Archives de Tag: Seconde Guerre mondiale

Hearts of Iron 4 – Death or Dishonor : le test

En attendant la suite du dossier sur William Walker, je vous propose la lecture de mon dernier test en date pour la Gazette du wargamer. Il est consacré à la dernière extension de l’excellent Hearts of Iron IV. Intitulée Death or Disonor, elle apporte beaucoup de nouveautés pour l’Europe centrale et se révèle plaisante à jouer. La suite ci-dessous:

https://www.wargamer.fr/hearts-of-iron-4-death-or-dishonor-tenir-ou-tomber/

L’Axe est repoussé en Grèce par les forces alliées. Capture d’écran de l’auteur.

Mes autres articles et brèves pour le site, 110 au total:

https://www.wargamer.fr/author/jeanbaptistemurez/

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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : VI) Face aux Alliés (1940-1941)

J’avais terminé en évoquant le fait que la « pacification » avait été longue et aussitôt remise en question par l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne en juin 1940. Or, colonie lointaine, très vaste, et dépendante du canal de Suez pour son approvisionnement, l’Ethiopie, et le reste des territoires italiens de la région, vont tomber aux mains des Alliés, dès 1941 mais non sans combats.

Les forces armées italiennes et les premiers affrontements

Sur le papier, les troupes italiennes en Afrique Orientale (en comptant aussi la Somalie et l’Erythrée, donc) sont plutôt nombreuses et ont du matériel: plus de 300.000 hommes, dont 50.000 Italiens, une partie étant des civils mobilisés sur place au début de la guerre, près d’un millier de canons, deux fois plus de fusils que d’hommes, des chars et des avions… Toutefois elles sont dès le début coupées de la métropole, ne peuvent ainsi recevoir aucun renfort en hommes et en matériel. Leur situation est donc critique dès le départ, d’autant plus que le commandement est pusillanime et que les moyens de transport modernes manquent cruellement.

Pourtant, leur adversaire est pendant longtemps peu nombreux et les Italiens parviennent à occuper une partie des colonies avoisinantes, dont la Somalie britannique. Les premiers combats tournent à leur avantage, ce qu’ils ne parviennent pas à exploiter car ils sont mal informés des effectifs réels de leur ennemi et les chefs sont dans une optique plus défensive qu’offensive. Ainsi, dès le début de l’année 1941 des troupes alliées sont arrivées d’Afrique du Sud, mais aussi du nord du continent, où les forces italiennes sont malmenées, ce qui les a rendues disponibles pour d’autres secteurs.

Les forces du Commonwealth attaquent donc peu après, mais leur progression est assez lente car les Italiens se défendent bien et ont l’avantage de cette position: ils occupent les cols et routes principaux et les bloquent efficacement. Toutefois leur matériel blindé, motorisé et aérien est peu à peu détruit sans pouvoir être remplacé ou réparé du fait du manque de pièces de rechange. Ainsi, es Britanniques s’assurent assez vite de de la maîtrise du ciel et sont plus mobiles que leurs adversaires. De plus, ils reçoivent des renforts de la France Libre dont l’épopée débute.

Vidéo de propagande de l’Istituto Luce (1939): le vice-roi et duc d’Aoste passe en revue les troupes à Addis-Abbeba

La perte de l’Ethiopie

Après quelques mois, le repli vers le coeur de l’Ethiopie est une réalité et le moral italien faiblit, notamment dans les troupes recrutées localement et qui désertent en masse. Addis-Abbeba tombe le 6 avril 1941 et le commandement italien se retire en direction du nord. A partir de ce moment la résistance s’amenuise et les unités sont séparées les unes des autres sans plus pouvoir communiquer efficacement. Cela ne veut pas dire débâcle complète et les affrontements se prolongent plusieurs mois encore.

Le Duc d’Aoste, vice-roi déjà cité, se rend finalement le 19 mai après une résistance tenace face à des troupes bien supérieures en nombre et en matériel. A cettte date, deux noyaux de résistance existent encore, pour un total de 40.000 hommes. Etant donné les distances et le relief que j’ai maintes fois évoqués, ils ne se rendent pas tout de suite. Le premier, aux ordres du général Gazzera passe même au Congo belge où il affronte des troupes présentes dans cette colonie le 3 juillet. Il doit pourtant accepter la reddition peu après.

L’autre unité encore cohérente, sous les ordres du général Nasi, parvient à maintenir une défense efficace plus longtemps et ne se rend que fin novembre. Les carabiniers et soldats indigènes qu’il commande ont offert aux Britanniques une résistance bien organisée et longue. Officiellement, passé cette date, c’est la fin des combats dans cette région du monde, mais on verra la prochaine fois que des éléments vont rejoindre la clandestinité et se battre pendant des années encore, ce qui est très rarement évoqué !

Affiche de propagande italienne après la perte de l'Afrique: "Nous reviendrons" affirme-t-elle de manière très présomptueuse.

Affiche de propagande italienne après la perte de l’Afrique: « Nous reviendrons » affirme-t-elle de manière très présomptueuse.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Excellente biographie de Mussolini, qui décrit très bien les années qui nous intéressent ici:

-MILZA (Pierre), Mussolini, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », 1999, 985 p.

Pour les aspects purement militaires, l’indispensable:

-ROCHAT (Giorgio), Le guerre italiane, 1935-1943. Dall’impero d’Etiopia alla disfatta, Torino, Einaudi, 2005, 460 p.

Pour les armes, le matériel et les combats, un fascicule Osprey, toujours très bien fait:

-NICOLLE (David), The Italian Invasion of Abyssinia 1935–36, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Men-at-arms », 1997, 48 p.

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L’aide à la Finlande lors de la guerre d’Hiver I) Introduction

Indépendante depuis la fin de l’année 1917, la Finlande devenue libre n’en reste pas moins dans le voisinage d’un Etat gigantesque : l’URSS. Or, celui-ci l’attaque durant l’hiver 1939-40, et l’emporte avec de grandes difficultés. Si cela ne représente qu’une goutte de sang dans cet océan meurtrier qu’est la Seconde Guerre mondiale, elle ne fut pas sans conséquences pour celui-ci et pour l’histoire de l’Europe au-delà. Nous allons donc voir dans les semaines à venir les raisons de cet affrontement peu connu, avant de revenir sur l’intervention étrangère aux côtés de la Finlande et de terminer par les conséquences de celle-ci.

L’entre-deux-guerres

J’ai rappelé en introduction que, profitant de la désagrégation de l’empire des tsars, le pays qui nous intéresse est parvenu à obtenir son indépendance, qui n’est guère remise en cause dans les années de l’entre-deux guerres. Le nouvel état est une démocratie assez nationaliste et anticommuniste, notamment car il se sent menacé par son voisin soviétique et que, encore très jeune, il est en pleine phase d’affirmation. Cela ne l’empêche pas d’être tourné vers la Suède frontalière et de s’inspirer de la France et du Royaume-Uni, tout en ayant des liens culturels certains avec l’Allemagne.

Or, sa crainte de l’Etat dirigé par Staline est fondée: après une phase de rapprochement jusqu’au milieu des années 30 (un pacte de non-agression est même signé en 1932), le « petit père des peuples » souhaite rectifier les frontières issues de la révolution russe et des conflits qui en ont découlé (guerre avec la Pologne etc.). Si les historiens se divisent encore quant à ses intentions précises, il est admis qu’il craint pour l’ancienne capitale de la Russie et berceau de l’Union Soviétique, Léningrad (ex Saint-Petersbourg). La ville est trop proche des frontières et donc d’une attaque, si la Finlande se trouvait en guerre contre l’URSS ou occupée par une puissance hostile. Même chose dans le grand nord: le port de Mourmansk, vital car libre de glaces toute l’année grâce au Gulf Stream est bien exposé… La suite de la guerre prouva l’importance de ce lieu, dans le cadre des livraisons alliées de matériel en URSS d’ailleurs.

Une délégation finlandaise se rendant à Moscou, en octobre 1939.

La marche à la guerre

Ainsi, Staline propose des rectifications de frontière aux Finlandais, en 1938 puis 39, contre des concessions. La montée en puissance de l’Allemagne l’inquiète et il ne se satisfait pas de la « simple » neutralité affichée par Helsinki. Pourtant, ces derniers refusent: ils croient la guerre impossible, ont foi dans leurs voisins scandinaves et dans le soutien diplomatique de l’Europe de l’ouest, et de la SDN.

Loin de rassurer le maître du Kremlin, ces réponses le confortent dans son préjugé d’un pays hostile, influencé par Berlin et prêt à menacer le sol soviétique. Il faut bien dire que sa paranoïa naturelle est renforcée par son service de renseignement en Finlande: déplorable et touché par les purges, il lui dit ce qu’il a envie d’entendre. Au final, l’année 1939 se déroule dans un climat tendu entre les deux pays, les négociations diplomatiques traînant en longueur durant des mois.

Peu à peu Staline se persuade de la nécessité d’une guerre, que tous les observateurs s’accordent à voir comme rapide, les deux armées étant de force très disproportionnée sur le papier. Ainsi, des troupes sont peu à peu acheminées sur la future ligne de front, alors que la Finlande mobilise ses soldats de manière préventive, même si elle espère toujours que Leningrad tente une démonstration de force pour la faire plier, comme dans les Etats baltes qui ont été occupés ainsi quelques mois plus tôt.

C’est pourquoi, la tension semblant redescendre, certaines unités sont rappelées chez elles au cours du mois de novembre. L’hiver approche, le froid d’Europe du nord est déjà là, et la perspective d’une attaque semble s’éloigner… Quand, le 28 novembre, l’URSS dénonce le pacte de non-agression de 1932 et, dès le lendemain, bombarde Helsinki. La guerre débute. 

En vidéo: reportage (pro-finlandais) d’époque du Service Cinématographique des Armées (à partir de 15′ 12 »), sur le site de l’ECPAD:

http://www.ecpad.fr/journal-de-guerre-18-semaine-du-3-fevrier-1940/

En jeu vidéo, récente extension de Order of battle:

Test : Order of Battle – Winter War, l’été sera frais

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

Une très bonne synthèse en français sur la question:

-CLERC (Louis), La guerre russo-finlandaise (novembre 1939-mars 1940), Paris, Economica, 2015, 209 p.

Et un bon fascicule Osprey, qui couvre le matériel plus spécifiquement et va jusqu’en 1945:

-JOWETT (Philip) et SNODGRASS (Brent), Finland at war. 1939-1945, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Elite », 2006, 64 p.

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Mon test de Hearts of Iron IV

Série que je suis depuis ses débuts en 2002, Hearts of Iron accueille un ambitieux quatrième volet dans la famille. Encore une fois j’ai eu l’insigne honneur de le tester pour la Gazette du Wargamer. Avant de conclure sur Harald le Sévère, je vous propose donc cette lecture.

Le test:

http://www.wargamer.fr/hearts-of-iron-iv-un-nouveau-souffle-pour-la-serie/

Planification d’une attaque de la Grèce

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Le fort de Huy (Belgique)

Intéressante ville située entre Namur et Liège, en Wallonie, Huy possède un patrimoine très important malgré sa petite taille. Parmi celui-ci, on retrouve des ouvrages militaires que j’avais commencé à présenter ici :

https://antredustratege.com/2015/02/21/le-patrimoine-militaire-de-huy-province-de-liege/

Or, le fort était fermé lors de ma dernière visite et je n’avais pu le présenter. En voici à présent quelques photos. Vous voudrez bien excuser le peu d’articles « de fond » ces temps-ci… Mais ce sont les vacances pour moi aussi. L’étude de la piraterie antique reprendra fin août. 

Les couloirs du fort, où les Allemands  internèrent plus de 7000 personnes durant la guerre et en fusillèrent également.

Les couloirs du fort, où les Allemands internèrent plus de 7000 personnes durant la guerre et en fusillèrent également.

Document d'époque.

Document d’époque.

Drapeau de la fraternelle d'une unité belge libre.

Drapeau de la fraternelle d’une unité belge libre.

Cour intérieure du fort.

Cour intérieure du fort.

Cour intérieure du fort.

Cour intérieure du fort.

La ville et la Meuse vues depuis le fort.

La ville et la Meuse vues depuis le fort.

Les remparts.

Les remparts.

Autre vue, le drapeau belge.

Autre vue, le drapeau belge.

Autre vue, la Meuse derrière.

Autre vue, la Meuse derrière.

Dernière vue, depuis l'entrée.

Dernière vue, depuis l’entrée.

Le patrimoine militaire de Liège:

https://antredustratege.com/2013/08/20/bref-apercu-du-patrimoine-militaire-de-liege/

Plus d’infos sur le fort:

http://www.huy.be/espace-loisirs/tourisme-evenements/fort-et-memorial

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http://www.wargamer.fr/paroles-de-youtubeurs-jean-baptiste-murez-histoire-militaire/

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Le patrimoine militaire de Huy (province de Liège)

Comme vous le savez, je parcours la Belgique pour mes recherches doctorales et pour le plaisir personnel. Or, voie de passage bien connue, au carrefour entre deux mondes depuis l’Antiquité, le territoire de l’actuel royaume a connu bien des combats et affrontements. Y compris dans des petites villes comme Huy, située entre Namur et Liège… Panorama, en attendant la suite sur les soldats romains.

Les photos :

Construit à l’emplacement d’un château médiéval par les Néerlandais après 1815, le fort de Huy domine la ville et la route qui va de Namur à Liège. Si elle ne connut pas le feu durant leur période, les Allemands réutilisèrent la place pour y enfermer plus de 7000 résistants de tous pays durant la guerre. Un musée, malheureusement fermé lors de mon passage, rappelle cette triste époque.

Vue du fort de Huy depuis la Meuse.

Vue du fort de Huy depuis la Meuse.

Vue rapprochée du beau monument aux morts :

Détail du monument aux morts.

Détail du monument aux morts.

Napoléon vint à Huy en 1803 et 1811. Trouvant la route trop étroite pour ses troupes, il la fit agrandir. C’est l’origine de la « chaussée Napoléon » qui relie Huy à Namur depuis lors.

Plaque Quai de Namur.

Plaque Quai de Namur.

Le menaçant fort vu depuis la ville :

Autre vue du fort.

Autre vue du fort.

Chaussée Napoléon, sur la base de l’éperon rocheux que domine le fort :

Plaque commémorative.

Plaque commémorative.

Sur le chemin qui mène au fort :

Borne commémorative.

Borne commémorative.

Autre vue des bâtiments, depuis leur base :

Le fort, de près.

Le fort, de près.

On a vu plus gai et riant comme endroit !

Autre vue du fort.

Autre vue du fort.

Refuge de l’abbaye d’Aulne, aujourd’hui occupée par une école et la police. Or, elle accueillit des blessés de la bataille de Neerwinden (1693), en plein dans les guerres de Louis XIV, et on dit que Napoléon y dormit en 1811.

Refuge de l'abbaye d'Aulne, aujourd'hui une école.

Refuge de l’abbaye d’Aulne, aujourd’hui une école.

Il reste, rue des remparts, des vestiges des murailles qui entourèrent la ville.

Quelques pans des remparts subsistent.

Quelques pans des remparts subsistent.

Au musée communal, plan fait sous la Révolution, lors de la conquête des Pays-Bas autrichiens par les armées françaises.

Plan au musée communal.

Plan au musée communal.

Tambour de tirage au sort (bons et mauvais numéros) de la conscription. En usage en Belgique jusqu’en 1909 ! Musée communal.

Musée communal.

Musée communal.

Et ce n’est là qu’un résumé ! Allez à Huy si vous en êtes proches, de plus on y mange bien et la ville produit une bière très locale, la Saint Ménegold. Vous voilà prévenus…

Plus d’infos :

http://www.pays-de-huy.be/

 

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: VI) Dissolution

La fin d’une armée et ses conséquences:

Nous l’avons vu la dernière fois, l’armée d’armistice, à l’histoire paradoxale, prend fin avec l’opération Torch et l’occupation de la Zone Libre qui en découle. En fait contrairement à ce qu’il fit croire, et notamment après la guerre, le gouvernement de Vichy ne voulait pas reprendre le combat. Il fit même procéder à des arrestations, et j’ai évoqué la dernière fois le cas du général de Lattre. Des gens entrèrent, en réaction, dans la Résistance dès 1940 (alors très peu). Ces militaires formant l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), réussissant à encadrer quelques maquis et leur fournir du matériel, surtout après novembre 1942. Je le rappelle, les photos montrant des stocks de l’armée de Vichy utilisés par les FFI en 43-44 sont nombreuses: casques Adrian, pantalons, vareuses et chemises mle 41 (voir 2e article) etc.

Du fait de Torch, les colonies passèrent sous le contrôle de la France libre, hormis l’Indochine surveillée par les Japonais. Ceux-ci finirent par s’en emparer en mars 1945, dans un épisode peu connu qui causa de terribles pertes chez les Français dont les officiers ont refusé le suicide. L’armée dissoute, il restait aux ordres de Vichy quelques unités issues de la collaboration: L.V.F, S.S ou la sinistre Milice (30.000 hommes à son apogée). Cette armée n’a donc servi à rien et a même compromis la cause française. En fait de nombreuses personnes croyaient sincèrement que l’homme de Verdun préparait la revanche. A noter à ce propos que l’armée de la IIIe République n’avait jamais demandé de serment aux officiers: en effet beaucoup étaient monarchistes et le contraire n’eût pas été sans causer des problèmes. En revanche, le maréchal exigea un tel serment. Il n’était donc pas si simple de le désavouer et que Darlan déclare agir au nom du maréchal le dédouanait, ce qui était finement joué.  Rappelons-le: au niveau de la loi, de Gaulle est un déserteur et fut condamné à mort par contumace par le gouvernement de Vichy… Certains dirent même que Pétain était en accord secret avec lui, le premier restant en arrière afin de protéger les Français! C’était bien sûr faux.

De Lattre de Tassigny, l’un des nombreux officiers ralliés fin 1942. Photo trouvée sur http://rhin-et-danube.fr

 

Ce qui est par contre vrai est que l’agglomération des anciennes forces vichystes avec les unités de la France libre ne fut pas chose aisée. Au moment de la création de la 2e D.B, par exemple, le 501e régiment de chars de combat (issu des FFL) accusa ainsi les fusiliers-marins blindés, le régiment de Gabin, d’être un contingent « royal-nazi » car n’ayant pas pris part à la lutte plus tôt. En effet ceux-ci les avaient traité de « royal-voyous » ( carsoi-disant laquais de Londres!)… Si l’armée s’effondra (hormis les troupes passant à la Résistance, on l’a dit) en métropole, celle d’Afrique ralliée allait avoir de beaux jours devant elle: Italie, Débarquement de Provence, libération de Paris pour le RBFM etc… Beaucoup d’officiers tels Juin ou de Lattre allaient effectuer de grands faits d’armes.

Bibliographie:

-Cours de Master d’Histoire sur la question (Paris-Sorbonne).

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: V) L’opération « Torch »

Le général Giraud :

Continuons à voir l’histoire de cette armée méconnue en revenant sur sa fin, liée à l’avancée des Alliés. Il nous restera ensuite à conclure et soulever quelques interrogations.Pour le moment nous sommes en novembre 1942. C’est ce mois qui voit avoir lieu l’opération Torch, soit le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. En effet, si ceux-ci ne peuvent ouvrir le second front réclamé par Staline en Europe depuis juin 1941, ils entendent tout de même agir et régler le sort aux troupes de l’Axe en Afrique, que combattent le Commonwealth et les Français libres depuis 1940. L’idée est donc de débarquer sur leurs arrières et d’occuper les territoires français d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), également pour créer une base de départ en vue d’opérations en Sicile puis en France.  Or, le gouvernement américain, qui a pourtant une ambassade de Vichy sur son territoire, a très peu pris contact avec les autorités locales, et encore moins avec le Général de Gaulle que Roosevelt déteste (l’autre lui rend bien), le jugeant peu démocrate (dans le sens de partisan de la démocratie, pas du parti démocrate!) .

Les Américains décident donc de favoriser le général Giraud, vieux militaire rallié à Vichy, mais prêt à reprendre la lutte et qui s’était évadé d’Allemagne pour cela. C’est le choix, en fait, d’un homme facilement manipulable par Washington: il n’a  pratiquement pas de contacts sur place et ne doute de rien… Il se voit déjà en nouveau Foch, à la tête des armées alliées comme en 1918!

La fameuse poignée de main forcée de Giraud et de de Gaulle lors de la conférence de Casablanca en 1943. La rivalité entre les deux hommes fut forte. Image provenant de http://www.gutenberg-e.org

Le débarquement en Afrique du Nord: 

Les généraux Noguès (partisan d’une poursuite de la lutte en 1940) et Juin, qui commandent, donc, respectivement, au Maroc et en Algérie, n’ont finalement pas été prévenus de quoi que ce soit… Quand la flotte alliée apparaît devant les côtes et dévoile ses intentions de débarquer, le résultat est que quelques groupes tentent localement d’agir (Alger est tenue quelques heures par des résistants) mais, bien vite, Vichy fait passer le mot d’ordre de répliquer. Au Maroc les combats sont durs et violents, les pertes lourdes. Juin, lui, réussit à négocier avec les Américains et les choses se passent mieux en Algérie. En Tunisie par contre, l’Axe est autorisé à utiliser les pistes d’atterrissage et prend vite le contrôle du pays: il ne fut chassé que durement l’année suivante.

On le voit, la situation est confuse au possible. Pétain est loin, Giraud n’a pas d’autorité malgré son grade… Pourtant, Darlan (cf articles précédents), se trouve inopinément sur place (il y a un fils malade) et comprend que le vent est en train de tourner. Pour lui, la seule solution est de déclarer que le maréchal approuve ce qui est en train de passer et qu’il gouverne en son nom (en fait il n’y a jamais rien eu d’officiel). Or, beaucoup étaient justement prêts à croire que Pétain n’attendait que le bon moment pour reprendre le combat et l’illusion fonctionne. Darlan n’en profita toutefois pas, il fut assassiné peu de temps après.  Au niveau militaire, dès le début du mois de Novembre, les Français tournent leurs armes contre les Allemands et une grande partie de l’armée entre enfin dans la guerre. On verra pour terminer que l’agrégation avec les Français libres ne fut pas simple. Enfin, en métropole, l’armée d’armistice est dissoute au moment de l’opération Atilla qui n’est autre que l’occupation de la zone libre, dès le 11 novembre. Certains officiers voulurent alors se défendre, comme de Lattre, mais on leur cloua le bec pour terminer sur une note familière. Une partie non négligeable du matériel (voir article correspondant) de l’armée d’armistice passa alors à la Résistance: tenue modèle 41, casques, armes etc…

Les Britanniques débarquant leur matériel en Afrique du Nord. Crédit photo: wikipédia.

Bibliographie:

-Cours de Master d’Histoire sur la question (Paris-Sorbonne).

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: IV) Doctrine d’emploi et combats de Syrie

A côté des engagements la Marine, nous allons voir que les forces terrestres de Vichy connurent deux passages guerriers d’importance, où elles ouvrirent notamment contre les Français libres. Il s’agit de la Syrie en 1941 et de la résistance au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en 1942. Le premier épisode nous occupera aujourd’hui.

Que faire de l’armée de terre?

L’un des protagonistes les plus importants du régime Pétain reste l’amiral de la flotte, Darlan. Connu dès avant la guerre, il constituait  un personnage en vue de la IIIe République, en tant que chef respecté d’une marine qu’il avait su refonder et porter à un haut niveau d’excellence, pour les résultats que l’on a vus précédemment. Or, chef du gouvernement dès 1941, il préside aux destinées militaires de la France. Pour l’essentiel, ses buts  sont  simples et rejoignent ce que l’on a déjà vu: il faut défendre l’Empire colonial, dernière source de prestige, contre quiconque. Comme la Marine, il est une monnaie d’échange dans un monde où l’Axe semble devoir l’emporter et il convient de le mettre à l’abri des combats… On a vu que cela amena à faire feu sur de Gaulle et les Britanniques à Dakar.

En fait, beaucoup croient que l’Allemagne a gagné la guerre et ont de grands projets pour l’armée. Celle-ci doit servir à la « Révolution Nationale » (la politique intérieure de Vichy), tout en préparant éventuellement la revanche, au cas où. Celle-ci était jugée possible par plusieurs dirigeants et beaucoup restaient auprès de Pétain, croyant qu’il allait reprendre le combat au moment propice. Ils se remémoraient alors l’effort prussien de 1806-1813 après la terrible défaite de Iéna face à Napoléon ou même les récents contournements allemands du traité de Versailles dans l’entre-deux guerres, sujet toujours brûlant. Des historiens comme Robert Paxton ont finalement montré que ce n’était pas du tout l’intention profonde de Pétain, malgré ce qu’il affirma après-guerre…

Portrait de Darlan. Trouvé sur http://www.devoir-de-philosophie.com (!)

Syrie, 1941. 

Le problème est donc que cette analyse n’est pas très lucide, car la situation n’était pas la même que celle de la Prusse puis de l’Allemagne. La stratégie choisie se révèle au final  attentiste et démoralisante: attendre ce que va faire le camp adverse pour éventuellement riposter… Elle conduisit d’ailleurs à une série d’échecs sanglants, dont on vient de voir le volet naval. Le premier de ces ratages, cette fois terrestre, est celui de Syrie en 1941.

En effet le mois d’avril de cette année vit l’Irak (sous la coupe des Britanniques) être secoué par un coup d’état pro-Berlin. Les Allemands bien trop occupés et trop loin ne pouvaient l’aider directement, sauf par voie aérienne. Toutefois, le rayon d’action des avions de l’époque étant ce qu’il est, il fallait bien se rapprocher de la zone. Les aérodromes des territoires sous mandat français au Levant semblèrent alors être la solution. Devançant même les demandes allemandes, Darlan proposa à Berlin de les utiliser en échange de concessions. Le IIIe Reich accepta, et se vit même fournir quelques munitions par la France. Si le soulèvement, très mal organisé, fut  vite réduit par Londres, celle-ci prit alors conscience de l’intérêt stratégique du Levant (le nom de l’époque du Proche-Orient), qu’il fallait mettre hors d’état de nuire pour empêcher de nouvelles menaces… D’autant plus que la zone, avec Chypre, contrôle la Méditerranée orientale.  Une force (qui comprend des FFL) est donc envoyée sur place pour régler la question. Vichy donne l’ordre au général Dentz, commandant de la zone, de se défendre, ce qu’il fait. De durs combats ont lieu en juin-juillet et finalement les forces Vichystes sont vaincues. A plusieurs reprises, les Français se sont tirés dessus, sauf deux unités de la Légion qui refusèrent d’en venir aux mains… Même dans deux camps différents, la Légion ne tire pas sur la Légion. Elles obtiennent de pouvoir rentrer en métropole ou en Afrique du Nord. De Gaulle est déçu, il espérait en rallier à sa cause mais la majorité refuse…

L’artillerie de Vichy en action en Syrie. Crédit photo: ECPAD. Plus de clichés ici: http://www.ecpad.fr/les-forces-francaises-vichyssoises-combattent-durant-la-guerre-de-syrie

Nous verrons la prochaine fois la fin de cette armée, avec les combats d’Afrique du Nord en 1942.

Bibliographie:

-Cours de Master d’Histoire sur la question (Paris-Sorbonne).

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy : III) La Marine.

On l’a vu (cf premier article,) la seule arme en bon état, et qui resta quasi-totalement fidèle à Vichy, fut la Marine. Or celle-ci est l’une des plus puissantes du monde de l’époque et  l’armistice franco-allemand de juin 1940 prévoyait son désarmement. L’enjeu qu’elle constitua est une page importante de l’histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale.

Mers-el-Kébir et Dakar.

Si quelques marins ainsi que plusieurs bâtiments réussirent à partir rejoindre les alliés, les Britanniques craignirent très rapidement que cet instrument de puissance qu’est la flotte française ne tombe aux mains des Allemands, qui manquent cruellement de navires, et ils agirent rapidement pour la neutraliser. C’est ce que l’on appelle l’opération Catapult. C’est à dire qu’une escadre de la Royal Navy se présenta devant Mers-El-Kébir, grande base navale près d’Oran où était stationnée une bonne partie de la « Royale » et envoyèrent un ultimatum à leurs alliés de la veille….

L’amiral Gensoul qui commandait la force se vit signifier plusieurs issues par les Britanniques: 1) reprendre la lutte aux côtés des alliés, 2) être interné en Grande-Bretagne, 3) aux Antilles, 4) se saborder. Après un temps de tergiversation, Gensoul refuse d’obéir tout en affirmant qu’il ne se livrera pas à l’ennemi. Les Anglais ne s’en satisfassent pas et ouvrent le feu, avec les résultats que l’on sait: de nombreux navires sont envoyés par le fond (ils n’étaient pas en état de se défendre car pris par surprise et ne pouvaient fuir) et 1300 marins Français sont tués, ce qui est beaucoup. Ils en retirèrent un profond mécontentement contre les auteurs de cette tragédie et Vichy une intense propagande à ce sujet. Si De Gaulle s’abstint de juger (il comprenait la position britannique), il ne fit aucun éloge et le commandant britannique, Somerville, fut rongé sa vie durant par l’ordre qu’il dut exécuter. Ce bon moyen pour Londres de montrer sa détermination à continuer le combat fut complété par des mesures d’internement et de récupération des navires français présents dans les ports britanniques au moment de l’arrêt des combats.

Plus tard dans l’année, alors que la Grande-Bretagne et le Commonwealth restent désespérément seuls dans leur lutte contre l’Allemagne, le général de Gaulle désire faire basculer l’Empire colonial français, aux mains de Vichy, dans la guerre. L’opération réussit à partir du Tchad et de la personne du gouverneur Félix Eboué, qui rallie des territoires dès août 1940. Pourtant,  les forces navales franco-britanniques qui se présentent devant le port militaire de Dakar au Sénégal en septembre de la même année, espérant une même réussite subissent un échec cuisant : la place refuse de se rendre et les Français tirent sur des Français… L’aviation, la flotte et les batteries côtières restent fidèles à Vichy et ne se rallient qu’après l’invasion de la zone libre en 1942…

De Gaulle devant Dakar. Crédit photo: wikipédia.

L’invasion de la zone libre et l’amiral Godefroy

C’est en effet l’autre action d’importance de la Marine française entre 40 et 45 : son sabordement… En fait, après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942 (opération Torch), les Allemands ripostent en envahissant le reste de la France qu’ils n’occupaient pas. L’armée d’armistice est dissoute et la marine, qui restait puissante malgré la perte de trois cuirassés à Mers el-Kébir, ne peut se résoudre à fuir en direction des territoires occupés par les alliés. Hormis de très petits bâtiments,  elle se saborde à Toulon, pour éviter de tomber aux mains de l’ennemi, selon les ordres de l’Amiral de Laborde. C’est une catastrophe. Outre le fait que la force navale française si coûteusement forgée durant l’entre-deux-guerres a été perdue pour rien (après avoir très peu agi on l’a vu), elle prive la France libre d’un atout majeur.

Seule la force X (un cuirassé, quatre croiseurs, trois torpilleurs…) internée depuis 1940 à Alexandrie sans avoir rien fait du conflit la rallie enfin (mais en juin de l’année suivante seulement. L’amiral Godefroy (qui la commandait) fut mis à la retraite: il avait refusé de continuer le combat après l’armistice et voulait le commandement de la flotte en arguant du fait qu’il était le seul à arriver avec des unités intactes ! On lui fit remarquer qu’il avait attendu 1943 pour ça et il n’insista pas.

Ce court résumé montre bien le caractère paradoxal de la Royale aux ordres de Vichy : un instrument puissant, un outil de pression qui ne sut rejoindre massivement la France Libre qu’elle aurait pu rendre infiniment plus importante qu’elle ne l’a été et qui fut réduit à néant en deux évènements. Le quasi-culte rendu à son chef, l’amiral Darlan, et la fidélité au maréchal Pétain d’une arme moins anglophile et républicaine que d’autres n’y ont pas été étrangers. Ainsi les Forces Navales Françaises Libres restèrent d’importance moindre.

Photo aérienne de la flotte française se sabordant à Toulon. Crédit photo: wikipédia.

Bibliographie:

-Cours de Master d’Histoire sur la question (Paris-Sorbonne).

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