Archives de Tag: Officiers

Les officiers sortis des Écoles dans le premier XIXE siècle: V) Conclusion et bibliographie

En conclusion, on peut dire que pendant quasiment tout son premier siècle d’existence (les choses commencent à changer après 1871), les Ecoles telles que Saint-Cyr n’ont pas formé en France une élite du commandement. Il était plutôt de bon ton de privilégier le pouvoir de l’argent, de la recommandation, et le paraître plutôt que l’être. Les officiers n’étaient pour ainsi dire pas formés à leur travail, négligeant sciemment l’étude et l’application. Cette désinvolture bien française conduisit à la situation bien connue de 1870-1871 que j’ai déjà longuement évoquée (voir vidéos et articles). On rappellera juste qu’au début de la guerre, il était toujours courant d’aller chercher un paysan pour orienter l’armée, les chefs ne sachant pas lire leurs cartes…

Nous sommes loin des équivalents prussiens, d’autant plus qu’un vrai état-major n’existe pas en France à cette époque (ce qu’on appelle le corps d’état-major est différent). La guerre s’apprend certes à la guerre, mais le progrès et l’industrie sont là pour montrer que l’empirisme ne suffit plus en un temps où les masses d’hommes à commander se faisaient de plus en plus grandes, et avec un armement, un équipement bien différent de la génération d’avant. En 1914, les choses avaient peu changé dans les mentalités: on se souvient tous de cette promotion 1914 de Saint-Cyriens qui s’est fait massacrer en chargeant les mitrailleuses allemandes avec gants blancs, képi, casoar et cigare à la bouche (mais ce cas précis n’est pas à généraliser, je reviendrai là-dessus)… 

Bibliographie:

-GIRARDET (Raoul), La Société militaire de 1815 à nos jours, Paris, Plon, 1953. Ancien, mais toujours excellent et recommandé par les enseignants. Il donne une très bonne vision du climat qu’il y avait dans
l’armée durant la période qui nous intéresse aujourd’hui.
-ORTHOLAN (Henri, colonel), L’armée du Second Empire (1852-1870), Saint-Cloud, Soteca-Napoléon III, 2010, 367 p. -) Docteur en histoire et ancien chef du musée de l’armée, son ouvrage est une intéressante synthèse .
Et enfin une thèse monumentale qu’on peut encore trouver dans les bibliothèques spécialisées:
-SERMAN (William), Le corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire: aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du XIXe siècle, thèse présentée devant l’université de Paris IV, Sous la dir. de Louis Girard, Lille, Service de reproduction des thèses, 1978, 3 volumes.

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Les officiers français sortis des Écoles dans le premier XIXE siècle: IV) Ecoles préparatoires et formation

L’étude des dossiers d’officiers permet de savoir si la personne qu’ils concernent a été préparée au concours d’entrée de Saint-Cyr. En effet, il faut un baccalauréat scientifique pour pouvoir y postuler (ce qui est un haut niveau d’étude à l’époque) car les Sciences importent. Pourtant leur étude commence tard à l’école en ce temps-là. Des préparations privées voient donc le jour et connaissent un essor important, allant jusqu’à se concurrencer entre elles. Leur coût va jusqu’à 2000 francs par an. C’est-à-dire prohibitif pour la plupart des « prétendants officiers ». Plusieurs familles bourgeoises consentent tout de même à ce sacrifice, vu comme un investissement. Pour contrebalancer ces écoles privées,  l’Université propose elle aussi ses formations, qui ont l’avantage d’être moins chères. Plusieurs familles en avaient les moyens, fût-ce au prix de sacrifices, comme la noblesse assez désargentée.

Saint-Cyr colporte ainsi  une réputation assez peu flatteuse durant le premier 19e siècle, et encore au-delà. Une fameuse chanson intitulée La galette, sur un air des Puritani de Bellini, en est le meilleur exemple (voir ci-dessous). Ladite galette est une contre-épaulette donnée aux plus mauvais élèves jusqu’en 1845 et dont l’arrêt provoqua la protestation, mise en chanson, des intéressés. C’est-à-dire que loin de prôner les vertus du travail et de la science, la plupart des officiers de la France des années 1820 à 1870 affichent un souverain mépris pour ceux-ci. Plus grave, « très peu s’intéressent aux questions de stratégique et de tactique » (Serman), ce qui peut paraître aberrant pour des militaires, militaires qui négligent aussi l’étude de l’Histoire! En fait, plus que leurs compétences dans ces domaines, on s’attache à ce qu’ils répondent avant tout à un comportement social d’un niveau élevé, et il n’est pas dans la politique de Saint-Cyr de favoriser l’éclosion intellectuelle. Le culte de la mémoire, et non de la réflexion, est roi : un officier est considéré comme sachant son métier s’il est capable de réciter par cœur les règlements, qui deviennent un peu plus obsolètes chaque année (leur armature remonte à 1791!), et de faire marcher un peloton. Ceux qui travaillent pour s’instruire sont, eux, des « crétins potasseurs » que l’on brime; « au contraire, il est de bon ton de figurer parmi les « officiers galettes » [les deux tiers environ de chaque promotion], ou, mieux encore, parmi les « fines galettes », les derniers de la promotion, les « vrais » qui ne doivent connaître que le maniement des armes » (Serman). Ainsi, les jeunes sous-lieutenants sortant de Saint-Cyr sont « à peine plus éclairés que leurs contemporains » pour ce qui est des choses militaires, et bien peu, par manque de goût, de temps et/ou de moyens, tentent de parfaire leur instruction une fois dans le service actif. De plus, la triche est un élément, certes combattu, mais indissociable des concours et entre 10 et 20 personnes les réussiraient ainsi chaque année…

Dans l’ensemble les notes des officiers sont donc moyennes voire mauvaises et le classement de sortie le reflète bien (il permet de choisir son affectation, suivant ses résultats). Toutefois, il ne faut pas résumer un homme à une place dans un classement, car de nombreux officiers mal placés, firent de belles carrières et des bien notés se révélèrent incapable de mener des hommes. On vient de le dire, les notes sont méprisées. Nous sommes loin de la Kriegsakademie  prussienne.

La galette, encore chantée tous les ans au Triomphe (voir photos de l’article précédent):

Bibliographie:

-GIRARDET (Raoul), La Société militaire de 1815 à nos jours, Paris, Plon, 1953. Ancien, mais toujours excellent et recommandé par les enseignants. Il donne une très bonne vision du climat qu’il y avait dans
l’armée durant la période qui nous intéresse aujourd’hui.
-ORTHOLAN (Henri, colonel), L’armée du Second Empire (1852-1870), Saint-Cloud, Soteca-Napoléon III, 2010, 367 p. -) Docteur en histoire et ancien chef du musée de l’armée, son ouvrage est une intéressante synthèse .
Et enfin une thèse monumentale qu’on peut encore trouver dans les bibliothèques spécialisées:
-SERMAN (William), Le corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire: aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du XIXe siècle, thèse présentée devant l’université de Paris IV, Sous la dir. de Louis Girard, Lille, Service de reproduction des thèses, 1978, 3 volumes.

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Les officiers français sortis des Écoles dans le premier XIXE siècle: III) Accession aux Écoles et bourses

Créées par la Révolution et l’Empire, Polytechnique et l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr forment donc des jeunes gens au métier d’officier : Artillerie et Génie pour la première (avec des Écoles d’application en sortie) et Infanterie et Cavalerie pour la seconde (même commentaire, notamment pour la cavalerie , à Saumur).  Dès le début, et ceci fut voulu par Napoléon, l’argent est un critère sélectif, critère accru par la Restauration et conservé par la Monarchie de Juillet. Cela va jusqu’à écarter des gens intelligents mais sans moyens et fait des bourses un véritable enjeu.
La fin du règne de Louis-Philippe et surtout la Deuxième République démocratisent un temps le recrutement, voulant briser le monopole de l’hérédité, des vieilles familles. Effectivement, jusqu’à la Monarchie de Juillet, le roi pouvait nommer directement des élèves officiers. Depuis la loi du 20 septembre 1832, la chose est désormais impossible et il faut réussir le concours d’entrée pour être admis (1). Le prix des études était tel et les dégrèvements officieux si nombreux (le propre père du maréchal Forey, qui a notamment commandé en chef au Mexique sous Napoléon III, ne pouvait payer la pension de son fils) qu’il est abaissé en 1840. Tout ceci est de courte durée car les autorités militaires du Second Empire, très conservatrices pour la plupart, ne voient pas l’évolution d’un bon œil et espèrent toujours attirer les fils de famille et les gens biens-nés au service armé, notamment car ils se font généralement remplacer (voir les vidéos et article sur la guerre de 1870 à ce sujet). Craignant aussi la trop grande importance des officiers issus du rang « les comités d’arme réclament avec insistance l’augmentation du nombre des Saint-Cyriens, seul moyen de relever le niveau d’instruction du corps des officiers » (W. Serman). Pour ceci, il aurait fallu accorder d’importants crédits supplémentaires à l’école, ce qui ne fut pas fait, les députés de 1830 à 1870 étant peu enclins à augmenter les dépenses militaires (le résultat est connu). Ainsi, malgré les demandes de la hiérarchie, les Écoles furent plus souvent en situation d’incomplet qu’autre chose !
Depuis 1840, le prix de la pension s’élève à 1000 francs par an à Saint-Cyr plus 500-600 francs de trousseau, et certains parlent de relever ces coûts pour les raisons de sélection qu’on a évoquées. Ces sommes sont très importantes puisqu’un sous-lieutenant d’infanterie de marine touche 1350 francs par an en 1847 et 1750 en 1868. L’attribution et le nombre des bourses fait l’objet d’un vrai débat pendant la Monarchie de Juillet et le Second Empire : d’abord peu nombreuses, elles s’accroissent jusqu’à 1/6e de l’effectif de Saint-Cyr sous Louis-Philippe mais en contrepartie, les bénéficiaires devront être reçus dans les deux premiers tiers de la promotion, comme à Polytechnique. Après des années de débat houleux, où l’on évoque notamment la gratuité pour tous à Saint-Cyr, les bourses deviennent illimitées « et leur attribution dépendra d’un avis délibéré en conseil par la municipalité de la commune où résident les parents des postulants »  (Serman). Cette décision fait craindre une trop grande démocratisation de l’accès aux Écoles. Le commandement a peur d’un déclassement du statut d’officier dû à l’arrivée d’enfants du peuple, effectivement plus nombreux, mais jamais majoritaires ; car, outre ces droits-là, il faut généralement passer par une école préparatoire pour pouvoir espérer être reçu au concours d’entrée de Saint-Cyr. Henri Ortholan affirme pourtant que 30 à 54% des élèves de Saint-Cyr sont boursiers sous le Second Empire, particulièrement après 1866 (in L’armée du Second Empire).

(1) Il faut un baccalauréat ès sciences pour se présenter, ce qui n’est pas donné à tout le monde à l’époque. Assez peu de gens vont jusqu’à ce niveau d’études.

Le maréchal Forey, un temps commandant en chef au Mexique (remplacé par Bazaine). Photo trouvée sur photo-arago.fr

Bibliographie:

-GIRARDET (Raoul), La Société militaire de 1815 à nos jours, Paris, Plon, 1953. Ancien, mais toujours excellent et recommandé par les enseignants. Il donne une très bonne vision du climat qu’il y avait dans
l’armée durant la période qui nous intéresse aujourd’hui.
-ORTHOLAN (Henri, colonel), L’armée du Second Empire (1852-1870), Saint-Cloud, Soteca-Napoléon III, 2010, 367 p. -) Docteur en histoire et ancien chef du musée de l’armée, son ouvrage est une intéressante synthèse .
Et enfin une thèse monumentale qu’on peut encore trouver dans les bibliothèques spécialisées:
-SERMAN (William), Le corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire: aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du XIXe siècle, thèse présentée devant l’université de Paris IV, Sous la dir. de Louis Girard, Lille, Service de reproduction des thèses, 1978, 3 volumes.

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Les officiers français sortis des Écoles dans le premier XIXE siècle: II) Les officiers sortis du rang (digression-résumé).

Étudions tout de même le cas du groupe le plus nombreux : les officiers ayant été auparavant sous-officiers. Sans cela, impossible de comprendre leur différence avec les autres. 

En effet, malgré l’existence des Écoles, la grande majorité des officiers sort du rang: « d’après le relevé des nominations insérées au Journal militaire officiel, 70.7% des 16012 sous-lieutenant d’infanterie promus de 1848 à 1870 sortent du rang et 29.3% des Écoles» (W. Serman).

Si les lois de 1818 et 1832 réservent aux sous-officiers un tiers des sous-lieutenances vacantes, elles ne précisent pourtant pas que les deux autres tiers doivent obligatoirement être accordés aux élèves des Écoles. Effectivement, celles-ci ne fournirent jamais un contingent annuel assez suffisant pour y pourvoir. Or, le principal problème dans la nomination des sous-officiers tient à leur instruction. Le  commandement fonde en fait sa « conception du recrutement des officiers par le rang sur la sélection d’une élite formée AVANT son entrée au service, non sur la promotion des humbles par la diffusion de l’enseignement dans la troupe » (W. Serman). Malgré les tentatives d’instruction par le biais des écoles régimentaires, au bilan mitigé, il faut attendre la IIIe République pour que des écoles forment les sous-officiers à leur futur métier d’officier(à Saint-Maixent par exemple). En fait, la majorité des officiers sortis du rang sont issus de milieux modestes voire pauvres qui ne leur ont pas permis d’acquérir une instruction poussée ni de payer les coûts d’étude très importants à Saint-Cyr ou Polytechnique. Il faut bien sûr nuancer: certains marchands ou négociants devaient avoir une situation matérielle assez suffisante pour pouvoir instruire leur(s) enfant(s).
Pour le fameux général du Barail, personnalité militaire bien connue de son temps, et d’autres personnalités du milieu des armes, les officiers issus du rang n’ont de toute façon pas besoin de ladite instruction : les tâches administratives et le service quotidien, dont ont horreur les Saint-Cyriens, peuvent être assurées par eux de manière correcte. En contrepartie, ils dépassent plus rarement le grade de capitaine. Toutefois, l’espérance de l’épaulette, on l’a dit, maintient beaucoup d’hommes sous les drapeaux et favorise une émulation entre les soldats du rang et les sous-officiers. Beaucoup de ces officiers anciens engagés volontaires sont entrés dans l’armée également car la pauvreté était leur quotidien, surtout dans les classes populaires. Devenir officier est également une vraie promotion sociale pour ces enfants du peuple, ce que n’aiment pas plusieurs hauts gradés : « l’aristocratie militaire redoute que la promotion des enfants des classes populaires nuise au prestige social du corps des officiers bien plus qu’à sa valeur technique » rappelle W. Serman. Difficile de briller dans les salons par ses manières et son éducation lorsque l’on est le fils d’un maréchal-ferrant ou d’un tonnelier,  beaucoup moins lorsque l’on est baron et que l’on sort de Saint-Cyr! La honte de leurs origines modestes touche assez les hommes pour qu’ils prennent la particule ou modifient leur nom, notamment à l’aide de complicités locales.

Il faut revenir sur les enfants de troupe et/ou fils d’officiers, qui sont assez présents à l’époque. Les premiers sont présents à raison d’un par compagnie (une centaine d’hommes, commandée par un capitaine) et sont « choisis parmi les enfants légitimes des sous- officiers, caporaux et soldats présents au corps ou retirés du service, des officiers décédés, en activité ou retraités » (W. Serman)Admis parfois dès l’âge de deux ans, ils servent comme tambours, clairons ou ouvriers. N’ayant connu que la vie militaire, ils s’engagent généralement, dès l’âge de 17 ans. Toutefois, trop employés aux tâches qu’on a décrites pendant leur prime jeunesse, ils sont généralement mal instruits et le contact permanent avec la troupe ne constitue pas un climat propice à une bonne éducation. Les chefs les considèrent donc plutôt mal et leurs carrières ne sont pas parmi les plus brillantes. Or l’autorecrutement est en baisse durant la période : de nombreux fils de militaires ne désirent pas suivre la carrière de leur père ou s’engagent par manque d’argent, même si l’État, désireux d’entretenir des lignées militaires, gage de qualité selon lui, facilite leur carrière. Ceux qui s’engagent le font aussi par habitude de la société militaire (côtoiement qui peut aussi se terminer en rejet de celle-ci) et espoir d’avancement plus rapide. Toutefois, ils ont rarement les moyens et/ou les aides pour rentrer dans les écoles et sortent presque tous du rang, ou ont justement été enfants de troupe. On ne parle pas là des fils de généraux, aux cas différent…

Les autres officiers sont donc issus des Écoles et diffèrent généralement de par leur origine et leur situation de leurs camarades sortis du rang. On y voit être concentrés les propriétaires, les nobles, les riches négociants et capitaines de navire. Mais aussi des fils de gendarmes, de maçons (c’est à dire entrepreneurs) ou d’artisans, signe d’une relative ouverture des Écoles à une population plus large.
Saint-Cyr, par la Musique principale de l’Armée de Terre. J’aurai l’occasion de revenir sur cette marche…

Bibliographie:

-GIRARDET (Raoul), La Société militaire de 1815 à nos jours, Paris, Plon, 1953. Ancien, mais toujours excellent et recommandé par les enseignants. Il donne une très bonne vision du climat qu’il y avait dans
l’armée durant la période qui nous intéresse aujourd’hui.
-ORTHOLAN (Henri, colonel), L’armée du Second Empire (1852-1870), Saint-Cloud, Soteca-Napoléon III, 2010, 367 p. -) Docteur en histoire et ancien chef du musée de l’armée, son ouvrage est une intéressante synthèse .
Et enfin une thèse monumentale qu’on peut encore trouver dans les bibliothèques spécialisées:
-SERMAN (William), Le corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire: aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du XIXe siècle, thèse présentée devant l’université de Paris IV, Sous la dir. de Louis Girard, Lille, Service de reproduction des thèses, 1978, 3 volumes.

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Les officiers français sortis des Écoles dans le premier XIXE siècle: I) Introduction.

Nous allons à présent parler des officiers formés à Saint-Cyr et Polytechnique (surtout Saint-Cyr) dans la première moitié du XIXe siècle. Ce premier passage se veut général et introductif.

Il faut avant tout savoir que le recrutement des officiers se fait de deux manières dans la France de l’époque, et toujours actuellement. Si la Révolution avait nommé tous ses officiers par promotion interne, c’est à dire qu’ils sortaient du rang, l’Empire recréa des Écoles militaires (Napoléon lui-même en était issu)  destinées à fournir des cadres à l’armée. Cette dualité, confirmée par les lois Soult et Gouvion Saint-Cyr de 1818 et 1832, ne fut pas sans poser problème car elle portait en elle des éléments contradictoires pour les classes dirigeantes. Il fallut concilier leur idéal aristocratique d’un corps d’officiers éduqué, policé et« les notions de mérite et de capacité que les besoins de l’armée et la pression sociologique semblent imposer aux hommes de pratique, plus soucieux du possible que du souhaitable » (William Serman). Le système est critiqué de 1818 à 1870 car, en dépit des déclarations officielles, la naissance et l’instruction permise par l’argent permettent toujours à certaines catégories d’effectuer de meilleures carrières, notamment en passant par Saint-Cyr et Polytechnique, institutions très chères (nous y reviendrons). Alors que franchir un à un les grades depuis le bas de l’échelle est long. Nombre de hauts-gradés considèrent également que tout le monde ne peut être officier, notamment au regard de l’éducation et des manières. C’est, selon William Serman, la « coexistence de l’égalité des droits [tout le monde peut en théorie devenir officier] et de l’inégalité des chances [malgré cela certains y arrivent toujours mieux que d’autres]. »

Le siège de l’ESM Saint-Cyr (près de Versailles) de 1808 à 1940,aujourd’hui Lycée militaire.

Bibliographie:

-GIRARDET (Raoul), La Société militaire de 1815 à nos jours, Paris, Plon, 1953. Ancien, mais toujours excellent et recommandé par les enseignants. Il donne une très bonne vision du climat qu’il y avait dans
l’armée durant la période qui nous intéresse aujourd’hui.
-ORTHOLAN (Henri, colonel), L’armée du Second Empire (1852-1870), Saint-Cloud, Soteca-Napoléon III, 2010, 367 p. -) Docteur en histoire et ancien chef du musée de l’armée, son ouvrage est une intéressante synthèse .
Et enfin une thèse monumentale qu’on peut encore trouver dans les bibliothèques spécialisées:
-SERMAN (William), Le corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire: aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du XIXe siècle, thèse présentée devant l’université de Paris IV, Sous la dir. de Louis Girard, Lille, Service de reproduction des thèses, 1978, 3 volumes.

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