les historiens évoquent la possibilité d’un laisser-faire plus ou moins volontaire de la part des Britanniques. Pourquoi ? D’une part car le départ du chef de l’expédition priverait celle-ci de tout contenu réel à l’avenir, et donc de menace sur l’Inde, objectif à long terme de la part des Français. De plus, l’amiral chargé de la surveillance, un certain Sidney Smith, détestait Nelson qu’il releva, et aurait souhaité le gêner avec pareille « négligence ». Il est établi qu’il fit même passer au commandement français des journaux après la victoire terrestre d’Aboukir, donc des informations (qui ont pu jouer sur la décision de Bonaparte de rentrer, car les nouvelles de France n’étaient pas bonnes). Enfin, la Grande-Bretagne, désireuse de faire la paix pour reprendre des relations commerciales saines avec le continent, voyait d’un bon œil le remplacement du Directoire par un régime plus stable. 

Un tableau intéressant sur le sujet (je ne l’intègre pas, rapport aux droits d’auteur sur les images) de Jean-Pierre Franque

Des côtes françaises à Paris

Quoiqu’il en soit, Napoléon Bonaparte rentre en France sans problème, bien qu’on lui ait reproché d’abandonner ses hommes à un sort incertain, sous le commandement de Kléber. Il faut toutefois se garder de jugements trop hâtifs, d’autant que juger est le contraire du métier d’historien… Et là notamment rappeler que le Directoire avait plusieurs fois donné l’autorisation de rapatrier en France Bonaparte, fût-ce de manière ambiguë. Il était plutôt bien vu, notamment par le directeur Barras dont il était le protégé, et passait pour un rempart du régime, bien que son ambition ait déjà été décelée. D’ailleurs, elle n’était pas étrangère à l’autorisation qu’on lui avait donnée de tenter cette expédition (voir article en lien).

Après sa ville natale d’Ajaccio, il passe sur le continent trois jours plus tard, à Fréjus. Sa remontée vers Paris est rapide est triomphale: le 12 octobre il est à Valence, le lendemain à Lyon. Dans la Nièvre, il s’arrête à Nevers le 15. Preuve de sa popularité, les administrations communales se portent au devant de lui et la population le fête. Dans cette dernière ville, des conscrits en pleine insoumission, c’est à dire refusant de rejoindre leur affectation après le tirage au sort, changent même d’avis à sa vue. Finalement, il arrive à Paris dès le lendemain et va s’atteler à d’autres tâches, plus politiques: les 18 et 19 Brumaire, son coup d’Etat est un succès.

A noter que l’actualité rejoint parfois l’histoire: les lieux où il s’est arrêté à Nevers sont actuellement menacés par un projet immobilier peu respectueux du passé. Sans qu’il soit fait d’incitation sur ce site apolitique, vous pouvez néanmoins trouver une pétition à ce sujet ci-dessous. Une similaire a permis de sauver la statue de Drouot à Nancy très récemment:

https://www.change.org/p/madame-francoise-nyssen-ministre-de-la-culture-sauvons-le-grand-monarque-et-la-place-moss%C3%A9

Bibliographie indicative (sans but d’exhaustivité):

Une somme magistrale de concision sur la Révolution, doublée d’un utile dictionnaire. L’expédition d’Egypte y est évoquée.

-TULARD (Jean, sous la direction de), Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, Paris, Bouquins, 2002, 1223 p.

L’excellent ouvrage de Thierry Lentz sur le coup d’Etat de Brumaire, qui revient longuement sur sa préparation et les années précédentes. L’Egypte y occupe une bonne part.

-LENTZ (Thierry), Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2010, 522 p.

L’article sur les origines de l’expédition:

https://antredustratege.com/2015/01/19/origines-de-lexpedition-degypte/

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Le retour d’Egypte du général Bonaparte: I) La situation en 1799

J’avais parlé en 2015 des origines de l’expédition d’Egypte, décidée à la fin du Directoire (voir lien plus bas). Il m’a donc semblé intéressant de parler du retour du général Bonaparte en France: comment se fit-il dans une Méditerranée étroitement contrôlée par la Royal Navy ? Quelle était la situation quand il réussit à en partir pour regagner la France ? Quel fut, au final, le sort de l’armée qu’il laissa derrière lui sous le commandement de Kléber ? Autant de questions qui vont nous intéresser dans les semaines à venir…

D’Alexandrie à Saint Jean d’Acre

L’expédition débute plutôt bien: après s’être emparés de Malte, les 54.000 hommes emportés par la flotte commandée par Brueys arrivent à Alexandrie début juillet 1798, après avoir échappé assez miraculeusement à la Royal Navy. La ville, peuplée d’environ 6000 âmes seulement, n’est plus le centre urbain majeur qu’elle était à l’Antiquité (notamment car le pouvoir s’est déplacé au Caire) et tombe rapidement entre les mains des Français.

Conquise depuis 1517-1518 par les Turcs Ottomans, l’Egypte forme alors une province éloignée de la capitale. Cela explique en partie que les vaincus de la veille, les fameux Mamelouks, exercent alors à nouveau l’essentiel du pouvoir. Ce sont d’anciens esclaves qui forment une sorte de caste militaire et administrative dirigeante, non sans succès. Néanmoins, leurs chefs n’ont pas les moyens techniques suffisants pour s’opposer efficacement aux soldats dirigés par Bonaparte, Murat, Menou et autres. Hommes comme officiers sont souvent des vétérans des guerres précédentes de la Révolution.

La tactique mamelouke laisse aussi à désirer. Ainsi, à la fameuse bataille des Pyramides du 21 juillet 1798, menée près du Caire (et assez loin desdites pyramides en fait) leur fière cavalerie se fait littéralement hacher en chargeant de front des carrés bien entraînés, et dont le feu roulant les brise à bout portant. Rappelons que c’est une formation d’infanterie qui imite la forme géométrique, et permet de tirer de tous les côtés à la fois, rang après rang, ainsi qu’elle peut être renforcée par des canons aux angles. Bref, bien organisée par des hommes et cadres capables, la réponse rêvée face à la cavalerie, comme Waterloo l’a montré bien plus tard !

En quelques semaines, l’armée française multiplie donc les succès et se rend maîtresse d’une bonne partie de l’Egypte. 

Gros représente ici la bataille terrestre d’Aboukir, avec un centrage sur la figure de Murat. L’oeuvre est conservée au château de Versailles. Cliché hébergé sur le site wikipédia (bien utile pour tout ceci ! )

Des Français « prisonniers de leur conquête »

Toutefois, selon l’expression consacrée, elle devient aussi rapidement « prisonnière de sa conquête », notamment du fait de la flotte de Nelson. Celui-ci a enfin retrouvé les Français à Alexandrie et Brueys commet la terrible erreur de faire combattre ses navires à l’ancre. Il sait que ses marins sont mal entraînés et veut ainsi éviter les excellentes capacités manœuvrières de son adversaire. Toutefois, il lui offre en fait une très belle occasion de malmener ses vaisseaux incapables de se déplacer. L’affrontement qui porte le nom de bataille d’Aboukir voit 11 navires de ligne français sur 13 être détruits et 5500 marins sur 8000 perdus, dont Brueys lui-même, qui meurt courageusement et en donnant des ordres jusqu’au bout.

Il n’empêche qu’incapable de revenir en France avec ses hommes, Bonaparte se retrouve coincé dans la terre des pharaons. De plus, même s’il n’affirme ne faire la guerre qu’aux seuls Mamelouks, l’Empire Ottoman a finit par déclarer la guerre à la France et envoie des hommes en Egypte, par la mer et via la terre sainte, avec l’aide britannique. C’est aussi une occasion pour le sultan Sélim III d’exercer un contrôle plus étroit sur cette possession.. Ne perdant pas de temps, le général envoie des hommes vers le sud poursuivre les restes des armées mameloukes, sous le commandement du célèbre Desaix et se porte lui-même au devant des forces ottomanes.

Il remporte d’abord de beaux succès, mais est bloqué devant les murailles de Saint Jean d’Acre, ravitaillée par la Royal Navy, et doit retraiter en Egypte, ses hommes étant épuisés. C’est là qu’il écrase l’armée de secours turque arrivée près d’Alexandrie, le 25 juillet 1799 (voir tableau). La bataille prend aussi le nom d’Aboukir, comme pour effacer la première du nom. Or, ce succès ne règle pas le problème du retour en France !

Bibliographie indicative (sans but d’exhaustivité):

Une somme magistrale de concision sur la Révolution, doublée d’un utile dictionnaire:

-TULARD (Jean, sous la direction de), Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, Paris, Bouquins, 2002, 1223 p.

L’excellent ouvrage de Thierry Lentz sur le coup d’Etat de Brumaire, qui revient longuement sur sa préparation et les années précédentes:

-LENTZ (Thierry), Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2010, 522 p.

Un synthèse indispensable sur l’Empire ottoman, qui décrit très bien l’Egypte ottomane et le système mamelouk qui s’y remet progressivement en place après la conquête:

-MANTRAN (Robert, sous la direction de), Histoire de l’Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, 810 p.

L’article sur les origines de l’expédition:

https://antredustratege.com/2015/01/19/origines-de-lexpedition-degypte/

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