Archives de Tag: Robert Bruce

William Wallace, le personnage et son mythe : VI) Bilan et postérité

Bilan des actions de William Wallace

Au final, « l’épopée » de Wallace n’eut pas d’immenses conséquences dans la route de l’Ecosse vers l’indépendance. Ses succès, parfois retentissants, n’ont été que de très courte durée et il n’a pas su unifier derrière lui une société profondément divisée et même marquée par une guerre civile, on l’a vu. La victoire finale ne vint qu’après et est surtout l’oeuvre de Robert Bruce. Comme l’écrit Michel Duchein à son sujet: « Robert Bruce n’était pas Wallace. Dans ses veines coulait le sang royal et il avait, en tant que grand seigneur, quantité de vassaux et de fidèles prêts à le suivre. » (op. cit. p. 147).

Wallace ne fut « qu’un » chef de guerre, doué, qui put rassembler, il est vrai, de nombreux partisans à certains moments malgré sa basse extraction, gagner d’importantes victoires. Toutefois elles restèrent sans lendemain et ses actions furent accompagnées de grandes violences, et mêmes d’actes cruels vis-à-vis de ses ennemis anglais. Pourquoi est-il donc resté si célèbre ? Tout d’abord car dès l’époque, sa mise à mort particulièrement atroce et longue a suscité beaucoup de sympathie et de compassion pour lui, au point d’en oublier ses aspects les moins reluisants. De plus, il a été redécouvert à la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle, époque où l’Ecosse redécouvre son passé, y compris grâce à la reine Victoria, mais souvent en le fantasmant. Les écrits de Walter Scott, les poésies de Robert Burns et les immenses monuments dont vous avez pu voir quelques photos ont fait beaucoup pour fixer dans les mémoires certains épisodes de l’histoire écossaise.

Enfin, le film de 1996 dont il va être question un peu plus loin a ramené sur le devant de la scène ce personnage, en lui faisant endosser un rôle beaucoup plus important qu’il ne le fut en réalité. Le bon côté est que cela a donné envie à beaucoup de gens de s’intéresser à cette époque… Et le moins bon est que cette production est hélas de « valeur historique à peu près nulle » (Michel Duchein, op. cit. p. 144). Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas la regarder, loin de là, mais être conscient qu’elle est tout sauf proche des événements qui se sont réellement déroulés.

Statue de Robert Bruce, Stirling. Photo de l’auteur (2016)

Monument à William Wallace. Erigé en 1869 à Stirling. Plus d’informations: https://www.nationalwallacemonument.com/francais/ Photo de l’auteur, 2016.

Film et réalité, fiction et histoire 

On l’a donc vu, le William Wallace historique est assez loin de l’image qu’en donne le cinéma américain. Si les Écossais ont alors une réelle prise de conscience de leur identité, ils ne sont pas non plus animés d’un nationalisme tel que le montre le film, plus proche des réalités étasuniennes d’aujourd’hui que du Moyen-Age. On notera tout de même que l’année 1320 voit être produite la déclaration d’Arbroath, texte fondateur qui est une farouche déclaration d’indépendance écossaise. Or, fait significatif, si elle répète toutes les avanies réelles ou supposées perpétrées par les rois d’Angleterre, elle ne cite justement pas Wallace (ni Baillol et toutes les compromissions des seigneurs écossais avec l’Angleterre) !

De plus, Mel Gibson lui prête même une relation avec l’épouse d’Edouard II d’Angleterre, incarnée par Sophie Marceau. Sans doute est-ce issu d’une volonté, louable, de donner de la consistance à un personnage féminin, dans une histoire qui n’en comporte que peu. Hélas, outre des erreurs de date, c’est tout sauf historique:  rien ne se produisit entre eux, qui ne se rencontrèrent pas…

Enfin, le personnage de Robert Bruce est clairement caricatural dans le film. Si l’on a vu ses incohérences et sa soif de pouvoir, son attitude pro-anglaise durant une partie de sa vie, il est rendu plutôt lâche voire traître à Wallace dans le film. D’ailleurs, ses relations avec celui-ci son assez mal connues, et c’est bel et bien lui qui devient souverain d’Ecosse et sécurise son indépendance après la grande victoire de Bannocknurn en 1314, soit des années après l’exécution du vainqueur de Stirling (1305).

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

Liens: 

La page Facebook du site : ici . Déjà 453 abonnés !

Mes vidéos d’histoire sur Youtube:  La chaîne . Déjà 1671 abonnés !

Mes articles pour la Gazette du wargamer 

La page Tipeee : https://www.tipeee.com/antre-du-stratege

Publicités

William Wallace, le personnage et son mythe : V) La capture et la mise à mort

Les conséquences de la guerre civile écossaise

On l’a vu précédemment, les chefs écossais se trouvent être incapables de s’entendre entre eux, malgré la mise au point d’une structure de commandement plutôt unifiée. Leurs divisions qui tournent à la guerre civile sont une catastrophe pour leur cause, d’autant plus que le roi d’Angleterre, qui a signé un traité de paix avec la France en 1303 n’a plus de combats à mener sur le continent. Très vite, il peut à nouveau porter ses efforts vers le nord.

Le château de Stirling, haut-lieu de la résistance à Edouard 1er en 1304. Il a été modifié depuis… Photo de l’auteur (2016).

Le château de Stirling, haut-lieu de la résistance à Edouard 1er en 1304. Il a été modifié depuis… Photo de l’auteur (2016).

 

A l’été de cette même année, il franchit donc le Forth à la tête de son armée. Puis, il s’empare de toutes les villes qui lui résistent, dont le château de Stirling un an plus tard, ultime lieu de défense avant les hautes terres du Nord. Si la résistance écossaise a été réelle, elle n’a pas été unie et n’a pu empêcher Edouard d’être victorieux. Celui-ci, qui contrôle presque tout le territoire, ne souhaite pas que son autorité soit limitée à quelques places fortes comme auparavant. Il décide donc de proclamer une amnistie générale pour tous les Écossais qui se rallieraient à lui et cesseraient le combat.

Wallace est capturé, torturé et exécuté

Toutefois, Wallace est exclu de cette manœuvre et, ainsi ostracisé, rapidement abandonné par ses proches. La plupart des Écossais acceptent l’offre du roi d’Angleterre et il se retrouve seul. Il est finalement capturé à Glasgow et ramené en Angleterre pour y être jugé. Le procès est bien connu et les autorités anglaises souhaitent que le sort réservé au chef rebelle ait une valeur d’exemple, d’exemple particulièrement frappant qui dissuaderait de futurs candidats à la révolte.

Le château de Stirling, haut-lieu de la résistance à Edouard 1er en 1304. Il a été modifié depuis… Photo de l’auteur (2016).

Statue de William Wallace dans les rues de Stirling. Photo de l’auteur (2016).

Ainsi, la liste des faits qu’on lui reproche depuis ses premiers exploits est-elle bien longue et il est condamné à la peine capitale. Torturé de manière particulièrement atroce, il est finalement exécuté le 23 août 1305 à Londres. On le verra dans une ultime partie, à venir, sa fin poignante fit beaucoup pour sa renommée et il nous faudra faire un bilan, et analyser son apport à la résistance écossaise. Disons-le dès à présent: ce n’est pas lui qui libère durablement l’Ecosse, mais l’ambitieux Robert Bruce, dont on pourra reparler.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

Liens: 

La page Facebook du site : ici . Déjà 452 abonnés !

Mes vidéos d’histoire sur Youtube:  La chaîne . Déjà 1652 abonnés !

Mes articles pour la Gazette du wargamer 

La page Tipeee : https://www.tipeee.com/antre-du-stratege

William Wallace, le personnage et son mythe : IV) Le retour en Ecosse d’Edouard Ier

De Stirling à Falkirk 

On l’a dit précédemment: alerté par la tournure que prennent les événements, Edouard Ier revient à marche forcée en Ecosse, avec une forte armée. Rapidement, il occupe des places d’importance et reçoit l’aide de seigneurs écossais jaloux de Wallace. Celui-ci, qui tente d’échapper à la nasse qui se referme est accroché par les troupes du roi d’Angleterre, à Falkirk. La localité, située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Stirling est proche du Firth of Forth, l’estuaire du fleuve du même nom, et environnée de bois protecteurs.

Toutefois, plutôt que de s’y réfugier, le chef écossais décide de se mettre en position défensive et d’y attendre solidement les forces d’Edouard. L’été est torride et il dispose ses troupes en schiltrons, unités où les hommes sont très serrés et forment un rempart de lances difficile à attaquer. L’idée semble bonne, mais c’est sans compter la formidable archerie d’Edouard, qui affaiblit ces troupes très peu mobiles, avant que la cavalerie ne termine le massacre.

Falkirk est un désastre: l’armée de Wallace est totalement disloquée à la fin de la journée (22 juillet 1298) et il doit s’échapper pour éviter la capture. Le triomphe d’Edouard est total.

Statue de Robert Bruce au château d’Edimbourg. Photo de l’auteur (2016).

Edouard Ier semble l’emporter définitivement

D’autant plus que Wallace fuit pendant quelques années en France, sans que l’on puisse dire avec certitude, faute de documents, ce qu’il y fait. Il ne revient en Ecosse qu’à la charnière des années 1303-1304, et y reprend sa petite guerre contre l’occupant anglais, qui s’est solidement installé après la bataille vue plus haut… Sans que l’autorité d’Edouard rayonne beaucoup plus loin que le rayon d’action de ses garnisons, comme quelques années plus tôt.

La situation semble propice, d’autant plus que Wallace regroupe à nouveau des partisans, et une structure de commandement est formée, nommée « gardiens du royaume », sorte de régence agissant au nom de Jean Baillol, dont on a vu qu’il était un pion des Anglais. Elle remporte quelques succès, jusqu’à ce que Robert Bruce, qui en fait partie, la dénonce ouvertement, désirant le pouvoir pour lui-même.

Ces divisions intenses débouchent sur une guerre civile qui remet en cause l’efficacité de la lutte contre les Anglais et Edouard Ier paraît l’emporter définitivement.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

Liens: 

La page Facebook du site : ici . Déjà 451 abonnés !

Mes vidéos d’histoire sur Youtube:  La chaîne . Déjà 1631 abonnés !

Mes articles pour la Gazette du wargamer 

La page Tipeee : https://www.tipeee.com/antre-du-stratege

William Wallace, le personnage et son mythe : II) Ses débuts

Nous l’avions vu précédemment, le règne de Jean Baillol se termine mal pour l’Ecosse, à moitié conquise et vassalisée par l’Angleterre. Des garnisons anglaises sont installées dans la plupart des place-fortes du pays et des hommes du roi Edouard Ier se retrouvent aux postes-clé. Toutefois, dès le début, leur autorité ne rayonne guère au-delà de ces endroits et elle est remise en cause un peu partout. Les Anglais évoluent dans un milieu où la population est majoritairement hostile, même si des nobles décident de les soutenir par calcul politique. Comme toujours dans ces cas-là, seul un chef charismatique et à même de faire de ces mouvements disparates une résistance plus unie est nécessaire, c’est ce qui va arriver avec William Wallace.

Qui est William Wallace ? 

Avant tout, tout sauf un noble. On aurait pu penser que seul un puissant duc eût été capable d’unifier autour de sa personne des seigneurs récalcitrants, mais Wallace n’en est pas un. Le début de sa vie est obscur, mais on sait de manière à peu près certaine qu’il est originaire du comté d’Ayr et qu’il n’était pas très élevé dans l’échelle sociale. Sans que l’on sache très bien pourquoi, il tue le sheriff anglais de Lanark et doit fuir suite à cet acte. Peut-être les deux hommes étaient-ils en compétition pour obtenir les faveurs de la même femme ? Toujours est-il qu’il rejoint la forêt et groupe bientôt autour de lui des mécontents de toute sorte. Dès le mois de mai 1297, avec trente hommes, il défait la garnison de la ville. Ce combat est loin de passer inaperçu. 

Statue de William Wallace au château d’Edimbourg. Photo de l’auteur.

Un nom qui fédère

Rapidement, cette action le fait connaître dans toute l’Ecosse et l’on se rallie à lui. Fait intéressant, les nobles ne sont pas les derniers, ni certains ecclésiastiques comme l’évêque de Glasgow, qui appelle à la résistance contre les Anglais. Le fait peut être comparé avec l’Irlande, où l’Eglise fut beaucoup plus circonspecte à cet égard, même s’il ne faut pas faire de ce cas une généralité. Faute d’abord de moyens, Wallace mène une « petite guerre », c’est à dire du faible au fort, de guérilla. Il harcèle les lignes de communications anglaises, leurs garnisons, leur ravitaillement. Puis, notamment grâce au prélat cité, de grands noms se joignent à lui: James Stewart, puissant seigneur, et le fameux Robert Bruce dont la famille est en compétition pour le trône depuis la crise qui a précédé l’arrivée de Jean Baillol au pouvoir, avec l’ingérence anglaise que l’on a vue.

Ce dernier ralliement oriente la révolte dans une autre direction, notamment si l’on considère que Les Bruce avaient soutenu les Anglais jusque-là, pour s’attirer leurs bonnes grâces. Désormais, elle quitte le domaine de la guérilla pour devenir plus ouverte.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

Liens: 

La page Facebook du site : ici . Déjà 433 abonnés !

Mes vidéos d’histoire sur Youtube:  La chaîne . Déjà 1601 abonnés !

Mes articles pour la Gazette du wargamer 

La page Tipeee : https://www.tipeee.com/antre-du-stratege

%d blogueurs aiment cette page :