Archives de Catégorie: Actualité (expos, films, livres, publications…)

La révolution belge de 1830: I) Le contexte

Largement méconnue par ses voisins français, l’histoire de la Belgique est également saturée de clichés auprès du grand public. Ce pays n’aurait pas d’histoire, serait une construction artificielle, serait voué à disparaître, mais également incompréhensible etc. N’y voyons pas de la malveillance, bien qu’une forme de condescendance puisse exister de la part de certains Français, mais plutôt un mélange de méconnaissance (que des programmes scolaires évoquant très peu ce pays n’aident pas à combler (1) ), et de facilité qu’il y a à se reposer sur des poncifs rassurants.

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Charles fort (Kinsale): un fort « à la Vauban » dans le sud de l’Irlande

Un fort en étoile lié à l’histoire irlandaise

Bâti dans les années 1670, Charles Fort se trouve près de la ville de Kinsale, important port du sud de l’Irlande. D’inspiration clairement française, il reprend la forme en étoile du bien connu Vauban. Destiné à protéger l’entrée du port, là où la rivière Bandon se jette dans la mer, il est bâti pour ce faire à un emplacement stratégique, en face d’un ouvrage plus ancien, James fort. La crainte des Britanniques de débarquements espagnols, puis français traverse toute l’époque moderne et explique cet effort de fortification. D’ailleurs, les Espagnols débarquèrent bel et bien à Kinsale en 1601-1602 pour soutenir les Irlandais révoltés.

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Musée de la Libération de Paris/Musée du général Leclerc/ Musée Jean Moulin (Denfert-Rochereau)

Le musée

Longtemps présent dans le haut de la gare Montparnasse, le triple musée dédié au maréchal Leclerc, à Jean Moulin et à la Libération de Paris restait un peu difficile d’accès et pas forcément connu. Riche, plutôt bien fait et présentant des pièces rares et intéressantes, il constituait tout de même un espace muséal de la Ville de Paris de grande qualité. Or, pour coïncider avec l’anniversaire de la Libération de Paris en 2019 il a été déplacé dans un nouvel espace près des Catacombes et de la place Denfert-Rochereau. Le lieu est plus central, plus vaste et plus historique aussi car c’est là que se trouvait le PC du colonel Rol-Tanguy, PC que l’on peut d’ailleurs visiter désormais. Un musée qui fait peau neuve c’est toujours intéressant. Voyons donc ce qu’il en est.

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The Derry Walls: les fortifications intactes de (London)Derry

Les murs de Derry-Londonderry (1)

Dotée d’un patrimoine militaire de premier plan, la ville de Derry-Londonderry est l’une des seules d’Europe a avoir gardé intacts ses remparts, complétés en 1619 (2). Ceux-ci connurent le feu, lors d’un terrible siège (1689) dont j’aurai peut-être l’occasion de reparler. Toutefois, cette localité est surtout connue pour être l’un des lieux les plus emblématiques du conflit nord-irlandais, et fut à ce titre ensanglantée lors du Bloody Sunday de 1972. C’est en partie pour cela qu’on pense moins à elle comme une ville digne d’être visitée pour son patrimoine historique plus ancien. Bâtie sur les rives de la Foyle, elle mérite pourtant le détour de par son histoire séculaire, et bon nombre de rues recèlent des bâtiments d’un certain intérêt, sans parler des musées dont je recommande la visite.

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Le musée historique de Strasbourg: aperçu des collections

Les collections

Le musée historique de Strasbourg retrace l’histoire d’une ville importante de France, à l’origine fondée par les Romains. Localité frontalière par excellence, entre monde latin et germanique, elle fit l’objet de beaucoup de convoitises et changea de nombreuses fois de main au cours des siècles. Symbole de la perte de l’Alsace-Moselle en 1871, elle est depuis redevenue définitivement française et un symbole de paix avec son rôle dans l’Union Européenne. On appréciera de se perdre dans des salles riches, mais pas non plus trop nombreuses. C’est naturellement l’aspect militaire que j’évoquerai le plus ici, à travers ces quelques clichés. En attendant, le site du musée:

https://www.musees.strasbourg.eu/musee-historique

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Les fortifications de Spike Island (Irlande)

L’île de Spike et son fort

Située à l’entrée du vaste port de Cork (Cork harbour) dans le sud de l’Irlande, l’île de Spike constitue un excellent exemple de fortification destinée à protéger des installations militaires d’une attaque venue de la mer. Si des ouvrages plus anciens ont existé sur d’autres îles de cette côte très découpée et marquée par l’estuaire de la Lee, on s’attachera à décrire en plusieurs articles celles de Spike, qui ont été commencées au début du XIXe siècle.

Il faut se replacer dans un contexte plus large. Le Royaume-Uni craint alors des débarquements sur son sol, sur le modèle de celui de 1798 emmené par le général Humbert et que j’ai déjà analysé sur ce site (lien plus bas). C’est pourquoi il entreprend un vaste programme de protection de ses côtes: en Angleterre (voir l’article sur Douvres) mais aussi en Irlande. S’inspirant d’ouvrages de son époque, le gouvernement britannique fait donc débuter la construction du fort Westmoreland à Spike, pour barrer l’entrée du port. Les travaux commencent en 1804 et stoppent en 1820. Les bastions et autres murs sont réalisés en pierre grise et sont assez bas, suivant en cela le vaste mouvement entrepris depuis Vauban de ramener vers le sol les constructions pour offrir moins de prise au feu adverse.

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Le volet militaire du musée Lambinet (Versailles)

Bien moins connu que le château de Versailles, le musée Lambinet ne manque pas d’intérêt. Géré par la municipalité, c’est un ancien hôtel particulier qui permet de retracer l’histoire de cette commune tant liée aux faits nationaux. Or, la région est aussi liée à l’expérimentation en matière d’armement, ainsi qu’à la fabrication, pendant quelques décennies, en série de fusils, sabres et autres pistolets comme je le rappelais dans un compte-rendu d’une précédente exposition (voir plus bas). Voyons donc les collections qui peuvent nous intéresser ici.

De manière générale, je vous conseille la visite de ce musée. Il est bien fait et plus facile d’accès qu’un palais toujours plus rempli et où il est difficile d’apprécier son parcours. A coupler, pourquoi pas, avec un tour de la ville et un saut au douzième salon du livre d’histoire qui s’y tiendra à la fin du mois de novembre:

Accueil

Le site du musée:

https://www.versailles.fr/culture/etablissements/musee-lambinet/

 

« L’enterrement du lieutenant Godard à l’église notre-dame de Versailles ». École française, vers 1871. Une scène intéressante dont voici un premier extrait: un militaire allemand salue le cercueil, recouvert du drapeau français, qui passe. Photo de l’auteur (juillet 2019).

La suite, avec un hommage de la part des troupes adverses. Photo de l’auteur (juillet 2019).

1890, Baudran présente la grille de la rue de l’Orangerie. Croiser des militaires à Versailles est alors courant, c’est une ville de garnison et les bâtiments faisant face au château (où il y a la galerie des carrosses désormais) sont des casernes. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Robert Lefrèvre, « Portrait du général Wathiez », 1819. C’est un enfant de la ville, qui a été décoré et a pris part à bon nombre de campagnes napoléoniennes.

Cette paire de pistolets à silex a été faite par Arault, au service du comte d’Artois, futur Charles X, à la fin du XVIIIe siècle. Pendant la période révolutionnaire, une manufacture d’armes est installée dans la ville. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Ces armes blanches ont toutes été faites à la manufacture d’armes de Versailles, en service sous la Révolution, l’Empire et au début de la Restauration. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’un modèle de manufacture de sabre de chasseur à cheval de la garde impériale. Plusieurs métiers interviennent dans la création de ces armes. Photo de l’auteur (juillet 2019). Voir plus bas la visite de la manufactures d’armes blanches de Klingenthal à ce sujet.

Casque d’officier de cuirassier, Restauration. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’une crosse de « fusil d’honneur » fait à Versailles. Ces armes d’honneur furent créées par Napoléon pour récompenser les soldats méritants. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’une « carabine de Versailles », essai d’arme rayée. Faite sous l’Empire. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Le roi reprend un temps l’idée des armes d’honneur, avec là un « fusil de récompense » en 1817. Photo de l’auteur (juillet 2019).

La vitrine complète. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Pistoler d’arçon de mamelouk (5), célèbres cavaliers de l’Empire. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Van der Meulen, « vue du château de Versailles sous Louis XIV » (1668°. Le château est alors en pleine construction, et les soldats y participent. Notamment sous la direction de Vauban, pour assainir la place, très marécageuse. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Les fameux mousquetaires du roi. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Liens:

L’exposition sur les armes savantes:

https://antredustratege.com/2018/09/23/exposition-les-armes-savantes-a-versailles/

Une autre manufactures d’armes (Klingenthal, Alsace): 

https://antredustratege.com/2018/01/13/la-manufacture-darmes-blanches-de-klingenthal/

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Musée de Douvres

Ma visite du musée

Site déjà occupé à la Préhistoire, Douvres est une ville chargée d’histoire et qui a toujours été d’importance étant donné sa position géographique. Bien avant d’être un terminal pour ferries, elle connut des fortunes diverses de l’époque romaine à nos jours. Toutefois, bien que ville-carrefour où beaucoup de gens passent, elle n’a jamais grandi au point de devenir une immense métropole, ce que la proximité des fameuses falaises blanches, qui limitent les constructions, explique aussi.

Elle ne manque tout de même pas d’intérêt pour l’amateur d’histoire militaire. Outre son château médiéval qui fut aussi un poste radar durant la Seconde Guerre mondiale, on peut voir des restes de fortifications dans une région proche de la France et que les autorités considéraient comme vulnérables. Le musée de la ville, lui, est gratuit et permet de se replonger dans ces siècles, selon une progression chronologique assez conventionnelle. La présentation des objets est claire et ils ne manquent pas d’intérêt: artillerie du XIXe siècle, vitrines riches consacrées aux deux conflits mondiaux etc. On profitera donc aisément d’un voyage en Angleterre pour passer une-demi journée à Douvres. En attendant, voici quelques pièces intéressantes.

Le site du musée:

https://www.dovermuseum.co.uk/Dover-History/Dover-History.aspx

Document des services de renseignements allemands, 1940. Les défenses de la ville et l’emplacement du radar y sont décrits, en vue d’une invasion qui n’eut finalement jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Pour répondre aux canons allemands tirant sur l’Angleterre depuis la France, de lourdes pièces furent installées dans la région de Douvres, comme cet exemplaire de 14 pouces surnommé « Winnie » en l’honneur de Churchill. Il est servi par des hommes du Royal Marine siege regiment et tira le premier obus sur la France depuis le Kent. Photo de l’auteur (août 2019)

Pommade anti-gaz distribuée à Douvres pendant la Seconde Guerre mondiale, heureusement pour la population, de telles attaques n’eurent jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Masque à gaz et sa musette, d’un modèle distribué aux civils. Photo de l’auteur (août 2019)

Affiche de propagande moquant les tentatives allemandes de réduire au silence le Royaume-Uni durant la Bataille d’Angleterre. On pourra lire le livre de Richard Overy à ce sujet. Photo de l’auteur (août 2019).

Les vitrines sur la Première Guerre mondiale, présentant ici la partition de la célèbre chanson « It’s a long way to Tipperary ». Photo de l’auteur (août 2019)

La chanson, interprétée par John McCormack

Souvenir de l’attaque-surprise de la Dover Patrol sur le port belge de Zeebrugge tenu par les Allemands, avril 1918. L’opération hardie (bloquer le canal, utilisé par la marine allemande) fut un demi-succès. Photo de l’auteur (août 2019).

Modèle d’un canon à chargement par la culasse, tel qu’utilisé par la Cinque ports volunteer artillery en 1869. Cette expression désigne une confédération médiévale de cinq ports du sud, encore existante aujourd’hui (de manière différente bien sûr). Craignant une invasion, notamment française, ils mirent en place des troupes volontaires pour se défendre.

Artilleurs ouvrant le feu depuis les fortifications des Western Heights vers 1812 (canon de 24 pounder). Il s’agit des ouvrages bâtis pour protéger la région d’un débarquement français. Les forts furent modernisés jusqu’à la fin du XIXe siècle. Photo de l’auteur (août 2019).

V1 allemand, utilisé contre l’Angleterre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Photo de l’auteur (août 2019).

« View of Dover Castle » par Arthur Nelson en 1767. L’angle de vue est intéressant, car la ville est située en bas de la falaise sur laquelle le château est construit. Photo de l’auteur (août 2019).

Bombe d’une tonne allemande, vers 1940. Utilisée pour détruire les bâtiments, elle n’explosa pas. Retrouvée dans le port, elle fut neutralisée et est présentée dans le musée. Photo de l’auteur (août 2019).

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Paris romantique, 1815-1848: critique et aspects militaires de l’exposition (Petit Palais)

Ma critique de l’exposition

Le contexte

Finalement assez mal connu des Français, hormis la période napoléonienne, le XIXe siècle revient sur le devant de la scène depuis plusieurs années et c’est tant mieux. Les expositions se multiplient, comme celle consacrée au Second Empire à Orsay il y a quelques années, les nouveaux programmes scolaires du lycée lui font honneur, la recherche scientifique est en plein renouvellement etc. Particulièrement intéressé par ce siècle qui est aussi celui de mes recherches personnelles (avec le début du XXe), c’est donc avec joie que j’ai accueilli la nouvelle de la tenue de Paris romantique 1815-1848 au Petit Palais et au musée de la vie romantique (jusqu’au 15 septembre 2019). Si le choix des dates paraît assez restreint pour évoquer un phénomène complexe et multiforme comme le romantisme, on est évidemment frappé par leur pertinence: de la chute de Napoléon à celle de Louis-Philippe. Entre ces deux bornes, la France a connu de multiples bouleversements politiques, culturels et sociétaux dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui et, il faut bien le dire, les événements majeurs sont à l’époque parisiens, dans une France bien plus centralisée que de nos jours. Non pas qu’il ne se passe rien dans les autres villes, où la création culturelle peut être riche, ni dans les campagnes où vivent alors la majorité des Français (jusqu’en 1931 rappelle l’INSEE) mais le ton est donné par la capitale. M’attendant à voir surtout des explications sur le contexte littéraire de ces années, j’ai voulu en savoir plus et ai finalement vu une manifestation culturelle bien plus large que cela.

Les pièces présentées

Après s’être acquitté du droit d’entrée fort cher (13 euros !), ce qui entretient le débat autour de l’accès à la culture… on oublie finalement vite l’écot dû, tant la richesse de l’exposition frappe. Elle est assez logiquement chronologique et les salles évoquent avec justesse les changements de souverains et de régimes. Le Paris de 1814 et 1815, rempli de troupes alliées ayant vaincu Napoléon n’aura plus de secrets pour vous, non plus que le mobilier de l’époque de la Restauration et de la monarchie de Juillet. La mode n’est pas oubliée, avec des habits et accessoires fort bien présentés, ni l’architecture avec l’évocation du palais des Tuileries ou de la cathédrale Notre Dame. Caricatures et tableaux foisonnent, évidemment.

Les principaux arts sont donc bien représentés, et de nombreux tableaux moins connus présentant les familles royales successives sont d’un grand intérêt car il faut bien dire que l’entourage de Louis XVIII ou Charles X nous sont moins familiers que celui de Napoléon. Au milieu de l’exposition, la reconstitution d’un Salon, exposition annuelle de peintures et de sculptures est d’un intérêt majeur et permet de rappeler que les œuvres que nous voyons avec parfois deux cents ans de distance ont été un jour contemporaines et vues par des gens de l’époque. Cela permet de relativiser la notion même d’art contemporain, tant le mot est chargé de sens différents et souvent contradictoires. Les révolutions de 1830 et de 1848 ne sont pas en reste, sans parler de la création littéraire et musicale de l’époque. On appréciera d’ailleurs grandement le fait que l’exposition présente des pièces moquant les Romantiques: ils n’ont pas fait l’unanimité à l’époque !

Au final, on y passe facilement près de deux heures et l’on peut poursuivre la visite par celle des collections permanentes du musée, elles, gratuites et de l’autre volet au musée de la vie romantique. Il n’y a là que quelques salles mais intéressantes sur la presse, les salons littéraires et les caricatures des écrivains de l’époque. Je regrette juste un usage assez restreint du numérique : des cartes animées du Paris en révolte auraient été utiles, ainsi que plus d’extraits musicaux des opéras cités, de plus, la Révolution de 1848 est juste citée. Dans les deux cas je n’ai pas été étouffé par l’affluence, qui risque de croître les derniers jours.

Photos de l’auteur, illustrant les aspects militaires de l’exposition

Les sites de l’exposition:

http://www.petitpalais.paris.fr/expositions/paris-romantique-1815-1848

http://museevieromantique.paris.fr/fr/les-expositions/paris-romantique-1815-1848-les-salons-litt%C3%A9raires

Horace Vernet: « La barrière de Clichy, défense de Paris le 30 mars 1814 ». Peintre militaire bien connu, Vernet illustre ici la défense de Paris en 1814. La garde nationale, assez peu expérimentée livre des derniers combats, là contre les troupes russes avant la capitulation de la ville signée par le maréchal Marmont. Pour son rôle controversé, on lira avec intérêt la biographie de Franck Favier à ce sujet (lien plus bas vers ma critique).

Détail.

Dessin de Carle Vernet gravé par Debucourt en 1815. S’inscrivant dans une longue tradition, ces représentations étaient vendues à la pièce ou reliées. Elles permettaient de mieux connaître les habits civils et militaires de l’époque considérée. Il s’agit ici d’un officier anglais et d’un écossais.

« Les petits patriotes » d’Auguste Jeanron (1830). Ce tableau est à voir en parallèle du fameux « La liberté guidant le peuple » de Delacroix. Les gamins de Paris sont là moins héroïques, en haillons. Le peintre se battit sur les barricades des « Trois glorieuses ».

Célèbre tableau de Léon Cogniet « Les drapeaux » de 1830. Le drapeau blanc de la monarchie devient progressivement bleu-blanc-rouge à mesure que progressent les « Trois Glorieuses » et que le sang est versé.

Hippolyte Lecomte, « Combat de la porte Saint-Denis » (1830). Le peintre, plutôt paysagiste, montre là un épisode de la révolution du côté des insurgés, moins bien équipés que les troupes royales que l’on voit au fond. Certains civils ont récupéré des effets militaires.

Ce tableau de Lecarpentier présenté au salon de 1831 (« Épisode du 29 juillet 1830, au matin ») présente les combats au pied du Louvre que l’on aperçoit en arrière-plan. Il est clairement allégorique: les insurgés fouillent les gibernes des soldats morts pour leurs cartouches et repoussent l’argent, jusque-dans le caniveau !

Détail. L’homme à gauche a pris un bonnet de police à un soldat.

Girodet, connu pour son portrait de Chateaubriand, peint ici le général vendéen Cathelineau vers 1824. C’est caractéristique d’une Restauration qui remet à l’honneur ces hommes, fait faire des tableaux des aspects plus réussis du règne de Louis XVI comme l’exploration maritime… Voir ce tableau par exemple : https://www.histoire-image.org/fr/etudes/expedition-perouse

Nous retrouvons Vernet qui représente ici la Pologne vaincue en 1831. L’aigle est bien sûr russe, qui écrase le patriote polonais. Depuis 1815, le tsar est aussi roi de Pologne, partagée avec la Prusse et l’Autriche depuis 1795 (malgré l’épisode napoléonien).

A l’instar de la Restauration qui vante ses héros, la monarchie de Juillet fait des tableaux sur le passé. A la fois sur Louis XVIII (1), Napoléon et la Révolution, Louis-Philippe essayant avec peine de faire la synthèse à son profit. Le peintre Schnetz a là été choisi pour représenter les combats devant l’hôtel de Ville en 1830 (1833). Le tableau devait orner l’hôtel de Ville de Paris mais ne fut finalement pas accroché. 1: voir cette toile commandée en 1841, https://www.histoire-image.org/fr/etudes/louis-xviii-instauration-monarchie-constitutionnelle

Pour en savoir plus sur cette époque:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

-WARESQUIEL (Emmanuel de), Histoire de la Restauration. 1814-1830, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2002, 512 p.

Ma critique du Marmont de Franck Favier:

Marmont – Le maudit

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Cervières: musée de la cannetille (broderie au fil d’or)

Voici aujourd’hui une visite du musée de Cervières consacré à l’histoire de la broderie au fil d’or, et des informations sur cette technique depuis longtemps utilisée dans l’uniforme civil et militaire. Photos de l’auteur (28 juillet 2019).

L’âge d’or de la broderie au fil d’or

Arrivée de Chine, la broderie se déploie en Occident dans tous les domaines via les routes de la soie. Militairement parlant, c’est Napoléon qui développe son usage dans le milieu militaire: beaucoup d’insignes vont être brodés, et certains au fil d’or, selon plusieurs techniques. La cannetille est donc un « fil d’or ou d’argent, tourné en spirale, utilisé pour des broderies en relief, notamment celles des uniformes militaires ou civils » comme le rappelle le Dictionnaire de l’Académie française (1).

Le métier arrive en Auvergne par Paris à la fin du XIXe siècle, dans le canton de Noirétable grâce aux familles Gantès et Westler, qui forment sur le tas des ouvrières brodeuses. Avec les décennies, les commandes affluent et connaissent de très importants volumes jusque dans les années 1950. Au plus haut de la production, plus de 500 femmes travaillent à domicile, sous la supervision d’entrepreneurs, pour satisfaire soit de très grandes commandes de l’armée, en séries de milliers, voire de dizaines de milliers, de pièces: insignes de casquettes, pattes de col, grenades de gendarmes et de légionnaires… Soit pour réaliser des parties d’objets plus rares: képis de maréchaux de France, casquettes d’amiral, broderies de tenues de Saint-Cyriens ou demandes d’officiers et souverains étrangers. A côté, elles réalisent des insignes pour les compagnies de chemin de fer, aériennes et autres, en plein essor entre 1930 et 1960.

A partir des années 1960, leur activité décline lentement: les effectifs des armées se réduisent, les modèles plus récents d’uniformes nécessitent moins de broderies, la production est décentralisée vers des sites de production à la machine, ou même dans des pays comme le Pakistan où le travail se fait toujours à la main, mais pour un coût moindre. Enfin, de nombreux insignes sont désormais réalisés en tissu, en métal, voire en plastique.

Insignes de casquettes de la Marine Nationale.

Détail d’une broderie sur une tenue de Saint-Cyrien.

Casquette de préfet.

Casquette de vice-amiral.

Képi de maréchal de France.

Écusson du roi du Maroc.

Flamme de trompette de la garde Républicaine.

Divers insignes posés sur un métier à broder.

Détail d’un tablier de tambour de la garde Républicaine.

Écusson de vice-amiral d’escadre (quatre étoiles).

Reproductions d’insignes de la marine napoléonienne.

Képi de général suisse, tel que porté par le fameux Guisan par exemple.

La cannetille en Auvergne aujourd’hui

Aujourd’hui, il n’existe de plus de « grenadières » (c’était leur titre) en activité en Auvergne. Elles se transmettaient leur savoir appris « sur le tas » jusqu’au début des années 2000. Heureusement, l’activité n’a pas tout à fait disparu. Des brodeuses ont été formées dans des écoles diplômantes et ont pris la relève dans plusieurs sites en France. L’une d’entre elles exerce son activité en Auvergne et son travail peut être admiré en direct dans le musée. Les activités culturelles, un mince filet de commandes de la part de préfets (pour les tricornes de préfète par exemple), d’officiers, des réalisations plus contemporaines et des demandes de reproduction d’insignes anciens venues du monde de la reconstitution historique ont permis de sauver ce travail pluri-centenaire et ce patrimoine français. Toutefois, cette relative renaissance reste fragile et dépend de l’intérêt porté par les pouvoirs publics et les visiteurs.

On peut contacter le musée et faire des demandes de broderie sur le site internet suivant:

https://www.grenadieres.com/

 

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-Informations rassemblées lors de la visite du musée (28 juillet 2019).

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(1): https://cnrtl.fr/definition/academie9/cannetille

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