Archives de Tag: Rome

Musée des Carabiniers (Rome)

Avant de reprendre nos affaires écossaises, je vous propose la découverte du musée des Carabiniers, à Rome. A deux pas du Vatican et gratuit, cet établissement est très riche en objets et informations sur cette composante essentielle des forces armées italiennes. Inspirés par la gendarmerie française, ils remplissent d’importantes missions de sécurité en Italie et sur les théâtres d’opérations extérieurs où les troupes de la Botte interviennent. Ils furent aussi de toutes les guerres du Piémont-Sardaigne puis de l’Italie depuis leur création en 1814. Le site du musée:

http://www.carabinieri.it/arma/ieri/museo-storico

Photos de l’auteur

Dessin du premier uniforme des Carabiniers, 1814. Il s’agit de la petite tenue estivale (car il y en a d’autres !) pour les hommes à pied. Photo de l’auteur.

Vous remarquerez l’usage du français, encore important dans le royaume de Piémont-Sardaigne avant l’unité italienne. C’était la langue du parlement comme le rappelle l’historien italien Lucio Villari dans « Bella e perduta. L’Italia del Risorgimento ».

Différents fusils (2e moitié du XIXe siècle) utilisés par les carabiniers. Photo de l’auteur.

Un bronze en l’honneur des carabiniers qui se battirent pour l’unité italienne. Photo de l’auteur.

Revolver Glisenti « type lefaucheux » modèle 1861 utilisé par les carabiniers. Photo de l’auteur.

Revolver Bodeo modèle 1889 utilisé par les officiers des carabiniers, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale comprise pour certains. Photo de l’auteur.

1880, « La récidive » Photo de l’auteur.

Étonnante FIAT modèle 1915 « Villar Perosa », arme d’aviation (où de nombreux carabiniers s’illustrèrent comme pionniers) aussi utilisée en petit nombre au sol. Photo de l’auteur.

1917, la fanfare des carabiniers chez les alliés britanniques à Folkestone. Vous noterez les drapeaux. Photo de l’auteur.

14 juillet 1919, les troupes italiennes, dont des carabiniers, défilent sur les Champs-Elysées. Photo de l’auteur.

« La lettura », 1er août 1915 propose ce dessin des « Carabiniers dans la tranchée ». Il est l’oeuvre d’Achille Beltrame. Photo de l’auteur.

Vélo militaire 15-18, utilisé par les carabiniers notamment. Photo de l’auteur. Vous voudrez bien excuser l’extincteur.

Célèbre tableau de la charge de Pastrengo où s’illustrèrent les Carabiniers en 1848, lors des guerres risorgimentales. Photo de l’auteur. L’événement est quasi fondateur pour eux et est encore commémoré.

Autres articles sur le patrimoine militaire italien:

https://antredustratege.com/2015/05/01/le-frioul-et-la-memoire-de-la-premiere-guerre-mondiale-en-italie-1915-1918/

https://antredustratege.com/2015/05/16/le-musee-historique-et-naval-de-venise-en-images/

https://antredustratege.com/2017/04/24/museo-centrale-del-risorgimento-rome/

Liens: 

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Les Romains et l’Ecosse: IV) Bilan et conséquences

Terminons aujourd’hui ces lignes consacrées à la présence romaine en Ecosse. C’est désormais l’heure du bilan, voyons donc s’il est resté des traces de la culture latine au nord des murs d’Hadrien et d’Antonin.

Une présence très discontinue

A première vue le constat semble sans appel: contrairement à la Bretagne, l’Ecosse n’a jamais connu de présence romaine vraiment durable. Les Romains n’y ont construit aucune grande ville, leur langue ne s’est pas imposée et ils sont restés des étrangers. 

Bien sûr, lors de leurs campagnes et entre les deux murs, ils ont tout de même bâti d’importants camps militaires où des contacts commerciaux avec les indigènes qui s’installaient en marge (ces installations se nomment canabae en latin) avaient lieu. Ainsi, les archéologues y ont retrouvé des objets venant de Gaule et même d’Orient ! Les fouilles ont aussi livré des monnaies, des objets plus usuels, et même agricoles.

Tout ceci prouve que des échanges existaient et que les Caledonii et Pictii utilisèrent en partie des innovations de leurs adversaires. Nuançons tout de suite:  celles-ci ne touchèrent pratiquement pas le nord montagneux, au-delà du mur d’Antonin et connu par la suite sous le nom de Highlands, où les populations restèrent presque hors de portée de l’influence latine. 

Mais quelques marques restées durables

Néanmoins d’autres apports furent plus durables, telles les routes, que les Romains construisaient avant tout pour leurs forces armées. Certaines, surtout dans le sud, servirent jusqu’au Moyen-Age, et même jusqu’à l’époque moderne et le mot street encore utilisé en anglais de nos jours vient du latin strata (voie pavée). De plus, dans les bagages des soldats romains voyagea peut-être le christianisme. S’il n’y a pas de preuve formelle, les textes du début du Moyen-Age parlent d’églises chrétiennes dès le Ve siècle en Ecosse.

Enfin, on a vu que les Romains ne conquirent jamais le nord de l’Ecosse, fixant leur limite au mur d’Antonin, c’est à dire à la ligne Clyde-Forth, déjà citée. Ce faisant, ils installaient dans les mentalités une division restée d’actualité jusqu’à nos jours entre les deux grandes parties du pays, Highlands et LowlandsC’est sans doute l’une des conséquences les plus importantes, car les populations des deux ensembles n’évoluèrent pas tout à fait de la même façon: assez tôt le sud s’anglicisa et parla un dialecte issu de l’anglais, le Scots, et non plus le gaélique.

Conclusion

Pour résumer, nous parlons d’une terre incomplètement soumise, et où l’influence romaine fut limitée. En fait, c’est assez logique: l’effort qu’il aurait fallu consentir pour conquérir toute l’Ecosse sembla bien vite trop coûteux pour ces terres peu fertiles et peuplées de farouches guerriers, qu’on préféra isoler derrière des fortifications. D’où un héritage romain très mince, mais pas sans conséquences comme on vient de le voir.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

-Cours de licence.

 

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Les Romains et l’Ecosse, III) Les derniers siècles de l’Empire

L’expédition de Septime Sévère

Après Antonin, les difficultés s’accumulent pour l’empire romain. Les menaces se font plus pressantes sur ses frontières, et, pire, parfois contemporaines les unes des autres. Par exemple, Rome est parfois obligée de se défendre en même temps sur le Danube et en Orient, ce qui limite ses possibilités. A tel point que les historiens parlent de « terrible IIIe siècle » et/ou de « crise du IIIe siècle ». Par contre l’idée de « décadence de Rome » n’a pas vraiment d’assise scientifique.

En Bretagne, le mur d’Antonin joue son rôle à cette époque. Toutefois, Septime Sévère, empereur à poigne, décide lui aussi de mener une expédition au-delà de ses limites, pour punir les Calédoniens. En 209, il pousse donc assez loin au nord, peut-être plus qu’Agricola (voir article précédent). Avec ses fils il mène une campagne énergique, mais dont on a peu de témoignages. Ce qui est certain est que les Calédoniens sont un peu mieux connus des Romains, mais pas plus qu’avant, ils ne s’établissent définitivement en Ecosse. Deux ans plus tard, l’empereur est de retour en Bretagne et meurt à Eboracum, l’actuelle York.  Caracalla, qui lui succède, abandonne toute prétention sur l’Ecosse.

Aureus (pièce d’or) représentant Septime Sévère. Ses fils Caracalla et Géta sont présents, ils devaient régner conjointement mais le premier se débarrassa du second.

La Bretagne prise d’assaut

Après cette époque encore offensive, les Romains ne mènent plus guère d’action de cette envergure vers l’Ecosse et subissent de plus en plus d’attaques de la part des Calédoniens, peu à peu appelés Picti (« peints »), car ils s’enduisent le corps de guède. En 360 puis 364, ils poussent assez loin au sud et razzient la Bretagne. Rome a du mal à juguler ces attaques car, au même moment, les peuples venus d’Allemagne et du Danemark en attaquent les côtes, sans oublier les Irlandais qui font de même. Longtemps paisible, la Bretagne connaît à son tour les affres de la guerre.

Un retour offensif a lieu en 370: le général Théodose, père de l’empereur du même nom, parvient à repousser les Pictes au nord du mur d’Antonin, ainsi qu’il refoule les Irlandais et autres Danois hors de l’île. Ainsi, la présence romaine se perpétue jusqu’en 410, date à laquelle la Bretagne est définitivement abandonnée. L’empire d’occident craque de tous côtés et ne peut plus s’y maintenir. On le sait, le dernier empereur, qui n’avait plus de réels pouvoir, est déposé en 476.

Nous verrons la prochaine fois les conséquences de cette présence romaine en Ecosse.

Un cavalier romain combat les Pictes, oeuvre du IIe siècle visible au musée national d’Ecosse: http://www.nms.ac.uk/

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

-Cours de licence.

Sur le IIIe siècle en général, on peut lire le synthétique, quoique dense:

-CHRISTOL (Michel), L’Empire romain du IIIe siècle : Histoire politique, Paris, Errance, 2006 (2e ed), 288 p.

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Les Romains et l’Ecosse, II) Expéditions militaires et fortifications

On l’a dit, la Bretagne romaine s’arrêtait à peu près au nord de l’Angleterre actuelle et les peuples septentrionaux étaient mal connus des Romains. Cela n’empêcha pas des tentatives de conquêtes ou des expéditions punitives, ainsi que l’édification de murs restés célèbres, comme celui dit d’Hadrien. C’est ce que nous allons à présent voir.

A) Agricola

Après la conquête effectuée sous Claude, la Bretagne n’est pas la préoccupation première des Romains pendant un certain temps, et il faut attendre la fin des troubles suivant la mort de Néron pour voir de nouveaux projets être avancés. En effet, c’est Vespasien, vainqueur de la course à l’Empire après « l’année des quatre empereurs » de 69 qui décide de mettre fin aux raids des Caledonii  qui troublent la paix romaine.

Il envoie pour ce faire le célèbre général Agricola, dont les actes nous sont connus grâce à l’historien Tacite. Avec ses hommes, il pousse vers le nord dès 79, construit des forts et se bat contre les tribus celtes. Ces expéditions durent plusieurs années, avec des fortunes diverses: en 82, une légion, la IXe, est saignée lors de durs combats mais, l’année suivante, une grande victoire est remportée dans le nord de l’Ecosse, sans qu’on sache trop où. Ce qui est certain, c’est que la marine romaine a apporté son concours à cette campagne et poussé jusque dans la région de l’actuelle Aberdeen, soit très au nord. Plus tard, elle fit le tour de la Bretagne, et confirma que c’était bien une île.

Emplacement des deux murs. Carte tirée de la version britannique de wikipédia (si vous avez mieux…)

B) Hadrien et Antonin

Après cela, le calme revient pour plusieurs décennies. Les Romains se retirent vers le sud et renoncent à occuper toute l’île. L’empereur Hadrien, qui succède à Trajan, décide d’entériner cet état de fait par la construction d’un mur pour séparer la province de Bretagne du reste. Courant sur 130 kilomètres, il compte des tours et des forts à intervalles réguliers et des routes qui le longent permettent d’acheminer les troupes rapidement. Il est encore bien visible aujourd’hui. J’en profite pour rappeler que la zone-frontière romaine, nommée le limes est loin d’être toujours fortifiée comme on le lit trop souvent, notamment dans les manuels scolaires, ce mot étant abusivement traduit par « mur » dans bien des cas (voir plus bas) .

Toutefois, à peine achevé, il n’empêche pas des incursions ennemies et dès 139, Antonin, le successeur d’Hadrien, souhaite repousser la frontière défensive plus au nord. Ses hommes atteignent la ligne formée par les cours d’eau Clyde et Forth, emplacement stratégique, et y élèvent le « mur d’Antonin ». Etant donné l’étroitesse de la bande de terre à cet endroit, il est, sur le papier du moins, plus facile à défendre car il ne fait que 60 kilomètres environ, soit deux fois moins que le précédent. Là encore, il allie pierre et talus de terre, fossé côté ennemi et route côté romain, tours et camps à intervalles réguliers. Grâce à ces deux lignes, la région va connaître une longue période de paix et de prospérité.

Photo des vestiges du mur d’Hadrien. Ils restent nombreux.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

-Cours de licence.

On trouvera un récit de la vie d’Agricola par Tacite, cité plus haut, ici traduit par l’Université catholique de Louvain:

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/TacAgr/Agrtrad.html

Article (assez ancien) sur le limes sur un des sites de l’Université de Toulouse-Jean Jaurès:

http://dagr.univ-tlse2.fr/consulter/1977/LIMES%20IMPERII/texte

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Les Romains et l’Ecosse, I) Introduction

Revenons à l’Antiquité, tout en restant dans la même aire géographique ! J’aimerais à présent dire quelques mots sur la présence romaine en Ecosse qui, vous le savez, fut bien moindre que dans le sud des îles britanniques, mais ne resta pas sans conséquence.

Les Romains en Bretagne

D’abord petite cité d’Italie centrale, fondée selon la légende en 753 avant Jésus-Christ, Rome devient peu à peu le vaste ensemble territorial que nous connaissons, et qui ne concerne pas que le bassin méditerranéen. Ainsi, le fameux Jules César entreprend et réussit la conquête de la (ou plutôt des) Gaule(s), avec des épisodes très connus comme Gergovie et Alésia. C’est aussi lui qui traverse pour la première fois la Manche en 54 avant JC. Tout ceci est évoqué dans son ouvrage célèbre, La guerre des Gaules (voir plus bas).

Pour le moment, il ne s’agit pas de conquête, mais simplement d’une expédition punitive: les habitants de ce qu’on appelle alors la Bretagne (Britannia, le mot est de César lui-même) aident les Gaulois, auxquels ils sont apparentés, contre les Romains et cela les gêne. Toutefois, très occupé sur le continent et n’ayant pas les moyens de faire mieux, il se retire. Ensuite, les décennies passent et Rome est occupée par d’autres fronts: assurer la paix en Gaule, sortir de la guerre civile après la mort de César, sécuriser la frontière du Rhin ou encore pacifier l’Hispanie et les Alpes. Ce à quoi oeuvre par exemple Auguste.

Buste de l’empereur Claude, conservé au musée archéologique de Naples.

Un nord mal connu

Finalement, c’est l’empereur Claude, une centaine d’années après l’expédition que je viens de citer, qui entreprend réellement la conquête de la Bretagne. L’Empire est solidement installé en Gaule et possède une marine qui opère depuis des ports situés dans le nord de la France actuelle, comme Portus Itius , sans doute sur la côte d’Opale. Cela permet un débarquement en Bretagne, et de garder des communications avec le reste des possessions romaines. Toutefois, les opérations s’étalent sur plusieurs années, de 43 à 50.

De plus, cette présence se limite au sud de l’actuelle Grande-Bretagne. On ne sait pas avec précision où pour ces premières années, mais certainement aux environs de Newcastle. Les territoires situés au nord de la ville citée sont mal connus des Romains. Il n’y a pas de textes précis qui les décrivent par exemple. Toutefois ils se rendent bien compte que de nombreux peuples en proviennent, auxquels ils donnent le nom générique de Caledonii, et que ceux-ci razzient leurs nouvelles possessions et troublent la Pax Romana. C’était suffisant pour agir… 

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

-Cours de licence.

On peut trouver un témoignage d’époque dans le très célèbre La guerre des Gaules, qui évoque notamment l’expédition en Bretagne. Une traduction, déjà ancienne, a été mise en ligne par l’Université du Québec: http://classiques.uqac.ca/classiques/cesar_jules/guerre_des_gaules/guerre_des_gaules.pdf

Pour finir, la vision humoristique de la chose dans Astérix chez les Bretons. A relire absolument:

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L’armement et l’équipement des Romains durant le Haut-Empire: III) Les auxiliaires

Rome n’emploie pas que des légionnaires, mais également d’autres unités plus ou moins bien connues des historiens. Voyons donc comment étaient équipés les auxiliaires, avant de terminer par la suite avec les prétoriens.

Généralités:

Les premiers sont donc des hommes qui ne sont pas légionnaires ni même souvent des citoyens romains, mais des troupes recrutées localement pour bénéficier du « meilleur » de chaque peuple: les archers syriens par exemple. Peu à peu, leurs différences avec les légions s’atténuent, mais leurs missions restent complémentaires. Cette distinction explique qu’ils aient eu un équipement et armement différents durant la période qui nous occupe.

Pour résumer: celui-ci se caractérise par le tandem épée-lance contrairement au légionnaire avec son glaive-javelot. Là encore elles très variées suivant l’endroit et le siècle, mais ces armes étant plus longues et larges que celles de leurs camarades, elles ne servent pas au même emploi. Toutefois, ces hommes sont de source sûre moins bien protégés (et payés) que les légions. Par exemple, leurs tuniques sont souvent en seul cuir, bien que des plaques de métal peuvent être vues. Trajan et ses successeurs améliorent la situation et leur donnent des casques et boucliers, renforçant leur défense.

Les cavaliers auxiliaires, eux, sont mieux lotis dès le départ et leur situation ne fait que s’améliorer: casques de fer, cottes de maille, épée qui s’élargit et des javelines qui viennent renforcer leur arsenal après le Ier siècle. Cela montre l’importance accordée à de telles formations.

Détail de la colonne trajane (voir article précédent). On distingue un auxiliaire germain se battant pour les Romains (torse nu). Photo disponible sur wikipédia (qui, pour ce genre de données peut être utilisée si vérifiée).

Des troupes spécialisées:

Les auxiliaires sont surtout connus pour former des unités « locales » que Rome recrute pour tirer parti à son profit des forces militaires des peuples sous sa domination. Ainsi on voit des cavaliers Gaulois et Maures (habiles au javelot), plutôt légers, ainsi que d’autres plus lourds recrutés au proche-orient et qui donnent une puissance de choc importante contre des peuples utilisant ce type de troupes (Parthes, Perses, les fameuses « cataphractes »).

Rome engage également des archers syriens on l’a dit, des frondeurs qui viennent aussi de cette province, des celtes armés de puissantes massues (les « gésates » ) et recrutés aux confins du monde celte et germain, notamment en Rhétie (actuelle Suisse et Bavière). Une bonne partie sont toutefois des hommes équipés d’armes de jet, pour compenser un type de combat peu pratiqué par les légions (à part avec le pilum).

 Sans faire de catalogue, on peut soutenir que cela lui permet de disposer d’hommes aux capacités et armement divers, et donc de s’adapter aux menaces et ennemis rencontrés. Or, ces hommes étaient nombreux et il ne faudrait pas limiter la puissance romaine à ses seules légions. 

Bibliographie:

-LE BOHEC (Yann), L’armée romaine (3e éd. revue et augmentée), Paris, Picard, coll. « Antiquité synthèses », 2002, 292 p.

On peut aussi consulter (bien plus chronologique que le premier, très thématique):

-COSME (Pierre), L’armée romaine (2e éd.), Paris, Armand Colin, 2012, 312 p.

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L’armement des Romains durant le Haut-Empire : I) Introduction

C’est bien là une image d’Epinal que de rappeler la puissance des armées romaines, capables d’avoir conquis puis tenu l’immense empire que l’on sait durant des siècles. Or, cette formidable histoire n’a été rendue possible qu’avec une organisation exceptionnelle pour le monde antique , un choix sélectif dans le recrutement, un entraînement et des tactiques éprouvées. De plus, l’armement même des troupes romaines, légionnaires comme auxiliaires, n’est pas étranger à ce qui a été dit et le présent dossier va en brosser un rapide portrait. On verra qu’il est plus étonnant et varié qu’on pourrait de prime abord le croire.

En rouge, l’empire romain à la mort d’Auguste. En vert à celle de Trajan. Crédit photo: Larousse.

Une réalité souvent méconnue

Commençons par quelques mots pour rééquilibrer certaines idées, avant de revenir sur les armes en elles-mêmes. En fait, celles-ci furent très nombreuses et finalement très peu standardisées. Poursuivons sur cette idée: des formes de tenues de combat et de parade existaient déjà et on ne montre pas les mêmes choses dans les deux cas (il s’agit de s’afficher dans le premier et d’être efficace dans le second).

Dans l’Antiquité, il était d’ailleurs courant de récupérer ce qu’il y avait de mieux sur ses ennemis vaincus et Rome n’échappa pas à la règle. Si on sait communément qu’elle emprunta énormément au monde grec, on ne le dit pas assez pour les autres peuples. Ainsi, les sources de l’époque nous renseignent sur le légionnaire du temps d’Auguste, le premier empereur. Loin de ressembler à l’image qu’en donne le cinéma ou la littérature, il est « coiffé d’un casque gaulois, protégé par une cuirasse grecque et [il] tient à la main un glaive espagnol ! » (Yann le Bohec). Méfions nous donc des apparences: autres temps, autres mœurs. Après avoir posé ces quelques généralités, nous allons voir plus en détail ce qu’il en est.

Bibliographie: 

-LE BOHEC (Yann), L’armée romaine (3e ed. revue et augmentée), Picard, coll. « Antiquité synthèses », Paris, 2002, 292 p.

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L’armée romaine du IIIe siècle: II) Un nouveau visage.

De nouvelles formes de combat.

L’Empire mit donc en place toute une série de réponses aux questions posées par la précédente partie. En premier lieu le combat en lui-même évolua. On a dit que Rome ne pouvait plus se permettre de vider les frontières de ses troupes. Qu’à cela ne tienne, elle trouva la parade avec ce que l’on appelle la vexillation. C’est à dire qu’au lieu d’envoyer une légion entière à l’autre bout du monde romain, on prit l’habitude de lui prélever une partie seulement (jusqu’à deux cohortes, une légion en comptant 10, pour un total de 6000 hommes). Procédé efficace, et preuve de la maturité stratégique romaine dans un monde sans le raffinement technologique que l’on connaît… Ainsi l’armée de l’empereur Sévère Alexandre à Antioche en 231 (rassemblée contre les Perses) comprenait des détachements venus d’Égypte, du Rhin et du Danube. Regroupées derrière un étendard qui leur donna leur nom, le vexillum, les vexillations devinrent de plus en plus utilisées avec le temps et formèrent l’armée de campagne des empereurs.
Enfin on constate que le cœur de l’Empire, à savoir l’Italie, est considérablement renforcé en troupes par Septime Sévère: la garnison de Rome double et est réorganisée (les prétoriens, soit l’équivalent d’une garde impériale, notamment). De plus il cantonne aux portes de Rome même, à Albano, sa 2ème légion « parthique ». Sans doute s’agissait-il là d’une réserve à l’intérieur de l’empire (on l’a dit les troupes sont sur les frontières). Mais nous n’en savons pas beaucoup plus.

Toujours est-il que cette hypothèse est beaucoup plus plausible qu’une soi-disant volonté de mettre l’Italie en coupe réglée avant d’aller affronter Pescennius Niger, son rival d’orient dans la course à l’Empire (de nombreuses crises pour le pouvoir éclatent durant ce siècle). Dans un même temps l’Empire développa sa cavalerie, qui était jusque-là plutôt faible. A la fois pour obtenir une meilleure mobilité mais aussi- et surtout- pour répondre avec les mêmes armes qu’eux aux ennemis de l’empire. En effet ceux-ci (Sarmates, Perses par exemple) usaient avec succès de cavaliers lourds puissamment protégés, c’est ce qu’on appelle les cataphractaires (du nom de leur armure, la cataphracte) ou clibanarii. Ainsi on pense que la proportion de cavaliers-fantassins passe d’1/10 à 1/3 entre le deuxième et le quatrième siècle. C’est considérable!
Mais cela ne veut pas dire que l’infanterie est oubliée et elle-même évolue grandement. En effet elle doit dorénavant principalement faire face aux cavaliers lourds cités plus haut. Dion Cassius, Hérodien (deux historiens de l’époque) et l’épigraphie (les inscriptions) ont décrit son évolution. Dorénavant les formations des cohortes d’infanterie deviennent de plus en plus compactes. Les deux premiers rangs remplacent leur pilum traditionnel par une longue lance (hasta) qu’ils plantent en terre pour accueillir comme il se doit l’ennemi à cheval. Derrière eux un rang armé de javelots (lancea) puis un autre fait d’archers (sagitarii). De plus le court glaive (gladius) est remplacé par l’épée longue (spatha) alors que les boucliers, casques et armures s’adaptent eux aussi. Mais l’état actuel de la documentation, toujours parcellaire pour l’Antiquité, ne permet par d’être sûrs et il est évident que suivant l’ennemi et le terrain ce dispositif pouvait changer.

Reconstitution d’une spatha, pour cavalerie romaine.

Évolution des structures et du commandement:

Suivant la troupe, l’encadrement de l’armée ne resta pas non plus figé et se transforma au cours d’une lente évolution qui culmina sous le règne de Gallien (253/260-268). C’est par exemple le moment où l’armée qui accompagne l’empereur, appelée le comitatus, prend de l’importance (elle s’affirme par rapport aux forces des frontières, jusque là quasi totalité de l’armée) et où ses officiers adoptent un titre particulier, le protector fonction auparavant mal connue. On sait aussi que l’édit de Caracalla de 212 (qui accorde la citoyenneté romaine à quasiment tous les hommes libres de l’Empire) a effacé en grande partie la distinction entre légionnaires et auxiliaires, qui n’étaient pas citoyens. Toutefois une mesure est primordiale et certaine: la décision de Gallien de priver les sénateurs du commandement militaire. En effet ces derniers, aux cours de leur carrière sénatoriale (le fameux cursus honorium), exerçaient les postes de tribun laticlave (aide de camp) puis de légat de légion (= commandant). Or plus aucun n’est attesté après 260.

Il en découle que les légions furent  menées à la guerre par des chevaliers, le second ordre de l’état romain, complémentaire des sénateurs.  Cette évolution de première importance est expliquée par Michel Christol de la façon suivante: les chevaliers du IIIe siècle ne sont plus tant des notables municipaux italiens ou des vieilles provinces pacifiées qu’il ont longtemps été, que des soldats sortis du rang depuis les points menacés de l’Empire, souvent d’Ilyricum (Balkans). Ainsi, Gallien ne faisait là qu’entériner un état de fait: ces hommes étaient les mieux à même de commander dans des régions en guerre quasi-permanente. De l’autre coté les sénateurs ne prisaient que très peu une vie militaire rude et bien loin de l’Italie. De plus entre le tribunat de légion au début de leur carrière (=aide de camp du légat) et la légation de légion (=commandement de la légion) au niveau de la préture il s’écoulait un certain temps sans responsabilités militaires, nuisible à leur formation d’officier. Enfin les chefs issus du rang étaient, comme leurs hommes, de plus en plus recrutés localement à la différence des sénateurs encore bien italiens ou issus des provinces très romanisées ou hellénisées. De plus, depuis les Sévères, les chevaliers furent à plusieurs reprises chargés de commandements militaires extra-ordinaires. Extra-ordinaires dans le sens où ils dépassaient le simple cadre de la province, par laquelle tout passe dans l’état romain. Par exemple le chevalier Marcus Cornelius Octavianus est chargé entre 253 et 258, sous le titre de dux (soit « chef », le mot duce qui désigne Mussolini vient de là), de défendre l’Afrique du nord (les provinces d’Afrique, de Maurétanie et de Numidie) toute entière contre les Maures. Michel Christol appelle cette nouvelle élite les viri militares, les hommes militaires car sortis des rangs de l’armée, ce que n’étaient pas les sénateurs.

Dessin de Giuseppe Rava représentant des guerriers germains.

Bibliographie :
COSME (Pierre), L’Etat romain entre éclatement et continuité, Paris, Seli Arslan, 1998, 287 p.
COSME (Pierre), L’armée romaine VIIIe s. av. J.-C. – Ve s. ap. J.-C., Paris, Armand Colin, 2007, 312 p.
CHRISTOL (Michel), L’Empire romain du IIIe siècle. Histoire politique 192-325 après J.-C., Paris, Errance, 1997, 288 p.

Je ne l’avais pas lu à l’époque de cette rédaction, mais on peut l’acquérir les yeux fermés:

LE BOHEC (Yann), L’armée romaine dans la tourmente. Une nouvelle approche de la crise du IIIe siècle, Monaco-Paris, Editions du rocher, coll. « Art de la guerre », 2009, 320 p.

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