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Musée de Douvres

Ma visite du musée

Site déjà occupé à la Préhistoire, Douvres est une ville chargée d’histoire et qui a toujours été d’importance étant donné sa position géographique. Bien avant d’être un terminal pour ferries, elle connut des fortunes diverses de l’époque romaine à nos jours. Toutefois, bien que ville-carrefour où beaucoup de gens passent, elle n’a jamais grandi au point de devenir une immense métropole, ce que la proximité des fameuses falaises blanches, qui limitent les constructions, explique aussi.

Elle ne manque tout de même pas d’intérêt pour l’amateur d’histoire militaire. Outre son château médiéval qui fut aussi un poste radar durant la Seconde Guerre mondiale, on peut voir des restes de fortifications dans une région proche de la France et que les autorités considéraient comme vulnérables. Le musée de la ville, lui, est gratuit et permet de se replonger dans ces siècles, selon une progression chronologique assez conventionnelle. La présentation des objets est claire et ils ne manquent pas d’intérêt: artillerie du XIXe siècle, vitrines riches consacrées aux deux conflits mondiaux etc. On profitera donc aisément d’un voyage en Angleterre pour passer une-demi journée à Douvres. En attendant, voici quelques pièces intéressantes.

Le site du musée:

https://www.dovermuseum.co.uk/Dover-History/Dover-History.aspx

Document des services de renseignements allemands, 1940. Les défenses de la ville et l’emplacement du radar y sont décrits, en vue d’une invasion qui n’eut finalement jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Pour répondre aux canons allemands tirant sur l’Angleterre depuis la France, de lourdes pièces furent installées dans la région de Douvres, comme cet exemplaire de 14 pouces surnommé « Winnie » en l’honneur de Churchill. Il est servi par des hommes du Royal Marine siege regiment et tira le premier obus sur la France depuis le Kent. Photo de l’auteur (août 2019)

Pommade anti-gaz distribuée à Douvres pendant la Seconde Guerre mondiale, heureusement pour la population, de telles attaques n’eurent jamais lieu. Photo de l’auteur (août 2019).

Masque à gaz et sa musette, d’un modèle distribué aux civils. Photo de l’auteur (août 2019)

Affiche de propagande moquant les tentatives allemandes de réduire au silence le Royaume-Uni durant la Bataille d’Angleterre. On pourra lire le livre de Richard Overy à ce sujet. Photo de l’auteur (août 2019).

Les vitrines sur la Première Guerre mondiale, présentant ici la partition de la célèbre chanson « It’s a long way to Tipperary ». Photo de l’auteur (août 2019)

La chanson, interprétée par John McCormack

Souvenir de l’attaque-surprise de la Dover Patrol sur le port belge de Zeebrugge tenu par les Allemands, avril 1918. L’opération hardie (bloquer le canal, utilisé par la marine allemande) fut un demi-succès. Photo de l’auteur (août 2019).

Modèle d’un canon à chargement par la culasse, tel qu’utilisé par la Cinque ports volunteer artillery en 1869. Cette expression désigne une confédération médiévale de cinq ports du sud, encore existante aujourd’hui (de manière différente bien sûr). Craignant une invasion, notamment française, ils mirent en place des troupes volontaires pour se défendre.

Artilleurs ouvrant le feu depuis les fortifications des Western Heights vers 1812 (canon de 24 pounder). Il s’agit des ouvrages bâtis pour protéger la région d’un débarquement français. Les forts furent modernisés jusqu’à la fin du XIXe siècle. Photo de l’auteur (août 2019).

V1 allemand, utilisé contre l’Angleterre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Photo de l’auteur (août 2019).

« View of Dover Castle » par Arthur Nelson en 1767. L’angle de vue est intéressant, car la ville est située en bas de la falaise sur laquelle le château est construit. Photo de l’auteur (août 2019).

Bombe d’une tonne allemande, vers 1940. Utilisée pour détruire les bâtiments, elle n’explosa pas. Retrouvée dans le port, elle fut neutralisée et est présentée dans le musée. Photo de l’auteur (août 2019).

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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: VII) Bilan et conclusion

La libération du territoire belge

La libération du territoire belge appartient aux grandes offensives alliées de l’été 1918, auxquelles participent cette fois très étroitement les forces belges, directement intéressées. La réserve bien compréhensible du roi quant à l’engagement de l’armée cède là la place à une volonté de faire partie de ce mouvement jugé important. En effet, que des Belges libèrent leur propre territoire est symboliquement puissant, et c’est ce qui arrive. Toutefois, si on a souvent en tête l’image de forces allemandes qui se débandent à l’approche du 11 novembre, il faut s’en méfier: la date finale n’était pas connue à l’époque et on sait que les troupes du kaiser se sont bien défendues durant l’été.

C’est d’ailleurs ce qui se passe en Belgique: les combats le long de la Lys sont très durs et les Français y participent aux côtés de leurs alliés. La jonction est faite aux environs de Gand, mais à la mi-octobre seulement. Enfin, si l’on retient habituellement la date du 11 novembre comme armistice et fin des combats sur le front de l’ouest, les historiens ont énormément relativisé celle-ci dans leurs dernières recherches. Non seulement l’est de l’Europe continue de s’embraser pendant des années (voir lien à la fin), mais l’armistice signé entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie, dont l’effet sur l’issue finale est important, a eu lieu dès le 4. Enfin, en Belgique dont nous parlons, le roi fait son entrée à Bruxelles plus tard, le 22. C’est là qu’il réinstalle son autorité et que les grandes scènes de joie ont lieu, beaucoup moins le 11. Toutefois, c’est bien cette dernière date qui a été choisie, pour « aligner la politique symbolique belge sur celle des alliés français et britanniques » (Victor Demiaux, référence en bibliographie).

Monument aux morts de la ville de Tournai. Comme souvent, les tués de 40-45 ont été rajoutés par la suite. Photo de l’auteur (juillet 2017).

Le bilan humain et matériel 

Une fois l’heure du bilan arrivée, il faut constater que celui-ci est lourd. Si, en valeur absolue, les pertes humaines sont limitées par rapport aux saignées connues par l’armée française ou russe, il faut les remettre en perspective: on a vu les conditions particulières de l’occupation allemande de 1914 et de l’emploi de l’armée belge de par la volonté du roi Albert. De plus, la Belgique est bien moins peuplée que les grands États européens. On parle ainsi de 40.000 militaires tués ou disparus, ce qui représente tout de même 10% de l’effectif engagé, auxquels il faut ajouter 9000 civils et les naissances qui n’ont pas eu lieu. Ce fameux phénomène de « classes creuses » touche donc aussi la Belgique et au recensement de 1920 il « manque » 650.000 personnes ! La population atteint alors 7.4 millions d’habitants, dont beaucoup ont été déplacés durant la guerre ou ont fuit les armées ennemies.

Côté matériel, les villes belges ont beaucoup souffert de l’avancée allemande: la bibliothèque universitaire de Louvain a été brûlée en 1914 (voir photo), Malines, Charleroi, Namur et d’autres villes ont aussi subi des dégâts. Par la suite, le long de la ligne de front, d’autres localités ont été détruites. Si ces villes ont été rebâties avec succès, parfois à l’identique comme Ypres rayée de la carte par les combats, on se demandait alors s’il ne fallait pas garder certains lieux tels quels, comme objet de mémoire, tels les villages détruits vers Verdun (mais à une autre échelle).

Pour finir on rappellera que, des dizaines de milliers de logements manquent ou sont endommagés, que le tissu industriel a été durement secoué et que le pays en est quitte pour une perte de 20% de sa richesse nationale. Les tensions sociétales qui en découlent vont amener à de profondes réformes en 1918-19, mais qui ne vont pas suffire à régler toutes les tensions accumulées dont le détail dépasse le cadre de cette évocation, mais qu’on pourra utilement connaître en se reportant à la bibliographie indiquée.

Détail de la façade de la bibliothèque universitaire de Louvain, rebâtie après 1918 avec l’aide des alliés de la Belgique. Il s’agit là bien sûr de l’évocation de la contribution française. Photo de l’auteur (juillet 2017).

La figure du roi Albert 1er a été rajoutée dans la halle médiévale d’Ypres, totalement détruite durant la guerre et reconstruite à l’identique par la suite. Elle abrite aussi le musée « In Flanders Fields » dont je vous conseille la visite. Photo de l’auteur (juillet 2018).

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DEMIAUX (Victor), « Le 11 novembre 1918 » dans Historiens et géographes n°442, mai 2018, pp. 77-81.

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

-GERARD (Emmanuel), Nouvelle histoire de Belgique. 1918-1939, la démocratie rêvée, bridée et bafouée, Bruxelles, Le cri, 281 p.

-Informations glanées dans de nombreux musées belges dont le musée In Flanders fields d’Ypres, le Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Bruxelles), le musée-mémorial de Mons, le musée d’histoire militaire de Tournai et diverses expositions (liens depuis les images).

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« La guerre sans fin, 1918-1923 », exposition aux Invalides:

https://www.musee-armee.fr/au-programme/expositions/detail/a-lest-la-guerre-sans-fin-1918-1923.html

Paris romantique, 1815-1848: critique et aspects militaires de l’exposition (Petit Palais)

Ma critique de l’exposition

Le contexte

Finalement assez mal connu des Français, hormis la période napoléonienne, le XIXe siècle revient sur le devant de la scène depuis plusieurs années et c’est tant mieux. Les expositions se multiplient, comme celle consacrée au Second Empire à Orsay il y a quelques années, les nouveaux programmes scolaires du lycée lui font honneur, la recherche scientifique est en plein renouvellement etc. Particulièrement intéressé par ce siècle qui est aussi celui de mes recherches personnelles (avec le début du XXe), c’est donc avec joie que j’ai accueilli la nouvelle de la tenue de Paris romantique 1815-1848 au Petit Palais et au musée de la vie romantique (jusqu’au 15 septembre 2019). Si le choix des dates paraît assez restreint pour évoquer un phénomène complexe et multiforme comme le romantisme, on est évidemment frappé par leur pertinence: de la chute de Napoléon à celle de Louis-Philippe. Entre ces deux bornes, la France a connu de multiples bouleversements politiques, culturels et sociétaux dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui et, il faut bien le dire, les événements majeurs sont à l’époque parisiens, dans une France bien plus centralisée que de nos jours. Non pas qu’il ne se passe rien dans les autres villes, où la création culturelle peut être riche, ni dans les campagnes où vivent alors la majorité des Français (jusqu’en 1931 rappelle l’INSEE) mais le ton est donné par la capitale. M’attendant à voir surtout des explications sur le contexte littéraire de ces années, j’ai voulu en savoir plus et ai finalement vu une manifestation culturelle bien plus large que cela.

Les pièces présentées

Après s’être acquitté du droit d’entrée fort cher (13 euros !), ce qui entretient le débat autour de l’accès à la culture… on oublie finalement vite l’écot dû, tant la richesse de l’exposition frappe. Elle est assez logiquement chronologique et les salles évoquent avec justesse les changements de souverains et de régimes. Le Paris de 1814 et 1815, rempli de troupes alliées ayant vaincu Napoléon n’aura plus de secrets pour vous, non plus que le mobilier de l’époque de la Restauration et de la monarchie de Juillet. La mode n’est pas oubliée, avec des habits et accessoires fort bien présentés, ni l’architecture avec l’évocation du palais des Tuileries ou de la cathédrale Notre Dame. Caricatures et tableaux foisonnent, évidemment.

Les principaux arts sont donc bien représentés, et de nombreux tableaux moins connus présentant les familles royales successives sont d’un grand intérêt car il faut bien dire que l’entourage de Louis XVIII ou Charles X nous sont moins familiers que celui de Napoléon. Au milieu de l’exposition, la reconstitution d’un Salon, exposition annuelle de peintures et de sculptures est d’un intérêt majeur et permet de rappeler que les œuvres que nous voyons avec parfois deux cents ans de distance ont été un jour contemporaines et vues par des gens de l’époque. Cela permet de relativiser la notion même d’art contemporain, tant le mot est chargé de sens différents et souvent contradictoires. Les révolutions de 1830 et de 1848 ne sont pas en reste, sans parler de la création littéraire et musicale de l’époque. On appréciera d’ailleurs grandement le fait que l’exposition présente des pièces moquant les Romantiques: ils n’ont pas fait l’unanimité à l’époque !

Au final, on y passe facilement près de deux heures et l’on peut poursuivre la visite par celle des collections permanentes du musée, elles, gratuites et de l’autre volet au musée de la vie romantique. Il n’y a là que quelques salles mais intéressantes sur la presse, les salons littéraires et les caricatures des écrivains de l’époque. Je regrette juste un usage assez restreint du numérique : des cartes animées du Paris en révolte auraient été utiles, ainsi que plus d’extraits musicaux des opéras cités, de plus, la Révolution de 1848 est juste citée. Dans les deux cas je n’ai pas été étouffé par l’affluence, qui risque de croître les derniers jours.

Photos de l’auteur, illustrant les aspects militaires de l’exposition

Les sites de l’exposition:

http://www.petitpalais.paris.fr/expositions/paris-romantique-1815-1848

http://museevieromantique.paris.fr/fr/les-expositions/paris-romantique-1815-1848-les-salons-litt%C3%A9raires

Horace Vernet: « La barrière de Clichy, défense de Paris le 30 mars 1814 ». Peintre militaire bien connu, Vernet illustre ici la défense de Paris en 1814. La garde nationale, assez peu expérimentée livre des derniers combats, là contre les troupes russes avant la capitulation de la ville signée par le maréchal Marmont. Pour son rôle controversé, on lira avec intérêt la biographie de Franck Favier à ce sujet (lien plus bas vers ma critique).

Détail.

Dessin de Carle Vernet gravé par Debucourt en 1815. S’inscrivant dans une longue tradition, ces représentations étaient vendues à la pièce ou reliées. Elles permettaient de mieux connaître les habits civils et militaires de l’époque considérée. Il s’agit ici d’un officier anglais et d’un écossais.

« Les petits patriotes » d’Auguste Jeanron (1830). Ce tableau est à voir en parallèle du fameux « La liberté guidant le peuple » de Delacroix. Les gamins de Paris sont là moins héroïques, en haillons. Le peintre se battit sur les barricades des « Trois glorieuses ».

Célèbre tableau de Léon Cogniet « Les drapeaux » de 1830. Le drapeau blanc de la monarchie devient progressivement bleu-blanc-rouge à mesure que progressent les « Trois Glorieuses » et que le sang est versé.

Hippolyte Lecomte, « Combat de la porte Saint-Denis » (1830). Le peintre, plutôt paysagiste, montre là un épisode de la révolution du côté des insurgés, moins bien équipés que les troupes royales que l’on voit au fond. Certains civils ont récupéré des effets militaires.

Ce tableau de Lecarpentier présenté au salon de 1831 (« Épisode du 29 juillet 1830, au matin ») présente les combats au pied du Louvre que l’on aperçoit en arrière-plan. Il est clairement allégorique: les insurgés fouillent les gibernes des soldats morts pour leurs cartouches et repoussent l’argent, jusque-dans le caniveau !

Détail. L’homme à gauche a pris un bonnet de police à un soldat.

Girodet, connu pour son portrait de Chateaubriand, peint ici le général vendéen Cathelineau vers 1824. C’est caractéristique d’une Restauration qui remet à l’honneur ces hommes, fait faire des tableaux des aspects plus réussis du règne de Louis XVI comme l’exploration maritime… Voir ce tableau par exemple : https://www.histoire-image.org/fr/etudes/expedition-perouse

Nous retrouvons Vernet qui représente ici la Pologne vaincue en 1831. L’aigle est bien sûr russe, qui écrase le patriote polonais. Depuis 1815, le tsar est aussi roi de Pologne, partagée avec la Prusse et l’Autriche depuis 1795 (malgré l’épisode napoléonien).

A l’instar de la Restauration qui vante ses héros, la monarchie de Juillet fait des tableaux sur le passé. A la fois sur Louis XVIII (1), Napoléon et la Révolution, Louis-Philippe essayant avec peine de faire la synthèse à son profit. Le peintre Schnetz a là été choisi pour représenter les combats devant l’hôtel de Ville en 1830 (1833). Le tableau devait orner l’hôtel de Ville de Paris mais ne fut finalement pas accroché. 1: voir cette toile commandée en 1841, https://www.histoire-image.org/fr/etudes/louis-xviii-instauration-monarchie-constitutionnelle

Pour en savoir plus sur cette époque:

-ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, 992 p.

-LEVER (Evelyne), Louis XVIII, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2012, 608 p.

-WARESQUIEL (Emmanuel de), Histoire de la Restauration. 1814-1830, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2002, 512 p.

Ma critique du Marmont de Franck Favier:

Marmont – Le maudit

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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: VI) L’armée belge après l’été 1914

Il est à présent temps de revenir sur l’armée belge après l’été 1914: on a vu qu’une partie du territoire national reste aux mains des forces d’Albert Ier, qui a également pu s’extraire de la nasse. Or, ces forces jouent un rôle durant la suite du conflit, bien qu’elles manquent cruellement de moyens jusqu’à la fin et que leur utilisation ait donné lieu à des tensions entre le roi et ses alliés.

Du chaos de 1914 à la reconstruction 

Pratiquement décomposée à l’été 1914, l’armée belge s’est reconstituée peu à peu sur la partie de territoire qu’elle a su conserver, à la fois avec l’aide de l’Entente et grâce à l’opiniâtreté du roi Albert 1er, soucieux de la vie de ses hommes et peu enclin à les faire participer à de vastes offensives coûteuses en hommes et générant peu de gains territoriaux, ce qui caractérise bien le front occidental durant la Première Guerre mondiale.

Ce faisant, il protège un outil restant fragile, mais crée des heurts avec Londres et Paris, qui voient d’un mauvais œil l’armée belge rester à l’écart de plusieurs chocs majeurs. Il faut dès à présent le rappeler: cette armée n’est pourtant pas la priorité des gouvernements britannique et français. Elle reste mal armée, mal équipée durant tout le confit. Elle obtient de pouvoir s’entraîner en France, à l’arrière du front mais est minée de l’intérieur par une inaction relative, et des conflits linguistico-ethniques. Si les Flamands représentent de 65 à  80% de l’effectif suivant les estimations, leurs revendications ne sont pas prises en compte et la langue de commandement reste le français. En fait, les soldats ne réclament pas tant une égalité des langues, qui paraît secondaire face aux nécessités du front, qu’un arrêt d’une forme de mépris de la part d’officiers les prenant souvent de haut. Les conséquences après 1918 vont être importantes.

Néanmoins, ces forces parviennent à atteindre un effectif non négligeable avec le temps. Outre les soldats ayant échappé à la capture en 1914, l’armée belge incorpore des volontaires et des hommes issus de levées sur la portion de territoire qui n’est pas aux mains des Allemands. De plus, on a vu que des hommes parviennent à s’échapper de la partie occupée du pays malgré la surveillance et le mur de barbelés mis en place le long de la frontière avec les Pays-Bas, notamment via des réseaux d’évasion actifs. Ainsi, cette armée compte 221.000 cadres et soldats à la fin du conflit, dont 168.000 directement sur le front.

Boussole de l’armée belge. Objet conservé au musée d’histoire militaire de Tournai. Photo de l’auteur (juillet 2017) https://www.tournai.be/decouvrir-tournai/musees/musee-d-histoire-militaire.html

L’emploi de l’armée 

Cette armée vit surtout une guerre de position, et le roi refuse qu’elle soit employée loin du territoire belge, dans de coûteuses et hasardeuses offensives. Or, si les combats principaux n’ont pas lieu dans cette partie du front, mais surtout dans la Somme ou la Meuse, les conditions restent très difficiles pour les soldats belges, et les Allemands qui leur font face d’ailleurs. En effet, la zone est très marécageuse, surtout dans la partie frontalière nommée Westhoek. L’eau s’infiltre partout, sape le travail de tranchée et l’odeur y est insoutenable car le terrain est plein de cadavres d’animaux comme d’humains. Le résultat est un service très dur à supporter en première ligne, avec notamment des maladies de poitrine bien présentes: un tiers des hommes morts sur ce front (environ 7000) décèdent de ce fait, ce qui est peu courant en 14-18. Notons tout de même qu’à l’arrière, les conditions de vie s’améliorent peu à peu.

De plus, s’il y a bien des échanges de tir d’artillerie, des patrouilles, des coups de main et autres actions localisées de tranchée à tranchée, le front ne connaît pas de bataille majeure entre la fin de 1914 et celle de 1918. Ainsi, les soldats s’ennuient le plus souvent et sont désœuvrés, ce qui joue sur leur moral. Au final les pertes du front de l’Yser restent limitées (20.000 hommes) par rapport aux chocs majeurs comme Verdun, mais sont à remettre en perspective des effectifs engagés et du type de guerre mené. Le combat de position, cruel pour les corps et les esprits, fait tout de même moins de morts que la guerre de mouvement, malgré une image tenace… 

Capote du major Alfred Dierickx, de l’armée belge. On voit clairement qu’elle a été déchiquetée par des éclats d’obus. L’objet témoigne de la violence des combats de la Première Guerre mondiale. Pièce conservée au musée-mémorial de Mons. Photo de l’auteur (octobre 2016) http://www.monsmemorialmuseum.mons.be/

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

-Informations glanées dans de nombreux musées belges dont le musée In Flanders fields d’Ypres, le Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Bruxelles), le musée-mémorial de Mons, le musée d’histoire militaire de Tournai et diverses expositions (liens depuis les images).

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Cervières: musée de la cannetille (broderie au fil d’or)

Voici aujourd’hui une visite du musée de Cervières consacré à l’histoire de la broderie au fil d’or, et des informations sur cette technique depuis longtemps utilisée dans l’uniforme civil et militaire. Photos de l’auteur (28 juillet 2019).

L’âge d’or de la broderie au fil d’or

Arrivée de Chine, la broderie se déploie en Occident dans tous les domaines via les routes de la soie. Militairement parlant, c’est Napoléon qui développe son usage dans le milieu militaire: beaucoup d’insignes vont être brodés, et certains au fil d’or, selon plusieurs techniques. La cannetille est donc un « fil d’or ou d’argent, tourné en spirale, utilisé pour des broderies en relief, notamment celles des uniformes militaires ou civils » comme le rappelle le Dictionnaire de l’Académie française (1).

Le métier arrive en Auvergne par Paris à la fin du XIXe siècle, dans le canton de Noirétable grâce aux familles Gantès et Westler, qui forment sur le tas des ouvrières brodeuses. Avec les décennies, les commandes affluent et connaissent de très importants volumes jusque dans les années 1950. Au plus haut de la production, plus de 500 femmes travaillent à domicile, sous la supervision d’entrepreneurs, pour satisfaire soit de très grandes commandes de l’armée, en séries de milliers, voire de dizaines de milliers, de pièces: insignes de casquettes, pattes de col, grenades de gendarmes et de légionnaires… Soit pour réaliser des parties d’objets plus rares: képis de maréchaux de France, casquettes d’amiral, broderies de tenues de Saint-Cyriens ou demandes d’officiers et souverains étrangers. A côté, elles réalisent des insignes pour les compagnies de chemin de fer, aériennes et autres, en plein essor entre 1930 et 1960.

A partir des années 1960, leur activité décline lentement: les effectifs des armées se réduisent, les modèles plus récents d’uniformes nécessitent moins de broderies, la production est décentralisée vers des sites de production à la machine, ou même dans des pays comme le Pakistan où le travail se fait toujours à la main, mais pour un coût moindre. Enfin, de nombreux insignes sont désormais réalisés en tissu, en métal, voire en plastique.

Insignes de casquettes de la Marine Nationale.

Détail d’une broderie sur une tenue de Saint-Cyrien.

Casquette de préfet.

Casquette de vice-amiral.

Képi de maréchal de France.

Écusson du roi du Maroc.

Flamme de trompette de la garde Républicaine.

Divers insignes posés sur un métier à broder.

Détail d’un tablier de tambour de la garde Républicaine.

Écusson de vice-amiral d’escadre (quatre étoiles).

Reproductions d’insignes de la marine napoléonienne.

Képi de général suisse, tel que porté par le fameux Guisan par exemple.

La cannetille en Auvergne aujourd’hui

Aujourd’hui, il n’existe de plus de « grenadières » (c’était leur titre) en activité en Auvergne. Elles se transmettaient leur savoir appris « sur le tas » jusqu’au début des années 2000. Heureusement, l’activité n’a pas tout à fait disparu. Des brodeuses ont été formées dans des écoles diplômantes et ont pris la relève dans plusieurs sites en France. L’une d’entre elles exerce son activité en Auvergne et son travail peut être admiré en direct dans le musée. Les activités culturelles, un mince filet de commandes de la part de préfets (pour les tricornes de préfète par exemple), d’officiers, des réalisations plus contemporaines et des demandes de reproduction d’insignes anciens venues du monde de la reconstitution historique ont permis de sauver ce travail pluri-centenaire et ce patrimoine français. Toutefois, cette relative renaissance reste fragile et dépend de l’intérêt porté par les pouvoirs publics et les visiteurs.

On peut contacter le musée et faire des demandes de broderie sur le site internet suivant:

https://www.grenadieres.com/

 

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-Informations rassemblées lors de la visite du musée (28 juillet 2019).

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(1): https://cnrtl.fr/definition/academie9/cannetille

La Belgique dans la Première Guerre mondiale: V) Les formes de résistance à l’occupation

Nous avons vu précédemment une forme d’organisation civile face aux aspects les plus durs de l’occupation allemande, avec la question du comité du ravitaillement. Si c’est indéniablement la mise en place d’une structure destinée à soulager la vie des Belges occupés, on ne peut pas pour autant parler de résistance armée dans son cas. Or, sans comparaison possible avec la Seconde Guerre mondiale, on relève tout de même des oppositions plus violentes à la présence allemande en Belgique. Celles-ci conduisent tout naturellement les forces du Kaiser à leur faire face.

Différentes formes de résistance

Je l’ai rappelé en introduction, 14-18 n’est pas 39-45. La guerre menée par les troupes du Kaiser est dure, très dure, comme en témoignent les destructions en Belgique en 1914 (notamment à Louvain, sans parler des exactions commises à Liège le 20 août), les réquisitions évoquées ainsi que les déportations citées plus bas (voir 2e partie). Pourtant, ce n’est pas un régime totalitaire comme le Troisième Reich: pas d’idéologie raciale à l’oeuvre, ni d’envoi systématique dans des camps d’un système concentrationnaire tel que développé à partir de 1933 par exemple. Cela explique en partie que la résistance armée ait été moindre, mais cela ne veut pas dire qu’aucun camp n’ait été mis en place, ni qu’aucune déportation n’eut lieu.

Ce cadre très général posé, notons que de nombreux types d’actions ont été entrepris: sabotages de lignes de chemin de fer (dont on a dit l’importance pour le transfert des troupes et des marchandises), réseau d’évasion de soldats via les Pays-Bas malgré les barbelés (32.000 personnes ont ainsi pu rejoindre les forces belges restées combattantes), mais surtout mise en place de collecte de renseignements. Plus de 300 réseaux voient ainsi le jour dont la fameuse « Dame Blanche » qui donne des informations aux Britanniques. Ils sont d’une grande aide et concernent des milliers de personnes qui communiquent quant aux mouvements de troupes, à la nature des unités, aux installations allemandes en Belgique…

A côté, on peut noter l’apparition d’une presse clandestine très active et l’implication de diverses personnalités dans ce mouvement de refus de l’état de fait, dont le cardinal Mercier qui apporte un soutien moral important dans un pays où la pratique du culte catholique est restée forte.

Mesures édictées par l’occupant allemand. Affiche présentée dans le cadre d’une exposition sur Liège dans la Première Guerre mondiale au musée de al vie wallonne (photo de l’auteur, 2014). https://www.provincedeliege.be/fr/mvw/expo?nid=7832

Photo représentant des soldats allemands dans Bruxelles. Contexte précis non donné. Image présentée au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr Photo de l’auteur (2014)

Les réactions allemandes

La riposte allemande à ses actions ne se fait pas attendre: Berlin fait des pressions sur le Saint-Siège pour limiter les discours de Mercier, sans très grand succès d’ailleurs. Comme ses publications sont très lues, les Allemands en viennent finalement à déporter l’imprimeur qui en a la charge, Charles Dessain, en 1916.

Si la position de prince de l’Église de Mercier le protège, il n’en est pas de même de tout le monde. Ainsi, les Allemands engagent des traîtres belges, utilisent leurs propres espions ainsi qu’une police facilement reconnaissable à sa plaque métallique. Il parviennent donc à arrêter des opposants notoires et à démanteler un certain nombre de réseaux comme le rappelle la plaque ci-dessous. Là, la personne concernée, trahie, a été fusillée le 18 avril 1916.

De plus, l’exploitation économique du pays se fait de plus en plus intense: à la fin de la guerre, les usines belges commencent à être démantelées pour être envoyées en Allemagne et, dès 1916, des ouvriers sont déportés alors que du travail forcé est organisé dans la zone d’étapes, c’est-à-dire une bande de 50 kilomètres à proximité immédiate du front. Dans ce dernier cas, de 1916 à la fin de la guerre, 62.000 personnes doivent accomplir des travaux de terrassement, d’amélioration des communications pour les troupes allemandes, dans des conditions d’hygiène terribles et surtout au mépris total du droit international. Enfin, outre les déportations d’ouvriers (octobre 1916-mars 1917), on peut signaler l’envoi forcé de 30.000 travailleurs en Allemagne de juin 1915 à octobre 1916.

Au final, il s’agit d’une mise en coupe réglée du pays, soumis à des exigences de plus en plus stricte de la part des autorités d’occupation.

Photo prise par l’auteur à Liège (août 2014), d’une plaque commémorative en l’honneur de Dieudonné Lambrecht, créateur d’un réseau de renseignement. http://www.commemorer14-18.be/index.php?id=11177

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

-Informations glanées dans de nombreux musées belges dont le musée In Flanders fields d’Ypres, le Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Bruxelles), le musée-mémorial de Mons, le musée d’histoire militaire de Tournai et diverses expositions (liens depuis les images).

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Musée de la reddition allemande (Reims)

La reddition allemande a bel et bien été signée une première fois à Reims le 7 mai 1945, dans un lycée alors utilisé par les Alliés comme quartier-général du corps expéditionnaire en Europe. La salle des cartes où la cérémonie a eu lieu se visite encore, et les pièces attenantes ont été également transformées en musée. On y trouve des belles collections évoquant autant la capitulation que la vie de Reims de 1939 à 1945. Je vous propose quelques clichés de ces objets. Le site du musée:

https://musees-reims.fr/fr/musees/musee-de-la-reddition/

Le contexte de la photo n’était hélas pas précisé. Mais il s’agit sans doute de soldats Américains avec des enfants français lors de la Libération. Le plus à gauche a une bouteille du fameux Coca-Cola. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Reims était un terrain d’aviation allemand et il s’agit là de la tenue d’un artilleur de la défense antiaérienne allemande (FLAK) en 1944 à cet endroit. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Objets de la défense passive française. Elle est chargée d’alerter lors des raids aériens, de préparer l’évacuation vers les abris, d’organiser une partie des secours. Le casque est un Adrian modèle 1926 avec l’insigne de la DP. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Uniforme des reporters de guerre américains lors de la reddition allemande de 1945. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Tableau représentant la cérémonie. Les Allemands sont de dos. Hélas, le nom du peintre n’est pas précisé. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Dérive d’un Morane-Saulnier 406 abattu au sud de Cambrai le 21 mai 1940. L’escadrille était basée près de Reims. Photo de l’auteur (juillet 2019).

La fameuse salle des cartes où a été signée la reddition. On y voit les pertes, les lignes de ravitaillement, l’évolution des fronts… Photo de l’auteur (juillet 2019).

Mannequin représentant un tireur FM à moto en 1940. Il fait partie d’une unité (15e groupe de reconnaissance de division d’infanterie, au nom assez clair) s’étant battue aux environs de Reims en 1940. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Tankiste américain de la Libération, vers Reims en 1944. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Blason au nom du croiseur Colbert, bonne unité de la marine de 39-40 dont la ville de Reims était marraine. Photo de l’auteur (juillet 2019).

Le lycée existe toujours ! L’entrée du musée est ailleurs, dans une partie devenue lieu de mémoire. Photo de l’auteur (juillet 2019).

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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: IV) La mise en place d’un régime d’occupation sévère

La maîtrise du territoire belge occupé revêt rapidement une grande importance aux yeux du haut-commandement allemand. Outre ses richesses minières et son industrie puissante, la Belgique est aussi un nœud de communication vital pour les forces du kaiser engagées dans le nord-est de la France. Par elle doivent transiter les trains de munitions, matériel, mais aussi de blessés et de renforts. C’est pourquoi l’occupation du royaume va se révéler stricte et lourde, même si elle n’est évidemment pas comparable, dans sa nature, à celle, ultérieure de la Seconde Guerre mondiale.

Les forces d’occupation

Rapidement, la Belgique est séparée en plusieurs zones aux statuts différents, suivant la proximité au front. C’est la distance à celui-ci qui détermine le degré de contrôle militaire allemand. Plus l’on est proche du lieu des combats, plus il est important. Hors du front, l’autorité est exercée par un gouverneur général qui concentre les pouvoirs dans ses mains et s’est calqué sur les divisions du territoire (provinces, communes…) pour installer sa double administration, civile et militaire. Si les bourgmestres belges et d’autres conseils restent en place, il a toute latitude pour émettre des décrets et ne s’en prive pas. Bientôt, les murs sont recouverts de publications indiquant les ordres de l’occupant et les consignes à suivre. Dans certains domaines, des structures sont même créées pour répondre à un besoin précis (notamment vis-à-vis des Flamands jugés plus « sûrs » que les Wallons), et des fonctionnaires arrivent d’Allemagne pour remplir leurs missions.

La structure, pesante, s’appuie sur 80.000 soldats et un personnel civil dont le souci est de contrôler l’ensemble des activités économiques et politiques. C’est par exemple le cas dans la finance, où l’on retrouve des personnalités envoyées d’Allemagne, comme Hjalmar Schacht, futur ministre du troisième Reich, et qui organisent une économie de guerre (achats de biens pour l’Allemagne, réquisitions…). A mesure que les années passent, le statut futur du territoire est également discuté à Berlin: faut-il l’annexer purement et simplement après la victoire (dont l’Allemagne ne doute pas jusqu’en 1918) ? « Simplement » en faire un État vassal ? Comme l’issue finale n’est alors pas connue, ces questions soulèvent des réactions parfois contradictoires sur place, ce qui n’est pas sans créer beaucoup de confusions.

Caricature évoquant les difficultés du ravitaillement en 1916. Image présentée au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

Éléments du mur électrifié entre Belgique et Pays-Bas édifié à partir de 1915. Cinq cents personnes perdent la vie en tentant de le franchir. Objet présenté à Liège dans le cadre de l’exposition « Liège Expo 14-18 ». Photo de l’auteur. https://www.provincedeliege.be/fr/liege1418/expo1418

Objets évoquant le « Relief for Belgium », grande oeuvre américaine. Pièces présentées au musée In Flanders Fields d’Ypres. Photo de l’auteur (juillet 2018). http://www.inflandersfields.be/fr

Les occupés face à l’arrivée des Allemands

On l’a dit, la majeure partie de la Belgique est occupée par l’Allemagne. C’est une situation inédite pour le royaume, qui avait su rester hors de la guerre de 1870. A moins de vivre dans la petite zone demeurée aux mains des forces armées belges, la plupart des habitants doivent continuer leur existence dans un pays occupé. Fuir vers la frontière française semble hors de propos, car ce serait retomber, pour une grande partie, dans des zones aux mains des troupes de Guillaume II. Reste la possibilité de partir vers les Pays-Bas restés neutres mais, pour éviter cette hypothèse, les Allemands mettent en place une barrière électrifiée très au point, et difficilement franchissable, même si des réseaux d’évasion se structurent pour la contourner.

Le premier et principal problème reste l’alimentation: aucun plan de secours n’existe en 1914, les Allemands réquisitionnent beaucoup et ce dans un pays déjà marqué avant-guerre par une forte propension à acheter à l’étranger certaines denrées comme les céréales (3/4), pas assez produites sur place. Dès la fin de l’année 1914, les vivres commencent donc à manquer, et y remédier n’est nullement une priorité pour les autorités d’occupation. Toutefois, elles laissent une structure être mise en place depuis Bruxelles, le CNSA (Comité national de Secours et d’Alimentation). Diverses personnalités belges et étrangères, notamment américaines, y concourent et obtiennent de l’Entente que de la nourriture franchisse en quantité le blocus naval franco-britannique pour venir soutenir la population belge. Cette demande d’aide rencontre un immense écho aux États-Unis, marqués par les destructions allemandes (comme la bibliothèque de Louvain, nous y reviendrons…) et désireux de soulager la misère de la « Poor little Belgium. »

Ce comité, dont l’organisation est complexe et masque des jeux d’influence, réussit toutefois amplement sa tâche et fournit, durant le conflit 4.3 millions de tonnes de nourriture, qui bénéficient aussi au Nord de la France.

Nous analyserons la prochaine fois les formes de résistance à cette occupation et les réactions allemandes, avant de parler par la suite des forces belges continuant le combat puis nous terminerons par la libération du territoire en 1918.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

-Informations glanées dans de nombreux musées belges dont le musée In Flanders fields d’Ypres, le Musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Bruxelles), le musée-mémorial de Mons, le musée d’histoire militaire de Tournai et diverses expositions (liens depuis les images).

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Musée de la cavalerie (Saumur): aperçu des collections

Ville par excellence des troupes montées puis blindées, Saumur regorge de musées et lieux de mémoire militaires liés à cette arme. Je vous propose aujourd’hui un bref aperçu du musée de la cavalerie, qui retrace son histoire de la Renaissance à nos jours. Il est évidemment bien plus riche que ces quelques clichés que je partage. A lier à la manufacture d’armes blanches de Klingenthal (lien plus bas).

https://www.musee-cavalerie.fr/

https://antredustratege.com/2018/01/13/la-manufacture-darmes-blanches-de-klingenthal/

Cuirasse de cuirassier, modèle 1804. Cette cavalerie lourde est utilisée pour le choc, créer des brèches dans les rangs ennemis ou exploiter une faiblesse. Elle a encore son utilité au début du 19e siècle.

Emblème de la garde impériale modèle 1812. L’ensemble a été réalisé sous le Second Empire, époque qui réactive la gloire du Premier et fait la filiation (parfois un peu forcée) entre les deux époques.

Sabres d’apparat de la Restauration, notamment des gardes du corps du roi. Le duc d’Angoulême dont le nom apparaît est le fils aîné de Charles X , dont le mariage avec la fille de Louis XVI est resté stérile. Je l’évoque au sujet de l’Espagne ici: https://antredustratege.com/2018/05/21/lexpedition-despagne-de-1823-i-lintervention-francaise/

Cuirasses de la garde impériale, époque Second Empire. La cavalerie cuirassée se révèle inapte aux combats de 1870. Elle se fait étriller par les tirs des armes à répétition manuelle (Dreyse, Chassepot), mais va subsister jusqu’en 1914.

Détail d’une plaque de carabiniers de la garde impériale (Second Empire). Le commentaire sur ces unités cuirassées écrit plus haut s’applique là encore.

Des dragons (infanterie montée) escortent des prisonniers allemands en 1914. Hélas, le nom de l’artiste n’est pas indiqué. Après la « course à la mer » et la création d’un réseau de tranchées, les cavaliers se révèlent inutiles sur le front de l’ouest. Ils vont être démontés provisoirement. A l’est ou en Afrique, la situation est différente.

Mannequin d’un spahi. Ces cavaliers marocains ou algériens sont recrutés par la France durant l’époque coloniale et se révèlent de très bons soldats. Il reste des unités héritières de celles-ci.

Détail du casque modèle 1935 de chars de combat du général Leclerc, héros de la France Libre et de la Libération.

Les deux visages de la cavalerie en 1940: une partie est encore à cheval, et l’autre motorisée ou blindée. D’ailleurs, la motorisation rencontre toutes sortes de résistances contre elle, bien évoquées dans le roman de Maurice Druon « La dernière brigade ». Cet ouvrage marquant raconte aussi les combats de Saumur en 1940.

Guerre d’Algérie. Le mannequin porte un camouflage dit « lézard » et un pistolet-mitrailleur MAT 49. Les unités mobiles sont envoyées « nettoyer » des zones, notamment à l’époque du plan Challe. Ce général choisit de concentrer ses forces sur une zone précise, avant de passer à une autre. Ainsi, militairement, le conflit est quasiment une victoire.

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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: III) L’occupation d’une grande partie du pays

La reddition d’Anvers et le repli de l’armée belge

Le siège de la grande ville flamande d’Anvers, également l’un des ports les plus importants du pays, débute le 28 septembre 1914. Les Allemands utilisent pour ce faire de très lourdes pièces dont les obus percent les fortifications avant d’exploser. Devant la situation, et alors que le tableau général est assez sombre, le roi Albert décide de quitter la forteresse avec son armée. La décision est lourde de conséquence, mais il craint de tomber aux mains de l’ennemi et, partant, de devenir inutile.

Le matériel, les munitions et tout ce que peuvent sauver les troupes de campagne, sont envoyés dans la ville française de Calais, alors que le sort de l’armée belge de campagne reste incertain. Tandis qu’Anvers tient toujours, le souverain tente de trouver une solution avec son gouvernement, lui aussi replié dans cette localité. Les deux parties se retrouvent finalement sur un autre point de la côte belge, la ville touristique d’Ostende où Léopold II aimait se rendre, dans le « chalet royal ». Là, évidemment, l’heure n’est pas aux activités balnéaires et l’ambiance est même très tendue vu la gravité des faits en cours.

Finalement, les ministres passent en France le 13 octobre avec l’aide de ce pays et Albert, conseillé par Paris, décide de rester dans ce qu’il contrôle encore de territoire belge, pour ne pays envoyer de mauvais signal. Anvers, elle, s’est résignée à la reddition le 10 et ses forces se sont rendues aux Allemands ou ont été se faire interner aux Pays-Bas, pays neutre.

Milice bourgeoise au modèle assez proche de la Garde nationale française, la Garde civique belge fut mobilisée et combattit en 1914, comme le rappelle cette photo conservée au musée « In Flanders Fields » d’Ypres. Cliché de l’auteur: https://data.bnf.fr/fr/12135591/belgique_garde_civique/ https://antredustratege.com/2018/08/01/le-musee-in-flanders-fields-dypres/

Caricature de 1914: « Il faut toujours composer avec les petits ». Document présenté au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

L’Allemagne occupe presque toute la Belgique

Ce court répit a permis à l’armée de se replier derrière l’Yser, cours d’eau jugé peu gênant par les Allemands, qui attaquent la ligne de défense belge dès le 18 octobre. Toutefois, la résistance est réelle et leurs forces sont elles aussi épuisées par de durs combats depuis le mois d’août; quant aux lignes de communication, elles se sont étirées elles aussi. Finalement, renouant avec des tactiques utilisées au XVIIe siècle, les autorités belges prennent la terrible décision d’inonder toute la plaine côtière, ce qui avait stoppé Louis XIV durant la guerre de Hollande (1672-1678).

Si les Ardennes constituent une région accidentée, la Flandre n’est pas sans répondre en bonne partie au cliché du « plat pays » et la tactique est efficace. Ainsi, les forces du Kaiser sont stoppées, comme partout ailleurs jusqu’en Suisse d’ailleurs. La fameuse « course à la mer » prend fin et les armées vont s’enterrer selon un schéma bien connu le long de cette longue ligne de front. La Belgique, hormis une petite zone autour de Furnes (Veurne) et de La Panne est ainsi pratiquement occupée par les troupes allemandes mais ne s’est pas rendue. Toutefois, la suite de la guerre va se révéler très difficile pour elle.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DELHEZ (Jean-Claude), Douze mythes de l’année 1914, Paris, Économica, 2013, 144 p.

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

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