Archives de Tag: Vichy

L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: VI) Dissolution

La fin d’une armée et ses conséquences:

Nous l’avons vu la dernière fois, l’armée d’armistice, à l’histoire paradoxale, prend fin avec l’opération Torch et l’occupation de la Zone Libre qui en découle. En fait contrairement à ce qu’il fit croire, et notamment après la guerre, le gouvernement de Vichy ne voulait pas reprendre le combat. Il fit même procéder à des arrestations, et j’ai évoqué la dernière fois le cas du général de Lattre. Des gens entrèrent, en réaction, dans la Résistance dès 1940 (alors très peu). Ces militaires formant l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), réussissant à encadrer quelques maquis et leur fournir du matériel, surtout après novembre 1942. Je le rappelle, les photos montrant des stocks de l’armée de Vichy utilisés par les FFI en 43-44 sont nombreuses: casques Adrian, pantalons, vareuses et chemises mle 41 (voir 2e article) etc.

Du fait de Torch, les colonies passèrent sous le contrôle de la France libre, hormis l’Indochine surveillée par les Japonais. Ceux-ci finirent par s’en emparer en mars 1945, dans un épisode peu connu qui causa de terribles pertes chez les Français dont les officiers ont refusé le suicide. L’armée dissoute, il restait aux ordres de Vichy quelques unités issues de la collaboration: L.V.F, S.S ou la sinistre Milice (30.000 hommes à son apogée). Cette armée n’a donc servi à rien et a même compromis la cause française. En fait de nombreuses personnes croyaient sincèrement que l’homme de Verdun préparait la revanche. A noter à ce propos que l’armée de la IIIe République n’avait jamais demandé de serment aux officiers: en effet beaucoup étaient monarchistes et le contraire n’eût pas été sans causer des problèmes. En revanche, le maréchal exigea un tel serment. Il n’était donc pas si simple de le désavouer et que Darlan déclare agir au nom du maréchal le dédouanait, ce qui était finement joué.  Rappelons-le: au niveau de la loi, de Gaulle est un déserteur et fut condamné à mort par contumace par le gouvernement de Vichy… Certains dirent même que Pétain était en accord secret avec lui, le premier restant en arrière afin de protéger les Français! C’était bien sûr faux.

De Lattre de Tassigny, l’un des nombreux officiers ralliés fin 1942. Photo trouvée sur http://rhin-et-danube.fr

 

Ce qui est par contre vrai est que l’agglomération des anciennes forces vichystes avec les unités de la France libre ne fut pas chose aisée. Au moment de la création de la 2e D.B, par exemple, le 501e régiment de chars de combat (issu des FFL) accusa ainsi les fusiliers-marins blindés, le régiment de Gabin, d’être un contingent « royal-nazi » car n’ayant pas pris part à la lutte plus tôt. En effet ceux-ci les avaient traité de « royal-voyous » ( carsoi-disant laquais de Londres!)… Si l’armée s’effondra (hormis les troupes passant à la Résistance, on l’a dit) en métropole, celle d’Afrique ralliée allait avoir de beaux jours devant elle: Italie, Débarquement de Provence, libération de Paris pour le RBFM etc… Beaucoup d’officiers tels Juin ou de Lattre allaient effectuer de grands faits d’armes.

Bibliographie:

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: V) L’opération « Torch »

Le général Giraud :

Continuons à voir l’histoire de cette armée méconnue en revenant sur sa fin, liée à l’avancée des Alliés. Il nous restera ensuite à conclure et soulever quelques interrogations.Pour le moment nous sommes en novembre 1942. C’est ce mois qui voit avoir lieu l’opération Torch, soit le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. En effet, si ceux-ci ne peuvent ouvrir le second front réclamé par Staline en Europe depuis juin 1941, ils entendent tout de même agir et régler le sort aux troupes de l’Axe en Afrique, que combattent le Commonwealth et les Français libres depuis 1940. L’idée est donc de débarquer sur leurs arrières et d’occuper les territoires français d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), également pour créer une base de départ en vue d’opérations en Sicile puis en France.  Or, le gouvernement américain, qui a pourtant une ambassade de Vichy sur son territoire, a très peu pris contact avec les autorités locales, et encore moins avec le Général de Gaulle que Roosevelt déteste (l’autre lui rend bien), le jugeant peu démocrate (dans le sens de partisan de la démocratie, pas du parti démocrate!) .

Les Américains décident donc de favoriser le général Giraud, vieux militaire rallié à Vichy, mais prêt à reprendre la lutte et qui s’était évadé d’Allemagne pour cela. C’est le choix, en fait, d’un homme facilement manipulable par Washington: il n’a  pratiquement pas de contacts sur place et ne doute de rien… Il se voit déjà en nouveau Foch, à la tête des armées alliées comme en 1918!

La fameuse poignée de main forcée de Giraud et de de Gaulle lors de la conférence de Casablanca en 1943. La rivalité entre les deux hommes fut forte. Image provenant de http://www.gutenberg-e.org

Le débarquement en Afrique du Nord: 

Les généraux Noguès (partisan d’une poursuite de la lutte en 1940) et Juin, qui commandent, donc, respectivement, au Maroc et en Algérie, n’ont finalement pas été prévenus de quoi que ce soit… Quand la flotte alliée apparaît devant les côtes et dévoile ses intentions de débarquer, le résultat est que quelques groupes tentent localement d’agir (Alger est tenue quelques heures par des résistants) mais, bien vite, Vichy fait passer le mot d’ordre de répliquer. Au Maroc les combats sont durs et violents, les pertes lourdes. Juin, lui, réussit à négocier avec les Américains et les choses se passent mieux en Algérie. En Tunisie par contre, l’Axe est autorisé à utiliser les pistes d’atterrissage et prend vite le contrôle du pays: il ne fut chassé que durement l’année suivante.

On le voit, la situation est confuse au possible. Pétain est loin, Giraud n’a pas d’autorité malgré son grade… Pourtant, Darlan (cf articles précédents), se trouve inopinément sur place (il y a un fils malade) et comprend que le vent est en train de tourner. Pour lui, la seule solution est de déclarer que le maréchal approuve ce qui est en train de passer et qu’il gouverne en son nom (en fait il n’y a jamais rien eu d’officiel). Or, beaucoup étaient justement prêts à croire que Pétain n’attendait que le bon moment pour reprendre le combat et l’illusion fonctionne. Darlan n’en profita toutefois pas, il fut assassiné peu de temps après.  Au niveau militaire, dès le début du mois de Novembre, les Français tournent leurs armes contre les Allemands et une grande partie de l’armée entre enfin dans la guerre. On verra pour terminer que l’agrégation avec les Français libres ne fut pas simple. Enfin, en métropole, l’armée d’armistice est dissoute au moment de l’opération Atilla qui n’est autre que l’occupation de la zone libre, dès le 11 novembre. Certains officiers voulurent alors se défendre, comme de Lattre, mais on leur cloua le bec pour terminer sur une note familière. Une partie non négligeable du matériel (voir article correspondant) de l’armée d’armistice passa alors à la Résistance: tenue modèle 41, casques, armes etc…

Les Britanniques débarquant leur matériel en Afrique du Nord. Crédit photo: wikipédia.

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: IV) Doctrine d’emploi et combats de Syrie

A côté des engagements la Marine, nous allons voir que les forces terrestres de Vichy connurent deux passages guerriers d’importance, où elles ouvrirent notamment contre les Français libres. Il s’agit de la Syrie en 1941 et de la résistance au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en 1942. Le premier épisode nous occupera aujourd’hui.

Que faire de l’armée de terre?

L’un des protagonistes les plus importants du régime Pétain reste l’amiral de la flotte, Darlan. Connu dès avant la guerre, il constituait  un personnage en vue de la IIIe République, en tant que chef respecté d’une marine qu’il avait su refonder et porter à un haut niveau d’excellence, pour les résultats que l’on a vus précédemment. Or, chef du gouvernement dès 1941, il préside aux destinées militaires de la France. Pour l’essentiel, ses buts  sont  simples et rejoignent ce que l’on a déjà vu: il faut défendre l’Empire colonial, dernière source de prestige, contre quiconque. Comme la Marine, il est une monnaie d’échange dans un monde où l’Axe semble devoir l’emporter et il convient de le mettre à l’abri des combats… On a vu que cela amena à faire feu sur de Gaulle et les Britanniques à Dakar.

En fait, beaucoup croient que l’Allemagne a gagné la guerre et ont de grands projets pour l’armée. Celle-ci doit servir à la « Révolution Nationale » (la politique intérieure de Vichy), tout en préparant éventuellement la revanche, au cas où. Celle-ci était jugée possible par plusieurs dirigeants et beaucoup restaient auprès de Pétain, croyant qu’il allait reprendre le combat au moment propice. Ils se remémoraient alors l’effort prussien de 1806-1813 après la terrible défaite de Iéna face à Napoléon ou même les récents contournements allemands du traité de Versailles dans l’entre-deux guerres, sujet toujours brûlant. Des historiens comme Robert Paxton ont finalement montré que ce n’était pas du tout l’intention profonde de Pétain, malgré ce qu’il affirma après-guerre…

Portrait de Darlan. Trouvé sur http://www.devoir-de-philosophie.com (!)

Syrie, 1941. 

Le problème est donc que cette analyse n’est pas très lucide, car la situation n’était pas la même que celle de la Prusse puis de l’Allemagne. La stratégie choisie se révèle au final  attentiste et démoralisante: attendre ce que va faire le camp adverse pour éventuellement riposter… Elle conduisit d’ailleurs à une série d’échecs sanglants, dont on vient de voir le volet naval. Le premier de ces ratages, cette fois terrestre, est celui de Syrie en 1941.

En effet le mois d’avril de cette année vit l’Irak (sous la coupe des Britanniques) être secoué par un coup d’état pro-Berlin. Les Allemands bien trop occupés et trop loin ne pouvaient l’aider directement, sauf par voie aérienne. Toutefois, le rayon d’action des avions de l’époque étant ce qu’il est, il fallait bien se rapprocher de la zone. Les aérodromes des territoires sous mandat français au Levant semblèrent alors être la solution. Devançant même les demandes allemandes, Darlan proposa à Berlin de les utiliser en échange de concessions. Le IIIe Reich accepta, et se vit même fournir quelques munitions par la France. Si le soulèvement, très mal organisé, fut  vite réduit par Londres, celle-ci prit alors conscience de l’intérêt stratégique du Levant (le nom de l’époque du Proche-Orient), qu’il fallait mettre hors d’état de nuire pour empêcher de nouvelles menaces… D’autant plus que la zone, avec Chypre, contrôle la Méditerranée orientale.  Une force (qui comprend des FFL) est donc envoyée sur place pour régler la question. Vichy donne l’ordre au général Dentz, commandant de la zone, de se défendre, ce qu’il fait. De durs combats ont lieu en juin-juillet et finalement les forces Vichystes sont vaincues. A plusieurs reprises, les Français se sont tirés dessus, sauf deux unités de la Légion qui refusèrent d’en venir aux mains… Même dans deux camps différents, la Légion ne tire pas sur la Légion. Elles obtiennent de pouvoir rentrer en métropole ou en Afrique du Nord. De Gaulle est déçu, il espérait en rallier à sa cause mais la majorité refuse…

L’artillerie de Vichy en action en Syrie. Crédit photo: ECPAD. Plus de clichés ici: http://www.ecpad.fr/les-forces-francaises-vichyssoises-combattent-durant-la-guerre-de-syrie

Nous verrons la prochaine fois la fin de cette armée, avec les combats d’Afrique du Nord en 1942.

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy : III) La Marine.

On l’a vu (cf premier article,) la seule arme en bon état, et qui resta quasi-totalement fidèle à Vichy, fut la Marine. Or celle-ci est l’une des plus puissantes du monde de l’époque et  l’armistice franco-allemand de juin 1940 prévoyait son désarmement. L’enjeu qu’elle constitua est une page importante de l’histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale.

Mers-el-Kébir et Dakar.

Si quelques marins ainsi que plusieurs bâtiments réussirent à partir rejoindre les alliés, les Britanniques craignirent très rapidement que cet instrument de puissance qu’est la flotte française ne tombe aux mains des Allemands, qui manquent cruellement de navires, et ils agirent rapidement pour la neutraliser. C’est ce que l’on appelle l’opération Catapult. C’est à dire qu’une escadre de la Royal Navy se présenta devant Mers-El-Kébir, grande base navale près d’Oran où était stationnée une bonne partie de la « Royale » et envoyèrent un ultimatum à leurs alliés de la veille….

L’amiral Gensoul qui commandait la force se vit signifier plusieurs issues par les Britanniques: 1) reprendre la lutte aux côtés des alliés, 2) être interné en Grande-Bretagne, 3) aux Antilles, 4) se saborder. Après un temps de tergiversation, Gensoul refuse d’obéir tout en affirmant qu’il ne se livrera pas à l’ennemi. Les Anglais ne s’en satisfassent pas et ouvrent le feu, avec les résultats que l’on sait: de nombreux navires sont envoyés par le fond (ils n’étaient pas en état de se défendre car pris par surprise et ne pouvaient fuir) et 1300 marins Français sont tués, ce qui est beaucoup. Ils en retirèrent un profond mécontentement contre les auteurs de cette tragédie et Vichy une intense propagande à ce sujet. Si De Gaulle s’abstint de juger (il comprenait la position britannique), il ne fit aucun éloge et le commandant britannique, Somerville, fut rongé sa vie durant par l’ordre qu’il dut exécuter. Ce bon moyen pour Londres de montrer sa détermination à continuer le combat fut complété par des mesures d’internement et de récupération des navires français présents dans les ports britanniques au moment de l’arrêt des combats.

Plus tard dans l’année, alors que la Grande-Bretagne et le Commonwealth restent désespérément seuls dans leur lutte contre l’Allemagne, le général de Gaulle désire faire basculer l’Empire colonial français, aux mains de Vichy, dans la guerre. L’opération réussit à partir du Tchad et de la personne du gouverneur Félix Eboué, qui rallie des territoires dès août 1940. Pourtant,  les forces navales franco-britanniques qui se présentent devant le port militaire de Dakar au Sénégal en septembre de la même année, espérant une même réussite subissent un échec cuisant : la place refuse de se rendre et les Français tirent sur des Français… L’aviation, la flotte et les batteries côtières restent fidèles à Vichy et ne se rallient qu’après l’invasion de la zone libre en 1942…

De Gaulle devant Dakar. Crédit photo: wikipédia.

L’invasion de la zone libre et l’amiral Godefroy

C’est en effet l’autre action d’importance de la Marine française entre 40 et 45 : son sabordement… En fait, après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942 (opération Torch), les Allemands ripostent en envahissant le reste de la France qu’ils n’occupaient pas. L’armée d’armistice est dissoute et la marine, qui restait puissante malgré la perte de trois cuirassés à Mers el-Kébir, ne peut se résoudre à fuir en direction des territoires occupés par les alliés. Hormis de très petits bâtiments,  elle se saborde à Toulon, pour éviter de tomber aux mains de l’ennemi, selon les ordres de l’Amiral de Laborde. C’est une catastrophe. Outre le fait que la force navale française si coûteusement forgée durant l’entre-deux-guerres a été perdue pour rien (après avoir très peu agi on l’a vu), elle prive la France libre d’un atout majeur.

Seule la force X (un cuirassé, quatre croiseurs, trois torpilleurs…) internée depuis 1940 à Alexandrie sans avoir rien fait du conflit la rallie enfin (mais en juin de l’année suivante seulement. L’amiral Godefroy (qui la commandait) fut mis à la retraite: il avait refusé de continuer le combat après l’armistice et voulait le commandement de la flotte en arguant du fait qu’il était le seul à arriver avec des unités intactes ! On lui fit remarquer qu’il avait attendu 1943 pour ça et il n’insista pas.

Ce court résumé montre bien le caractère paradoxal de la Royale aux ordres de Vichy : un instrument puissant, un outil de pression qui ne sut rejoindre massivement la France Libre qu’elle aurait pu rendre infiniment plus importante qu’elle ne l’a été et qui fut réduit à néant en deux évènements. Le quasi-culte rendu à son chef, l’amiral Darlan, et la fidélité au maréchal Pétain d’une arme moins anglophile et républicaine que d’autres n’y ont pas été étrangers. Ainsi les Forces Navales Françaises Libres restèrent d’importance moindre.

Photo aérienne de la flotte française se sabordant à Toulon. Crédit photo: wikipédia.

Bibliographie:

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L’armée d’armistice du gouvernement de Vichy: II) Evolutions de l’Uniforme et de l’équipement.

Nous avons vu au cours du précédent article quelles étaient les forces dont disposait le régime de Vichy au cours de sa courte existence, ainsi que leur répartition. Il s’agit de voir désormais qu’une réflexion fut engagée pour supprimer des éléments de l’uniforme et de l’équipement dont l’obsolescence devenait trop criarde. Beaucoup de projets ne purent être correctement menés à bien.

L’uniforme  et l’équipement

C’est un fait: l’armée des dernières années de la IIIe République s’était perdue en de multiples modèles de pantalons, de vestes, de couvre-chefs, avait maintenu des équipements et des armements trop anciens dans les rangs du fait des stocks… Ou essayé d’en transformer de manière trop coûteuse, plutôt que de généraliser l’emploi d’armes et de munitions modernes comme le MAS 36 et sa balle mle 24/29 pouvaient l’être. Il en est résulté un casse-tête administratif et un cauchemar pour l’intendance, avec les conséquences que l’on sait.

Voilà pourquoi le régime du maréchal Pétain tente de supprimer des archaïsmes trop voyants et depuis trop longtemps présents en développant de nouveaux uniformes . Pour ce faire, l’année 1940 est utilisée pour penser et conceptualiser une nouvelle tenue, dite modèle 1941. Si elle ne fut pratiquement pas distribuée au moment où les Allemands envahissent la zone libre  (novembre 1942), elle est la dernière génération faite en France sans influence étrangère dominante (comme la M47, inspirée des USA et de la Grande-Bretagne) et fait le lien entre les conceptions héritées de 14-18 et l’avenir. 

La tenue modèle 1941 (le casque est un Adrian mle 26, pas un 1941). Crédit photo: http://www.militaria1940.fr/

Qu’y trouve-t-on? Si les détails techniques des poches, rabats et autres boutons  nous intéressent ici peu (voir bibliographie pour le détail), je rappellerai là les principaux points. 

Tout d’abord les lignes générales de l’habillement sont simplifiées, rationalisées et les effets deviennent commun à la tenue de campagne et de sortie pour u souci d’économie. Elles s’inspirent des meilleures productions d’avant-guerre en en corrigeant les défauts les plus gênants. De plus l’abandon des bandes molletières est enfin acté: elles doivent être remplacées par des jambières en cuir, dont l’adoption avait été infinitésimale en 1940. C’est une grande amélioration dans le principe, même si le cuir a finalement été préféré à la toile (restrictions). 

Le casque aussi évolue: fini l’adrian 1926 que nous connaissons tous. Le nouveau millésime est inspiré des casques des troupes motorisées, avec un bandeau en cuir sur le devant. A l’acier au manganèse, il descend mieux sur la nuque que l’adrian et inspire directement le modèle de l’immédiat d’après-guerre, le 1945. Très peu ont été fabriqués et il reste très recherché. Là encore sa forme est plus élancée et moderne. Enfin, les concepteurs du projets veulent également unifier l’équipement, sur la base du modèle 1935, là où énormément de variations et de rafistolages avec des effets remontant jusqu’au Second Empire existaient en 1940. Même commentaire pour l’armement avec pour base de travail le fusil MAS 36 et le FM 24/29. 

Au final il faut retenir une volonté d’harmonisation et d’adoption de lignes plus récentes, mais avec un commencement d’exécution très timide du fait de la guerre: très peu de tenues mle 1941 furent produites et équipèrent les unités. D’ailleurs, plusieurs idées, comme la simplification des cartouchières, ne sont réalisées qu’après l’armistice du 8 mai. 

Le casque modèle 41. Image tirée de cet article: http://www.world-war-helmets.com/fiche.php?q=Casque-Francais-Mle-45

De nombreuses photos peuvent être retrouvées dans cet article de l’ECPAD:

http://www.ecpad.fr/wp-content/uploads/2012/05/Dossier_La-photographie-de-larm%C3%A9e-de-Vichy-_1941-1943_.pdf

 

Bibliographie:

-LEFEVRE (Eric) et VAUVILLIER (François), « La tenue modèle 1941 », Uniformes n°68 et 69, juillet-août et septembre-octobre 1982.

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L’armée d’Armistice du gouvernement de Vichy: I) Les forces disponibles

Après avoir fait un gros dossier sur les armes des soldats français en 1939-1940, revenons sur l’armée d’armistice, c’est-à-dire celle que peut garder le gouvernement de Vichy après l’occupation allemande du pays. C’est un cas unique de la Seconde Guerre mondiale. J’ai choisi ce sujet, car il est très peu connu.

Genèse:

Ainsi, après la défaite de la France à l’été 1940, l’armistice du 22 juin signé à Rethondes (c’est à dire dans la forêt de Compiègne) impose de dures conditions au pays. En fait,  plus d’un million six cents mille hommes sont aux mains des Allemands et la majorité va le rester jusqu’à la fin de la guerre, ce qui ne facilite pas l’entretien d’une armée.

Tout de même 500.000 furent libérés jusqu’en 1944 (ou s’évadèrent) et 200.000 réussirent à s’évanouir dans la confusion de l’été 1940. Restait tout de même un million de Français en Allemagne, employés à des travaux depuis des camps de prisonniers alors que les Alsaciens-Mosellans sont rattachés au Reich et doivent le service militaire dès octobre 1942 (également au Luxembourg, considéré comme Allemand). On parle de 130.000 personnes, dont 100.000 envoyées sur le front de l’est.

La situation est passablement compliquée, mais le maréchal Pétain obtient de pouvoir conserver des troupes en armes dans les territoires sous sa juridiction, ce qu’on appelle la Zone Libre, en gros la France du Sud de la Loire, et les colonies françaises. La raison est simple et pragmatique: Hitler laisse le maintien de l’ordre dans un territoire immense, et qu’il ne s’attendait pas à conquérir si vite, à d’autres mains que les siennes. 

Affiche pour le recrutement dans l’artillerie de l’armée d’armistice (« Armée nouvelle »). On reconnaît le canon de 75. Crédit photo: histoireimage.org.

En métropole:

Avec l’autorisation du Reich, Vichy a donc créé une armée d’armistice de 1940 à 1942, à la fois en métropole et dans les colonies. La France pouvait disposer d’environ 100.000 soldats proprement dits sur le territoire métropolitain, c’est à dire autant que l’Allemagne après 1918 (le parallèle est très intéressant). Et comme pour la Reichswehr (l’armée de la République de Weimar) des conditions drastiques sont posées par les vainqueurs. C’est-à-dire que l’artillerie est très limitée, l’aviation également. Quant aux blindés, ils sont interdits.

Pourtant, une partie les officiers et soldats qui demeurent dans cette armée (des hommes de carrière) réussissent à escamoter un peu de matériel aux yeux des Allemands et en font passer une partie à la branche militaire de la Résistance à l’occupant, l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) ou transmettent des informations à la France libre. Reste le problème du recrutement, le service militaire (conscription) étant interdit par l’Allemagne. En fait, de manière à contourner la chose, le gouvernement de Vichy crée les  Chantiers de Jeunesse, sorte d’organisme paramilitaire inspiré du scoutisme. Les jeunes hommes qui y passent y sont souvent dirigés par des anciens officiers ou sous-officiers et reçoivent une éducation militaire et sportive; l’endoctrinement exista évidemment dans cette structure qui accueillit environ 40.000 personnes au cours de son existence.

L’Afrique et la Marine: 

Revenons à présent sur l’Armée d’Afrique et les garnisons des colonies. La première désigne les troupes stationnant en Afrique du Nord: Maroc, Algérie et Tunisie. Or, elle a obtenu de pouvoir conserver un effectif de 135.000 hommes, soit plus qu’en métropole. De plus, elle parvient à cacher bien plus de fournitures que dans l’Hexagone. En effet le territoire est plus vaste, désertique et les commissions d’armistice envoyées par les Allemands pour vérifier le désarmement sont peu nombreuses. Cet équipement servit par la suite, comme nous le verrons.

Profitant de l’écran fourni par la Méditerranée et la distance, d’autres corps paramilitaires sont montés en Afrique par Vichy. Des généraux qu’on retrouve plus tard dans la France Libre, comme Weygand (et Juin s’occupèrent de toutes ces questions-là, croyant longtemps que Pétain attendait le bon moment pour reprendre le combat. Pour finir, Des contingents existaient également au Liban, en Afrique Noire, en Indochine, à Madagascar… Leur situation est précaire car ces territoires passent en partie à la France libre alors que l’Indochine est menacée par les Japonais et les Siamois qui attaquent même le territoire. La présence nippone fut néanmoins limitée jusqu’à leur prise de possession directe et très violente en 1945 (nous y reviendrons).

La seule arme en bon état, et qui resta quasi-totalement fidèle à Vichy demeure la Marine: la campagne de 1940 ne l’a que peu éprouvée et elle a très peu rejoint le général De Gaulle en 1940-1942. Les bâtiments restent modernes et la Royale (c’est le surnom de la marine française) l’une des plus belles flottes du monde de 1939. Vichy compte sur cette monnaie d’échange puissante qui reste entre ses mains, mais que deux événements vont réduire à néant.

Affiche de recrutement pour la cavalerie. Crédit photo: histoire-image.org.

Après ce tour d’horizon très rapide, nous reviendrons sur les actions de cette armée…

Bibliographie:

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