L’expédition d’Espagne de 1823: II) L’intervention française

Le mécanisme de l’intervention française 

Pour les raisons qui ont été décrites plus haut, le candidat le plus probable à l’intervention en Espagne se trouve finalement être la France de Louis XVIII. Celui-ci, installé définitivement sur le trône en 1815 après le second départ de Napoléon, n’est pourtant personnellement pas favorable à une telle entreprise, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il craint pour les finances du royaume, à l’équilibre assez précaire après tant d’années de guerre; de plus, il n’est pas sûr de l’absolue fidélité de l’armée.

Si celle-ci a été épurée après qu’une grande partie se soit ralliée à Napoléon durant les Cent-Jours, il n’en reste pas moins que, à la faveur des troubles révolutionnaires des années 1820 en Europe, une partie des troupes et des cadres penche plutôt du côté de ceux qu’on appelle alors les libéraux, terme dont le sens n’est pas le même qu’aujourd’hui (1). Qui donc est alors favorable à l’intervention ? Surtout les « ultras », soit les ultraroyalistes, les partisans intransigeants de la monarchie, n’acceptant aucune concession. En nombre limité, ils se groupent alors autour du frère du roi, le futur Charles X (2). Or, ces derniers, à la faveur notamment de l’affaiblissement physique du roi, qui les a longtemps tenus à l’écart, exercent une influence très importante à la fin de son règne et c’est leur conception qui va l’emporter.

Caricature britannique se moquant de Louis XVIII essayant de « chausser les bottes de Napoléon » à l’occasion de l’intervention. On a pourtant vu qu’il n’y était pas lui-même favorable ! Datant de février 1823, elle est de George Cruikshank. L’image, dans le domaine public est hébergée sur wikipédia.

La guerre est déclarée 

Une étape importante est franchie avec la nomination de Chateaubriand au ministère des Affaires Etrangères à la fin de l’année 1822. Proche par certains côtés des ultras (et une énigme par bien d’autres !), l’écrivain bien connu est un partisan de l’intervention française, à la fois pour que la monarchie restaurée puisse connaître des succès extérieurs qui la raffermiraient, et aussi pour que la France retrouve sa place dans la politique européenne. On l’a dit, elle est marginalisée depuis 1815 et le Congrès de Vienne qui met fin aux guerres de la Révolution et de l’Empire.

Bon gré mal gré, le roi est peu à peu amené à se rallier à l’intervention. Début 1823, les pressions des grandes puissances de la Sainte-Alliance augmentent en ce sens sur la France et Louis XVIII annonce l’intervention française à l’ouverture de la session parlementaire, le 23 janvier. Si les bancs de la gauche de l’époque s’agitent, si l’on doit même expulser le député Manuel, farouche opposant à ce projet, la chose ne peut plus alors être empêchée.

Après le vote des crédits de guerre, le roi fait alors créer une Armée d’Espagne forte de 100.000 hommes et sous le commandement nominal du duc d’Angoulême. Personnage falot et terne, ce neveu sans descendance (son mariage avec la fille rescapée de Louis XVI est stérile) est censé hériter du trône un jour, car Louis XVIII n’a pas d’enfants. Il espère là lui donner une certaine gloire militaire dont il manque tant et ainsi le faire apprécier des Français. En fait, la bonne marche des unités va être organisée par le général Guilleminot, vétéran de l’Empire qui veille à la bonne concentration des troupes le long du fleuve-frontière Bidassoa début avril 1823.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

(1): Le Littré nous aide: « Particulièrement. Les membres de l’opposition qui combattaient les propositions du gouvernement de la restauration. »

(2): Qui n’a tout de même pas forcément voulu rétablir la monarchie absolue d’avant 1789, comme l’explique bien Guy Antonetti (voir plus bas).

On trouvera l’essentiel des informations dans deux très belles biographies consacrées à Louis XVIII et Louis-Philippe, attendant alors son heure:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

Sur le rôle de Chateaubriand lui-même:

-BERCHET (Jean-Claude), Chateaubriand, Paris, Gallimard, 2012, 1049 p.

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Premier aperçu du patrimoine militaire de Cork

Je vous propose aujourd’hui un premier aperçu du patrimoine militaire et carcéral de Cork, ville qui fut l’un des hauts lieux de la guerre d’indépendance (1919-1922) mais aussi de la guerre civile irlandaise (1922-1923). En attendant une future exploration des musées de Cork, voici un tour d’horizon du fort élisabéthain et de la prison de la ville, où furent notamment enfermés des opposants au traité avec le Royaume-Uni. Photos de l’auteur.

Le site du fort :

http://www.elizabethfort.ie/

Celui de la prison:

https://corkcitygaol.com/

 

Utilisée de 1824 à 1923, la prison de Cork, bâtie telle une forteresse, fut longtemps le symbole du pouvoir britannique dans la ville. Des détenus de toutes conditions y furent retenus, mais aussi des prisonniers anti-traité durant la guerre civile irlandaise. Ces derniers refusaient de faire la paix avec le Royaume-Uni car l’indépendance n’était pas complète suivant le texte retenu. L’histoire leur donna tort car, malgré lui, les Irlandais coupèrent rapidement les ponts avec Londres après sa signature. Photo de l’auteur.

L’une des tours. Photo de l’auteur.

La porte vue depuis la court intérieure. Photo de l’auteur.

Dans la prison. Photo de l’auteur.

Dans la prison. Photo de l’auteur.

 

 

 

Vue de l’une des tours. Photo de l’auteur.

Graffitis des prisonniers durant la guerre civile irlandaise, sur les murs. Photo de l’auteur.

Dans Elizabeth fort. L’un des rares abri antiaériens qui existent encore en Irlande. Craignant à la fois une invasion britannique et une invasion allemande durant la Seconde Guerre mondiale, le pays s’y prépara. A ce sujet, lire: https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2008-1-page-113.htm. Photo de l’auteur.

Vue de Cork depuis Elizabeth fort. Il tire son nom de la reine Elizabeth Ier, car il fut bâti à la fin de son règne pour contrôler la ville. Par la suite détruit puis rebâti, il fut utilisé comme caserne, prison, base d’auxiliaires britanniques durant la guerre d’indépendance… Terminant sa carrière comme bâtiment utilisé par la police de la ville, il est désormais ouvert au public. Vous noterez le rare ciel irlandais sans nuages ! Plus d’infos: http://www.elizabethfort.ie/history/ Photo de l’auteur.

L’un ds canons du fort., pour une défense assez rapprochée. Photo de l’auteur.

Le fort. Photo de l’auteur.

L’à-pic est bien là ! Photo de l’auteur.

De 1915 à 1917, cette maison fut le quartier général de la brigade de Cork des « Irish Volunteers », l’une des nombreuses organisations nationalistes irlandaises. Celle-ci se battit notamment durant la révolte de la Pâque 1916. La ville, l’une des plus grandes d’Irlande est célèbre pour la grève de la faim de son maire, Terence Mc Swiney. Arrêté par les Britanniques, il mourut après plus de 70 jours sans se nourrir, en 1920. Photo de l’auteur.

Pour aller plus loin: 

Excellente synthèse en français sur l’Irlande:

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

Très bonne synthèse en anglais sur le soulèvement de 1916:

-TOWNSHEND (Charles), Easter 1916. The Irish rebellion, Londres, Penguin books, 2015, 442 p.

Sur la guerre d’indépendance irlandaise et la guerre  civile irlandaise, en anglais:

-HOPKINSON (Michael), The Irish War of Independence, Dublin, Gill & Macmillan, 

Green Against Green: The Irish Civil WarDublin, Gill books, 

Les photos du musée national d’Irlande:

https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

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L’expédition d’Espagne de 1823: I) Introduction

Remarques générales 

Des lieux de Paris (Trocadéro) dont l’origine du nom a été oubliée et de belles pages chez Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe… Voilà à peu près tout ce qui reste dans la mémoire collective de l’expédition d’Espagne de 1823. Menée pour rétablir le pouvoir autoritaire d’un roi peu populaire, contre la volonté d’une bonne partie de ses sujets, à la fin du règne d’un souverain lui aussi mal connu (Louis XVIII) et à la santé déjà bien mauvaise, elle n’a pas forcément bonne presse d’ailleurs.

On va toutefois voir qu’au-delà des considérations politiques de l’époque, elle représente pourtant un certain retour de la France sur la scène internationale après le désastreux (pour elle) congrès de Vienne qui clôt les guerres napoléoniennes. Elle représente aussi une victoire des troupes françaises dans la péninsule ibérique, seulement quelques années après l’épisode napoléonien, qui ne fut pas, au final, un succès et se caractérisa par de très grandes violences des deux côtés. Enfin, elle permet de comprendre un peu mieux l’Europe du XIXe siècle, déjà marquée, dans ces années 1820, par de nombreux troubles révolutionnaires.

Le roi Ferdinand VII d’Espagne, peint par Goya en 1814. Image dans le domaine public et hébergée sur wikipédia.

Le contexte politico-diplomatique 

En 1823, la diplomatie européenne a les yeux tournés vers l’Espagne dont le roi, Ferdinand VII est confronté à de très grandes difficultés. Réclamé à cor et à cri par une bonne partie de la population espagnole lors de l’occupation française du pays, il avait pu se rasseoir sur le trône de ses ancêtres après la défaite des troupes de Napoléon en 1813-1814. Toutefois, il mécontenta rapidement toute une frange de l’opinion en gouvernant de manière absolutiste, malgré une constitution datant de 1812. Forcé d’accepter des concessions après un coup d’Etat en 1820, il avait tenté à nouveau de rétablir son pouvoir absolu deux ans plus tard, sans réel succès. 

Le résultat de ces politiques assez désastreuses fut clair: en 1822, l’Espagne était déchirée par une vraie guerre civile, entre partisans de l’absolutisme et ceux d’une libéralisation du régime. Or, Ferdinand, bien décidé à garder la plénitude de ses prérogatives royales, appela les autres monarques européens à l’aide et notamment ceux de la Sainte-Alliance. Celle-ci était une alliance emmenée par le tsar de Russie et avait été créé en 1815 pour faciliter la lutte contre la résurgence de mouvements révolutionnaires en Europe. Aux côtés d’Alexandre Ier, se groupaient notamment l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, en pleine vague néo-absolutiste et redoutant un nouveau 1789.

Toutefois, ces pays, déjà occupés à lutter sur d’autres théâtres d’opération comme l’Italie, où la conscience nationale était en plein éveil et développement, et ne partageant par une frontière commune avec l’Espagne semblaient incapables d’intervenir en faveur de Ferdinand. Restait donc la France de la Restauration, pourtant écartée de beaucoup de décisions internationales depuis 1815, même si de talentueux diplomates comme Talleyrand œuvraient à faire cesser cet état de fait. 

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

On trouvera l’essentiel des informations dans deux très belles biographies consacrées à Louis XVIII et Louis-Philippe, attendant alors son heure:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

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Mon test de Hearts of Iron IV – Waking the Tiger (Gazette du Wargamer)

Avant de débuter un nouveau dossier consacré à l’expédition d’Espagne de 1823, où se déroula notamment la fameuse bataille du Trocadéro, nom dont l’origine est bien oubliée… Je vous propose la lecture de mon dernier test pour la Gazette du Wargamer. Il s’agit de l’extension Waking the Tiger pour l’excellent Hearts of iron IV. Outre les mécanismes de jeu, c’est l’occasion de se replonger dans l’Extrême-Orient des années 1936 à 1945, avec bibliographie à l’appui.

Le test:

https://www.wargamer.fr/hearts-of-iron-iv-waking-the-tiger-lextreme-orient-a-lhonneur/

Le point sur le patch 1.5:

https://www.wargamer.fr/hearts-of-iron-iv-le-patch-1-5-cornflakes-une-mise-a-jour-tres-consequente/

Les troupes chinoises en train de repousser les Japonais en Mandchourie. Capture d’écran issue de l’une de mes parties.

Complément bibliographique:

https://www.wargamer.fr/histoire-de-la-chine/

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« Bonnie prince Charlie » à l’assaut du trône (1745-1746): VI) Conclusion

Nous l’avons vu précédemment: même si le succès a semblé un temps à portée, la tentative de « Bonnie Prince Charlie » se solda par un échec retentissant. Il nous reste à voir ce qu’il advint de sa personne et des conséquences en Ecosse du Forty-Five , comme l’on y désigne cette période. 

La fuite du prince

La fuite du Stuart a tout de romanesque et a été vue comme telle dès l’époque, voire même comme plus philosophique: Voltaire et Diderot écrivirent alors de belles pages à son sujet, avant qu’elle n’inspire des chansons comme Skye boat song. Ainsi, sorti du champ de bataille de Culloden par quelques fidèles, il se lança vers la côte, poursuivi par les troupes gouvernementales. Il franchit tour à tour, et courageusement, des landes, vallées et îles, souvent aidé. Dormant plus d’une fois dehors, il mangeait de manière assez aléatoire, même si certains habitants lui vinrent en aide. Il ne fut d’ailleurs jamais livré par quiconque, ni repris, bien qu’ayant été talonné de près. Après une errance de plusieurs mois, il est finalement recueilli par la marine française, après plusieurs tentatives infructueuses.

Nouvelle preuve que les côtes britanniques étaient loin d’être inviolables et qui laisse croire à un autre sort possible pour celle-ci, si certains choix avaient été faits plutôt que d’autres ! Toujours est-il que deux navires malouins le récupérèrent le 13 septembre, et il put gagner les côtes de France sans encombre. La suite de sa vie fut une succession d’errances et de déceptions et il décéda en 1788, suivi en 1807 par son frère Henri, cardinal, sans postérité. Là prenait fin la dynastie déchue des Stuarts et l’espoir d’une restauration en leur faveur.

Skye boat song, chanson postérieure évoquant de manière très poignante la fuite de Charles-Edouard. Interprétation: The Corries.

Les conséquences

Si la prince conserva sa vie et sa liberté, il n’en fut pas de même pour beaucoup d’Écossais. De nombreux chefs impliqués dans le « Quarante-Cinq » furent arrêtés et certains mis à mort. Les choses ne s’arrêtèrent pas là et la répression qui s’abattit fut terrible: des villages entiers furent incendiés, des confiscations de terres et de biens réalisées, des violences sur les populations perpétrées durant des semaines.

Plus grave pour la société écossaise: nombre de lois mirent fin à des structures séculaires. La plus importante concernée se trouva être l’organisation clanique traditionnelle: un acte de 1747 retira aux chefs leurs droits de justice et, peu à peu, les liens entre les membres des clans se distendirent jusqu’à rompre bien souvent, car c’était là la base de leur pouvoir. De plus, les tartans et les armes furent bannis pendant trente ans, ainsi que la cornemuse !

A long terme, beaucoup de choses furent déstructurées : l’usage du gaélique recula, le contrôle militaire sur la région et notamment les Highlands fut renforcé (des routes militaires avaient été construites dès avant d’ailleurs). L’Ecosse d’aujourd’hui a pu retrouver une partie de ses racines, mais souvent après une entreprise de réappropriation culturelle menée aux XIXe et XXe siècles, et qui n’est pas sans avoir une vision fantasmée du passé.

« Portrait de Charles-Edouard Stuart » par Hugh Douglas Hamilton, vers 1785, au soir de sa vie. L’image est hébergée sur Wikipédia et le tableau à la Scottish National Portrait Gallery. https://www.nationalgalleries.org/visit/scottish-national-portrait-gallery

Les œuvres inspirées par cette période sont très nombreuses. Outre les chansons que j’ai indiquées, je me permets de citer le roman bien connu de Walter Scott, Waverley, histoire d’un jeune noble anglais impliqué dans ces événements. 

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

Sur la marine française au XVIIIe siècle:

-VERGE-FRANCESCHI (Michel),  La marine française au XVIIIe siècle : guerres, administration, exploration, Paris, SEDES, 1996, 451 p. 

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« Bonnie prince Charlie » à l’assaut du trône (1745-1746): V) De la retraite à la lande de Culloden

La retraite et le retour en Ecosse

L’ordre de retraite vers l’Ecosse ne signifie pas la débandade de l’armée de Charles-Edouard Stuart. Ses troupes se retirent en bon ordre vers le Nord et parviennent à vaincre les ennemis rencontrés sur la route. Mieux, après s’être regroupé à Perth avec ses hommes, il reçoit des renforts des Highlands, ainsi que le concours dune petite troupe française finalement venue, même s’il on a vu précédemment  qu’une expédition nombreuse et en règle organisée depuis Dunkerque avait été abandonnée. Voilà pourquoi Bonnie Prince Charlie reprend espoir: il réorganise ses effectifs et déloge ensuite une force ennemie de Falkirk début janvier 1746.

A partir de là, la fortune change toutefois de camp. Comme prévu, les montagnards regagnent leurs habitations en attendant le printemps, et les troupes gouvernementales réagissent. Leur nouveau commandant, Hawley, n’est pas très diplomate et se révèle vantard, mais cela ne l’empêche pas de faire occuper rigoureusement les terres qu’il reconquiert peu à peu, pour s’assurer de leur contrôle et surveiller des habitants souvent hostiles. Passé l’effroi de l’été précédent, le gouvernement de Londres s’est repris et des soldats prennent le chemin du nord.

« An Incident in the Rebellion of 1745 », attribué à David Morier. Plus d’informations sur le site internet suivant: https://www.royalcollection.org.uk/collection/401243/an-incident-in-the-rebellion-of-1745

La bataille de Culloden

Cela oblige les Jacobites à se tourner vers une poursuite des hostilités sous la forme d’une guérilla, ou « petite guerre » comme on dit à l’époque. La disproportion de moyens se fait de plus en plus criante à mesure que les troupes gouvernementales se renforcent et quadrillent le sud de l’Ecosse. Le chef Stuart décide donc de se retirer très au nord, dans la région d’Inverness, pour s’y retrancher et attendre de l’aide venue de France. Or, on l’a dit, celle-ci est fluctuante et soumise aux lois de la guerre sur mer: un vaisseau français, le Prince Charles, porteur de secours est ainsi capturé par la Royal Navy.

L’argent et le ravitaillement venant à manquer, Charles-Edouard fait la sourde oreille aux conseils de ses proches, qui lui suggèrent d’attendre l’été et le retour des Highlanders. Il prend la décision de se découvrir et d’affronter son ennemi dans une bataille rangée. La rencontre a lieu sur la lande de Culloden, proche de la ville d’Inverness, et est un désastre complet. Les jacobites, mal nourris et manquant d’équipement, se retrouvent de plus deux fois moins nombreux que les 9000 adversaires. Le résultat est sans appel: fauchés par l’artillerie, les feux d’infanterie bien coordonnés et bloqués par des rangées de baïonnettes, ils tombent par centaines, sans que le décompte total des pertes soit encore connu à l’heure actuelle. C’en est fini des espoirs de restauration des Stuarts, et Charles-Edouard prend la fuite.

Chanson évoquant le départ de Bonnie Prince Charlie et espérant son retour. Interprétation: Gaberlunzie

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

-Pour en savoir plus sur la « petite guerre au XVIIIe siècle:

http://journals.openedition.org/rha/7237

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Musée des Carabiniers (Rome)

Avant de reprendre nos affaires écossaises, je vous propose la découverte du musée des Carabiniers, à Rome. A deux pas du Vatican et gratuit, cet établissement est très riche en objets et informations sur cette composante essentielle des forces armées italiennes. Inspirés par la gendarmerie française, ils remplissent d’importantes missions de sécurité en Italie et sur les théâtres d’opérations extérieurs où les troupes de la Botte interviennent. Ils furent aussi de toutes les guerres du Piémont-Sardaigne puis de l’Italie depuis leur création en 1814. Le site du musée:

http://www.carabinieri.it/arma/ieri/museo-storico

Photos de l’auteur

Dessin du premier uniforme des Carabiniers, 1814. Il s’agit de la petite tenue estivale (car il y en a d’autres !) pour les hommes à pied. Photo de l’auteur.

Vous remarquerez l’usage du français, encore important dans le royaume de Piémont-Sardaigne avant l’unité italienne. C’était la langue du parlement comme le rappelle l’historien italien Lucio Villari dans « Bella e perduta. L’Italia del Risorgimento ».

Différents fusils (2e moitié du XIXe siècle) utilisés par les carabiniers. Photo de l’auteur.

Un bronze en l’honneur des carabiniers qui se battirent pour l’unité italienne. Photo de l’auteur.

Revolver Glisenti « type lefaucheux » modèle 1861 utilisé par les carabiniers. Photo de l’auteur.

Revolver Bodeo modèle 1889 utilisé par les officiers des carabiniers, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale comprise pour certains. Photo de l’auteur.

1880, « La récidive » Photo de l’auteur.

Étonnante FIAT modèle 1915 « Villar Perosa », arme d’aviation (où de nombreux carabiniers s’illustrèrent comme pionniers) aussi utilisée en petit nombre au sol. Photo de l’auteur.

1917, la fanfare des carabiniers chez les alliés britanniques à Folkestone. Vous noterez les drapeaux. Photo de l’auteur.

14 juillet 1919, les troupes italiennes, dont des carabiniers, défilent sur les Champs-Elysées. Photo de l’auteur.

« La lettura », 1er août 1915 propose ce dessin des « Carabiniers dans la tranchée ». Il est l’oeuvre d’Achille Beltrame. Photo de l’auteur.

Vélo militaire 15-18, utilisé par les carabiniers notamment. Photo de l’auteur. Vous voudrez bien excuser l’extincteur.

Célèbre tableau de la charge de Pastrengo où s’illustrèrent les Carabiniers en 1848, lors des guerres risorgimentales. Photo de l’auteur. L’événement est quasi fondateur pour eux et est encore commémoré.

Autres articles sur le patrimoine militaire italien:

https://antredustratege.com/2015/05/01/le-frioul-et-la-memoire-de-la-premiere-guerre-mondiale-en-italie-1915-1918/

https://antredustratege.com/2015/05/16/le-musee-historique-et-naval-de-venise-en-images/

https://antredustratege.com/2017/04/24/museo-centrale-del-risorgimento-rome/

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« Bonnie prince Charlie » à l’assaut du trône (1745-1746): IV) En marche vers l’Angleterre

La marche triomphale vers le sud

La victoire de Prestonpans évoquée la dernière fois donne l’élan à Bonnie Prince Charlie et à ses troupes, l’élan nécessaire pour se porter vers le sud. Son effet est renforcé par l’arrivée d’un diplomate français, le marquis d’Eguilles, apportant avec lui quelques armes et de l’argent, mais surtout de belles paroles. Charles-Edouard ne pouvait pas le savoir, mais la cour de Versailles ne lui est pas acquise totalement, loin de là, et on ne revit pas, durant sa tentative, d’essai réussi de débarquement en force de la part des Français. Reste qu’il voulut croire en ce soutien jusqu’à la fin et l’aristocrate arrive là au bon moment.

Toutefois, il semble ne pas avoir besoin de l’aide de Louis XV pour l’instant. Après avoir franchi la frontière entre Ecosse et Angleterre le 8 novembre 1745, sa marche vers Londres de son armée ressemble à une promenade de santé et un succès annoncé ! Ainsi, en trois semaines, ses forces abattent 450 kilomètres et réussissent assez habilement à berner les troupes ennemies dirigées par Wade et Cumberland. On l’a dit, l’armée royale est surtout déployée sur le continent et doit rassembler ses unités face au prétendant. Finalement, malgré des dissensions entre chefs écossais, la partie semble bel et bien gagnée: le 2 décembre, Derby est atteinte, à un peu plus de 200 kilomètres de la capitale, où, d’ailleurs, on s’affole. 

Ye Jacobites by Name, chanson traditionnelle évoquant les révoltes des partisans des Stuarts. Il s’agit de la version réécrite par Robert Burns, grand poète de la fin du XVIIIe siècle. Interprétation: Ian Bruce.

Le prince représenté en chef écossais par Louis Tocqué, portraitiste de l’époque. Image hébergée (domaine public) sur Wikipédia.

Coup d’arrêt au nord de Londres

C’est là que le sort devient contraire au prétendant. Non seulement il n’a pas écrasé, mais plutôt évité, les troupes de George II, mais, de plus, ses hommes commencent à exprimer leur mécontentement. En effet, le gros de son armée est constitué de montagnards des Highlands qui se sentent étrangers à cette haute politique et surtout loin de chez eux. Alors que l’hiver bat son plein, ils craignent pour leurs familles et possessions laissées loin derrière, dans les hautes terres d’Ecosse. La situation est critique pour Bonnie Prince Charlie car il ne peut évidemment rien seul, et la population anglaise n’a pas été transportée de joie sur son chemin ni ne s’est ralliée en masse.

Finalement, après des discussions très houleuses à la tête de l’édifice, Charles-Edouard décide de revenir en Ecosse plutôt que de rester seul et d’être vaincu dans un environnement hostile; au même moment, des manœuvres curiales versaillaises font échouer les préparatifs d’une expédition de secours organisée depuis Dunkerque… Or, la retraite ne ressemble pas à la marche décrite plus haut, et, on verra qu’elle se termine par la désastreuse bataille de Culloden.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

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« Bonnie prince Charlie » à l’assaut du trône (1745-1746): III) Premiers affrontements

Les hostilités débutent

L’une des grandes chances de Bonnie Prince Charlie est d’avoir tenté de reprendre le trône en pleine guerre de succession d’Autriche que j’avais évoquée en introduction. De ce fait, la plupart des troupes britanniques sont positionnées hors des îles, soit en Flandre et en Allemagne, ou au sud de l’Angleterre par crainte d’un débarquement français (qui n’eut jamais lieu). Il peut donc rassembler ses troupes, marcher sur Perth et faire fuir devant lui le général Cope, à la tête des troupes gouvernementales. Le moral est au beau fixe, les forces nombreuses et c’est là que Charles-Edouard reçoit son surnom.

Bien que tous les clans ne se soient pas ralliés et que la majorité des habitants des basses-terres proches de l’Angleterre (Lowlands) ne se soient pas non plus prononcés pour lui, il parvient tout de même à entrer par surprise à Edimbourg le 15 septembre. Les troupes britanniques se sont débandées, même si une partie tient toujours la citadelle de la ville (voir photo), alors que le prince voit les ralliements se multiplier après cette victoire. Il prend possession du château ancestral de Holyrood où, quelques décennies plus tard, le futur Charles X vécut en exil, fuyant la Révolution française !

Vue du château d’Edimbourg depuis le toit du musée d’Ecosse. Photo de l’auteur.

Rester en Ecosse ou passer en Angleterre ?

Là, les conseillers du prince se divisent: que faire ? Rester en Ecosse et y fortifier les positions conquises, prélude à une nouvelle indépendance de l’ancien royaume ? Ou foncer vers l’Angleterre en profitant de la désorganisation générale, et gagner Londres pour en chasser les Hanovre honnis ? Là, il faut rappeler que, malgré leur origine écossaise, les Stuart s’étaient rapidement anglicisés après leur arrivée sur le trône d’Angleterre (1603, union des couronnes) puis de Grande-Bretagne (1707: Acte d’Union)… On voit pourtant que Charles-Edouard s’est servi de son ascendance pour sa tentative.

Ces divisions, toutefois, cèdent d’abord le pas aux nécessités du quotidien: il faut rassurer la population, continuer d’organiser les troupes ralliées et contenir les chefs de clan pas toujours d’accord. Le moins qu’on puisse dire est que Bonnie Prince Charlie réussit plutôt bien l’exercice. Il fait de nombreuses annonces se rapportant aux lois et aux taxes (certaines imposées par Londres vont être abolies, promet-il) qui le rendent populaire. De plus, ses forces parviennent à écraser les soldats de Cope, enfin venu à sa rencontre à la fin du mois de septembre. Le choc a lieu à Prestonpans, le 21, à quelques kilomètres d’Edimbourg, et est une brillante victoire jacobite. Le général britannique y laisse armes et bagages, ainsi qu’un millier de prisonniers. Sa réputation de lâche et de fuyard était désormais faite, colportée par la chanson Hey, Johnnie Cope, Are Ye Waking Yet?

Hey, Johnny Cope, interprété par Alastair Mc Donald.

Bibliographie consultée (qui n’a donc pas pour but d’être exhaustive):

-DUCHEIN (Michel), Histoire de l’Ecosse. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2013, 797 p.

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Jean Gabin dans la guerre 39-45

Quelques photos de l’exposition Jean Gabin dans la guerre 39-45, au musée de la Libération de Paris. Peu d’objets, mais personnels et beaucoup d’informations. L’homme resta toujours discret sur cet engagement pas si courant dans les troupes combattantes de la France Libre. Si Jean marais et d’autres firent comme lui, beaucoup d’acteurs et d’artistes en général ne se distinguèrent pas par une participation active contre les forces occupantes. Cela dit, superbe musée, gratuit, de la ville de Paris: http://www.museesleclercmoulin.paris.fr/

Le site de l’exposition: http://www.museesleclercmoulin.paris.fr/fr/les-expositions/jean-gabin-dans-la-guerre-1939-1945

Plus vieux chef de char de la France Libre, Gabin servit en 1944 au combat, dans le Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM). On le voit ici avec les autres membres de l’équipage du « Souffleur II. Photo de l’auteur.

Jean Gabin est mobilisé dans la marine en 1939, il était déjà très connu. Photo de l’auteur.

Selon la tradition, l’acteur demanda quel était le premier grade qui lui permettrait de porter une casquette, car il n’aimait pas les bérets et autres bachis ! On le voit d’ailleurs dans la photo précédente faire prendre une forme de casquette à son couvre-chef, ce qui lui fut « reproché » par ses supérieurs ! Photo de l’auteur.

Documents de la France libre à propos de l’acteur et de son engagement dans les forces combattantes. Photo de l’auteur.

L’une de ses casquettes. Photo de l’auteur.

Portrait en pied. Photo de l’auteur.

Son sac, modèle civil américain. Photo de l’auteur.

Instructeur en Afrique du Nord au début de 1944, il fut plutôt apprécié et respecté dans ce rôle. Photo de l’auteur.

Edité par le RBFM. Photo de l’auteur.

Autre casquette. Photo de l’auteur.

Le régiment est un temps employé dans les combats de la poche de Royan, encore occupée par les Allemands. Après sa libération, l’unité, et Jean Gabin, combattent en Allemagne dans les derniers jours de la guerre. Photo de l’auteur.

L’étui de colt de Gabin, décoré d’insignes et médailles allemandes ! Une pièce rare. Photo de l’auteur.

Avec ses camarades du RBFM. On voit bien les traits tirés et la disparité des tenues. Photo de l’auteur. A retrouver ici, pour en savoir plus sur les pulls américains: https://www.reconstit.fr/2017/12/30/les-lainages-en-reconstit-arm%C3%A9e-fran%C3%A7aise/

Durant l’entre-deux-guerres, au service militaire. Ce sont des tenues de corvée de l’époque. Photo de l’auteur.

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