Museo centrale del Risorgimento, Rome

Quelques clichés du musée du Risorgimento de Rome. Cela désigne le mouvement d’unification de l’Italie, complexe et passionnant. Pour en savoir plus, une bibliographie à la fin et des renvois vers des articles existants.

Photos de l’auteur

http://www.risorgimento.it/

Tout commence avec Napoléon, premier à vraiment insuffler une idée d’unité à l’Italie, quoique sous le contrôle de la France. Comme l’écrit Lucio Villari: « Ne fu il veicolo il generale Napoleone Bonaparte. E fu l’Italia il suo primo passo verso l’eternità » (« Le général Napoléon Bonaparte en fut le premier véhiculeur [de la liberté]. Et l’Italie fut son premier pas vers l’éternité »).

Giuseppe Mazzini. L’un des penseurs les plus influents du Risorgimento, et exilé une bonne partie de sa vie. Tiré d’un portrait de Hawkes, 1849.

« Combattimento in un cortile fra i Milanesi e i « Cacciatori Tirolesi ». « Combats dans une cour entre les Milanais et les chasseurs tyroliens », 1848. La ville se révolte cette année-là.

Détail.

Portrait de Napoléon III par Genaille en 1851. L’Empereur fait beaucoup pour l’unité de l’Italie, même s’il stoppe son soutien direct avec l’armistice de Villafranca.

Non précisé, portrait de Victor-Emmanuel II, premier roi d’Italie. Il voit l’unification du pays vraiment débuter et le Vittoriano l’honore à Rome.

Détail d’un combat naval de la bataille de Lissa, pourtant défaite italienne (peintre non précisé). En 1866 l’Italie récupère la Vénétie sur l’Autriche pour prix de sa participation à la guerre aux côtés de la Prusse (voir mes vidéos youtube).  Des combats navals ont lieu en Adriatique, et celui-ci est le plus connu.

Détail d’un navire italien. On voit bien sa modernité pour l’époque. Il est cuirassé et marche à la vapeur. 

Les vaisseaux autrichiens sont plus vieux, mais ont su l’emporter, notamment grâce à l’éperonnage, tactique antique un temps remise au goût du jour grâce à la vapeur. En France, l’amiral Labrousse la vante à l’époque.

Affiche de propagande italienne, 1915-1918. Le Risorgimento, aux frontières chronologiques floues, s’achève, pour certains historiens, avec la prise du Trentin, du Tyrol du Sud et du Frioul-Vénétie Julienne après 1918.

Bibliographie indicative: 

-MILZA (Pierre), Garibaldi, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2014, 731 p.

-PECOUT (Gilles), Naissance de l’Italie contemporaine. 1770-1922, Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.

-VILLARI (Lucio), Bella e perduta. L’Italia del Risorgimento, Roma-Bari, Laterza, 2009, 345 p.

La guerre de Pontiac: II) Déclenchement et premiers affrontements

Je l’ai dit précédemment: les forces de sa gracieuse majesté parviennent mal à occuper les immenses territoires dont elles ont à présent la charge et qui couvrent une large partie des actuels Etats-Unis et Canada. De plus, les Amérindiens n’avaient pas réellement été vaincus durant la guerre de Sept Ans, et on a vu qu’ils voyaient la présence française qui venait de prendre fin comme préférable à la nouvelle.

Pontiac et ses hommes

Celui qui va mener la révolte est donc le chef Pontiac, dont on sait finalement assez peu de choses. Il vient de la tribus des Outaouais, qui est à l’époque de la région de Détroit, ville fondée par le Français Cadillac. Il fédère autour de lui de nombreuses tribus de mécontents, dont les Hurons, Shawnees et Delawares pour ne citer que les plus connues. Ils forment une confédération qui passe rapidement à l’action après la nouvelle de la signature du traité de Paris, en 1763. Ainsi, la région au sens large, reste en guerre, du Mississippi à la frontière avec l’ancien Canada français.

Or, la menace qu’ils font peser sur les possessions de la Grande-Bretagne sont loin d’être minces. En quelques semaines, ils parviennent ainsi à s’emparer de nombreux forts de la région de Détroit et de la vallée de l’Ohio, dont Pittsburgh, nommé ainsi en raison de l’homme d’Etat William Pitt. De plus, les Indiens, comme pendant la guerre de Sept Ans, lancent des raids dans les treize colonies limitrophes, et parviennent jusque dans les campagnes de Virginie et du Maryland, soit loin au sud. Ils réussissent à déjouer la surveillance ennemie et s’infiltrer dans leurs lignes.

Les colons sont évidemment horrifiés, et le commandement britannique en vient même à penser que les Français sont derrière toute cette histoire, alors qu’ils auraient été bien en peine d’organiser quoi que ce soit vu l’état de leurs armées, et après la terrible humiliation qu’est le traité de 1763. Pourtant, on va voir plus bas qu’ils jouent un rôle dans cette guerre.

Et les Français dans tout cela ?

En effet, ledit traité vient à l’époque seulement d’être signé et étant donné les distances et les moyens de communications de l’époque… Tous les Français ne sont pas encore partis des terres qu’ils viennent de perdre. Sans compter les colons qui vont rester (certains aidèrent les Indiens d’ailleurs) et dont les descendants habitent toujours au Québec par exemple, ils reste à l’époque des militaires et des administrateurs qui attendent leur retour en métropole et d’être relevés par les vainqueurs.

Or, c’est notamment le cas en Louisiane, colonie qui correspond à un tiers des Etats-Unis actuels, où les autorités britanniques (puis espagnoles, la colonie étant cédée à Madrid, on l’a vu) n’ont pas encore pris possession de tous les forts et postes. Là, quelle n’est pas la surprise d’un Neyon de Villiers, commandant du fort de Chartres (Illinois)… De voir les Indiens l’exhorter de reprendre la lutte à leurs côtés, et même Pontiac de venir lui-même lui demander une telle action. D’ailleurs, au cours de cette guerre, les Amérindiens utilisent même à plusieurs reprises de vieux drapeaux à fleurs de lys durant les combats !

Ce n’est là qu’un exemple, mais il y en eut d’autres de ce style, qui illustre la complexité des rapports franco-indiens, et de ce conflit en général. Là, Neyon de Villiers, quoique fortement marqué par ces évènements, ne souscrit pas à la demande du chef indien, car ses ordres le lui interdisent formellement. Il doit respecter les termes du traité de Paris. On va le voir ensuite, la guerre s’inscrit peu à peu dans l’impasse.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-DZIEMBOWSKI (Edmond), La guerre de Sept Ans. 1756-1763, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2015, 670 p.

-HAVARD (Gilles) et VIDAL (Cécile), Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2014, 863 p.

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La guerre de Pontiac: I) Introduction

Le conflit dont je vais vous parler à présent est l’un des nombreux affrontements qui survinrent entre les Européens et les Amérindiens, entre leur arrivée en Amérique et les derniers raids apaches au début du 20e siècle. Il opposa de nombreuses tribus indiennes conduites par un chef énergique nommé Pontiac aux forces royales britanniques et colons anglo-saxons, et dura deux ans. Née des conséquences de la guerre de Sept Ans (1756-1763), cette guerre fut difficile pour les deux parties et, on le verra, a une certaine importance pour l’histoire de l’Amérique du Nord et des futurs Etats-Unis.

Dans le sillage du traité de Paris

Je viens de le dire, la guerre de Pontiac résulte de la guerre de Sept Ans, funeste pour la France. Après des débuts prometteurs, celle-ci voit finalement la balance pencher du côté de ses ennemis. Sur le continent européen, la coordination avec l’allié autrichien contre les forces britanniques et prussiennes (notamment) de Frédéric II est mauvaise. De plus, en Amérique, les troupes de Louis XV sont peu nombreuses, dispersées sur un immense territoire, minées par une querelle de commandement entre le gouverneur de la Nouvelle-France Vaudreuil et l’officier envoyé de métropole, le fameux Montcalm, assez ombrageux et peu au fait des réalités américaines. Enfin, la marine n’est plus celle du roi-soleil et ne parvient pas à vaincre la Royal Navy qui étouffe la colonie.

Le résultat est connu: le traité de Paris est catastrophique pour la France, qui abandonne l’Inde sauf cinq comptoirs, et toutes ses possessions sur le continent américain, à l’exception des îles des Antilles et de Saint-Pierre et Miquelon… Alors que la faible Louisiane, mal mise en valeur, est cédée à l’Espagne pour prix de sa participation, infructueuse d’ailleurs, à la guerre aux côtés de Versailles. Ainsi, Londres paraît triompher: les 13 colonies sont libérées de la pression française dont les territoires, certes peu peuplés, allaient en arc-de-cercle du Saint-Laurent au Mississippi,  les postes de traite de la fourrure tombent entre ses mains, la marine française est écrasée etc. 

Toutefois, les historiens ont bien montré que cette victoire portait dans ses flancs le déclenchement de la guerre d’indépendance américaine, ce qui n’est pas notre sujet, mais aussi de nouvelles tensions avec les Amérindiens, ce que je vais évoquer.

Eau-forte de Chevillet de 1783 montrant la mort de Montcalm à Québec. © Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Droits réservés https://www.histoire-image.org/etudes/marquis-montcalm-heros-guerre-sept-ans

Français et Amérindiens

En effet, sans faire d’hagiographie, il est certain que la colonisation française s’est toujours appuyée sur une alliance étroite avec les tribus indiennes. Essentiellement car le peuplement d’origine européenne n’a jamais été fort en Nouvelle-France, contrairement aux treize colonies, où les violences contre les Indiens ont été plus grandes. La France avait un intérêt certain à ménager les habitants originels du continent, et ceux-ci à faire de même, pour limiter les effets de l’arrivée massive des Européens dans les treize colonies, où ils se sentirent vite trop nombreux pour la terre disponible, et cherchèrent à s’étendre. Cette histoire franco-indienne reste émaillée de conflits sanglants et de duperies, mais aussi d’échanges culturels réels (symbolisés par les coureurs des bois par exemple), et de vraies réussites militaires. Je vous renvoie à la bibliographie pour en savoir plus.

Au final, si les anglo-saxons ont emporté l’alliance de plusieurs tribus, notamment avec leurs victoires militaires qui les détournèrent in fine du camp français… Le départ des fleurs de lys ravive des tensions et une forme de regret de la présence française, en partie fantasmée, naquit. Ainsi, les « tuniques rouges » ont du mal à s’approprier l’immense espace dont elles se sont rendues maîtres durant la guerre, et les premiers accrochages avec les tribus éclatent vite, débouchant sur une guerre généralisée: la guerre de Pontiac.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-DZIEMBOWSKI (Edmond), La guerre de Sept Ans. 1756-1763, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2015, 670 p.

-HAVARD (Gilles) et VIDAL (Cécile), Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2014, 863 p.

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Les débarquements français en Irlande V) Conclusion et mémoire des événements

Conclusion

Au final, ces trois débarquements ont été des échecs à plus ou moins brève échéance. Les raisons furent à chaque fois différentes, je vous renvoie aux développements plus haut. Toutefois, et, en restant dans le champ de l’histoire contrefactuelle, on peut par exemple se demander ce qui se serait passé si l’expédition de 1796 avait pu être menée à son terme, car les conditions étaient autrement plus propices que deux ans plus tard. Si les buts visés ne furent pas atteints, reste que, malgré l’absence de désintéressement de la part des Français, l’expérience a renforcé les liens entre les deux pays et permis la naissance de nouvelles traditions militaires, notamment avec l’emploi important d’Irlandais sous les drapeaux français.

Ruines d’une église médiévale sur les lieux du débarquement. Photo de l’auteur.

 

Ces expériences constituent bel et bien des attaques directes sur le sol des Iles Britanniques, dont on a trop tendance à lire qu’elles sont restées inviolées depuis l’invasion normande de 1066. La persistance, au fil des siècles, de plans d’invasion côté français est frappante. En plus de ceux évoqués, certains furent près d’être tentés ou étaient, du moins sur le papier, impressionnants, notamment sous Louis XIV et pendant la guerre de Sept Ans. Au final, ces événements, loin d’être majeurs, restent intéressants à étudier et on donné lieu, côté irlandais, à une  mémoire assez vivace.

Kelly the Boy of Killane , héros de 1798. Interprétation de Luke Kelly avec les Dubliners

‘ »For the boys march at dawn from the south to the north
Led by Kelly the boy from Killane »

Une mémoire à deux vitesses

Les débarquements dont j’ai parlé ne sont pas connus de la même façon des deux côtés de la mer Celtique, c’est une évidence. En France, ils sont cités dans quelques revues et livres dont vous avez un échantillon assez représentatif dans la bibliographie que je vous ai indiquée, et c’est à peu près tout. Ainsi, en dehors de ces auteurs spécialistes et du lectorat assez restreint qui les lit, ils restent très peu connus du grand public. Les raisons sont multiples: ils n’ont notamment pas été des succès foudroyants, on l’a vu, et, en général, le fait maritime intéresse moins les Français que ce qui est continental.

Maison de Kilcummin, où débarquèrent les Français en 1798. Vous remarquerez les drapeaux. Photo de l’auteur.

Sans faire de généralités, il sera par exemple beaucoup plus facile pour beaucoup de gens de citer une victoire terrestre française qu’une victoire navale, surtout pour la période de la Révolution et de l’Empire. Il n’est donc pas étonnant que ces trois épisodes soient presque tombés dans l’oubli en France, même si les moyens étaient là sous Louis XIV, et en 1796, on l’a vu. De plus, avec le débarquement raté à Fishguard au Pays de Galles en 1797 (voir article plus bas), ils restent symboliquement importants et montrent que la Royal Navy ne pouvait pas tout empêcher. 

Autre chanson sur l’insurrection de 1798, interprétée par les Dubliners.

« By the risin’ of the moon, by the risin’ of the moon,
With your pike upon your shoulder, by the risin’ of the moon »

Côté irlandais, la mémoire de ces tentatives de secouer le joug britannique reste plus développée, surtout dans le cas de la dernière. Outre les commémorations encore effectuées de nos jours et les plaques récemment dévoilées sur les lieux (voir photos articles précédents et celui-ci), les habitants nomment encore 1798 « The year of the French », soit « L’année des Français. » Malgré l’échec et, je l’ai dit, des relations parfois conflictuelles à l’époque, ces aspérités ont été largement oubliées aujourd’hui. Or, on ne compte plus les chansons et les livres qui parlent de cet événement (et  vous pouvez en voir certaines plus haut), comme par exemple Bantry bay, the French on the sea, interprétée par Derek Warfield dans l’album au titre évocateur: Liberté ’98. Je citerai aussi un roman historique d’un grand professeur et romancier américain passionné de l’Irlande: Thomas Flanagan, auteur de l’ouvrage justement nommé The year of the French (1979).

Plaque sur la maison. Photo de l’auteur.

 

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008. Voir notamment cet article :

https://rha.revues.org/4612

Cet article de Hugh Gough évoque le « débarquement » au pays de Galles en 1797:

http://books.openedition.org/puc/788

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Les débarquements français en Irlande IV) 1798, une tentative avec très peu de moyens

Nous avions vu la dernière fois la tentative ratée d’un débarquement en 1796. Cet échec était d’autant plus dommageable aux projets franco-irlandais qu’il fit peur à Londres, qui déploya d’importants moyens pour écraser la rébellion irlandaise. Ainsi, alors que les Français vont finalement parvenir à débarquer, deux ans plus, tard, ceci va se faire dans une île où la volonté insurrectionnelle aura été sérieusement émoussée par la répression britannique.

Débarquement à Kilcummin

Déjouant la surveillance de la Royal Navy, un bon millier d’hommes parvient donc à partir de France et toucher terre en Irlande le 22 août 1798, dans le comté septentrional de Mayo, au bourg de pêcheurs de Kilcummin (voir photos). Ces hommes sont commandés par le général Humbert, combattant courageux qui a franchi les échelons rapidement depuis 1792, comme beaucoup de ses contemporains. La faiblesse de ses moyens est dès le début patente, et il intervient dans une île où, je l’ai dit en introduction, les succès potentiels d’une rébellion sont beaucoup moins importants que deux ans plus tôt.

Toutefois, il ne reste pas inactif: des ruraux et des Irlandais-Unis se joignent à lui rapidement, et il marche sur Killala, ville ayant une importance locale et proche du lieu de débarquement. Le courage et la volonté sont bien présents, mais les insurgés locaux manquent cruellement d’armement et d’entraînement, ce qui agace les Français. Néanmoins, l’armée d’Irlande parvient à s’emparer de Ballina et, mieux, à l’emporter sur les 6000 hommes de Lake à Castlebar quelques jours plus tard !

Pour l’emporter dans cette localité non sans valeur, Humbert a fait monter ses hommes à l’assaut au pas de charge, et les Irlandais se sont battus si vaillamment… Que les lignes britanniques ont été enfoncées malgré la disproportion évidente de moyens. La déroute est telle que ceux qui se sont enfuis l’ont fait si rapidement qu’ils ont été copieusement brocardés dans les écrits et les caricatures du temps. A tel point que l’on a parlé de « courses de Castelbar » (Castelbar races).

Contre toute attente, ces débuts furent donc couronnés de succès, mais bientôt l’expédition d’Irlande allait tourner court.

La pointe de Kilcummin où les Français ont débarqué en 1798. Photo de l'auteur.

La pointe de Kilcummin où les Français ont débarqué en 1798. Photo de l’auteur.

 

Plaque commémorative sur les lieux. Photo de l'auteur.

Plaque commémorative sur les lieux. Photo de l’auteur.

 

Un échec 

En effet, malgré l’épisode peu glorieux pour eux de Castelbar, les Britanniques se reprennent rapidement. D’ailleurs, tous les avantages sont de leur côté: leur supériorité numérique de plusieurs dizaines de milliers d’hommes est écrasante, et la surprise est passée. Bien que Humbert ait déployé une activité intense, pris de nombreuses décisions et vu une république irlandaise être proclamée… Il a des effectifs squelettiques et, pour ne pas tomber aux mains de son adversaire, il décide de se mettre en marche vers Sligo début septembre, y espérant des renforts irlandais.

Les forces royales, commandées par Cornwallis, le fameux vaincu de la bataille de Yorktown lors de la guerre d’indépendance américaine, opèrent donc méthodiquement pour le vaincre. Elles encerclent peu à peu les forces franco-irlandaises. Bien qu’elles se défendent courageusement et repoussent de nombreuses attaques, celles-ci sont encerclées par 30.000 hommes (!) dans la plaine de Ballinamuck courant septembre. Humbert doit se rendre, ne pouvant évidemment l’emporter face à une telle troupe. Toutefois, il réussit à obtenir pour ses hommes des conditions de reddition correctes, là où la répression qui s’abat sur les Irlandais va être terrible.

Nous analyserons la prochaine fois la mémoire de ces évènements et conclurons.

 

Le paysage. Photo de l'auteur.

Le paysage. Photo de l’auteur.

 

Kilcummin, jour de commémoration, été 2016. L'endroit était pavoisé aux couleurs françaises. Photo de l'auteur.

Kilcummin, jour de commémoration, été 2016. L’endroit était pavoisé aux couleurs françaises. Photo de l’auteur.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008. Voir notamment cet article :

https://rha.revues.org/4612

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Les débarquements français en Irlande IV) La tentative de 1796

Quittons le règne de Louis XIV pour nous diriger vers la période révolutionnaire. A nouveau des débarquements vont être tentés en Irlande, mais ceux-ci sont différents de l’époque du roi-soleil (il ne s’agit plus de remettre les Stuart sur le trône !) et, pas plus que ces derniers, ne parvinrent à renverser la domination britannique dans l’île.

Une île en pleine révolte

La Révolution française de 1789 a des échos jusqu’en Irlande, où les évènements sont suivis et plutôt appréciés. Cet exemple influence durablement les Irlandais, dont la situation matérielle et morale a peu changé depuis le XVIIe siècle. Si des réformes ont été très progressivement adoptées, la majorité catholique est à peu près écartée de la direction des affaires et ne possède pratiquement pas la terre. Ceci sans parler de l’attitude méprisante de certains possédants venus de Grande-Bretagne (dont des Écossais, tous ne sont pas Anglais).

De plus, suivant les évènements du continent, à partir de 1793, les positions se radicalisent des deux côtés, même si tous les Irlandais ne sont pas attirés par les idées révolutionnaires. C’est notamment le cas de la hiérarchie catholique qui craint un mouvement anticlérical comme celui que connaît la France de la Terreur (et même dès avant). Toujours est-il que des violences éclatent à partir de 1795.

Notamment en Ulster où les presbytériens et anglicans jugent le moment venu pour se débarrasser des catholiques qui avaient occupé des terres à l’abandon, suite à l’émigration vers les Etats-Unis des tenanciers et propriétaires protestants, ou tout simplement de ceux s’opposaient à eux. Cinq à sept mille personnes perdent ainsi la vie. De plus, dans toute l’île, notamment par crainte de la contagion révolutionnaire, des violences similaires ont lieu et une loi est votée qui donne au gouvernement les moyens légaux de réprimer tout acte de révolte, l’Insurrection Act (1796). 

Chanson sur Henry Joy McCracken, compagnon d’armes de Wolfe Tone, mort en 1798 (lien avec la partie suivante), chantée par Tommy Makem:

« The boys were out, the red coats too »

Une occasion manquée 

Tout ceci, par effet d’entraînement, radicalise les sociétés irlandaises qui avaient été formées pour réclamer plus de droits, mais sans renier le lien avec la couronne britannique. C’est le cas de la très importante société des Irlandais-Unis, qui se militarise à partir de ce moment et se jure de faire de l’Irlande une république. Elle se tourne donc tout naturellement vers la France, par l’intermédiaire d’un personnage central dans l’histoire de la lutte irlandaise: Théobald Wolfe Tone.

Exilé à Paris, il parvient à rallier à sa cause suffisamment de soutiens pour qu’une expédition soit envisagée, et même autorisée. Elle reçoit pour commandant le prestigieux général Hoche… Mais dès le début est mal engagée: la marine française est très affaiblie depuis le départ d’une majorité de ses officiers d’Ancien Régime à partir de 1789. Ceux qui restent sont très réticents à l’idée d’engager (surtout près des bases de la Royal Navy) un outil mal entretenu, et manquant de cadres. 

Ainsi, les retards s’accumulent tout au long de l’année 1796, mais finalement 15.000 hommes embarquent sur 42 navires le 15 décembre de cette année. L’expédition tourne court à cause d’une tempête qui sépare les navires: seuls quinze atteignent la baie de Bantry… Où ils ne restent pas, le mauvais temps empêchant un débarquement sécurisé ! C’est une occasion manquée car les moyens étaient là, et le projet a totalement surpris les Britanniques qui ne s’y attendaient pas. Deux ans plus tard, quand le dernier débarquement va réussir, ils auront eu le temps d’écraser la révolte irlandaise (voir V).

Caricature de 1797 James Gilray sur l'expédition d'Irlande de 1796

Caricature de 1797 James Gilray sur l’expédition d’Irlande de 1796

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008. Voir notamment cet article :

https://rha.revues.org/4612

Sur la désorganisation de la marine après 1789:

-VERGE-FRANCESCHI (Michel),  La marine française au XVIIIe siècle : guerres, administration, exploration, Paris, SEDES, 1996, 451 p. 

A titre de comparaison, un article d’Olivier Chaline sur les mutineries de 1797 dans la Royal Navy:

http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_2005_num_24_1_2535

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Les débarquements français en Irlande III) 1690: poursuivre la tentative de 1689

Nous en étions restés à ce moment où Louis XIV décide d’envoyer d’importants renforts en Irlande. Les troupes fidèles au Stuart piétinent face à la résistance de l’Ulster, où les partisans de Guillaume d’Orange sont plus nombreux, Guillaume qui a aussi envoyé des soldats en nombre dans l’Ile verte.

Une vraie expédition

Que veut dire l’expression « renforts substantiels » que je citais en introduction ? Rien de moins que près de 7000 hommes et 400 officiers, dont une soixantaine d’artillerie, débarqués en mars 1690… Nous sommes loin des conseillers de l’an passé. C’est sans doute la force française la plus importante qui ait débarqué pour des opérations militaires dans les îles britanniques… Toutefois, leur chef, le comte de Lauzun, n’est guère un brillant stratège et cette arrivée de Français correspond à un échange de troupes décidé par les dirigeants….

En effet, plusieurs régiments irlandais prennent leur place dans les navires de la flotte du roi-soleil pour aller combattre sur le continent. C’est l’origine d’un noyau de troupes irlandaises dont les successeurs combattront jusqu’à la Révolution, voire au-delà (exemple en 1870 dans la Revue historique des armées citée en bibliographie). Au final, rien n’était acquis pour Jacques II.

Benjamin west représente ici Guillaume III à la bataille de la Boyne. Le tableau est de 1781.

Benjamin west représente ici Guillaume III à la bataille de la Boyne. Le tableau est de 1781.

La bataille décisive de la Boyne 

A partir de là, les évènements s’accélèrent. Guillaume d’Orange lui-même se met à la tête de ses troupes, et marche vers l’armée franco-irlandaise de Jacques II. A l’été, les deux forces se font face, pour ce que tous ressentent comme un combat décisif. Le roi Guillaume dispose de 36.000 hommes bien entraînés face aux 25.000 partisans du Stuart. L’affrontement a lieu de long des rives de la rivière Boyne, au nord de Dublin, le 1er juillet 1690 (selon le calendrier julien de l’époque).

Or, c’est une terrible défaite pour les Jacobites, le nom qu’on donne aux partisans des Stuart (Jacques devenant « Jacobus » en latin). Malgré une défense coriace de la cavalerie irlandaise, les régiments obéissant à la maison d’Orange parviennent à passer en force la rivière, et fondent sur les troupes de Jacques, mal positionnées. Les troupes françaises se comportent admirablement, protégeant la déroute du reste de l’armée, mais ne pouvant changer le résultat final.

Les conséquences 

Cette bataille décisive marque un premier échec Stuart de reprise du trône. Le roi parvient à s’enfuir en France depuis Kinsale, et sa famille va installer sa cour pour de nombreuses années à Saint-Germain-en-Laye. Les troupes françaises, elles, rembarquent depuis Galway et retournent en France. Si elles se sont bien comportées au combat, il ne faut pas croire à une idylle en Irlande. Les hommes de Louis XIV ont souvent été méprisants, trouvant les Irlandais pauvres et frustes, et ceux-ci n’ont pas apprécié certaines de leurs manières… Ni  le fait que Jacques les écoute plus qu’eux-mêmes.

Toutefois, on a vu que nombre d’Irlandais passèrent en France où ils allaient se couvrir de gloire pendant des décennies, combattant notamment à Malplaquet en 1709, d’autres dans la marine, comme la famille Mac Nemara. D’importants liens franco-irlandais se nouent à l’époque.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008. Voir notamment cet article :

https://rha.revues.org/4612

Évocation des Irlandais dans la marine française:

-VERGE-FRANCESCHI (Michel),  La marine française au XVIIIe siècle : guerres, administration, exploration, Paris, SEDES, 1996, 451 p. 

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Les débarquements français en Irlande II) 1689: raisons et déclenchement

Le contexte

Le premier débarquement dont nous allons parler est donc celui de 1689, en plein dans le règne de Louis XIV. Celui-ci entame la partie la plus délicate de ses années au pouvoir. Si les armées françaises emportent encore de beaux succès, ce ne sont plus les victoires des guerres du début du règne : Dévolution (1667-1668) et Hollande (1672-1678). Depuis l’année précédente, la France jugée trop puissante, fait face à une puissante coalition ce qui a donné son nom au conflit : la guerre de la ligue d’Augsbourg.

Elle rassemble de nombreux pays, dont le royaume d’Angleterre, celui d’Espagne et les Provinces-Unies. C’est en fait une constante jusqu’en 1815, qui fait que plusieurs historiens nomment cette période « la seconde guerre de Cent ans ».

Pourquoi un débarquement en Irlande ?

Il est lié à la guerre de la ligue d’Augsbourg, mais aussi à la « Glorieuse Révolution ». Celle-ci a chassé les Stuart du trône en 1688, notamment à cause du catholicisme militant du roi Jacques II, dans un pays devenu majoritairement anglican et presbytérien (Ecosse). Appelé depuis les Pays-Bas, Guillaume d’Orange le remplace sous le titre de Guillaume III. Or, il n’aime pas Louis XIV qui a envahi son pays pendant la guerre de Hollande citée en introduction. Depuis, et pour longtemps, les Stuart se sont réfugiés avec leurs partisans en France et vont tenter plusieurs fois de reprendre le pouvoir en débarquant en Ecosse ou, là, en Irlande où ils gardent des soutiens.

Un premier débarquement d’officiers 

Ainsi, Versailles se laisse convaincre qu’aider Jacques II à retrouver son trône est une occasion inespérée d’affaiblir durablement l’Angleterre (l’union de la couronne anglaise avec l’Ecosse n’a lieu qu’en 1707, et celle avec l’Irlande en 1800-01), en suscitant une révolte sur les terres qu’elle contrôle. Pour revenir à l’Irlande: une bonne partie de l’Ile Verte, farouchement catholique, sauf au nord plus mêlé, s’est en effet soulevée et réclame le retour du roi Jacques. Celui-ci débarque donc à Kinsale, dans le sud de l’Irlande, le 12 mars 1689.

Outre ses hommes (un bon millier de partisans) et du matériel, une centaine de Français, des officiers, sont à ses côtés. Ils doivent le conseiller et l’aider à commander ses troupes. Or, dès le début, l’entente est mauvaise entre les deux partis qui n’ont pas les mêmes conceptions stratégiques. Le Stuart ne parvient d’ailleurs pas à s’emparer rapidement des villes protestantes de l’Irlande du Nord, qui se défendent farouchement, et une armée de secours est dépêchée depuis l’Angleterre.

Bref, cela conduit Jacques et Louis à décider de l’envoi d’une force française bien supérieure, dont nous allons parler la prochaine fois.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-Cours de licence sur le règne de Louis XIV, année universitaire 2007-2008, ICP.

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Les débarquements français en Irlande (1689, 1796, 1798): I) Introduction

Échec des débarquements sur la côte anglaise 

C’est un fait bien connu: si le Normand Guillaume le Conquérant y parvint, jamais les armées françaises n’ont réussi à prendre pied en force sur le sol de la Grande-Bretagne après un débarquement. Cette impossibilité a notamment fait enrager Louis XIV, malgré les victoires de Tourville qui tint la Manche, et Napoléon, empêtré dans son plan qui se termina par Trafalgar. Cela empêcha par là même de nombreux souverains de signer une paix avantageuse à Londres. La Royal Navy est bien entendu en cause, tenant très efficacement la Manche et arrêtant bien souvent les flottes adverses, malgré quelques passages difficiles dans son histoire, par exemple contre le Néerlandais Ruyter, qui remonta la Tamise.

Cela ne veut pas dire que rien ne fut tenté par les différents régimes français qui furent opposés à Londres. On connaît bien l’alliance de revers avec l’Ecosse, jusqu’à ce que celle-ci devienne protestante. Puis, après la chute de la dynastie Stuart, le soutien-assez intéressé- à ses partisans, les « Jacobites ». Pourtant, on parle souvent moins de l’intérêt français pour l’Irlande, qui ne s’est pas démenti au cours des siècles et qui, là, va nous mener du Roi-Soleil à la Révolution.

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La côte à Kilcummin, où les Français débarquèrent en 1798. Photo de l’auteur.

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La jetée à Kilcummin, où les Français débarquèrent en 1798. Photo de l’auteur.

Intérêt pour l’Irlande

L’Île, conquise peu à peu par les Anglais à partir du Moyen-Age, vit sous une domination à bien des égards violente et peu appréciée, même s’il faut se garder de généraliser. Les Irlandais sont longtemps sous la coupe de seigneurs venus de Grande-Bretagne et qui se sont emparés de la plupart des terres, les landlords. La population irlandaise reste assez pauvre et tenue pour quantité négligeable, alors qu’une immigration anglaise et écossaise s’installe dans plusieurs points, surtout dans la future Irlande du Nord. Les soulèvements contre ce pouvoir étranger émaillent donc l’histoire de ces terres, soulèvements réprimés dans le sang.

Voilà pourquoi la France pense, non sans arrière-pensées, se servir de cette situation pour affaiblir Londres. Alors que de nombreux Irlandais se mettent au service des fleurs de lys (et on en retrouve dans des conflits ultérieurs), trois débarquements français en Irlande sont réussis. L’un d’eux est même impressionnant, c’est celui de 1689. Ils n’eurent pourtant pas l’effet escompté, mais restent plus connus côté irlandais que français, et constituent des épisodes intéressants de l’histoire des deux pays. Je vous propose de les (re)découvrir, en les illustrant par des photos prises par moi-même sur les lieux.

Bibliographie sélective (sans but d’exhaustivité):

-« France-Irlande », Revue historique des armées n° 253, 2008

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

-Notes prises par l’auteur lors d’un voyage sur les lieux du débarquement de 1798.

Sur la marine royale et les volontés de débarquement en Angleterre de la monarchie on se référera au très complet:

-VERGE-FRANCESCHI (Michel),  La marine française au XVIIIe siècle : guerres, administration, exploration, Paris, SEDES, 1996, 451 p. 

Sur le plan de Napoléon et l’échec final de Trafalgar, on lira l’excellent:

-BATTESTI (Michèle), Trafalgar. Les aléas de la stratégie navale de Napoléon, Napoléon 1er Editions, Saint-Cloud, 2004, 379 p.

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Les Italiens et l’Ethiopie, d’Adoua à la Seconde Guerre mondiale : VIII) Conclusion

L’heure de la conclusion. Merci à tous de suivre ces travaux et bonne fin d’année à tout le monde !

Des campagnes chères et assez mal menées 

Au final, les tentatives italiennes de conquête de l’Ethiopie se sont révélées être des campagnes coûteuses, menées à une grande distance de la métropole, et ce malgré la possibilité de s’aider des deux autres colonies que sont l’Érythrée et la Somalie. La première fois, l’échec s’avère plus symbolique qu’autre chose mais a un grand retentissement en Europe et marque les décideurs en Italie. Si l’on a vu que « venger » Adoua n’est pas le motif principal de l’attaque mussolinienne de 1935, il a tout de même joué.

Là, les forces armées du dictateur ne l’emportent que par une débauche de moyens contre un adversaire qui en est dépourvu. Pierre Milza (voir bibliographie) analyse très bien la volonté de nombreux dignitaires fascistes de venir récupérer de la renommée à peu de frais en Ethiopie, notamment en servant dans l’aviation et en bombardant l’adversaire. Celui-ci n’ayant pratiquement pas les moyens de se défendre contre ce type d’attaque, on imagine bien le peu de dangers encourus par les auteurs de telles actions. Ainsi, Bruno et Vittorio Mussolini, les propres fils du dictateur, servirent dans l’arme aérienne durant ce conflit, et on pourrait multiplier les exemples.

Reste que ces guerres ont coûté très cher, ont vu des crimes contre les Éthiopiens être commis, et ce pour un résultat somme toute médiocre car, malgré la résistance évoquée, l’Ethiopie est perdue dès 1941. Le commandement n’a pas été excellent, mais la position géographique n’a pas aidé non plus, la zone étant cernée de colonies britanniques. Notons toutefois qu’une victoire de l’Axe aurait peut-être entraîné un autre avenir pour l’Ethiopie italienne, notamment car le négus était prêt à négocier avec ses ennemis italiens.

Vidéo de propagande de l’Institut Luce: départ de colons pour l’Ethiopie en 1938.

Conséquences directes 

D’ailleurs, Paoletti et Avenel affirment qu’il appréciait l’effort de construction de ponts et de routes entrepris par ceux-ci. Lorsqu’il reprend le pouvoir, il ne peut empêcher quelques massacres d’Italiens dans son pays, malgré une proclamation de pacification. En effet, des colons étaient venus s’installer sur place (voir vidéo en exemple). Pour un éclairage différent, on pourra se référer aux articles de journaux de Malaparte, qui écrivait alors pour le Corriere della sera. Venu en 1939 là-bas, il laisse de très beaux écrits de ce pays alors sous occupation italienne. Le tout est paru en français chez Arléa sous le titre Voyage en Ethiopie. 

Le sort des prisonniers de guerre italiens est assez commun: malgré quelques violences exercées contre eux par les Éthiopiens, ils sont confiés aux Britanniques et envoyés en camps de prisonniers. Ils y finissent la guerre sans trop de problèmes. Notons toutefois que c’est en détention que meurt en 1942 l’ancien vice-roi déjà cité, le duc d’Aoste. Par contre, le destin des auxiliaires locaux des Italiens, les ascari, est souvent plus violent lorsqu’ils ne sont pas parvenus à s’éclipser au moment de la reddition pour rejoindre leurs régions d’origine: ils étaient vus comme des traîtres. La plupart des colonisateurs, eux, sont rapatriés en Italie en 1942-43, bien que des minorités et des écoles se soient maintenues sur place par la suite.

Bibliographie utilisée (qui n’a pas pour but d’être exhaustive):

Synthèse que je trouve moyenne (beaucoup d’aspects manquent) mais utile:

-AVENEL (Jean-David) et PAOLETTI (Ciro), L’empire italien. 1885-1945, Paris, Economica, 2014, 156 p.

Excellente biographie de Mussolini, qui décrit très bien les années qui nous intéressent ici:

-MILZA (Pierre), Mussolini, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », 1999, 985 p.

Pour les aspects purement militaires, l’indispensable:

-ROCHAT (Giorgio), Le guerre italiane, 1935-1943. Dall’impero d’Etiopia alla disfatta, Torino, Einaudi, 2005, 460 p.

Pour les armes, le matériel et les combats, un fascicule Osprey, toujours très bien fait:

-NICOLLE (David), The Italian Invasion of Abyssinia 1935–36, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Men-at-arms », 1997, 48 p.

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