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L’armée d’Egypte après le départ de Bonaparte (1799-1801)

Si j’ai décrit les conditions du retour de Bonaparte en France lors de précédents articles, je souhaite à présent terminer par le devenir de l’armée d’Egypte, une fois son chef parti, dans les circonstances que l’on a vues. En effet, la présence française se maintint encore de longs mois après, même si la situation des troupes se fit de plus en plus précaire.

Une situation précaire

Le général Bonaparte rentré en France pour effectuer son coup d’Etat, son armée demeurait en Egypte, faute d’avoir pu l’embarquer à cause de la croisière anglaise qui verrouillait les côtes de la terre des pharaons. Le commandement est alors confié à Kléber, officier très capable mais qui reçoit là une mission des plus difficiles. Si les Français se sont assurés d’une bonne partie du territoire égyptien et ont vaincu les Ottomans à la bataille terrestre d’Aboukir décrite auparavant, ils restent peu nombreux et privés de communications régulières avec la France. 

Ainsi, dès le 24 janvier 1800, Kléber signe une convention avec l’amiral Sydney Smith: celle-ci prévoit le retour au pays de l’armée d’Egypte, avec son équipement et ses armes. Toutefois, le document n’est pas ratifié par le gouvernement britannique et les combats recommencent une fois la décision connue (les communications de l’époque étant bien différentes des nôtres). Disposant d’environ 13.000 hommes, face à des forces autrement plus nombreuses, et une population de plus en plus hostile aux Français, Kléber parvient tout de même à se maintenir. Ainsi, le 20 mars de cette même année il repousse une force ottomane très supérieure à Héliopolis. La rébellion du Caire est aussi matée.

Le combat d’Héliopolis, par Léon Cogniet en 1837. Beaucoup de toiles de batailles napoléoniennes sont produites sous la monarchie de Juillet qui tente, non sans succès, de mettre à son profit les succès de cette période. Image hébergée sur wikipédia.

Le retour en France

Ce succès n’est pourtant pas suffisant. D’ailleurs, il est assassiné le 14 juin, le jour même où le Premier Consul remporte une victoire importante à Marengo, en Italie. A partir de ce moment, la situation se dégrade rapidement. Menou, qui lui succède, a de plus en plus de mal à renverser le cours des choses, tant la disproportion de moyens est grande, bien qu’il ne soit pas vaincu tout de suite. L’année 1800 se termine en demi-teinte, et lorsque 1801 s’ouvre, Bonaparte décide de venir en aide à ses hommes, qu’il n’a pas oubliés comme on le lit parfois.

Alors que le sort des armes en Europe est favorable à la France, après Marengo et Hohenlinden, et que la paix de Lunéville va être signée avec l’Autriche, le Premier Consul envoie des forces importantes pour venir en aide à ses troupes. Si l’escadre de l’amiral Ganteaume, pourtant partie avec sept vaisseaux et 5000 hommes, doit s’arrêter à Toulon en février, plusieurs frégates parviennent à Alexandrie avec des vivres et de l’équipement. Le 25 avril, la première force citée finit par s’extraire de Toulon et atteint les côtes égyptiennes avec 4 vaisseaux début juin. Elle ne peut pourtant s’y maintenir, devant fuir à l’approche d’une force de la Royal Navy largement supérieure.

Au final, après la perte du Caire le 25 juin 1801 et ces demi-succès navals, l’armée d’Egypte doit se rendre à l’évidence: il faut capituler. C’est ce que fait Menou à Alexandrie le 2 septembre. Lui-même et ses hommes sont ramenés en France par leurs ennemis. Quelques mois plus tard, la paix d’Amiens, précaire, était signée avec Londres. On le sait, l’expédition qui se termine mal fut bien plus réussie sur le plan scientifique et culturel.

Bibliographie indicative (sans but d’exhaustivité):

-DUPONT (Maurice, contre-amiral), « Egypte (campagne navale d’) », Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », t.1, p. 703-705.

-GARNIER (Jacques), « Egypte (expédition et campagne d’) », Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, coll. « Le grand livre du mois », t.1, p. 702-703.

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Visite de l’exposition « Dans la peau d’un soldat » (musée de l’Armée)

Avant de terminer sur Bonaparte et l’Egypte, je vous propose la découverte de la très belle exposition Dans la peau d’un soldat actuellement au musée de l’Armée. Plus thématique (« Le sommeil », « La nourriture »…) que chronologique, elle permet de revenir sur de multiples aspects de la vie et de la mort des soldats depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. C’est à la fois faire une place aux conflits contemporains et organiser son propos différemment. J’ai trouvé le résultat très réussi et je vous conseille d’y aller: l’exposition dure jusqu’au 28 janvier.

La page: http://www.musee-armee.fr/programmation/expositions/detail/dans-la-peau-dun-soldat-de-la-rome-antique-a-nos-jours.html

Barbier représente ici , en 1807, le bivouac du 2e régiment de hussards juste avant la bataille d’Austerlitz. Il est connu car Napoléon y parla, présentant son plan de bataille à ses troupes, fait rare dans l’histoire. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Ce nécessaire de campagne a appartenu au chirurgien Boileau sous le Premier Empire. Il a suivi les campagnes de la période de 1806 à 1815. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée. On pourra voir un autre type de nécessaire ici: https://antredustratege.com/2015/10/07/le-bivouac-de-napoleon-exposition-a-la-manufacture-des-gobelins/

Un insigne de spécialité de la Première Guerre mondiale, armée française. Il fait référence à la colombophilie, encore bien pratique quand l’artillerie rompt les fils du téléphone. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Emouvante gourde faite à partir d’une coloquinte et décorée, elle a appartenu au soldat Emburger, maréchal-ferrant du 9e régiment de cuirassiers. On y lit le nom de grandes victoires de l’Empire. Fleurus 1815 désigne sans doute Ligny, à confirmer. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Cigarettes de troupe françaises en usage pendant une bonne partie du XXe siècle. Il existe aussi des cigares de troupe. Le tabac est distribué gratuitement aux soldats de 1668 à 1972 ! Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Livret de chants et partitions d’harmonica, pour le soldat allemand, Seconde Guerre mondiale. Beaucoup existent dans de nombreuses armées: la chanson entretient le moral de la troupe, véhicule certains messages, parfois politiques, et sert lors des marches. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: collection particulière.

Plaque de ceinturon d’aide de camp, 1er Empire. Assez ouvragé, comme la plupart des éléments des tenues d’officiers. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Soldats allemands de la Première Guerre mondiale, avec des masques à gaz et cuirasses. Celles-ci reviennent, sans peu de succès. Voir l’équivalent italien « Farina ». Photo de l’auteur. Légende non trouvée.

1ère guerre mondiale, képi du lieutenant-colonel Mangematin. L’officier l’a modifié afin de pouvoir rabattre sur ses grades trop visible du drap neutre. Comme on le dit dans l’armée française: « l’or attire le plomb ». Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée.

Reconstitution d’une tombe provisoire américaine en Normandie en 1944. Elles permettaient d’être retrouvées facilement après les combats pour identifier et rapatrier les corps. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée et collection particulière.

Nécessaire médical japonais de 1914. Photo de l’auteur. Lieu de conservation: musée de l’Armée. Objets rarissimes dans nos contrées: à côté un intéressant mannequin de médecin nippon de la même époque est visible.

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Le retour d’Egypte du général Bonaparte: II) Déroulé des faits

Après avoir décrit la fois précédente le déroulement de l’expédition d’Egypte et le fait qu’elle soit rapidement devenue une impasse pour les troupes françaises, il nous faut à présent évoquer le retour en lui-même de Bonaparte en France, retour qui laisse encore perplexe l’historien au sujet de nombreux points. Nous terminerons ensuite avec le devenir des troupes françaises en Egypte après le départ de leur chef, point rarement évoqué.

Une traversée non sans zones d’ombres

La situation politique en France en 1799 dépasse le cadre de cet article. Rappelons seulement que le régime du Directoire est instable et travaillé par des forces centrifuges, notamment du fait de Siéyès, personnage important depuis le début de la Révolution et qui souhaiterait voir un changement de régime, en s’appuyant sur « une épée », un général populaire et apprécié, quitte à s’en débarrasser par la suite. Sa conspiration va fusionner avec les propres vues d’un Bonaparte qui mûrit peu à peu ses projets et qui va, finalement, après son succès du 18 Brumaire, marginaliser Siéyès plutôt que l’inverse.

Or, pour conspirer, il faut encore être en France, et la Méditerranée est étroitement surveillée par la Royal Navy, on l’a dit ! Pourtant, cela n’empêche pas  le jeune général de prendre la décision de partir, et finalement s’échapper d’Egypte avec quelques officiers le 22 août 1799 au matin, profitant du départ de la rade d’Alexandrie de la flotte adverse. Là, plusieurs zones d’ombre recouvrent ces événements car il parvient à Ajaccio sans encombre dès le 30 du même mois.

Les historiens évoquent la possibilité d’un laisser-faire plus ou moins volontaire de la part des Britanniques. Pourquoi ? D’une part car le départ du chef de l’expédition priverait celle-ci de tout contenu réel à l’avenir, et donc de menace sur l’Inde, objectif à long terme de la part des Français. De plus, l’amiral chargé de la surveillance, un certain Sidney Smith, détestait Nelson qu’il releva, et aurait souhaité le gêner avec pareille « négligence ». Il est établi qu’il fit même passer au commandement français des journaux après la victoire terrestre d’Aboukir, donc des informations (qui ont pu jouer sur la décision de Bonaparte de rentrer, car les nouvelles de France n’étaient pas bonnes). Enfin, la Grande-Bretagne, désireuse de faire la paix pour reprendre des relations commerciales saines avec le continent, voyait d’un bon œil le remplacement du Directoire par un régime plus stable. 

Un tableau intéressant sur le sujet (je ne l’intègre pas, rapport aux droits d’auteur sur les images) de Jean-Pierre Franque

Des côtes françaises à Paris

Quoiqu’il en soit, Napoléon Bonaparte rentre en France sans problème, bien qu’on lui ait reproché d’abandonner ses hommes à un sort incertain, sous le commandement de Kléber. Il faut toutefois se garder de jugements trop hâtifs, d’autant que juger est le contraire du métier d’historien… Et là notamment rappeler que le Directoire avait plusieurs fois donné l’autorisation de rapatrier en France Bonaparte, fût-ce de manière ambiguë. Il était plutôt bien vu, notamment par le directeur Barras dont il était le protégé, et passait pour un rempart du régime, bien que son ambition ait déjà été décelée. D’ailleurs, elle n’était pas étrangère à l’autorisation qu’on lui avait donnée de tenter cette expédition (voir article en lien).

Après sa ville natale d’Ajaccio, il passe sur le continent trois jours plus tard, à Fréjus. Sa remontée vers Paris est rapide est triomphale: le 12 octobre il est à Valence, le lendemain à Lyon. Dans la Nièvre, il s’arrête à Nevers le 15. Preuve de sa popularité, les administrations communales se portent au devant de lui et la population le fête. Dans cette dernière ville, des conscrits en pleine insoumission, c’est à dire refusant de rejoindre leur affectation après le tirage au sort, changent même d’avis à sa vue. Finalement, il arrive à Paris dès le lendemain et va s’atteler à d’autres tâches, plus politiques: les 18 et 19 Brumaire, son coup d’Etat est un succès.

A noter que l’actualité rejoint parfois l’histoire: les lieux où il s’est arrêté à Nevers sont actuellement menacés par un projet immobilier peu respectueux du passé. Sans qu’il soit fait d’incitation sur ce site apolitique, vous pouvez néanmoins trouver une pétition à ce sujet ci-dessous. Une similaire a permis de sauver la statue de Drouot à Nancy très récemment:

https://www.change.org/p/madame-francoise-nyssen-ministre-de-la-culture-sauvons-le-grand-monarque-et-la-place-moss%C3%A9

Bibliographie indicative (sans but d’exhaustivité):

Une somme magistrale de concision sur la Révolution, doublée d’un utile dictionnaire. L’expédition d’Egypte y est évoquée.

-TULARD (Jean, sous la direction de), Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, Paris, Bouquins, 2002, 1223 p.

L’excellent ouvrage de Thierry Lentz sur le coup d’Etat de Brumaire, qui revient longuement sur sa préparation et les années précédentes. L’Egypte y occupe une bonne part.

-LENTZ (Thierry), Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2010, 522 p.

L’article sur les origines de l’expédition:

https://antredustratege.com/2015/01/19/origines-de-lexpedition-degypte/

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Le retour d’Egypte du général Bonaparte: I) La situation en 1799

J’avais parlé en 2015 des origines de l’expédition d’Egypte, décidée à la fin du Directoire (voir lien plus bas). Il m’a donc semblé intéressant de parler du retour du général Bonaparte en France: comment se fit-il dans une Méditerranée étroitement contrôlée par la Royal Navy ? Quelle était la situation quand il réussit à en partir pour regagner la France ? Quel fut, au final, le sort de l’armée qu’il laissa derrière lui sous le commandement de Kléber ? Autant de questions qui vont nous intéresser dans les semaines à venir…

D’Alexandrie à Saint Jean d’Acre

L’expédition débute plutôt bien: après s’être emparés de Malte, les 54.000 hommes emportés par la flotte commandée par Brueys arrivent à Alexandrie début juillet 1798, après avoir échappé assez miraculeusement à la Royal Navy. La ville, peuplée d’environ 6000 âmes seulement, n’est plus le centre urbain majeur qu’elle était à l’Antiquité (notamment car le pouvoir s’est déplacé au Caire) et tombe rapidement entre les mains des Français.

Conquise depuis 1517-1518 par les Turcs Ottomans, l’Egypte forme alors une province éloignée de la capitale. Cela explique en partie que les vaincus de la veille, les fameux Mamelouks, exercent alors à nouveau l’essentiel du pouvoir. Ce sont d’anciens esclaves qui forment une sorte de caste militaire et administrative dirigeante, non sans succès. Néanmoins, leurs chefs n’ont pas les moyens techniques suffisants pour s’opposer efficacement aux soldats dirigés par Bonaparte, Murat, Menou et autres. Hommes comme officiers sont souvent des vétérans des guerres précédentes de la Révolution.

La tactique mamelouke laisse aussi à désirer. Ainsi, à la fameuse bataille des Pyramides du 21 juillet 1798, menée près du Caire (et assez loin desdites pyramides en fait) leur fière cavalerie se fait littéralement hacher en chargeant de front des carrés bien entraînés, et dont le feu roulant les brise à bout portant. Rappelons que c’est une formation d’infanterie qui imite la forme géométrique, et permet de tirer de tous les côtés à la fois, rang après rang, ainsi qu’elle peut être renforcée par des canons aux angles. Bref, bien organisée par des hommes et cadres capables, la réponse rêvée face à la cavalerie, comme Waterloo l’a montré bien plus tard !

En quelques semaines, l’armée française multiplie donc les succès et se rend maîtresse d’une bonne partie de l’Egypte. 

Gros représente ici la bataille terrestre d’Aboukir, avec un centrage sur la figure de Murat. L’oeuvre est conservée au château de Versailles. Cliché hébergé sur le site wikipédia (bien utile pour tout ceci ! )

Des Français « prisonniers de leur conquête »

Toutefois, selon l’expression consacrée, elle devient aussi rapidement « prisonnière de sa conquête », notamment du fait de la flotte de Nelson. Celui-ci a enfin retrouvé les Français à Alexandrie et Brueys commet la terrible erreur de faire combattre ses navires à l’ancre. Il sait que ses marins sont mal entraînés et veut ainsi éviter les excellentes capacités manœuvrières de son adversaire. Toutefois, il lui offre en fait une très belle occasion de malmener ses vaisseaux incapables de se déplacer. L’affrontement qui porte le nom de bataille d’Aboukir voit 11 navires de ligne français sur 13 être détruits et 5500 marins sur 8000 perdus, dont Brueys lui-même, qui meurt courageusement et en donnant des ordres jusqu’au bout.

Il n’empêche qu’incapable de revenir en France avec ses hommes, Bonaparte se retrouve coincé dans la terre des pharaons. De plus, même s’il n’affirme ne faire la guerre qu’aux seuls Mamelouks, l’Empire Ottoman a finit par déclarer la guerre à la France et envoie des hommes en Egypte, par la mer et via la terre sainte, avec l’aide britannique. C’est aussi une occasion pour le sultan Sélim III d’exercer un contrôle plus étroit sur cette possession.. Ne perdant pas de temps, le général envoie des hommes vers le sud poursuivre les restes des armées mameloukes, sous le commandement du célèbre Desaix et se porte lui-même au devant des forces ottomanes.

Il remporte d’abord de beaux succès, mais est bloqué devant les murailles de Saint Jean d’Acre, ravitaillée par la Royal Navy, et doit retraiter en Egypte, ses hommes étant épuisés. C’est là qu’il écrase l’armée de secours turque arrivée près d’Alexandrie, le 25 juillet 1799 (voir tableau). La bataille prend aussi le nom d’Aboukir, comme pour effacer la première du nom. Or, ce succès ne règle pas le problème du retour en France !

Bibliographie indicative (sans but d’exhaustivité):

Une somme magistrale de concision sur la Révolution, doublée d’un utile dictionnaire:

-TULARD (Jean, sous la direction de), Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, Paris, Bouquins, 2002, 1223 p.

L’excellent ouvrage de Thierry Lentz sur le coup d’Etat de Brumaire, qui revient longuement sur sa préparation et les années précédentes:

-LENTZ (Thierry), Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2010, 522 p.

Un synthèse indispensable sur l’Empire ottoman, qui décrit très bien l’Egypte ottomane et le système mamelouk qui s’y remet progressivement en place après la conquête:

-MANTRAN (Robert, sous la direction de), Histoire de l’Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, 810 p.

L’article sur les origines de l’expédition:

https://antredustratege.com/2015/01/19/origines-de-lexpedition-degypte/

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Le fort Rapp-Moltke (Alsace/Reichstett)

Finalement, une conclusion pour le dernier dossier ne m’a pas paru si pertinente que cela… En attendant la suite, consacrée à l’expédition d’Egypte, je vous propose donc la découverte du Fort Rapp-Moltke, autre fortification allemande de la ceinture de Strasbourg. J’avais déjà présenté celui de Mutzig (lien à la fin), et celui-ci ne manque pas non plus d’intérêt.  Il a été bâti avant, de 1872 à 1874 et faisait partie d’un ensemble destiné à protéger cette place proche de la frontière et également du Rhin et donc de l’ancienne limite avant 1871.

Semi-enterré comme les productions Séré de Rivières françaises de l’époque, il forme une place bien équipée. Amélioré à plusieurs reprises, même si l’apparition de l’obus à la mélinite, très perforant, le déclassa pratiquement, il pouvait abriter 800 hommes et leur ravitaillement. Il était armé d’une vingtaine de pièces d’artillerie, plus d’autres en réserve. Et ce sans compter les mitrailleuses ajoutées par la suite ! L’endroit fut utilisé comme prison durant les deux guerres mondiales, et même comme base arrière de la ligne Maginot. Plus d’informations sur le site du fort:

http://www.fort-rapp-moltke.fr/index.php/fr/

Comparaison avec Séré de Rivières (photos de l’auteur):

https://antredustratege.com/2014/09/02/le-fort-sere-de-rivieres-modele-1874-1875/

Vue de l’entrée depuis l’intérieur du fort. On voit les noms des officiers du génie ayant commandé sa construction. Photo de l’auteur.

Vue de l’entrée depuis l’extérieur. Photo de l’auteur.

L’une des poudrières. Photo de l’auteur.

Dans les fossés. Photo de l’auteur.

Dans les fossés. Photo de l’auteur.

Dans les fossés. Photo de l’auteur.

Tour des fossés. Photo de l’auteur.

Autre vue des fossés. Photo de l’auteur.

Le tour complet fait, en revenant vers l’entrée.

Dans l’intérieur du fort. Photo de l’auteur.

L’une des coupoles d’obervation. Photo de l’auteur.

Vue du fort depuis les hauteurs. Photo de l’auteur.

L’article sur le fort de Mutzig (photos de l’auteur):

https://antredustratege.com/2015/09/21/le-fort-de-mutzig-alsace-reportage-photo/

Aperçu de l’Alsace militaire (photos de l’auteur):

https://antredustratege.com/2014/01/29/apercu-de-lalsace-militaire/

Château du Haut-Koenigsbourg (photos de l’auteur):

https://antredustratege.com/2014/01/20/le-chateau-du-haut-koenigsbourg/

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: V) Échecs à répétition et exécution

Premier départ du Nicaragua

Tout semblait aller bien pour Walker, souvenez-vous: il réussit à s’emparer du pouvoir au Nicaragua, et à rassembler des soutiens dans le sud des Etats-Unis. Pierre Soulé lui-même le rejoint sur place, et sa cause est plaidée dans les Etats du sud, qui voient un nouvel Eldorado dans la terre qu’il a conquise. Ainsi, plusieurs navires emportant dans leurs flancs des volontaires le rejoignent, depuis la Nouvelle-Orléans et San Francisco au cours de l’hiver 1856-1857.

C’est là que l’histoire prend un nouveau tour: une épidémie de choléra clairsème ses rangs, bientôt vaincus par une alliance mise sur pied par les autres Etats d’Amérique centrale, notamment le Costa Rica. Ceux-ci craignent ses rêves d’expansion pour la stabilité de leurs propres pays et Walker, défait, choisit de se rendre le 1er mai 1857, à la marine américaine.

Retours successifs 

Toutefois, il n’est pas arrêté et, au contraire, est plutôt fêté à son retour au Etats-Unis ! Lui-même parcourt le Sud pour rassembler des fonds et des hommes pour une nouvelle expédition. Il repart en novembre de la même année, pour tomber droit dans les filets de l’US Navy. Là, la presse et les élus sudistes se déchaînent non pas contre lui, mais en sa faveur. Parmi eux, un certain Alexander Stephens, dont le poids politique est important et qui va devenir le vice-président de la Confédération.

Jugé, il est acquitté grâce à un extraordinaire soutien qui dépasse sa propre personne: les boutefeux du sud voient dans sa volonté de conquête un moyen de s’affirmer face aux nordistes et de perpétuer l’économie esclavagiste ailleurs. D’où une troisième tentative en décembre 1858, qui échoue assez piteusement, car son navire donne en plein dans des récifs…

Echec final et exécution 

Secouru par un bâtiment britannique, il ne stoppe pas ses projets. S’il est encore populaire, l’opinion commence tout de même à se lasser de ces gesticulations qui n’aboutissent pas. Ainsi, lorsqu’il s’embarque pour une quatrième tentative, il n’a pu engager « que » 97 hommes. L’expédition tombe sur des forces autrement supérieures et, capturé, une énième fois, il est remis par l’officier britannique à qui il s’est rendu, non pas aux autorités américaines, mais à leurs homologues locales.

Celles-ci vont profiter de l’occasion. Le 12 septembre 1860, plutôt que de retrouver les côtes de Louisiane, il est donc passé par les armes et sa « carrière » prend fin brutalement. Il nous restera à conclure sur cette étonnant parcours de vie la prochaine fois.

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

A titre de comparaison, voir l’instabilité de l’Uruguay et de sa région à travers l’engagement de Garibaldi dans :

Liens: 

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Le volet militaire du musée national d’Irlande

Quelques clichés illustrant le riche passé militaire de l’Irlande, vu à travers les collections du National Musem of Ireland. Installé dans les anciennes casernes royales, aujourd’hui Collins Barracks, à Dublin, il comporte de très nombreuses salles d’histoire et fait notamment la part belle au soulèvement de 1916 et à la guerre d’indépendance irlandaise. Renvois vers des articles existants et bibliographie plus bas. Le site du musée, qui est gratuit:

http://www.museum.ie/Decorative-Arts-History

Vue de la cour intérieure. Ces casernes étaient prévues pour abriter plusieurs milliers d’hommes et furent terminées par le pouvoir britannique en 1704. Pour en savoir plus: http://www.museum.ie/Decorative-Arts-History/History-Architecture. Photo de l’auteur.

Enseigne de la Royal Irish Constabulary, police au service du pouvoir britannique et armée, contrairement à celle de Dublin. Peu appréciée, elle symbolisait la tutelle de Londres, même si ses membres étaient souvent irlandais. Elle eut des auxiliaires à la réputation sinistre pendant la guerre d’indépendance irlandaise (1919-1922): les fameux « Black and Tans ».  Photo de l’auteur.

Document signé par le général Humbert, débarquement de 1798. Pour en savoir plus: https://antredustratege.com/2017/03/04/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-1798-un-debarquement-avec-tres-peu-de-moyens/ . Photo de l’auteur.

Canon de 18 pounder, Première Guerre mondiale. De nombreux Irlandais s’y battirent dans les rangs britanniques, mais ceux-ci ne répondirent pas à leur aspiration de créer de grandes unités irlandaises et manquèrent une occasion. Photo de l’auteur.

Mauser C 96. Arme bien connue. Celle-ci servit durant la guerre d’indépendance irlandaise (1919-1921). Photo de l’auteur.

Mannequin d’un tankiste irlandais durant les années 20-30. Devenu indépendant, le pays dut créer une armée nationale. On y retrouve des influences britanniques, françaises et allemandes pendant des décennies. Photo de l’auteur.

Transport de troupe irlandais, très inspiré du modèle britannique, années 30-40. Photo de l’auteur.

Reconstitution du casernement en 1942 dans les Collins Barracks. On voit bien l’influence britannique dans les équipements irlandais. Des plans d’invasion de l’Irlande existèrent, mais le pays parvint à garder sa neutralité. Photo de l’auteur.

Très étonnant: un canon espagnol de l’invincible armada de 1588 !!! Grand échec de mettre à genoux l’Angleterre… Photo de l’auteur.

Livre creux, servant à cacher des munitions et des documents, soulèvement de 1916. Photo de l’auteur.

Boucle de ceinturon d’un combattant du soulèvement de 1916 (voir bibliographie). Photo de l’auteur.

Nommé commandant des forces en Irlande pendant le soulèvement de 1916, Maxwell parvient à l’écraser et ce document rappelle l’interdiction de posséder des armes. Photo de l’auteur.

Photo de l’Asgard, bâtiment dont je reparlerai: il amena des armes allemandes en Irlande en 1914. Elles servirent pendant le soulèvement de 1916. Photo de l’auteur.

Bibliographie:

-Voir liens dans les descriptions. Plus généralement:

Excellente synthèse en français sur l’Irlande:

-JOANNON (Pierre), Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2009, 832 p.

Très bonne synthèse en anglais sur le soulèvement de 1916:

-TOWNSHEND (Charles), Easter 1916. The Irish rebellion, Londres, Penguin books, 2015, 442 p.

Sur la guerre d’indépendance irlandaise, en anglais:

-HOPKINSON (Michael), The Irish War of Independence, Dublin, Gill & Macmillan, 

Liens: 

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: IV) Au Nicaragua

La conquête du pays

Walker se rend donc au Nicaragua en mai 1855, avec une soixantaine d’hommes, et un soutien financier de la compagnie de transport Vanderbilt. Le pays est en proie à l’instabilité et connaît la guerre civile, ce qui attire les convoitises des aventuriers étrangers, et gêne les activités commerciales et financières des firmes locales et américaines, d’où l’aide citée plus haut. Elles ont tout intérêt à ce que la paix revienne, si possible avec un gouvernement qui les favorise. On retrouve cette immixtion des entreprises privées dans les guerres plus d’une fois en Amérique (et ailleurs), jusque fort avant dans le siècle, et même lors du 20e…

Or, le succès est au rendez-vous, car Walker et ses hommes, aidant les rebelles, réussissent à se débarrasser du gouvernement légitime du Nicaragua. Cela crée un appel d’air comme auparavant au Mexique (voir III): d’autres ambitieux viennent dans le pays depuis les Etats-Unis. Walker se nomme alors lui-même chef de l’armée nicaraguayenne et réussit, de plus, à obtenir la reconnaissance diplomatique de la part du président américain de l’époque, Franklin Pierce !

Là, je rappellerai, qu’aussi incroyable que cela paraisse, il n’est pas le seul homme a avoir tenté et partiellement réussi à se tailler un empire dans des régions marquées par une forte instabilité et où des intérêts économiques sont en jeu. L’Amérique centrale et du sud de l’époque est très souvent ravagée par des guerres intestines et je vous renvoie à la bibliographie pour découvrir le cas précis de l’Uruguay, où se battit longtemps Garibaldi.

Un parfum d’idées sudistes 

A ce stade de « l’aventure », nous allons boucler la boucle avec le premier article qui présentait le contexte: le fait que Walker se soit créé une place avantageuse au Nicaragua va réveiller les passions des hommes d’influence du sud des Etats-Unis, et notamment esclavagistes. Si, jusque-là, les gesticulations de l’aventurier n’avaient pas pris un tel visage, les choses commencent à présent à changer.

En effet, si la presse du nord des Etats-Unis condamne ses entreprises, celle du sud les présente avantageusement, et des hommes déjà cités comme Pierre Soulé voient désormais le pays où agit Walker comme une terre d’opportunité, bien que les Etats d’Amérique centrale aient déjà aboli l’esclavage. Ainsi, des milliers de personnes venues des Etats du sud se rendent dans le pays devenu nouvelle terre de cocagne et Soulé lui-même effectue le voyage, apportant avec lui des soutiens financiers de la Nouvelle-Orléans.

Toutefois, c’est précisément à ce moment que les choses se gâtent pour Walker et ses rêves de grandeur… 

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

A titre de comparaison, voir l’instabilité de l’Uruguay et de sa région à travers l’engagement de Garibaldi dans :

-MILZA (Pierre), Garibaldi, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2014, 731 p.

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Musée d’histoire militaire de Tournai

Méconnu, mais très très riche, voici quelques photos du musée d’histoire militaire de Tournai. Il présente l’histoire de la ville, vue sous l’aspect militaire, depuis le Moyen-Age à 1945. Celle-ci a en effet connu énormément de sièges, combats, dont certains menés par les armées de Louis XIV, celles de la Révolution… Bien sûr, les guerres mondiales occupent une part importante des collections, bien mises en valeur et comportant des objets assez rares des armées belge comme étrangères. Vous aurez là un aperçu ! Photos de l’auteur.

La fiche du musée:

https://www.tournai.be/decouvrir-tournai/musees/musee-d-histoire-militaire.html

Mortier français de 15 pouces (406 mm) fondu à Douai en 1684. Il équipait la place au moment du siège de 1709, qui fut particulièrement âpre. A l’époque le Tournaisis était français et Vauban avait fortifié la ville, comme tant d’autres. Photo de l’auteur.

Canon de campagne de 60mm allemand, 1875. Hélas il n’est pas précisé comment il est arrivé dans le musée. Peut-être un achat de l’armée à l’époque… C’était courant, pour tester le matériel des autres puissances. Ainsi la France du Second Empire avait acquis des pièces de chez Krupp. Photo de l’auteur.

Très célèbre pistolet belge browning mle 1900 (fabriquer sous licence est courant à l’époque). Fabrication FN (Fabrique Nationale) Herstal. C’est un pistolet de cette manufacture qui a été utilisé par Prinzip pour tuer François-Ferdinand en 1900. Photo de l’auteur.

Boussole de l’armée belge, deuxième moitié du XIXe siècle. Photo de l’auteur.

Buste du roi Albert Ier, connu pour son attitude pendant la Première Guerre mondiale. Mais qu’il ne faut pas surestimer. Lire Jean-Claude Delhez à ce sujet ! Photo de l’auteur.

Chansonnier bilingue, début du XXe siècle, armée belge. Photo de l’auteur.

Plusieurs vitrines comme celles-ci évoquent l’armée belge à Tournai durant l’entre-deux-guerres. Hélas, le reflet de la vitrine se voit. Photo de l’auteur.

L’un des nombreux objets des Belges libres du musée. Ici, des documents administratifs. Photo de l’auteur.

Mitrailleuse française « MAC » 31. Pour en savoir plus: https://antredustratege.com/2013/11/30/les-armes-du-soldat-francais-en-1940-les-mitrailleuses/ Photo de l’auteur.

Mitrailleur belge en 1917-18. Son uniforme est national, même si des objets et armes étrangers (britanniques notamment, et français) furent utilisés. Comme là la mitrailleuse Hotchkiss mle 1914. Pour en savoir plus sur celle-ci: https://antredustratege.com/2013/11/30/les-armes-du-soldat-francais-en-1940-les-mitrailleuses/ Photo de l’auteur

Lances de cavalerie belge, en bambou, 2e moitié du XIXe siècle à 1914. Inutile de rappeler que l’utilité d’une telle arme, encore utilisée par les Uhlans allemands notamment, était assez douteuse au début de la Première Guerre mondiale. Photo de l’auteur.

Voilà un exemple de cavalier belge, là un homme du 3e lanciers, période 1863-1914.

Autres articles sur la Belgique militaire:

https://antredustratege.com/2014/11/12/histoire-militaire-a-bruxelles-dernier-article/

https://antredustratege.com/2015/02/21/le-patrimoine-militaire-de-huy-province-de-liege/

https://antredustratege.com/2013/08/20/bref-apercu-du-patrimoine-militaire-de-liege/

https://antredustratege.com/2015/08/15/le-fort-de-huy-belgique/

https://antredustratege.com/2014/04/20/la-citadelle-de-namur/

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William Walker, un aventurier des Etats du Sud: III) De la Californie au Nicaragua

Période estivale oblige, le site tourne au ralenti… Mais continue ! Reprenons donc où nous en étions restés: nous avions vu qui était Walker, quelle avait été sa formation et nous l’avions laissé au moment où il s’embarquait pour le Mexique…

Au Mexique 

Et plus précisément pour la Basse-Californie, restée mexicaine après le désastreux traité de 1848, qui amputa le Mexique d’un tiers de son territoire et fixa la frontière le long du Rio Grande, comme j’ai pu l’évoquer plus haut. Je le rappelle, le pays vit dans une instabilité chronique depuis qu’il a accédé à l’indépendance, et la récente guerre contre les Etats-Unis a renforcé cet état de fait. Le gouvernement central contrôle mal les zones les plus lointaines de la capitale, dans un Etat qui reste très grand,  au relief et climat très variés, des déserts du nord du pays, au Yucatán à la végétation luxuriante et qui regarde vers l’Amérique centrale.

Dans ce climat, des bandes plus ou moins organisées de brigands mexicains et étasuniens sévissent, se livrant à de nombreuses exactions. Bref, Walker ne fait pas là oeuvre d’originalité en s’y rendant. Pourtant, il est, on l’a vu, intelligent, et mène des hommes bien armés et déterminés. Ainsi, ils s’emparent de la ville de La Paz, (beaucoup portent ce nom en Amérique) capitale de la Basse-Californie. Là , Walker se déclare président d’une nouvelle République et entreprend d’envahir le Sonora voisin, aux mines riches (elles intéressaient encore la France de Napoléon III au moment de l’expédition du Mexique…) ! 

Pour le moment, il ne rencontre pas d’opposition des autorités fédérales, et attire même des déçus de la ruée vers l’or de 1849 en Californie américaine voisine. Sa troupe entreprend donc de se mettre en mouvement vers l’objet de ses désirs… Et les premières déceptions surviennent. Car c’est un assemblage devenu hétéroclite qui se met en marche, avec peu de vivres et encore moins d’expérience de vrais affrontements, au final. Les très longues distances, le relief montagneux et le climat semi-désertique aiguisent les tensions et la fatigue. Après que des dizaines d’hommes aient déserté, les autres sont vaincus et s’enfuient face à des troupes mieux aptes au combat.

Bilan et intérêt pour le Nicaragua 

Walker, éphémère « président » doit fuir aux Etats-Unis avec 34 survivants et se rend aux autorités américaines en 1854. On le voit, l’affaire a duré tout de même plusieurs années et aurait pu s’arrêter là… S’il n’avait pas été considéré comme un héros à son arrivée à San Francisco ! J’ai dit dans le premier article cet appétit de conquête qui marque une partie de la société du Sud, mais aussi de celle de l’Ouest en pleine structuration (voir bibliographie). Bien qu’arrêté, il n’est donc pas livré aux Mexicains, et le jury l’acquitte au bout de 8 minutes seulement !

Il peut être difficile de comprendre ce genre de réaction aujourd’hui, mais il faut se souvenir que la société californienne de l’époque est bien éloignée de la nôtre, faite en partie d’ambitieux de tous horizons, et les Etats-Unis sont alors pris par une fièvre de conquête liée à la doctrine de la « destinée manifeste » déjà évoquée, fièvre renforcée par les troubles qui agitent une grande partie du continent, favorisant les entreprises de ce genre. Je vous renvoie au premier article et aux livres cités plus bas.

Sa première expédition est donc un échec, mais qui est loin d’arrêter cet homme qui ne tient pas en place. Dès 1854 il prend contact avec des rebelles nicaraguayens. Ce petit pays d’Amérique centrale est en proie à des troubles révolutionnaires et excite les convoitises, notamment car l’idée de creuser un canal dans cette région prend déjà forme dans les esprits pour raccourcir les temps de trajet des navires et éviter la route du Cap Horn.

Bibliographie sélective: 

Magnifique synthèse (existe en Français) sur la guerre de Sécession, qui revient très longuement sur les années 1840-1860:

-MC PHERSON (James M,), Battle cry of freedom. The American civil war, Londres, Penguin Books, 1990, 904 p.

Sur la conquête de l’ouest, une excellente synthèse:

-JACQUIN (Philippe) et ROYOT (Daniel), Go west ! Une histoire de l’ouest américain d’hier à aujourd’hui, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2004, 368 p.

Sur la situation au Mexique après l’indépendance voir les premières pages de :

-AVENEL (Jean), La campagne du Mexique (1862-1867). La fin de l’hégémonie européenne en Amérique du Nord, Paris, Economica, 1996, 194 p.

-Sur l’instabilité chronique de l’Amérique du XIXe siècle, l’excellent:

-VAYSSIERE (Pierre), Les révolutions d’Amérique Latine, Paris, Points, coll. « Points histoire », 2002, 480 p.

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