Archives de Tag: Première Guerre mondiale

Les arditi italiens: II) Au combat

Tout d’abord vous voudrez bien m’excuser: j’ai commencé un dossier sur la piraterie antique sans finir de parler des arditi…. Reprenons donc ce que je disais plus bas.

Engagement des arditi au feu:

Souvenons-nous de ce qui a été dit: ces unités ont été mises en place assez tardivement en Italie et elles ont bénéficié d’un traitement particulier. Leurs premiers combats ont donc lieu à l’été 1917 et sont d’abord de francs succès: sans préparation d’artillerie, jouant sur la surprise, ils s’enfoncent profondément dans les lignes austro-hongroises. Ceci  décide le haut-commandement italien à créer une vingtaine de nouveaux détachements d’assaut.

Pourtant, après le désastre de Caporetto (voir plus bas), ils sont utilisés comme le reste de l’armée, l’urgence étant à l’arrêt des forces adverses, et leur histoire est noyée dans la bataille d’arrêt qui suit la grande débâcle. Peu à peu réorganisés, ils sont 26 détachements de 600 hommes en Italie même (ainsi que deux en France) à l’été 1918. Tenus en réserve on les utilise dans les actions locales où il faut bloquer une percée ennemie, ou créer une brèche dans un point de la ligne austro-hongroise près de rompre.

A la fin de la guerre, quand l’Italie reprend l’initiative, leur caractéristiques sont à nouveau oubliées, et ils sont engagés comme d’autres troupes, ce qui se traduit par de lourdes pertes (voir paragraphe suivant). Finalement, ils sont dissous à la fin de la guerre, leur héritage perdu pour l’armée, et leur action glisse dans les esprits vers le mythe, notamment chez les futurs maîtres de l’Italie, obnubilés par le culte de la force.

Le chant des arditi. L’air et la symbolique de ces troupes (flammes noires, poignards) ont été repris par le totalitarisme italien. Attention, donc. 

Bilan de leur action: 

Car au final, on parle de troupes très légèrement équipées, splendides dans le coup de main surprise, dans les actions brèves et très locales… Mais qui sont loin d’être parfaites: leur manque d’équipement lourd fit qu’ils furent incapables d’exploiter leurs percées, et qu’ils allaient trop vite pour le reste de l’armée. Très souvent, exposés seuls, aux contre-attaques austro-hongroises, ils se révélèrent incapables de tenir le terrain conquis.

De plus, on a vu qu’ils furent employés à plusieurs reprises comme de l’infanterie « normale », ce qui constitua une grave erreur car leurs missions et potentialités n’étaient pas les mêmes et les pertes furent, alors, effroyables. Ces hommes, redoutables, étaient d’un emploi délicat, ce que ne prirent pas assez en compte leurs chefs. Néanmoins ils demeurent très appréciés dans la mémoire italienne de la Première Guerre mondiale, sensible à leur allant, à leur réputation de « gros durs » et à leurs coups d’éclat en partie réels. 

Trois arditi, on notera les mousquetons (version courte du fusil), les pulls, les poignards… Et l’allure générale de ces hommes.

Bibliographie:

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

Les courageux pourront aussi lire:

-ROCHAT (Giorgio), Gli arditi della Grande Guerra: origini, battaglie e miti, Gorizia, LEG, 2006, 251 p.

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L’article sur Caporetto:

http://www.wargamer.fr/la-bataille-de-caporetto-a-travers-to-end-all-wars/

L’Italie et 1915-1918 : II) L’armée italienne en 1915, plans et préparatifs

La suite du dossier est là. Vous saurez tout (ou presque) sur l’état de l’armée italienne en 1915, sur ses préparatifs, son commandement et ses plans !

Sanctuaire d'Udine.

Sanctuaire d’Udine (détail).

Bibliographie utilisée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive): 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français , et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Les arditi italiens : I) Origines et formation.

Introduction: 

En parallèle des vidéos sur l’Italie dans la Première Guerre mondiale, je vous propose ici des articles sur certains détails intéressants de la botte dans le conflit. Parlons donc cette fois-ci d’une unité d’élite : les arditi. Équivalent plus ou moins proche d’unités d’assaut plus connues comme les Sturmtruppen et Stosstruppen austro-hongrois et allemands, ces troupes de choc furent essentiellement employées en 1917-1918 avec des résultats divers, et souvent auréolés d’un mythe qui obscurcit la réalité. 

Les origines:

Naissent d’un constat: percer le front continu de la guerre des tranchées est une opération complexe et qui hante les commandements pendant les années que dure le premier conflit mondial. Outre la concentration de plus en plus massive de moyens humains et matériels (notamment l’aviation et l’artillerie), on voit naître peu à peu des troupes spécialisées car les solutions précédemment citées ne suffisent pas. Celles-ci doivent permettre, par leur entraînement et leur allant, de créer la différence sur des points précis du champ de bataille, et au final de l’emporter. C’est le cas des arditi italiens.

Ainsi, à l’été 1917, un groupe d’assaut d’un bon millier de soldats est formé au sein de la IIe armée. On a choisi parmi les meilleurs des hommes. Les plus endurants, les plus coriaces, et on les a au préalable rassemblés pour les entraîner à leur nouvelle tâche.

Arditi en 1918. Photo trouvée sur wikipédia. Notez les poignards brandis.

 

Qu’est-ce qui les différencie encore des autres hommes ? Plusieurs choses: on leur a donné un entraînement spécial, à base de gymnastique intense, de corps à corps (ils reçoivent un poignard caractéristique, le pugnale), d’exercices de tir en conditions réalistes et avec beaucoup de munitions… On leur a fourni des grenades en nombre et on leur a enseigné la confiance en eux. Quant à leur équipement, il va être léger, pour ne pas les ralentir dans leurs futurs assauts. Même l’uniforme a été revu, pour qu’il soit plus pratique à porter au feu: et il arbore des flammes noires, propres à ces nouvelles formations, pour renforcer leur cohésion. Enfin, ces hommes reçoivent une meilleure solde, des avantages en terme de permissions et de discipline.

Dès avant le test du combat, ces choix, ces mois de préparation ont forgé un outil à l’esprit de corps certain, adapté aux gestes offensifs et rapides. Nous verrons la prochaine fois quels furent les résultats. 

Bibliographie: 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

Les courageux pourront aussi lire:

-ROCHAT (Giorgio), Gli arditi della Grande Guerra: origini, battaglie e miti, Gorizia, LEG, 2006, 251 p.

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L’Italie et la Première Guerre mondiale: I) Introduction

24 mai 2015 ! Je publie tout naturellement, en ce jour du centenaire de l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Entente, cette première vidéo d’un dossier consacré à cette facette trop peu connue du conflit. Déclenché le 23 mai au soir, le conflit va durer pour l’Italie jusqu’au 4 novembre 1918, dans de difficiles conditions que je vais aborder.

Une du « Corriere della sera » du 24 mai 1915.

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Mon article dans le 2e guerre mondiale d’avril-mai sur l’armée belge est encore en kiosque : pages 56-68.

Bibliographie (qui n’a pas pour but d’être exhaustive): 

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

En français  et pour voir d’autres aspects, notamment le long terme:

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine (1770-1922), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

Le Frioul et la mémoire de la Première Guerre mondiale en Italie (1915-1918)

Pour moi aussi ce sont les vacances, d’où mes passages moins fréquents en ce moment. Avant de terminer (promis) ce qui a été commencé sur l’époque napoléonienne, quelques photos des lieux de mémoire italiens en Frioul.

En effet, c’est ici que se déroula l’essentiel des combats de 1915-1918, front trop peu connu de ce côté-ci des Alpes et dont nous allons fêter le centenaire cette année (24 mai 1915). Les Italiens laissèrent tout de même 600.000 hommes sur le terrain dans des conditions de combat difficiles (montagnes…), contre un adversaire coriace. On parle là des batailles de l’Isonzo, dont Caporetto, de Vittorio Veneto etc.

Ce bilan particulièrement lourd pour l’Italie explique la création de grands cimetières militaires sous le régime fasciste. En effet, Mussolini, avant et après avoir pris le pouvoir, exploita largement la mémoire du premier conflit mondial, tout en rendant hommage aux victimes. Monumentalité de l’époque oblige, ils sont encore parmi les plus grands au monde actuellement et sont assez écrasants pour le visiteur. Je vous conseille de les visiter et de faire les musées militaires attenants, notamment ceux bien fournis de Gorizia et de Re di Puglia.

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Le sanctuaire d’Oslavia, à deux pas de la Slovénie.

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Détail.

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Ici reposent 12000 inconnus.

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Re di Puglia… Rendez-vous compte de l’étendue !

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Écrasant… Détail de l’escalier: « Présent, présent, présent »… Avec les noms des tués.

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Détail.

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Monument d’Udine.

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En entier.

 

 

Pour en savoir plus, une chanson très célèbre en Italie sur la Première Guerre mondiale. D’une rare force.

Mon dernier article sur Caporetto :

http://www.wargamer.fr/la-bataille-de-caporetto-a-travers-to-end-all-wars/

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Mon article dans le 2e guerre mondiale d’avril-mai sur l’armée belge -en kiosque le 8: page 56-68.

1914-1918 en exposition à Liège

Quelques photos de deux grandes expositions sur 1914-1918 à Liège, ville frappée de plein fouet dès le début de la guerre. Monumentales et intéressantes, je reproche toutefois à la première d’apporter énormément d’objets sans rien expliquer dessus. Le billet permet de faire les deux. A voir tout de même!

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Modèle de pistolet ayant tué François-Ferdinand. Fabrication belge (FN Herstal).

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Objets belges de 14-18, dont une pipe à l’effigie d’Albert 1er.

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Soldat Ecossais.

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Torpille de U-Boot allemand.

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Pas besoin de légende!

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Reproduction d’un bout du mur électrifié édifié entre la Belgique et les Pays-Bas, pour empêcher les contacts. Plus de 500 personnes moururent sur ce mur.

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Uniforme russe.

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FM Madsen, l’un des premiers au monde. D’origine danoise, il fut adopté par l’armée belge.

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MG08 allemande, une terreur des champs de bataille.

Plus de photos:

https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10203935686225137.1073741873.1611470780&type=1&l=0f50cf73a9

Le site de l’expo:

http://www.liegeexpo14-18.be/expo14-18/index.php/fr/

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« The footballer of Loos »: une anecdote historique (1915).

La tête vidée des horreurs du concours (ne riez pas! Les sujets en partie faux etc., je m’en serai bien passé), reprenons doucement, avec une petite anecdote de la Première Guerre mondiale. Son centenaire approchant à grands, pas, j’en parlerai en effet de plus en plus jusqu’en 2018 (j’ai bien l’intention d’être encore présent avec ce site à cette date!)…

L’Artois et la Champagne: 

Nous sommes donc en septembre 1915. L’Artois et la Champagne s’embrasent, dans la tentative des armées de l’Entente de repousser l’adversaire allemand de la terre de France, terre de France où se battent avec courage de nombreux soldats venant des îles britanniques. Le maréchal French, commandant ces hommes, est alors persuadé qu’il peut l’emporter en utilisant cette nouvelle et terrible arme qu’est le gaz de combat. Il dispose de 60000 hommes répartis en six divisions, sous le commandement de Douglas Haig. En face, un peu moins de la moitié de cet effectif, mais retranché.

La bataille, dont le détail nous importe ici peu, est un demi-succès: les Britanniques ont manqué de munitions pour leur préparation d’artillerie, le gaz moutarde utilisé est en partie revenu sur leur tranchées avec le vent et, si l’objectif (la ville de Loos) est pris, la percée initiale ne put être exploitée. Après quelques jours de combat, les troupes de sa majesté doivent revenir sur leur point de départ.

Frank Edwards. 

Le héros de cette histoire est alors soldat au London Irish Rifles, partie de l’unité de réserve qu’est le London Regiment. Son régiment participa à la majorité des grandes actions de cette guerre, dont la bataille de Loos, volet local de la grande bataille de l’Artois. Or, Edwards est aussi capitaine de l’équipe de Football de son bataillon et pour galvaniser ses hommes, les entraîner en avant, le sous-officier les mène au combat avec son ballon! Imperturbable, il tape dedans en plein no man’s land et son calme stoïcien inspire les soldats qui avancent à ses côtés. Portés par leur élan,ils emportent la ligne adverse et sont décorés pour cette action incroyable. De plus Edwards survit à la bataille et à la guerre. Le ballon est toujours conservé au Royaume-Uni de nos jours et l’événement commémoré tous les ans.

Quand un gradé se rit de la mort, il peut entraîner ses hommes où il le souhaite…

 Bibliographie:

-MURPHY (David) et EMBLETON (Gerry), Irish Regiments in the World Wars, Osprey publishing, Oxford, 2007, 64 p.

Pour en savoir plus (en anglais):

http://www.twickenham-museum.org.uk/detail.asp?ContentID=358

Lady Butler, grande peintre historique (voyez absolument ses tableaux sur Waterloo), a immortalisé l’événement dans la toile que voilà. Crédit photo: dailymail.co.uk/ London Irish Rifles Association

 

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Rommel durant la Première Guerre mondiale.

I) 1914-1916

Le « Renard du désert » est surtout connu pour son action en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais il faut aussi se souvenir que, comme bon nombre d’officiers supérieurs et généraux de ce conflit, sa carrière de militaire a commencé bien avant 1939. En l’occurrence au début du 20e siècle.

D’origine Souabe, d’une famille non-noble et ne comportant pas de glorieux ancêtres militaires (ce qui est un frein considérable à l’époque) , Erwin Rommel est entré au 124e Infanterie-Regiment en 1910. Il y est sous-lieutenant au moment ou la guerre éclate. L’Allemagne est alors plus une fédération d’états dirigés par la Prusse (dont le roi est aussi Empereur d’Allemagne) qu’autre chose, et les structures d’avant 1871 gardent une certaine autonomie au sein de cet ensemble. L’unité de Rommel, elle, fait donc partie du XIIIe corps du royaume de Wurtemberg. Avec la 5e armée impériale dont il fait partie, ce corps doit, selon le fameux plan Schlieffen, trouver la voie à travers la défense française en passant par la Belgique, puis, se rabattre vers l’est et prendre entre le marteau et l’enclume les forces ennemies massées le long de la frontière et attirées en Alsace-Lorraine.

Dès le 22 août 1914 Rommel, alors fatigué par des désordres digestifs, est en reconnaissance vers Longwy, ville française proche de la frontière. Son peloton s’introduit dans un village. Avec trois hommes seulement, il part en reconnaissance avancée et tombe sur une vingtaine de soldats français plus occupés à faire du café qu’à patrouiller. Bien qu’en infériorité numérique flagrante, Erwin ordonne d’ouvrir le feu!

Pour son baptême de guerre, il pratique donc déjà des éléments qui le suivirent toute sa carrière:
-Attaquer l’ennemi en état d’impréparation, même avec des forces moindres pour profiter de l’effet de surprise
-Ouvrir le feu en premier sur lui pour des raisons psychologiques.
-S’imposer par une présence au plus fort des combats, aux côtés de ses hommes.
-Obéir à une hardiesse qui frôle voire embrasse la témérité (ce qui n’est pas sans prendre de gros risques, comme la guerre du désert le montra).

Son fol courage paie, puisqu’avec ses hommes, il blesse et tue presque la moitié des Français avant de rejoindre son peloton pour poursuivre l’attaque, qui est malmenée par la résistance française. Épuisé, il perd d’ailleurs connaissance. Tout au long de cette année 1914 il « récidive » et acquiert un début de réputation, ses chefs se remettant à lui pour les missions dangereuses où le coup d’oeil et l’initiative font souvent la différence. Il grimpe bientôt dans l’ordre de la Croix de Fer pour ses actions (2e puis 1ère classe), qui se poursuivent en Argonne en 1915. Devenu lieutenant en septembre de cette année, il est retiré un temps du front pour rejoindre une unité d’élite en phase finale d’organisation et de formation: le bataillon royal de montagne du Wurtemberg. Celui-ci s’entraîne alors sur les cimes autrichiennes de l’Arlberg et rejoint les Vosges en décembre. Y étant plutôt inactif, il est expédié dans les Carpates en 1916, la Roumanie s’étant déclarée du côté allié et ayant bousculé les forces austro-hongroises majoritairement déployées en Russie ou en Italie.

Contrairement à l’ouest et ses tranchées, ce front est plus mobile et Rommel s’initie à cette nouvelle réalité avec succès. Son unité est souvent engagée et il mène des actions audacieuses voire franchement culottées à plus de 1500 mètres d’altitude, dans des conditions climatiques dures (à la fois pour les hommes, les animaux et le matériel). Ses troupes d’assaut parviennent plusieurs fois à pénétrer en profondeur le dispositif ennemi et y semer la panique, technique qu’il réitéra en 1940 avec sa 7e panzer. Quant 1917 débute, il est toujours sur ce front.

Rommel et un camarade durant la Première Guerre.

 

II) 1917-1918:

Rommel passe la majeure partie de l’année 1917 sur ce front des Carpates où son unité se distingue à nouveau plusieurs fois, étant même citée à l’ordre de l’armée impériale.

A la fin du mois de septembre l’Alpenkorps dont il fait partie est envoyé sur un autre front, beaucoup plus difficile: les Alpes Juliennes. L’Autriche-Hongrie s’y bat contre l’Italie depuis 1915. Les pertes sont très lourdes des deux côtés, dans une guerre à des milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer. Malgré leur défense, les forces des Habsbourg y sont peu à peu repoussés au cours des nombreuses batailles de l’Isonzo (un fleuve stratégique) et, en août 1917, le front menace de craquer. Vienne demande donc de l’aide à Berlin, qui envoie sept divisions en Italie. Le 24 octobre, ces troupes fraîches passent à l’offensive contre un ennemi épuisé par les combats, c’est le début de la bataille de Caporetto, si funeste aux Italiens.

Rommel manoeuvre auprès de ses supérieurs pour avoir une action qui lui est propre, et il réussit (il devait à la base former l’arrière-garde des Bavarois, ce qui ne lui plaisait guère). Il mène une infiltration nuitamment, surprenant avec succès les troupes italiennes. A tel point qu’il rompt le front et capture des milliers de prisonniers dont des soldats d’élite, les Bersaglieri. Les austro-allemands s’approchent alors du mont Matajur, clé de voûte de la défense italienne dans le secteur et culminant à 1700 mètres. Le 26 octobre, Rommel emmène ses hommes en marche forcée et débouche sur les arrières des Italiens de laSalerno. Pris par surprise, ayant un moral déjà bas, ils se rendent par milliers et le mont tombe quasiment sans un coup de feu.

La déroute s’empare du camp italien et Rommel continue ses actions d’éclat: à Longarone, au delà du fleuve Isonzo, il capture 8000 hommes en laissant seulement 13 hommes et un officier sur le terrain! L’Italie, aidée de la France eut du mal à stabiliser la situation. Le 18 décembre, après plusieurs espoirs avortés, il est décoré de la croix Pour le mérite. Créée par Frédéric II, elle est très rarement accordée et « surpasse » la croix de fer. Elle n’a d’ailleurs pas de « traduction » en Allemand, vous verrez toujours Pour le mérite en Français. C’est un honneur immense dont il fut fier toute sa vie.

Il passe la fin de la guerre, à sa grande déception, à l’état-major du 64e corps d’armée, basé à Colmar. La théorie l’ennuie. et il ronge son frein Il est tout de même promu capitaine en octobre 1918, et l’armistice met fin aux combats le 11 novembre. Il rejoint son régiment d’origine le 21 décembre 1918. La guerre a été bien remplie pour lui…

Combats sur le mont Matajur

Source: Benoît Lemay, Erwin Rommel, Paris, Perrin, 2009, 518 p.

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