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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: II) L’invasion allemande

Les Allemands rentrent en Belgique 

Nous l’avons vu la dernière fois, l’ultimatum allemand du 2 août 1914 est une terrible surprise pour la Belgique, d’autant qu’il est formulé de manière très brutale. Il affirme que la France va marcher sur le territoire allemand en passant par la Belgique et qu’il est donc nécessaire à l’armée impériale de venir à son secours à la fois pour la protéger (!) et, bien sûr, contrer la menace française. De plus, le délai de réponse (12 heures), est très court.

Malgré la disproportion de moyens évidente, le gouvernement et le conseil de la couronne belges décident de ne pas permettre le passage des troupes allemandes. Outre qu’il violerait les traités internationaux, ce qui est rappelé dans la réponse à l’Allemagne, il est aussi redit que Paris a réaffirmé le 1er août sa volonté de ne justement pas empiéter sur le territoire belge.

Le pays ne se fait aucune illusion sur ses capacités de résistance, mais le roi rejoint le quartier général à Louvain, la mobilisation est décrétée et se déroule bien; enfin la Triple-Entente, dont les membres sont garants des traités de neutralité, va dès lors concourir à la défense de la Belgique. Toutefois, on a dit la modicité des moyens militaires nationaux et, pire, l’armée est mal encadrée, encore en réorganisation, et n’a pas de réelle stratégie, notamment à propos des forts frontaliers comme celui de Liège.

Or, dès le 3 août les Allemands passent la frontière, à Visé, et l’État-major applique le plan, lui, arrêté depuis longtemps et que l’on connaît bien sous le nom de son auteur: Schlieffen. Il vise à contourner via la Belgique les puissantes défenses conçues par Séré de Rivières (voir plus bas) de l’est de la France qui, bien que délaissées, laissent croire à de grandes pertes en cas d’attaque frontale. Dès le 7, la ville de Liège est donc investie et ses défenses, elles aussi anciennes, rapidement conquises: les derniers ouvrages tombent le 16, non sans avoir montré au monde la volonté de résistance du peuple belge. La « cité ardente », elle, est d’ailleurs aussitôt décorée de la Légion d’Honneur.

 

Les Allemands sur la Grand-Place de Bruxelles en 1914. Photo présentée au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

Image satirique de 1914 (dans « Pourquoi Pas ? ») présentant la réponse de la Belgique à l’ultimatum allemand. Image présentée au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

L’arrivée des troupes de l’Entente 

Alors que les armées allemandes commettent des massacres dans leur sillage (nous y reviendrons), les troupes de l’Entente entrent à leur tour dans le royaume, pour venir épauler leur nouvel allié. Toutefois, cela se passe de manière plutôt déroutante pour celui-ci: le commandement français, assez méprisant (il va l’être à nouveau en 1940) entend avoir l’armée belge sous son autorité, et se trompe sur la situation. 

En effet, il juge très sévèrement le repli de l’armée royale vers les forts d’Anvers, par étapes successives. Il est en fait vu comme un abandon du territoire, abandon permettant aux troupes du kaiser de foncer sur la France. C’est plutôt que c’est le seul espoir pour la Belgique de regrouper ses forces et garder une assise territoriale bien défendue, au regard de ses moyens. D’ailleurs, le secteur aurait pu constituer un levier pour les troupes de l’Entente si d’autres décisions avaient été prises.

En fait Français et Britanniques perdent du temps, notamment car ils sont forts occupés par leurs propres problèmes, alors que deux sorties depuis la grande ville de Flandre épuisent les hommes d’Albert Ier. Le roi refuse, en un acte d’autorité, qu’une troisième soit tentée et s’apprête à soutenir le siège de la ville. Or, s’ils sont stoppés sur la Marne courant septembre, les Allemands ne sont évidemment pas vaincus et mettent en ligne une terrible artillerie lourde, allant jusqu’au calibre fort respectable de 420mm.

Image satirique de 1914. Document présenté au musée de la ville de Bruxelles dans le cadre de l’exposition « Bruxelles à l’heure allemande ». Photo de l’auteur. https://www.cairn.info/revue-cahiers-bruxellois-2015-1-page-453.htm http://www.brusselscitymuseum.brussels/fr

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DELHEZ (Jean-Claude), Douze mythes de l’année 1914, Paris, Économica, 2013, 144 p.

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

Le fort Séré de Rivières:

https://antredustratege.com/2014/09/02/le-fort-sere-de-rivieres-modele-1874-1875/

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La Belgique dans la Première Guerre mondiale: I) La situation en 1914

Débutons dès à présent un nouveau dossier consacré à la Belgique au cours de la Première Guerre mondiale. D’entrée de jeu, je rappellerai l’importance de cet État durant ce conflit. Bien que doté de moyens militaires limités, son armée eut un rôle certain dans les combats; sa position géographique au carrefour entre Allemagne, France et Royaume-Uni en fit un point de passage primordial; sa neutralité et la dureté de l’occupation qu’elle subit donnèrent lieu à une importante aide matérielle et à un soutien moral sincère, mais aussi lié à la propagande. Bref, c’est un acteur tout sauf négligeable des années 1914-1919. Cette date a été retenue puisque, la paix revenue, il s’agrandit des cantons de l’Est au détriment de son voisin allemand.

Un pays neutre aux moyens militaires limités

Depuis le début de son histoire en tant qu’État, la Belgique, née de la révolution de 1830 dont je reparlerai une autre fois, est un pays neutre, et c’est toujours le cas en 1914. Hors des guerres européennes du XIXe siècle, malgré des combats frontaliers en 1848 (voir liens) et la crainte -sérieuse- d’être mêlée à la guerre de 1870, elle est protégée par son statut et des garants internationaux. En effet, le traité de Londres de 1839, signé par les grandes puissances, consacre cette position et va jouer un rôle en 1914, comme nous le verrons.

Dans la logique des « États-tampons » chers à Paris depuis au moins les traités de Westphalie (1648), elle est censée, avec le grand-duché de Luxembourg, limiter les tensions entre France, Pays-Bas et Prusse (puis Allemagne). Dans la même logique, elle offre au Royaume-Uni la certitude de ne pas être menacée depuis Anvers, que Napoléon, créateur du port, appelait justement « un pistolet braqué au cœur de l’Angleterre ». Cela explique, avec sa superficie réduite, que son armée ait des moyens limités, bien qu’il ne faille pas voir la Belgique comme une nation totalement désarmée et inapte à faire la guerre.

Ainsi, près de 14% du budget sont consacrés à la défense à la veille de la guerre, et des lois de 1909 et 1913, passées difficilement il est vrai, ont permis d’améliorer le recrutement et l’équipement des forces belges, qui peuvent aussi s’appuyer sur des places fortes construites par Léopold II, notamment à Liège. De plus, les Belges ont un vrai savoir-faire en matière d’armement, comme les bonnes productions de la Fabrique Nationale de Herstal ou de la fonderie de canons de Liège le montrent. Toutefois, le temps a manqué: en 1914, l’armée n’a pas du tout terminé sa réorganisation, et ne compte que 190.000 hommes sur le pied de guerre, ce qui semble bien peu face à 3.84 millions de soldats allemands.

Réquisitions d’automobiles à Mons le 1er août 1914. On voit aussi des troupes. Photo de l’auteur (2016), musée-mémorial de Mons. http://www.monsmemorialmuseum.mons.be/

Réquisitions d’automobiles à Mons le 1er août 1914. On voit aussi des troupes. Photo de l’auteur (2016), musée-mémorial de Mons. http://www.monsmemorialmuseum.mons.be/

L’été 1914

Notons pourtant que la guerre n’était pas forcément inévitable. L’histoire scolaire nous a tous appris l’enchaînement des faits survenu après l’assassinat de François-Ferdinand en juin 1914, mais les historiens ont bien montré dans des recherches récentes que l’engrenage a mis des semaines à se mettre en place. En Allemagne, ce sont les membres de l’État-major qui ont fait pression sur le pouvoir civil pour qu’il opte pour une solution guerrière, notamment fin juillet 1914.

Ainsi, en Belgique, la population et le gouvernement n’éprouvent pas une inquiétude trop grande au début de cet été qui va devenir infernal. Le traité de Londres est dans toutes les têtes, et son statut de neutralité avec. S’il y a des moments de plus grande tension, on croit qu’il va être respecté et, d’ailleurs, la diplomatie belge s’est bien gardée d’être trop pro-allemande ou pro-française depuis des décennies, pour limiter les frictions.

Ce n’est que fin juillet que des mesures de mobilisation sont prises (voir photos), devant la tournure que prennent les événements, alors que les diplomates sondent les pays étrangers pour être certains que le territoire belge va rester à l’abri d’une menace. Il n’empêche: l’ultimatum allemand du 2 août 1914 fait l’effet d’une bombe, alors que, la veille, Londres avait demandé à la France et à l’Allemagne si la neutralité belge allait être respectée, sans réponse de la seconde…

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-DELHEZ (Jean-Claude), Douze mythes de l’année 1914, Paris, Économica, 2013, 144 p.

-DUMOULIN (Michel), Nouvelle histoire de Belgique. 1905-1918, l’entrée dans le XXe siècle, Bruxelles, Le cri, 2010, 188 p.

Pour en savoir plus sur la révolution de 1848 et la Belgique:

https://antredustratege.com/2015/12/02/1848-le-combat-de-risque-tout-i-introduction/

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Douglas Haig et Édimbourg

Avant de vous proposer un nouveau dossier consacré à l’occupation allemande en Belgique durant la Première Guerre mondiale, je vous propose la découverte du patrimoine de la ville d’Édimbourg lié au maréchal Haig. Officier de carrière né dans la capitale d’Écosse, il servit en Inde et lors de dures campagnes coloniales comme la guerre des Boers (voir liens à la fin). Durant le premier conflit mondial, il commanda sur le front de l’ouest, au sein du British Expeditionary Force. Son nom est lié à la bataille de la Somme (1916) et, comme beaucoup d’officiers généraux, à l’impasse liée à cette guerre.

Si les historiens ont pu apprécier à sa juste valeur son rôle réel dans l’affaiblissement général des armées allemandes (lien au-dessous), il reste souvent associé dans les mémoires aux terribles pertes humaines durant son commandement. On se souvient moins de son rôle dans l’accompagnement des blessés après la victoire: il aida a créer la Royal British Legion, qui vient depuis au secours des vétérans, et leva des fonds pour elle. Ses objets du quotidien et les statues ou autres portraits permettent de mesurer à la fois le quotidien d’un officier de haut rang et la mémoire restée associée à son nom de nos jours.

Fiche sur le personnage pour en savoir plus:

http://www.bbc.co.uk/history/historic_figures/haig_douglas_general.shtml

Mise au point sur son rôle récapitulée par la BBC:

https://www.bbc.com/news/uk-scotland-46064486

Liens vers les sites musées où sont conservés les objets:

https://www.edinburghcastle.scot/

https://www.edinburghmuseums.org.uk/venue/museum-edinburgh

https://www.nationalgalleries.org/visit/scottish-national-portrait-gallery

Photos de l’auteur (avril 2016 et février 2019)

Statue équestre de Haig dans le château d’Édimbourg. Photo de l’auteur (avril 2016).

Uniforme d’apparat de Haig. Musée de la ville d’Édimbourg. Photo de l’auteur (février 2019).

Cafetière de Haig, bien utilisée ! Elle servit en 14-18. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Cantine de campagne de Haig faite par Drew & Sons à Londres, utilisée durant le premier conflit mondial. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Bottes de Haig, 14-18. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh. Elles furent faites par Bartley & Sons de Londres, entre décembre 1915 et décembre 1916.

Haig et sa famille. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Haig en visite sur le front (détails précis non fournis). On voit qu’il parle à un soldat écossais, reconnaissable à son « glengarry ». Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Badges régimentaires. La devise a notamment été celle du Queen’s Royal Lancers. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Boîte à l’effigie de Victoria pour les troupes d’Afrique du Sud, 1900. Haig y combat et la reine sait très bien diffuser son image. Voir à ce sujet sa biographie récente par Philippe Chassaigne. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Couvre-chef de Haig lors de sa période au 7th Hussars. Il y est officier dès 1885.

Après la guerre, Haig oeuvre pour les vétérans. Là cette médaille lui a été remise par la légion galloise des anciens soldats. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Flasque offerte par French à Haig après la guerre, avec des écrits de sa main. Il a été le précédent commandant ne chef du BEF. Photo de l’auteur (février 2019). Museum of Edinburgh.

Portrait du maréchal par John Singer Sargent, peint entre 1919 et 1922. Photo de l’auteur (février 2019), Scottish National Portrait Gallery.

Articles sur la guerre des Boers :

https://antredustratege.com/2014/09/14/la-france-et-la-seconde-guerre-des-boers-1899-1902/

https://antredustratege.com/2013/06/20/lapparition-du-camp-de-concentration-1896-1905/

Un des autres articles sur le patrimoine écossais:

https://antredustratege.com/2019/03/04/le-volet-militaire-de-la-scottish-national-portrait-gallery/

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: V) Conclusion

Les Stuarts en exil 

Installés en exil à Saint Germain en Laye, James II et ses proches, puis leurs successeurs, allaient représenter une menace réelle pour le trône. Restés populaires en Écosse et au départ en Irlande, ils vont se servir de ces « ventres mous » du pouvoir installé à Londres pour tenter de reprendre leur place. On nomme bientôt leur cause « jacobitisme », Jacobus étant le nom latin de James. C’est la catholicité du roi qui est tout d’abord cette cause dans l’île verte, ses réformes ayant profité à ses sujets de rite romain. Ainsi, en 1689 puis 1690, avec l’appui de la France (voir ci-dessous), des débarquements sont organisés, qui échouent après des défaites militaires.

La tentative irlandaise échouée, d’autres sont organisées en Écosse, qui connaît déjà des soulèvements en 1689 d’ailleurs. En effet c’est le lieu d’où la famille est originaire, même si l’on a vu qu’elle s’était bien anglicisée après 1603. Toujours est-il que les successeurs de James II, mort en 1701, redécouvrent ce passé, de manière plus ou moins sincère, et que, sur place, la volonté de retrouver un poids perdu avec la fusion des parlements en 1707 est réelle. En effet, c’est cette année que la Grande-Bretagne est officiellement créée et Édimbourg perd son assemblée au profit d’une chambre commune à Westminster. S’il ne faut pas voir dans ces mécontentements du nationalisme au sens du XIXe siècle, cette pensée est tout de même suffisamment puissante pour que les souverains en exil gardent des partisans, en fait surtout dans les hautes terres, parmi les rudes highlanders. 

Des révoltes ont donc lieu notamment en 1689, 1715 puis 1719, avec le concours intéressé de Paris puis de Madrid, l’Espagne étant passée aux mains du petit-fils de Louis XIV après la guerre de 1702-1713. Si ce sont des échecs, la tentative de 1745-1746 déjà décrite (voir liens) fait un temps sérieusement vaciller la dynastie Hanovre. A chaque fois, des répercussions ont lieu sur les populations locales, parfois terribles comme le massacre de Glencoe (1692), ou la destruction du système clanique et l’interdiction des cornemuses après 1746.

Si des rumeurs d’un nouveau « coup » sont semées durant la guerre de Sept ans (1756-1763), la défaite de Culloden et la répression évoquée plus haut est si terrible que rien ne se passe, d’autant plus que les derniers Stuarts meurent sans descendance légitime.

1689, la bataille de Killiecrankie est gagnée par les révoltés Jacobites, une victoire sans lendemain. La chanson, en scots et non en anglais, évoque cet événement et est magnifiquement interprétée par les Corries.

Une révolution sans violence ? 

Enfin, on peut se demander si la « Glorieuse révolution », présentée souvent comme celle d’un peuple unanimement levé contre son souverain et qui le chasse sans heurts, est si exemplaire que cela. Certes, le roi ne subit pas le sort du malheureux Charles Ier, et il n’affronte pas directement Guillaume au cours d’une bataille rangée… Néanmoins on a dit que des nobles se soulevaient contre lui, et les derniers moments de son règne sont l’occasion d’un déchaînement de violences contre les catholiques, qui se terminent même par la destruction de l’ambassade de l’Espagne, pays étranger à ces événements, mais jugé comme très « papiste ».

Si les tensions restent finalement limitées en Angleterre, on a vu plus haut que l’Écosse et l’Irlande se révoltaient et là le sang coula beaucoup, initiant le cycle de révolte décrit plus haut et ailleurs sur ce site.

Au final, après le départ de James II, c’est Guillaume d’Orange, sous le nom de Guillaume III, qui règne conjointement avec son épouse, la fille du roi déchu. Il refuse de se voir en prince consort sans pouvoir et participe directement à de nombreuses décisions. Pourtant, comme le couple n’a pas d’enfants, la lignée des Stuarts se perpétue un temps avec l’arrivée sur le trône de la reine Anne (1702-1714), autre fille de James II restée elle aussi anglicane. Toutefois, elle non plus ne parvient pas à avoir de descendance et, une importante loi de 1701 privant officiellement les catholiques de la succession anglaise, c’est un cousin allemand venu du Hanovre qui inaugure une nouvelle dynastie sous le nom de George Ier.

Détail d’une gravure de 1689 de Romeyn de Hooghe. On voit Guillaume III tenir le sceptre dans ses mains et apporter la liberté à son nouveau royaume. Il s’agit bien sûr de propagande. Oeuvre conservée au château de Holyrood et présentée dans la galerie de la reine, photo de l’auteur (février 2019). https://www.rct.uk/visit/palace-of-holyroodhouse

Autres articles sur la question:

https://antredustratege.com/2017/01/23/les-debarquements-francais-en-irlande-ii-1689-raisons-et-declenchement/

https://antredustratege.com/2017/02/05/les-debarquements-francais-en-irlande-ii-1690-poursuivre-la-tentative-de-1689/

https://antredustratege.com/2018/01/03/bonnie-prince-charlie-a-lassaut-du-trone-1745-1746-i-introduction/

Tableaux illustrant le sujet: 

https://antredustratege.com/2019/03/04/le-volet-militaire-de-la-scottish-national-portrait-gallery/

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: IV) James II perd le trône

Un combat qui ne vient pas

Alors que James II et son armée marchent à la rencontre de Guillaume, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour le premier: des éclaireurs envoyés en avant ne reviennent pas, et certaines unités font défection. Si, au final, elles ne sont pas très nombreuses, le signal donné est mauvais, d’autant plus que le propre neveu du souverain fait partie des déserteurs. Le moral du roi en devient très affecté et il recours à des drogues pour trouver le sommeil. Les conseillers hésitent sur la marche à suivre et lui-même ne sait comment rétablir la situation. Il en vient même à se demander si ses hommes accepteront le combat avec les troupes de son ennemi.

Finalement, craignant que ce ne soit pas le cas, il décide de retraiter en direction de Londres et de négocier avec Guillaume pour gagner du temps pense-t-il. Toutefois, sa propre famille se détourne en partie de lui: sa fille Anne et d’autres proches rejoignent les nobles révoltés dans les terres centrales de l’Angleterre ! Le chef de la maison d’Orange, lui, ne perd pas de temps: ses hommes remontent méthodiquement vers la capitale et il envoie des émissaires à la rencontre de James.

Gravure de 1685 représentant James II. Elle est l’oeuvre d’Arnold van Westerhout et a été faite à Rome. Elle exprime le souhait du roi de voir son pays revenir à la foi catholique. Oeuvre conservée au château de Holyrood et présentée dans la galerie de la reine, photo de l’auteur (février 2019). https://www.rct.uk/visit/palace-of-holyroodhouse

La fuite du roi

Ils arrivent auprès de lui le 10 décembre 1688, date à laquelle James II s’est décidé à fuir, après qu’il ait pu envoyer la reine et son fils en France. Il part en pleine nuit, en ordonnant à ses soldats de se disperser (mais sans se désarmer) et en jetant le grand sceau dans la Tamise, sceau utilisé dans de nombreuses décisions royales…. Avant d’être attrapé par des pêcheurs près de la ville de Faversham, dans le Kent !

Ramené dans la capitale, il s’entend finalement avec Guillaume qui maquille son départ vers la France. James ne veut pas lutter, malgré les demandes pressantes de certains de ses soutiens et le Néerlandais veut tout sauf en faire un martyr. Il s’embarque la veille de Noël, et parvient en France le lendemain. Louis XIV le reçoit et lui accorde alors la jouissance du château de Saint-Germain-en-Laye, ainsi, si vous lisez dans un texte d’époque que le roi soleil est allé voir celui d’Angleterre, c’est de lui qu’il s’agit.

On verra la prochaine fois que s’il n’y eut pas de combat direct entre les deux adversaires, cette « glorieuse révolution » ne se fit tout de même pas sans violences, comme les partisans de la faction d’Orange ont pu l’affirmer.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

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Le volet militaire de la Scottish National Portrait Gallery

Après avoir parlé de la National Portrait Gallery de Londres, revenons sur les collections de son équivalente écossaise, la Scottish National Portrait Gallery. Elle aussi gratuite, elle se trouve dans la nouvelle ville d’Édimbourg, celle construite en bas du château à partir de l’époque Géorgienne, donc des rois George. Elle permet de se plonger intensément dans l’histoire écossaise, avec des salles richement dotées mais pas surchargées. Ce sont tout naturellement les œuvres les plus militaires qui vont nous intéresser ici.

Le site:

https://www.nationalgalleries.org/visit/scottish-national-portrait-gallery

Photos de l’auteur

Détail de la « bataille de Glenshiel » de Peter Tillemans. La scène se déroule en 1719: un soulèvement pro-Stuart de l’Ecosse est organisé avec le concours de l’Espagne, alors en guerre contre la Grande-Bretagne. Aussi étonnant que cela puisse paraître, des soldats espagnols réussirent à rejoindre les Highlands et s’y battirent. Hélas pour eux, une tempête en dispersa la plupart en mer: l’expédition fut un échec et la répression terrible. On voit bien les Écossais qui tiennent les hauteurs.

Autre détail du même tableau, avec les hommes des clans au sommet.

Un autre portrait de Bonnie Prince Charlie, attribué à Mosman en 1750. Il représente le prince plus jeune, avec son habit de highlander. Ce touchant tableau est l’un des plus connus du personnage dont vous retrouverez l’histoire ici: https://antredustratege.com/?s=bonnie+prince+charlie&submit=Recherche

De Loutherbourg, alsacien, a peint ce saisissant tableau en 1802 sur la base de témoignages. Il représente le débarquement des troupes britanniques à Aboukir en 1801. Après la départ de Bonaparte d’Egypte (voir plus bas), les troupes françaises sont livrées à elles-mêmes et sont finalement vaincues. Plus d’informations ici: https://antredustratege.com/2017/12/10/larmee-degypte-apres-le-depart-de-bonaparte-1799-1801/

Détail du même tableau avec le navire de commandement. Le général, Abercomby, est Écossais, d’où la présence de cette toile. Plus d’informations ici: https://antredustratege.com/2017/12/10/larmee-degypte-apres-le-depart-de-bonaparte-1799-1801/

Autre détail, on voit des marins autour d’une caronade, terrible pièce d’artillerie à courte portée… D’invention écossaise encore une fois. Plus d’informations ici: https://antredustratege.com/2017/12/10/larmee-degypte-apres-le-depart-de-bonaparte-1799-1801/

C’est le « frère » du tableau précédent, du même artiste. Il représente la bataille d’Alexandrie, victoire britannique. L’artiste représente ici le général blessé: il ne survécut pas à ses maux, mais commanda jusqu’à la fin de la journée. Plus d’informations ici: https://antredustratege.com/2017/12/10/larmee-degypte-apres-le-depart-de-bonaparte-1799-1801/

Détail.

Détail avec le général et son Etat-major.

Détail avec l’artillerie.

Copley représente ici Hugh Montgomerie, officier qui leva un régiment écossais, le 77th Foot, des fantassins. Ils se battirent durant les guerres franco-britanniques (qui virent beaucoup d’Amérindiens impliqués) en Amérique.

Peu connu en France, ce tableau de Mercer représente Charles Kenneth Scott-Moncrieff, officier et traducteur en anglais… de Proust ! Il servit dans le régiment des King’s Own Scottish Borderers qui connut le combat en France durant la Première Guerre mondiale. Blessé à Arras en 1917, il souffrit dans son corps et son esprit.

Plus étonnant, du moins à première vue, ce tableau de Valentin Serov (1902) représentant le tsar Nicolas II en tenue de colonel des Royal Scots Grey. A première vue en effet, car il était d’usage au XIXe siècle et au début du XXe qu’un souverain soit officier honoraire d’un régiment d’un autre pays. Là, les liens familiaux l’expliquent : cette oeuvre accentue bien la ressemblance avec le cousin du tsar… Le roi Georges V.

L’article sur celle de Londres:

https://antredustratege.com/2018/12/16/le-volet-militaire-de-la-national-portrait-gallery-londres/

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: III) Guillaume débarque en Angleterre

L’été 1688

Malgré la situation intérieure tendue en Angleterre que nous avons décrite, celle-ci ne se détériore pas au point de créer une menace pour le trône de James II. Le roi a eu vent des projets de Guillaume d’Orange, mais durant une grande partie de l’été 1688 il ne le croit pas capable de rassembler une force suffisante pour franchir la mer et débarquer sur ses côtes. D’ailleurs, son raisonnement est loin d’être stupide: la guerre menace sur le continent entre la France et bon nombre de puissances européennes… Avant de finalement éclater fin septembre et d’être connue sous le nom de « guerre de la ligue d’Augsbourg ». Or, dans ce conflit encore en gestation, tout laisse croire que les Pays-Bas vont être à nouveau contre la France (ce qui va arriver) et il paraît bien étrange que le stathouder s’éloigne de ses États dans une pareille période de crise.

Toutefois, il apparaît que Louis XIV va frapper plus au sud, sur le Rhin et sa flotte ne fait pas mine de bouger hors de Méditerranée. Soulagés, les Pays-Bas autorisent donc William à tenter l’aventure anglaise, et cela montre bien que, théoriquement allié de l’Angleterre et de son cousin, le roi de France mène sa propre politique. Cette fois alarmé, James II veut renforcer ses troupes. Il donne des gages aux Tories pour qu’ils le soutiennent, en commençant à revenir sur les concessions accordées aux catholiques et aux dissenters. Toutefois, il a perdu trop de temps et le cours des événements va s’accélérer.

Une des scènes de l’embarquement: la frégate « Brielle » à Rotterdam. Tableau de Ludolf Bakhuizen (1689) conservé au Rijksmuseum (https://www.rijksmuseum.nl/en) . Image libre de droits hébergée sur Wikipédia: https://en.wikipedia.org/wiki/File:Het_oorlogsschip_%27Brielle%27_op_de_Maas_voor_Rotterdam_-_The_warship_%27Brielle%27_on_the_Maas_before_Rotterdam_(Ludolf_Backhuysen,_1689).jpg

William débarque en Angleterre

Après l’échec d’une première tentative, dû à une tempête, comme il est courant au temps de la marine à voile, Guillaume retente la traversée à l’automne. Il parvient à éviter la Royal Navy et débarque à Torbay dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre, avec 21.000 hommes aguerris et bien équipés. Si les forces de son adversaire sont plus nombreuses, il a le soin de présenter son entreprise comme légitime. Il distribue de nombreux feuillets l’expliquant, ce qui est facilité par le fait qu’il a emmené une imprimerie avec lui. De plus, il prend soin d’affirmer qu’il vient au secours du peuple anglais, pour le libérer de la mauvaise politique de son roi. Ainsi, ce bon communiquant entend-il ne pas passer pour l’agresseur, mais pour un libérateur notamment auprès des autres monarques. Il ne dit pas clairement qu’il veut devenir roi… Tout en ne disant pas non plus qu’il ne le souhaite pas !

Face à tout cela, si l’armée de James lui reste fidèle, on ne peut pas en dire autant des parlementaires qui ne s’opposent pas fermement à Guillaume. La population, elle, dans sa majorité gronde sourdement: des lieux de culte catholique sont attaqués, et une rumeur se répand: le roi aurait engagé des papistes irlandais et français pour la massacrer. C’est dans ce contexte d’impopularité totale, alors que des seigneurs protestants se sont révoltés dans le centre et le nord du pays, que James marche à la rencontre de Guillaume, qui remonte lentement vers lui…

Guillaume débarquant à Torbay. Tableau très conventionnel qui lui accorde une grande place. L’oeuvre de Jan Wyck est conservée au musée maritime de Greenwich. Image hébergée sur Wikipédia; https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/af/William_III_Landing_at_Brixham%2C_Torbay%2C_5_November_1688.jpg https://www.rmg.co.uk/national-maritime-museum

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: II) Le déclenchement

Une accumulation de tensions

James II monte donc sur le trône en 1685, et ne s’y maintient que trois ans, mais l’issue n’était pas acquise dès le départ et il faut, en histoire, se garder d’orienter notre vision des faits vers le résultat produit. En effet, il a des soutiens, notamment la fraction conservatrice du parlement, les Tories. Ces parlementaires, inquiets d’un possible désordre, ont refusé qu’il soit exclut de la succession et espèrent qu’il va régner en apparence comme un anglican, bien qu’il se soit converti au catholicisme.

Or, si son frère Charles II avait su refouler en public sa préférence pour cette dernière religion, ce n’est pas le cas du cadet, et c’est bien là que réside son problème. Ainsi, en 1687, il fait éditer une déclaration d’indulgence plutôt large, qui donne tout simplement la liberté de culte aux catholiques et accorde un statut proche aux Dissenters, une fraction protestante rigoriste opposée à l’Eglise anglicane, jugée comme restée trop proche du catholicisme. 

Si l’on peut, à quelques siècles de distance, évaluer positivement cette décision très tolérante, qui arrive bien avant l’émancipation définitive des catholiques (1829), le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fut pas jugée ainsi à l’époque. Ainsi les Dissenters apprécient une liberté retrouvée… Mais certains trouvent qu’elle donne trop de droits aux « papistes » exécrés, et le commentaire peut être valable dans l’autre sens !  De plus, le roi force le clergé anglican à lire cette déclaration, ce qui est catastrophique et plusieurs évêques refusent de se soumettre à l’injonction royale. Sept d’entre eux protestent, sont jugés… Et finalement acquittés dans une grande ferveur populaire.

Les tensions se cristallisent en 1687 quand l’annonce de la grossesse de la reine est rendue publique: le roi espère tout naturellement un fils pour lui succéder, alors qu’une partie de l’opinion le craint, car tout indique qu’il sera élevé dans la foi catholique.

La reine Mary, épouse de Guillaume d’Orange. Copie d’un portrait de Lely (vers 1677-1680). Image libre de droits hébergée sur wikipédia.

Guillaume d’Orange entre en lice

C’est là que Mary, fille de James II issue d’un premier mariage, rentre dans le récit. Épouse de Guillaume d’Orange, Stathouder (gouverneur général au pouvoir exécutif assez fort) des Provinces-Unies (Pays-Bas) et adversaire farouche de Louis XIV, elle représente une alternative viable pour ceux qui s’opposent au roi. Élevée comme anglicane, unie à un protestant, héritière légitime tant que son père n’a pas de garçon, elle ne représente donc pas de danger. De plus, Guillaume regarde lui aussi vers l’Angleterre. Le trône l’intéresse, il n’entend pas être un simple consort, et mettre la main sur la puissante flotte britannique lui permettrait de lutter efficacement contre la France.

Ainsi, le 30 juin 1688, sept hommes parmi les plus influents du pays, notamment des politiciens Whig, l’autre tendance du parlement, opposée aux Tories, écrivent une lettre à Guillaume, lui demandant de venir en Angleterre. On sait d’ailleurs qu’elle ne fut pas spontanée: le Stathouder pressa ses contacts sur l’île d’agir en ce sens, surtout après la naissance effective du fils de James II vingt jours plus tôt. Il avait de plus pris sa décision d’envahir l’Angleterre dès mai. Toutefois, on le verra, il fallut encore de nombreux mois pour résoudre la crise.

Guillaume d’Orange, puissant home d’Etat néerlandais et par la force des choses anglais portrait de Kneller vers 1680. Image libre de droits hébergée sur wikipédia.

Bibliographie consultée (sans but d’exhaustivité):

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

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La « glorieuse révolution » de 1688-1689: I) Le contexte

Les Stuarts

D’origine écossaise, la dynastie des Stuarts est montée sur le trône d’Angleterre à la mort sans héritier direct d’Elisabeth Ier en 1603. Le plus proche du trône se trouvait donc être le roi James VI d’Ecosse, descendant d’une des sœurs d’Henry VIII, mariée à l’un de ses ancêtres. Sorte de « revanche » écossaise, après un Moyen-Age qui vit le pays convoité par l’Angleterre, le nouveau souverain instaurait une dynastie qui allait régner jusqu’à la mort de la reine Anne, en 1714.

Pour la première fois, un même monarque régnait conjointement sur l’Ecosse et l’Angleterre, bien que les deux entités fussent encore séparées (l’Union intervint en 1707). D’ailleurs, le roi James VI- James Ier au sud de la Tweed- s’installa rapidement à Londres et s’anglicisa. Il ne faut pas croire qu’il porta avec lui des revendications écossaises démesurées… Toutefois l’édifice restait fragile. En effet, la dynastie connut rapidement d’importants déboires, et ce dès son deuxième souverain, le roi Charles Ier. On sait qu’il s’opposa violemment au parlement pourtant incontournable, mais aussi que son mariage avec une princesse catholique, fille d’Henri IV de France, fut mal accepté. Le pays, marqué par un anglicanisme en -lente- construction, des mouvements puritains plus radicaux et le presbytérianisme en Ecosse connaissait alors d’importants troubles religieux qui allaient être longs à résoudre.

Tout ceci conduisit à une guerre civile puis à la défaite du roi, arrêté et exécuté en 1649. Après sa mort, le pays fut un temps dirigé d’une main de fer par Oliver Cromwell, héros de la guerre mais aussi intransigeant en matière religieuse, autoritaire et brutal avec les marges peu contrôlées comme l’Irlande. 

Charles Ier par Daniel Mytens, portrait conservé à la National Portrait Gallery (photo-ratée- de l’auteur): https://antredustratege.com/2018/12/16/le-volet-militaire-de-la-national-portrait-gallery-londres/ https://www.npg.org.uk/

A sa mort en 1658, son édifice nommé « Commonwealth » ne lui survit que peu: son fils fut écarté et grâce à des hommes puissants comme le général Monk, les Stuarts furent rétablis sur le trône en la personne de Charles II, fils du roi décapité et élevé en France où il s’était réfugié avec sa mère et son frère, le futur James II. Son assez long règne (1660-1685) fut marqué par plus de stabilité, par un essor économique et colonial important, mais aussi des difficultés avec le parlement, notamment car, tolérant, il aspirait à plus de libertés pour les catholiques.  D’ailleurs, s’il savait pertinemment que l’Eglise anglicane constituait un fidèle soutien du trône, il se sentait plus proche du catholicisme et l’historien John Miller rappelle qu’il se convertit sur son lit de mort (voir bibliographie).

James II 

Or, Charles II n’avait pas d’héritier légitime et la couronne devait tout naturellement revenir à son frère James, ouvertement catholique, sans doute depuis 1668, date présumée de sa conversion. Si ces querelles religieuses semblent dérisoire à notre siècle, il faut les replacer dans le contexte et se rappeler qu’un arrière-plan plus politique se trouvait derrière ces questions d’autel et de conscience. On se souvient par exemple qu’Henry VIII, créateur de l’anglicanisme, avait voulu se débarrasser de l’influence de Rome et du pape en se soustrayant à leur autorité morale.

Là, la catholicité du roi gênait ses sujets qui avaient majoritairement abandonné cette religion, jugée comme déshonnête, soumise au vicaire du christ, qui pourrait gêner les positions et les propriétés acquises par l’Eglise (anglicane) d’Angleterre... James, lui, jugeait sévèrement le clergé protestant, le croyant coupable de désinformation et d’entretenir l’ignorance. Alors qu’il s’était converti facilement, il ne comprenait pas qu’on ne puisse pas faire de même.

 

Le roi James II peint par Sir Godfrey Kneller en 1684. Photo du tableau gracieusement fournie par la National Portrait Gallery: https://www.npg.org.uk/collections/search/portraitZoom/mw03423/King-James-II?LinkID=mp02391&role=sit&rNo=4 Mon article sur ce lieu: https://antredustratege.com/2018/12/16/le-volet-militaire-de-la-national-portrait-gallery-londres/

Son second mariage avec une princesse elle aussi catholique, Marie de Modène, laissait enfin croire à une restauration durable du catholicisme, qui faisait peur: les Anglais se souvenaient de la reine Mary, la fameuse « Bloody Mary » qui avait voulu rétablir le catholicisme par la force et la violence durant son règne au milieu du XVIe siècle. De plus, d’origine française, James II était plutôt proche de Versailles et de la politique de son souverain, Louis XIV, ce qui pouvait paraître contraire aux intérêts anglais. Ajoutons à cela une volonté de gouverner farouche : le roi se croyait en mission pour Dieu et craignait de manquer de temps pour la réaliser, ce qui l’incita à aller vite, notamment en augmentant son pouvoir personnel, chose qui fut très mal perçue.

Bibliographie:

-MILLER (John), The Stuarts, Londres, Hambledon Continuum, 2006, 294 p.

-CHASSAIGNE (Philippe), Histoire de l’Angleterre, Paris, Aubier, coll. « Histoires », 1996, 504 p.

Suite du patrimoine militaire de Cork: le musée public de la ville

Suite de l’article ci-dessous, ce second se penche sur les très riches collection du musée public de Cork, qui contient de vraies raretés concernant l’histoire irlandaise: objets de Michael Collins, uniformes, armes… A retrouver gratuitement, dans la ville. Vous voudrez bien excuser la qualité médiocre de certaines photos, du fait des reflets.

https://www.cork-guide.ie/cork_city/cork-public-museum.html

La première partie:

https://antredustratege.com/2018/05/08/premier-apercu-du-patrimoine-militaire-de-cork/

Photos de l’auteur

Cartouchières, sifflet et ceinturon utilisés par les Irlandais durant la guerre d’indépendance.

Baïonnette de fusil Enfield utilisée par la police armée aux service des Britanniques, la RIC (Royal Irish Constabulary). Celle-ci a été capturée par les insurgés du comté de Cork. On aperçoit aussi une matraque utilisée par les Britanniques.

Fusil allemand mauser (modèle 1888) débarqué à Howth en 1914. Ils servirent notamment dans la révolte de 1916 à Dublin. Le bateau qui les a amenés est visible ici: https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

Objets provenant du célèbre Lusitania, coulé au large des côtes irlandaises en 1915. Il est notamment connu car des Américains, encore neutres, s’y trouvaient lorsqu’il a été torpillé par un sous-marin allemand.

Boucle de ceinturon de volontaire irlandais, guerre d’indépendance.

Le pistolet de Michael Collins. Il s’agit d’un bien connu « P08 » allemand.

Objets ayant appartenu à des Irlandais engagés côté confédéré. Certains le furent au nord. Une partie revint en Irlande et, fort de son expérience militaire, organisa la grande révolte de 1867.

On le sait peu, mais des Irlandais vinrent au secours de la France en 1870. Un bel article à ce sujet: https://journals.openedition.org/rha/4612

Parnell, le héros de la lutte parlementaire dans la 2e moitié du XIXe siècle. Après que les catholiques eurent obtenu des droits politiques en 1829, ils s’en emparèrent et se battirent à Westminster, avant d’être dépassés après 1914 et une lutte plus violente.

Le numéro du 11 décembre 1897 du weekly Freeman rappelle la tentative de révolte de 1798 appuyée par la France. On voit Wolfe Tone et le jeune Bonaparte en discuter. Mais ce fut plutôt le général Humbert qui débarqua en Irlande. Pour en savoir plus: https://antredustratege.com/2017/03/04/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-1798-un-debarquement-avec-tres-peu-de-moyens/ https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1967_num_74_2_4569

 

 

Insigne de la milice de Cork, mise en place en 1793 pour contrer un éventuel débarquement français. A lire: https://antredustratege.com/2017/02/16/les-debarquements-francais-en-irlande-iv-la-tentative-de-1796/

En bonus, une oeuvre conservée à la Crawford Art Gallery, qui contient quelques tableaux intéressants sur l’histoire irlandaise. Elle aussi gratuite:

https://www.crawfordartgallery.ie/

 

Sean Keating présente ici ses « Men of the South », six volontaires de la guerre d’indépendance. Le tableau a été peint entre 1921 et 22.

Autres articles sur l’Irlande:

https://antredustratege.com/2017/01/11/les-debarquements-francais-en-irlande-1689-1796-1798-i-introduction/

https://antredustratege.com/2017/09/09/le-volet-militaire-du-musee-national-dirlande/

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