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Le musée historique de Strasbourg

Les collections

Le musée historique de Strasbourg retrace l’histoire d’une ville importante de France, à l’origine fondée par les Romains. Localité frontalière par excellence, entre monde latin et germanique, elle fit l’objet de beaucoup de convoitises et changea de nombreuses fois de main au cours des siècles. Symbole de la perte de l’Alsace-Moselle en 1871, elle est depuis redevenue définitivement française et un symbole de paix avec son rôle dans l’Union Européenne. On appréciera de se perdre dans des salles riches, mais pas non plus trop nombreuses. C’est naturellement l’aspect militaire que j’évoquerai le plus ici, à travers ces quelques clichés. En attendant, le site du musée:

https://www.musees.strasbourg.eu/musee-historique

Détail de l’armure dite « de l’homme de fer » qui ornait la boutique d’un armurier de Strasbourg au XVIIIe siècle. Oeuvre disparate avec des éléments de différentes époques (XVIe siècle notamment) elle n’a sans doute jamais été portée et c’est elle qui a donné son nom à la place actuelle. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Carreaux d’arbalète des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce sont des armes utilisées lors de concours de tir entre différentes villes et non pas des spécimens du Moyen-Age. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Le fameux portrait de Richelieu, d’après Philippe de Champaigne. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Détail du canon de 1733 « le directeur », forgé à Strasbourg. La ville abrite en effet une fonderie de canons jusqu’aux années 1860. Trop exposée, elle est déplacée à Bourges. Photo de l’auteur (décembre 2019).

« Revue du régiment de Condé à Strasbourg ». Huile sur toile sans peintre précisé, entre 1779 et 1781. La ville est une importante garnison. Vauban en a fortifié les contours, en poussant jusqu’à Kehl, aujourd’hui en Allemagne. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Tobias Gimbel, « Patrouille de la garde nationale aux environs de Strasbourg », sans date précise (Révolution…). Il s’agit d’une milice bourgeoise qui n’est pas là trop mise en valeur, ce qui change de certaines commandes officielles. On verra que le drapeau tricolore n’est pas encore fixé et ressemble à celui des Pays-Bas d’aujourd’hui. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Kellermann, par Fouillon-Vachot (d’après Martinet), vers 1820. Alors que la Révolution et l’Empire ont pris fin, ce tableau revient sur le personnage de Kellermann bien connu pour sa victoire de Valmy et là représenté seul, sans soldats. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Rien de moins qu’un mousqueton de cavalerie légère pris à Varennes en juin 1791. Il appartenait à l’un des gardes du corps de Louis XVI. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Pils représente ici Rouget de Lisle chantant pour la première fois la Marseillaise, lors d’une soirée patriotique chez le maire de Strasbourg. La peinture a été réalisée en 1849, soit bien après. D’après des témoignages contemporains, ce n’est pas à lui qu’est revenu cet honneur. Source:  http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/dossier-historique-la-marseillaise/la-marseillaise-hymne-national Photo de l’auteur (décembre 2019).

 

Schuler représente ici le maire Küss, au milieu des ruines de la ville en 1870-71. C’est lui qui organisa les secours et déblaya la ville bombardée après le terrible siège. Il mourut le jour du vote par l’Assemblée nationale des préliminaires de paix cédant l’Alsace (moins Belfort) et une partie de la Lorraine à l’Allemagne.

Tableau de la période allemande, il représente l’entrée du Kaiser Guillaume II dans Strasbourg (avant 1891, sans date précise). C’est une oeuvre de Max Lieber à caractère propagandiste. L’empereur venait en principe une fois par an en Alsace et s’attacha à développer l’urbanisme et à montrée de manière parfois forcé son caractère germanique, comme le montrent les travaux du Haut-Koenigsbourg. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Casque à pointe de la gendarmerie du Reich, 1905. L’Alsace est militarisée, même si ce n’est pas une terre fermée et bloquée. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Tickets de rationnement, Première Guerre mondiale. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Redevenue française, l’Alsace reste une terre militarisée. La ligne Maginot (insigne à droite) s’y déploie en partie et la bande-frontière est évacuée de ses civils durant la Drôle de Guerre. A droite, une cocotte tricolore de 1940. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Un homme du 501 régiment de chars de combat (2e DB) poste devant un buste de Hitler ridiculisé, lors de la Libération. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Uniforme de Jean de Lattre de Tassigny, bien connu pour son action à la tête de la Première Armée lors de la Libération. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Brassard des Francs-tireurs partisans français, important mouvement de résistance formé par le parti communiste français après l’invasion de l’URSS et son entrée dans la lutte. Photo de l’auteur (décembre 2019).

Mon avis 

La visite du musée est vraiment très instructive et permet de retracer l’histoire de la ville de ses origines jusqu’à nos jours. Les objets sont variés, bien présentés grâce à une muséographie claire et efficace. De plus, les conseils du personnel sont bons et les photos sont autorisées, ce qui n’est plus le cas dans plusieurs musées nationaux comme celui du château de Versailles. Certaines périodes sont vraiment bien fournies, comme la Révolution, et aucun aspect n’est laissé de côté. Hélas beaucoup d’objets des collections ne sont pas visibles et on regrettera l’absence, du moins apparente, d’espace pour des expositions temporaires. Quant à la librairie, elle est vraiment pauvre. Les livres de François Roth ne sont même pas présents ! Il n’en reste pas moins que c’est un incontournable de toute visite à Strasbourg, dont l’offre culturelle est riche.

Liens: 

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La bataille de Caporetto: V) Les conséquences et le mythe

Je l’ai dit la dernière fois: la rupture du front suite à la bataille de Caporetto ne signifie pas la défaite de l’Italie. Elle parvient à stabiliser la ligne des combats, notamment le long du fleuve Piave qui devient bientôt légendaire et personnifié, l’objet de chansons et de dessins. Les Austro-Allemands ne parviennent pas à le franchir et sortir l’Italie, soutenue par des troupes de l’Entente, de la guerre. En novembre 1918, la très belle victoire de Vittorio Veneto marque même la revanche des Italiens qui vainquent Vienne avant le fameux 11 novembre  (soit le 4), dont j’ai pu souligner ailleurs la relativité (1). Toutefois, tout ceci nous éloigne de Caporetto proprement dit. Il nous reste donc à analyser les conséquences de la bataille et le mythe qui l’entoure.

Mémorial en l’honneur des combattants italiens à Caporetto. Aujourd’hui Kobarid en Slovénie. Photo de l’auteur (avril 2019).

A qui la faute ?

Dès 1918, le caractère exceptionnel de la bataille de Caporetto est remarqué. On se demande comment pareille catastrophe a pu être possible, qui en est responsable et ce qu’elle révèle de profond du caractère de l’Italie en guerre.  Une commission d’enquête militaire publie ses longues conclusions à l’été 1919: trois denses volumes de cartes, témoignages, d’analyses. Le matériau fourni est remarquable de qualité, et offre encore aujourd’hui à l’historien des centaines de relations des faits, de première main.

Toutefois, si les accusations à l’égard de Cadorna sont confirmées, la plupart des autres généraux, qui ont entre-temps progressé dans la hiérarchie militaire, sont plutôt épargnés, comme Badoglio. Or, on a vu que les responsabilités étaient plus collectives qu’autre chose. De plus, avec l’arrivée du fascisme au pouvoir en 1922, toute la lumière n’est pas faite sur l’événement. Si ce mouvement politique hait la défaite, il essaie aussi de récupérer pour lui les officiers et de redonner du lustre aux soldats des tranchées, dont une partie est tombée dans la pauvreté après la démobilisation. Ainsi, Mussolini veut clore rapidement cette histoire de Caporetto et passer à autre chose !

Cette vision des choses n’est pas du goût de tous les penseurs de l’époque, comme le jeune écrivain Curzio Malaparte, vétéran de la guerre qui publie un court texte dénonçant une tuerie inutile et dévoreuse d’hommes. C’est le pamphlet Viva Caporetto ! , publié dès 1921, et  rapidement censuré. Écrit de jeunesse d’un homme qui se rapproche par la suite du fascisme, c’est un bel exemple de dénonciation de la guerre, enfin traduit en français en 2012:

« Quelques ponts, noirs de fuyards et de chariots, sautèrent d’un seul coup [pendant la retraite italienne]. Le fleuve en crue emporta hommes, bêtes et équipages. Le hurlement de la foule restée sans issue sur la rive gauche couvrit le hurlement des eaux tourbillonnantes. Haute dans le ciel, s’élevait la flamme des incendies. La foule riait de terreur. »

MALAPARTE (Curzio, Viva Caporetto !, Paris, Les belles lettres, coll. « Mémoires de guerre », 2012, 130 p. (2)

Chasseurs alpins français venus en renfort fin 1917, à Pederobba. Musée de la grande guerre de Cividale. Photo de l’auteur (avril 2019). https://www.cividale.com/it/museo_della_grande_guerra

Une mémoire qui ne prend pas fin 

La mémoire de Caporetto est loin de finir avec ces censures de Malaparte. Elle sert de prisme pour revoir l’histoire italienne passée et à venir. Ainsi, au moment de la chute du fascisme en 1943, des auteurs ne manquent pas de faire un parallèle avec 1917 et d’affirmer que ce n’est pas la première fois que les Italiens fuient, alors que les faits montrent évidemment que c’est plus complexe. Ce combat devient pour les uns le symbole d’une lâcheté du peuple italien, et pour les autres le modèle d’une guerre inutile envoyant à la mort des jeunes hommes qui n’ont rien demandé. Les cristallisations sont évidentes au moment du cinquantenaire de la bataille en 1967 et le révélateur d’un certain mal-être. Des non-historiens s’emparent du phénomène, pour une lecture souvent politique et passionnée des faits, qui nuit évidemment à leur compréhension.

Toutefois, d’autres événements et périodes ont envahi le champ mémoriel italien ces dernières décennies, et Caporetto passe un peu au second plan. Peu d’études ont été publiées depuis les 80 ans de la bataille, mais on notera que les historiens ont écrit en utilisant des sources austro-hongroises pour mieux comprendre les faits. Aujourd’hui, leur écriture scientifique est accomplie et on se référera à la biographie citée. Il n’en reste pas moins que le nom de Caporetto continue d’évoquer une terrible défaite dans le paysage mental de beaucoup d’Italiens, même si peu ont lu des ouvrages sérieux sur le sujet.

La leggenda del Piave, chanson de 1918 évoquant largement l’importance du fleuve et citant nommément Caporetto.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

L’essentiel des livres est sans surprise en italien. Je conseille la lecture de Giorgio Rochat à ceux qui maîtrisent cette langue, il est très facile d’accès, plus que son collège Isnenghi à mon sens (voir qui a écrit quel chapitre en table des matières). Le deuxième livre est une histoire-bataille à l’ancienne, fouillée, bien illustrée et coordonnée par le service historique militaire italien.

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

(1) Voir les articles sur la Belgique entre 1914 et 1918

(2): https://www.lesbelleslettres.com/livre/2537-viva-caporetto

Aperçu des fortifications du Quesnoy (Nord)

Les fortifications du Quesnoy 

Petite ville frontalière située près de Valenciennes, le Quesnoy a longtemps été un lieu stratégique important dans la lutte entre les rois de France et leurs adversaires, notamment les Habsbourg. C’est Charles Quint qui dote la ville d’importantes fortifications  durant son long règne, dont certaines parties sont encore visibles de nos jours. Toutefois, le lieu est surtout lié à l’incroyable personnalité de Vauban.

Attribuée à la France par le traité des Pyrénées (1659) qui permet la paix avec l’Espagne, la ville du Quesnoy devient donc rapidement l’objet des attentions du grand ingénieur. Il lui donne sa physionomie actuelle: un octogone de 3.5 km de long, en étoile. Vauban incorpore des éléments existants et modernise le reste. Les remparts sont protégés par des ouvrages extérieurs et une utilisation habile de l’eau qui permet d’inonder facilement le terrain et de gêner considérablement l’avancée adverse. C’est un bel exemple des villes du « Pré carré » que le roi souhaite voir être transformées en places imprenables.

L’endroit ne connaît pas de véritable transformations par la suite, mais connaît plusieurs combats. La place est finalement déclassée en 1868, puis reclassée dix ans plus tard. Le général Séré de Rivières (voir lien) rajoute quelques ouvrages et refait les portes, mais la ville ne subit pas de réelle refonte, trop coûteuse et opérant sur une base très ancienne. Les nouveaux obus à la mélinite les rendent trop obsolètes. Elle est définitivement déclassée en 1901 mais fait tout de même l’objet d’un assaut audacieux par les Néo-Zélandais en 1918, qui s’emparent de la ville et de sa garnison allemande. Comme le Quesnoy n’a jamais été un centre industriel de premier plan, les murs n’ont pas été détruits pour permettre son développement et leur sauvegarde jusqu’à nos jours est donc une chance.

Pour en savoir plus:

https://www.lequesnoy.fr/vivre-a-le-quesnoy/les-fortifications/

Pour bien voir la forme en étoile des remparts, on n’hésitera pas à regarder les photos aériennes sur le site de l’IGN, Géoportail:

https://www.geoportail.gouv.fr/carte

Mon commentaire:

La visite de ces fortifications vaut vraiment le détour si vous passez dans la région. Leur état de conservation est exceptionnel et permet de faire le tour de toute une ville fortifiée au XVIIe siècle, ce qui est assez rare en Europe où beaucoup de fortifications ont été détruites au XIXe siècle pour « décorseter » les villes et permettre leur expansion. Comptez une bonne demi-journée pour visiter sereinement le Quesnoy et faire le tour des remparts. On regrettera juste l’absence de musée historique pour éclairer sa promenade par une remise dans le contexte plus précise, mais des projets en ce sens sont à l’étude et l’idée d’inscrire le site au patrimoine mondial de l’UNESCO fait son chemin.

En suivant les remparts. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Vue rapprochée des remparts. Photos de l’auteur (novembre 2019).

 

Les angles morts sont cassés pour permettre de tirer sur tout ennemi approchant. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Un chemin a été pratiqué pour se rendre au monument en l’honneur des Néo-Zélandais. Photos de l’auteur (novembre 2019).

 

Monument aux Néo-Zélandais s’étant emparé de la ville en 1918. En passant par la muraille ! Photos de l’auteur (novembre 2019).

Vue depuis les remparts. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Vue depuis le chemin des remparts. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Détail. Photos de l’auteur (novembre 2019).

En suivant les remparts. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Le lac créé pour gêner les mouvements ennemis. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Un

 

Le lac créé pour gêner les mouvements ennemis. Photos de l’auteur (novembre 2019).

Une autre fortification de Vauban, la citadelle d’Arras:

https://antredustratege.com/2018/11/25/visite-de-la-citadelle-darras/

Les forts Séré de Rivières, avec l’exemple de Seclin (Nord):

https://antredustratege.com/2014/09/02/le-fort-sere-de-rivieres-modele-1874-1875/

On aura plus d’informations sur Vauban dans de nombreux ouvrages et une présentation synthétique dans:

-CONTAMINE (Philippe, dir.), Histoire militaire de la France, t.1, Des origines à 1715, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1997, 626 p.

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La bataille de Caporetto: IV) La retraite se mue en déroute

La rupture du front

Nous l’avons vu la dernière fois, l’ordre de repli général ne se traduit pas par une retraite en bon ordre. Cadorna lui-même abandonne Udine le 27, pour se replier avec tout le commandement à Trévise, soit cent kilomètres en arrière. Et ce sans laisser aucune structure, même provisoire derrière lui. L’effet produit est désastreux et les clichés que la mémoire collective italienne conservent ont une base bien réelle de vérité.

Ainsi, le front se rompt rapidement et la retraite se transforme en déroute. Si les morts militaires ne sont « que » 40.000, l’historien Giorgio Rochat donne des chiffres éloquents: 280.000 prisonniers, 350.000 soldats débandés, sans unité. Le matériel abandonné est précieux: plus de 3000 canons, autant de mitrailleuses, sans compter la nourriture et le reste. Heureusement, certains officiers plus énergiques et volontaires que les autres ont localement sauvé la situation. Cela a permis à des unités entières de rejoindre les nouvelles lignes en bon ordre… en emportant, difficilement certes, avec elles leurs vivres et leur équipement. Preuve, s’il en est, que cette déroute n’obéit pas à une fatalité, mais est la résultante de plusieurs causes.

Notons enfin que la retraite-déroute perturbe toutes les unités de l’arrière: logistique, services de santé et de transports. Ce sont souvent des grands oubliés des études, avec la fuite de 400.000 civils, car ce personnel n’est pas combattant, mais sans eux, pas de guerre. Au final, malgré une confusion très intense qui empêche de décrire tous les mouvements de troupes, c’est une armée en mauvais état qui rejoint les nouvelles lignes de défense, le long du Tagliamento.

Grenades à main allemandes trouvées sur le champ de bataille. Musée de Caporetto (Slovénie). Photo de l’auteur (avril 2019). https://www.kobariski-muzej.si/it/

La forteresse austro-hongroise Kluže dans la vallée de l’Isonzo. Elle a été soumise à d’intenses tirs de l’artillerie italienne. Photo de l’auteur (avril 2019), musée de Caporetto. Le site peut se visiter: https://www.soca-valley.com/it/attrazioni/prima-guerra-mondiale/kluze-%20-fort-herman/

Un intérieur d’abri de tranchée italien, reconstitué au musée de Cividale. Photo de l’auteur (avril 2019). https://www.cividale.com/it/museo_della_grande_guerra

Une poursuite des austro-allemands ? 

Le grand absent de ce récit semble bien être l’armée austro-allemande ! Pourquoi n’en avons-nous que peu parlé depuis l’évocation du début de l’offensive ? Pour une raison assez simple: leur attaque perd très vite de sa vigueur après les premiers jours de combat. On a rappelé à plusieurs reprises que Caporetto devait être une action limitée, et les commandants austro-hongrois et allemands ne sont pas préparés à un tel succès.

Les ordres manquent, les troupes et le matériel aussi. Les divisions impériales n’ont pas la capacité de poursuivre très rapidement leurs homologues italiennes, et beaucoup sont occupées à compléter leurs propres fournitures avec le matériel laissé par l’ennemi. Si Cadorna est incapable de retrouver un semblant de contrôle sur ses forces durant la retraite, il est en partie sauvé par cela. Ainsi, les troupes de l’Alliance ne parviennent pas à empêcher le gros des forces italiennes de franchir le Tagliamento. Ainsi, malgré la terrible réputation qu’a la bataille de Caporetto, elle ne signifie pas l’écroulement de l’Italie, ce qu’on a trop tendance à oublier. J’aurai l’occasion de revenir sur ses conséquences et sa mémoire par la suite.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

L’essentiel des livres est sans surprise en italien. Je conseille la lecture de Giorgio Rochat à ceux qui maîtrisent cette langue, il est très facile d’accès, plus que son collège Isnenghi à mon sens (voir qui a écrit quel chapitre en table des matières). Le deuxième livre est une histoire-bataille à l’ancienne, fouillée, bien illustrée et coordonnée par le service historique militaire italien.

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

Liens: 

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Les fortifications de Spike Island (Irlande)

L’île de Spike et son fort

Située à l’entrée du vaste port de Cork (Cork harbour) dans le sud de l’Irlande, l’île de Spike constitue un excellent exemple de fortification destinée à protéger des installations militaires d’une attaque venue de la mer. Si des ouvrages plus anciens ont existé sur d’autres îles de cette côte très découpée et marquée par l’estuaire de la Lee, on s’attachera à décrire en plusieurs articles celles de Spike, qui ont été commencées au début du XIXe siècle.

Il faut se replacer dans un contexte plus large. Le Royaume-Uni craint alors des débarquements sur son sol, sur le modèle de celui de 1798 emmené par le général Humbert et que j’ai déjà analysé sur ce site (lien plus bas). C’est pourquoi il entreprend un vaste programme de protection de ses côtes: en Angleterre (voir l’article sur Douvres) mais aussi en Irlande. S’inspirant d’ouvrages de son époque, le gouvernement britannique fait donc débuter la construction du fort Westmoreland à Spike, pour barrer l’entrée du port. Les travaux commencent en 1804 et stoppent en 1820. Les bastions et autres murs sont réalisés en pierre grise et sont assez bas, suivant en cela le vaste mouvement entrepris depuis Vauban de ramener vers le sol les constructions pour offrir moins de prise au feu adverse.

Or, Spike est l’exemple typique du fort n’ayant jamais connu le feu (ce qu’on ne pouvait pas savoir bien sûr): une fois la menace napoléonienne écartée, il n’est pas achevé et la garnison stationnée y reste légère. Il sert ensuite de lieu de transit pour les prisonniers déportés outre-mer, mais reçoit tout de même de nouveaux canons au début du 20e siècle, car Cork reste un important port militaire. C’est plutôt l’Allemagne que l’on craint, là. Prison durant la guerre d’indépendance irlandaise, il est encore conservé avec quelques autres lieux stratégiques par le Royaume-Uni de l’indépendance irlandaise à 1938. L’armée irlandaise en prend alors possession et modernise quelque peu la place, notamment par crainte d’une invasion, notamment allemande, et/ou de bombardements aériens.

Vidéo d’actualités du retour de l’île dans les mains irlandaises: 

https://www.britishpathe.com/video/VLVADTWSXI1S5B3WTE1YKTWEI0MB7-SPIKE-ISLAND-AND-CORK-HARBOUR-DEFENCES-HANDED-BACK-OVER-TO-IRISH/query/wildcard

Après-guerre, il demeure une prison et un lieu de garnison, avant de fermer définitivement en 2004 pour rouvrir comme lieu touristique et de mémoire. Nous verrons une autre fois l’intérieur et les riches collections du musée. On s’y rend facilement en bateau depuis le port de Cobh.

Le site de l’île: https://spikeislandcork.ie/

Vue d’une partie des fortifications. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Cobh vue depuis l’île. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Canon de 6 inch installé en 1902 par les Britanniques dans l’île, à des fins de défense contre une attaque venue de la mer. Il a été installé sous casemate par l’Irlande en 1943. On se souvient de la crainte du pays d’être envahi.

Autre vue des fortifications. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Vue général des fortifications et glacis. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail des murs. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail du canon sous casemate. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Le chemin qui suit le fort, aujourd’hui une promenade. On y voit très bien l’entrée du port. Photo de l’auteur (juillet 2019).

 

L’entrée du port vue depuis Spike Island. Photo de l’auteur (juillet 2019)

Vue de Cobh depuis Spike Island. Photo de l’auteur (juillet 2019)

Vue de Cobh depuis Spike Island. Photo de l’auteur (juillet 2019)

Informations glanées lors de la visite de l’île (cartels, prospectus, panneaux).

Pour compléter:

Pike David Wingeate, « L’irlande face à l’éventualité d’une invasion hitlérienne. Rapport de la Seekriegsleitung », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2008/1 (n° 229), p. 113-120.

https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2008-1-page-113.htm

Les fortifications de Douvres:

https://antredustratege.com/2019/09/16/musee-de-douvres/

Autres articles du site sur le patrimoine militaire irlandais:

https://antredustratege.com/2018/05/08/premier-apercu-du-patrimoine-militaire-de-cork/

https://antredustratege.com/2019/01/20/suite-du-patrimoine-militaire-de-cork-le-musee-public-de-la-ville/

https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

Le débarquement de 1798:

https://antredustratege.com/2017/03/04/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-1798-un-debarquement-avec-tres-peu-de-moyens/

Liens: 

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La bataille de Caporetto: III) Premiers succès austro-hongrois et allemands

Nous avons vu les précédentes fois la mise en place de ce qui va être appelé par la suite la bataille de Caporetto, en replaçant ces plans et préparatifs dans un contexte plus large. Alors que la bataille débute le 24 octobre 1917, les troupes austro-hongroises et allemandes vont progresser de manière fulgurante, dépassant même les prévisions. On le rappelle, l’affrontement n’était pas censé être une offensive de grande envergure, mais l’effondrement très rapide du dispositif italien le fait changer de nature.

Les premiers jours de combat 

En fait, les Italiens, on l’a vu, ne s’attendaient pas à telle attaque et leur dispositif est marqué par une série de faiblesses qu’on a décrites. Ainsi, quand les combats débutent, leur réaction est trop lente et mal coordonnée. L’artillerie italienne, qui comporte pourtant 560 pièces au point le plus fort de la ligne, ne parvient pas à effectuer des tirs bien cadrés et efficaces. Les unités communiquent mal entre elles et, dans le secteur de l’attaque secondaire, vers Plezzo, des centaines d’hommes sont tués par des gaz de combat bien utilisés. Allemands et austro-hongrois progressent vers les tranchées secouées par des bombardements brefs mais violents, et en colonnes plus mobiles que les précédentes vagues d’assaut en ligne.

La confusion s’empare de plusieurs unités italiennes, confusion qui ne va pas faciliter un récit scientifique par la suite et qui va nourrir beaucoup de rumeurs quant au comportement au feu des troupes royales. Il reste que désorganisation et effet de surprise semblent battre leur plein. S’il y a un responsable, il est plutôt à chercher du côté du commandement, totalement dépassé et incapable de réagir dans les premiers moments, pourtant fondamentaux dans une bataille. Le tout va amener à l’écroulement de toute la structure de l’armée. Déjà, certaines positions-clés dans les vallées sont mal tenues, voire abandonnées sans combat. En deux jours seulement les troupes allemandes et austro-hongroises atteignent leurs objectifs, voire les dépassent.

Pistolet Rast et Gasser austro-hongrois, modèle 1898. Musée de Caporetto, photo de l’auteur (avril 2019).

Caporetto (Kobarid) aujourd’hui, en Slovénie. Photo de l’auteur (avril 2019).

Le retrait

Les premiers jours catastrophiques et le manque de réserves conduisent les hauts gradés italiens à décider du repli. En fait, les troupes en arrière du front sont en plein repos, complètent leurs effectifs et matériels ou ne sont pas endivisionnées. Après avoir attendu un redressement général durant les journées du 25 et du 26, le commandant en chef décide donc d’émettre un ordre général de retrait dans la nuit suivante. L’idée est de se replier le long du fleuve Tagliamento, abandonnant ainsi des positions âprement conquises et défendues depuis plus de deux ans.

Ainsi, si l’ordre est réaliste sur le papier, étant donné les conditions, il produit un mauvais effet sur le moral italien. Il ruine dans leurs esprits les efforts si durement consentis. De plus, le général en chef Cadorna s’est à tort convaincu d’une désagrégation de certaines unités italiennes, qui disposaient pourtant encore de troupes « fraîches ». D’autres choix auraient donc pu être faits: l’armée a été surprise, mais ne s’est pas encore écroulée. Là, suivre l’ordre de retraite s’avère très difficile étant donné la nature du terrain et l’agressivité de l’ennemi. Pour se replier et atteindre les ponts les plus importants sur le Tagliamento, certaines troupes doivent même marcher vers le nord-ouest, soit en direction de l’adversaire ! L’historien Giorgio Rochat affirme que Cadorna a en fait perdu le contact avec la réalité du terrain, et la suite de cette retraite va se transformer en déroute.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

L’essentiel des livres est sans surprise en italien. Je conseille la lecture de Giorgio Rochat à ceux qui maîtrisent cette langue, il est très facile d’accès, plus que son collège Isnenghi à mon sens (voir qui a écrit quel chapitre en table des matières). Le deuxième livre est une histoire-bataille à l’ancienne, fouillée, bien illustrée et coordonnée par le service historique militaire italien.

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

Liens: 

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Le volet militaire du musée Lambinet (Versailles)

Bien moins connu que le château de Versailles, le musée Lambinet ne manque pas d’intérêt. Géré par la municipalité, c’est un ancien hôtel particulier qui permet de retracer l’histoire de cette commune tant liée aux faits nationaux. Or, la région est aussi liée à l’expérimentation en matière d’armement, ainsi qu’à la fabrication, pendant quelques décennies, en série de fusils, sabres et autres pistolets comme je le rappelais dans un compte-rendu d’une précédente exposition (voir plus bas). Voyons donc les collections qui peuvent nous intéresser ici.

De manière générale, je vous conseille la visite de ce musée. Il est bien fait et plus facile d’accès qu’un palais toujours plus rempli et où il est difficile d’apprécier son parcours. A coupler, pourquoi pas, avec un tour de la ville et un saut au douzième salon du livre d’histoire qui s’y tiendra à la fin du mois de novembre:

Accueil

Le site du musée:

https://www.versailles.fr/culture/etablissements/musee-lambinet/

 

« L’enterrement du lieutenant Godard à l’église notre-dame de Versailles ». École française, vers 1871. Une scène intéressante dont voici un premier extrait: un militaire allemand salue le cercueil, recouvert du drapeau français, qui passe. Photo de l’auteur (juillet 2019).

La suite, avec un hommage de la part des troupes adverses. Photo de l’auteur (juillet 2019).

1890, Baudran présente la grille de la rue de l’Orangerie. Croiser des militaires à Versailles est alors courant, c’est une ville de garnison et les bâtiments faisant face au château (où il y a la galerie des carrosses désormais) sont des casernes. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Robert Lefrèvre, « Portrait du général Wathiez », 1819. C’est un enfant de la ville, qui a été décoré et a pris part à bon nombre de campagnes napoléoniennes.

Cette paire de pistolets à silex a été faite par Arault, au service du comte d’Artois, futur Charles X, à la fin du XVIIIe siècle. Pendant la période révolutionnaire, une manufacture d’armes est installée dans la ville. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Ces armes blanches ont toutes été faites à la manufacture d’armes de Versailles, en service sous la Révolution, l’Empire et au début de la Restauration. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’un modèle de manufacture de sabre de chasseur à cheval de la garde impériale. Plusieurs métiers interviennent dans la création de ces armes. Photo de l’auteur (juillet 2019). Voir plus bas la visite de la manufactures d’armes blanches de Klingenthal à ce sujet.

Casque d’officier de cuirassier, Restauration. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’une crosse de « fusil d’honneur » fait à Versailles. Ces armes d’honneur furent créées par Napoléon pour récompenser les soldats méritants. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Détail d’une « carabine de Versailles », essai d’arme rayée. Faite sous l’Empire. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Le roi reprend un temps l’idée des armes d’honneur, avec là un « fusil de récompense » en 1817. Photo de l’auteur (juillet 2019).

La vitrine complète. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Pistoler d’arçon de mamelouk (5), célèbres cavaliers de l’Empire. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Van der Meulen, « vue du château de Versailles sous Louis XIV » (1668°. Le château est alors en pleine construction, et les soldats y participent. Notamment sous la direction de Vauban, pour assainir la place, très marécageuse. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Les fameux mousquetaires du roi. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Liens:

L’exposition sur les armes savantes:

https://antredustratege.com/2018/09/23/exposition-les-armes-savantes-a-versailles/

Une autre manufactures d’armes (Klingenthal, Alsace): 

https://antredustratege.com/2018/01/13/la-manufacture-darmes-blanches-de-klingenthal/

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La bataille de Caporetto: II) Préparation et déclenchement

La création de la quatorzième armée 

On l’a dit précédemment, le but des commandements austro-hongrois et allemand n’est pas de monter une immense offensive dans un secteur difficile d’accès, mais de conduire une attaque aux moyens et objectifs limités, pour relâcher la pression sur un front où l’armée impériale et royale menace de s’écrouler à moyen terme. Une armée est donc créée pour l’occasion, la XIVe, avec 7 divisions allemandes et 8 austro-hongroises.

L’idée est de surgir depuis deux têtes de pont: Tolmino (attaque principale) et Plezzo (diversion), avec de nouvelles méthodes de combat pour cette région. On parle là de l’emploi du gaz (connu depuis 1915 dans les Flandres) et de petites unités chargées de s’infiltrer pour désorganiser le dispositif italien, phénomène à replacer dans un contexte plus large (1). Plutôt que de partir à l’assaut en vagues serrées et très facilement atteignables par le feu des mitrailleuses, il est décidé de lancer en avant des colonnes très entraînées et elles aussi dotées d’armes automatiques, comme des mitrailleuses légères. 

De plus, ayant appris des batailles passées, notamment Verdun, l’Allemagne fait le choix de renoncer à une longue préparation d’artillerie (parfois de plusieurs jours auparavant), somme toute peu efficace et qui laisse le temps à l’ennemi d’organiser sa défense, notamment en deuxième ligne. Le tout est couplé à une intense recherche de renseignement sur le terrain: passage en revue de cartes, de photos aériennes, patrouilles, interception des communications radio italiennes mais aussi avec l’aide d’informateurs. Les assaillants connaissent donc le terrain sur lequel ils vont se battre.

Le plan du début de la bataille sur le site du ministère de la Défense italien. http://www.esercito.difesa.it/storia/pagine/o12-battaglia-caporetto.aspx

Le début de la bataille

Ainsi, quand débute la bataille le 24 octobre 1917, les Alliés profitent de l’effet de surprise. En effet, ils limitent leurs tirs de préparation d’artillerie à quelques heures dans la nuit du 23 au 24 et ont la chance d’être couverts par une légère brume.

Côté italien, les troupes ont été mises en défense depuis la mi-septembre, mais sans ordre précis, de manière très générale. Le commandant en chef Luigi Cadorna ne croit en effet pas à la probabilité d’une offensive « de grand style » adverse et a négligé ce volet, comme la création d’une réserve pour se porter sur un point du front qui viendrait à rompre. Toutefois, contrairement à ce qui a souvent été écrit sur lui, il n’est pas le seul responsable. Ainsi, ses subordonnés n’ont pas réellement suivi ses ordres. Citons l’exemple du général Capello à la tête de la IIe armée: il a tout simplement désobéi et laissé ses hommes en position offensive ! A leur décharge, c’est une guerre d’attaque que tous ces hommes menaient depuis 1915, et changer de posture mentale ainsi que sur le terrain n’était pas simple. Il n’empêche que leur outil militaire n’est pas prêt quand l’attaque débute, et le front va rapidement rompre.

Notons toutefois que Cadorna n’a pas réellement vérifié sur le terrain si ses directives avaient été suivies, ce qui aurait pu éviter certains problèmes.

Caporetto (Kobarid) et les montagnes environnantes aujourd’hui, en Slovénie. Photo de l’auteur (avril 2019).

Caporetto (Kobarid) et les montagnes environnantes aujourd’hui, en Slovénie. Photo de l’auteur (avril 2019).

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

L’essentiel des livres est sans surprise en italien. Je conseille la lecture de Giorgio Rochat à ceux qui maîtrisent cette langue, il est très facile d’accès, plus que son collège Isnenghi à mon sens (voir qui a écrit quel chapitre en table des matières). Le deuxième livre est une histoire-bataille à l’ancienne, fouillée, bien illustrée et coordonnée par le service historique militaire italien.

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

Liens:

1: Voir par exemple les arditi: https://antredustratege.com/2015/06/01/les-arditi-italiens-i-origines-et-formation/

Caporetto en jeu vidéo: https://www.wargamer.fr/la-bataille-de-caporetto-a-travers-to-end-all-wars/

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La bataille de Caporetto: I) Introduction

Caporetto est l’une des batailles les plus significatives de la Première Guerre mondiale, et ce presque plus pour sa mémoire et les représentations que l’on en a que pour le fait en lui-même. Or, lorsqu’on étudie Clio, ces deux derniers volets sont au moins aussi importants que les événements, car ils créent de l’histoire à leur tour. Ce lieu et ce qui s’y passa a ainsi été instrumentalisé par la suite et il est généralement rattaché à une terrible défaite, voire une déroute italienne.

Toutefois, même si le nom de cette bataille est bien connu des historiens, il a moins marqué l’imaginaire collectif français, plus rattaché à Verdun, la Somme, ou encore la Marne et le chemin des Dames. Je vais donc m’attacher cette-fois à en retracer les grandes lignes et revenir sur les conséquences matérielles et mémorielles de Caporetto, qui ont marqué l’histoire de l’Italie au XXe siècle.

L’Italie en guerre de 1915 à 1917

Restée neutre en 1914, l’Italie est finalement entrée en guerre aux côtés de l’Entente en mai 1915. Ce ralliement suscite de grands espoirs, car il ouvre un nouveau front contre les Empires centraux. Le pays, lui, espère profite au maximum de cet effet et emporter une victoire rapide. L’idée est de marcher vers le Trentin et l’Istrie, réclamées par Rome, puis pourquoi pas en direction de Vienne, sur un front laissé dégarni par l’Autriche-Hongrie, occupée dans les Balkans et contre l’armée russe.

Toutefois, c’est un échec: l’armée italienne n’est pas prête avant la mi-juillet, et attaque avec lenteur, tout en manquant d’artillerie et opérant essentiellement dans un terrain montagneux propice à la défense. L’armée ennemie a donc eu le temps de se préparer et contre l’effort italien. Cela inaugure plusieurs années d’une guerre terrible dont les conditions de combat très difficiles, du fait du terrain et du climat alpin, sont finalement assez peu comparables aux affrontements de la steppe ukrainienne ou des tranchées des Flandres.

Les chocs se déroulent essentiellement le long d’un cours d’eau qui donne son nom aux batailles principales, le fleuve Isonzo. Bien que n’ayant pu y percer le front de manière décisive, l’armée italienne repousse peu à peu son adversaire, qui doit se battre sur plusieurs fronts et peine à remplacer les pertes. Alors que se termine l’année 1917, très importante dans le conflit, l’armée impériale et royale craint de ne pouvoir faire face à une nouvelle offensive italienne de grande ampleur et décide de réagir.

Téléphérique italien dans le secteur de Caporetto. On se doute bien de la difficulté du combat en montagne. Photo de l’auteur (avril 2019). Cliché conservé au musée de la bataille: https://www.kobariski-muzej.si/en/

Position austro-hongroise dans le secteur de Caporetto. On se doute bien de la difficulté du combat en montagne. Photo de l’auteur (avril 2019). Cliché conservé au musée de la bataille: https://www.kobariski-muzej.si/en/

Vienne demande de l’aide à Berlin

En effet, bien que les pertes italiennes aient été importantes dans les précédentes batailles, l’Etat-major austro-hongrois sait pertinemment qu’il ne parviendra pas à rassembler suffisamment de réserves pour soutenir un combat prolongé, et décide demander de l’aide à l’allié allemand. Bien que réticent, car occupé à préparer ses grandes attaques du printemps prochain à l’ouest, le commandement de l’armée du kaiser décide d’y souscrire par crainte d’un écroulement de la résistance de la double-monarchie, qui entraînerait sa propre perte.

L’idée n’est pas de bâtir des plans faramineux et irréaliste, mais « simplement » de conduire une offensive moyenne pour soulager la pression sur ce front, avant le début de l’année suivante. Sept divisions allemandes de grande qualité avec artillerie et impedimenta nécessaires sont ainsi fournies par Berlin, pour une durée limitée. Après avoir participé aux assauts, elles doivent revenir à l’ouest pour pouvoir participer aux grandes offensives du printemps suivant. Le déroulement ultérieur de ce qu’on l’on va appeler la bataille de Caporetto ne doit donc pas laisser croire à un plan préétabli d’attaque de très grande ampleur.

Carte du front sur le site de West point:

https://westpoint.edu/sites/default/files/inline-images/academics/academic_departments/history/WWI/WWOne14.pdf

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-ISNENGHI (Mario) et ROCHAT (Giorgio), La grande guerra, Bologne, Il mulino, 2014 (4e édition), 586 p.

-GASPARI (Paolo), « La battaglia di Caporetto il 24 ottobre 1917 » dans La grande guerra italiana. Le battaglie, Udine, Gaspari, 2015, 255 p.

Liens:

Caporetto en jeu vidéo: https://www.wargamer.fr/la-bataille-de-caporetto-a-travers-to-end-all-wars/

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Musée de Douvres

Ma visite du musée

Site déjà occupé à la Préhistoire, Douvres est une ville chargée d’histoire et qui a toujours été d’importance étant donné sa position géographique. Bien avant d’être un terminal pour ferries, elle connut des fortunes diverses de l’époque romaine à nos jours. Toutefois, bien que ville-carrefour où beaucoup de gens passent, elle n’a jamais grandi au point de devenir une immense métropole, ce que la proximité des fameuses falaises blanches, qui limitent les constructions, explique aussi.

Elle ne manque tout de même pas d’intérêt pour l’amateur d’histoire militaire. Outre son château médiéval qui fut aussi un poste radar durant la Seconde Guerre mondiale, on peut voir des restes de fortifications dans une région proche de la France et que les autorités considéraient comme vulnérables. Le musée de la ville, lui, est gratuit et permet de se replonger dans ces siècles, selon une progression chronologique assez conventionnelle. La présentation des objets est claire et ils ne manquent pas d’intérêt: artillerie du XIXe siècle, vitrines riches consacrées aux deux conflits mondiaux etc. On profitera donc aisément d’un voyage en Angleterre pour passer une-demi journée à Douvres. En attendant, voici quelques pièces intéressantes.

Le site du musée:

https://www.dovermuseum.co.uk/Dover-History/Dover-History.aspx

Document des services de renseignements allemands, 1940. Les défenses de la ville et l’emplacement du radar y sont décrits, en vue d’une invasion qui n’eut finalement jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Pour répondre aux canons allemands tirant sur l’Angleterre depuis la France, de lourdes pièces furent installées dans la région de Douvres, comme cet exemplaire de 14 pouces surnommé « Winnie » en l’honneur de Churchill. Il est servi par des hommes du Royal Marine siege regiment et tira le premier obus sur la France depuis le Kent. Photo de l’auteur (août 2019)

Pommade anti-gaz distribuée à Douvres pendant la Seconde Guerre mondiale, heureusement pour la population, de telles attaques n’eurent jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Masque à gaz et sa musette, d’un modèle distribué aux civils. Photo de l’auteur (août 2019)

Affiche de propagande moquant les tentatives allemandes de réduire au silence le Royaume-Uni durant la Bataille d’Angleterre. On pourra lire le livre de Richard Overy à ce sujet. Photo de l’auteur (août 2019).

Les vitrines sur la Première Guerre mondiale, présentant ici la partition de la célèbre chanson « It’s a long way to Tipperary ». Photo de l’auteur (août 2019)

La chanson, interprétée par John McCormack

Souvenir de l’attaque-surprise de la Dover Patrol sur le port belge de Zeebrugge tenu par les Allemands, avril 1918. L’opération hardie (bloquer le canal, utilisé par la marine allemande) fut un demi-succès. Photo de l’auteur (août 2019).

Modèle d’un canon à chargement par la culasse, tel qu’utilisé par la Cinque ports volunteer artillery en 1869. Cette expression désigne une confédération médiévale de cinq ports du sud, encore existante aujourd’hui (de manière différente bien sûr). Craignant une invasion, notamment française, ils mirent en place des troupes volontaires pour se défendre.

Artilleurs ouvrant le feu depuis les fortifications des Western Heights vers 1812 (canon de 24 pounder). Il s’agit des ouvrages bâtis pour protéger la région d’un débarquement français. Les forts furent modernisés jusqu’à la fin du XIXe siècle. Photo de l’auteur (août 2019).

V1 allemand, utilisé contre l’Angleterre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Photo de l’auteur (août 2019).

« View of Dover Castle » par Arthur Nelson en 1767. L’angle de vue est intéressant, car la ville est située en bas de la falaise sur laquelle le château est construit. Photo de l’auteur (août 2019).

Bombe d’une tonne allemande, vers 1940. Utilisée pour détruire les bâtiments, elle n’explosa pas. Retrouvée dans le port, elle fut neutralisée et est présentée dans le musée. Photo de l’auteur (août 2019).

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